Nana d’Emile Zola

Cela sentait si mauvais, un parfum de lavande tourné à l’aigre, que Nana ouvrit la fenêtre. Et elle resta accoudée une minute, respirant, se penchant pour voir, au-dessous, madame Bron, dont elle entendait le balai s’acharner sur les dalles verdies de l’étroite cour, enfoncée dans l’ombre. Un serin, accroché contre une persienne, jetait des roulades perçantes. On n’entendait point les voitures du boulevard ni des rues voisines, il y avait là une paix de province, un large espace où le soleil dormait. En levant les yeux, elle apercevait les petits bâtiments et les vitrages luisants des galeries du passage, puis au-delà, en face d’elle, les hautes maisons de la rue Vivienne, dont les façades de derrière se dressaient, muettes et comme vides. Des terrasses s’étageaient, un photographe avait perché sur un toit une grande cage en verre bleu. C’était très gai. Nana s’oubliait, lorsqu’il lui sembla qu’on avait frappé. Elle se tourna, elle cria :

— Entrez !

En voyant le comte, elle referma la fenêtre. II ne faisait pas chaud, et cette curieuse de madame Bron n’avait pas besoin d’entendre. Tous deux se regardèrent, sérieusement. Puis, comme il demeurait très raide, l’air étranglé, elle se mit à rire, elle dit :

— Eh bien ! te voilà donc, grosse bête !

Son émotion était si forte, qu’il semblait glacé. Il l’appela madame ; il s’estimait heureux de la revoir. Alors, pour brusquer les choses, elle se montra plus familière encore.

— Ne la fais pas à la dignité. Puisque tu as désiré me voir, hein ? ce n’est pas pour nous regarder comme deux chiens de faïence… Nous avons eu des torts tous les deux.

Oh ! moi, je te pardonne !

Et il fut convenu qu’on ne parlerait plus de ça. Lui, approuvait de la tête. Il se calmait, ne trouvait encore rien à dire, dans le flot tumultueux qui lui montait aux lèvres. Surprise de cette froideur, elle joua le grand jeu.

— Allons, tu es raisonnable, reprit-elle avec un mince sourire. Maintenant que nous avons fait la paix, donnons-nous une poignée de main, et restons bons amis.

— Comment, bons amis ? murmura-t-il, subitement inquiet.

— Oui, c’est peut-être idiot, mais je tenais à ton estime… À cette heure, nous nous sommes expliqués, et au moins, si l’on se rencontre, on n’aura pas l’air de deux cruches…

Il eut un geste pour l’interrompre.

— Laisse-moi finir… Pas un homme, entends-tu, n’a une cochonnerie à me reprocher. Eh bien ! ça m’ennuyait de commencer par toi… Chacun son honneur, mon cher.

— Mais ce n’est pas ça ! cria-t-il violemment. Assieds-toi, écoute-moi.

Et, comme s’il eût craint de la voir partir, il la poussa sur l’unique chaise. Lui, marchait, dans une agitation croissante. La petite loge, close et pleine de soleil, avait une douceur tiède, une paix moite, que nul bruit du dehors ne troublait. Dans les moments de silence, on entendait seulement les roulades aiguës du serin, pareilles aux trilles d’une flûte lointaine.

— Écoute, dit-il en se plantant devant elle, je suis venu pour te reprendre… Oui, je veux recommencer. Tu le sais bien, pourquoi me parles-tu comme tu le fais ?…

Réponds. Tu consens ?

Elle avait baissé la tête, elle grattait de l’ongle la paille rouge, qui saignait sous elle. Et, le voyant anxieux, elle ne se pressait pas. Enfin, elle leva sa face devenue grave, ses beaux yeux où elle avait réussi à mettre de la tristesse.

Oh ! impossible, mon petit. Jamais je ne me recollerai avec toi.

Pourquoi ? bégaya-t-il, tandis qu’une contraction d’indicible souffrance passait sur son visage.

— Pourquoi ?… Dame ! parce que… C’est impossible, voilà tout. Je ne veux pas.

Il la regarda quelques secondes encore, ardemment. Puis, les jambes coupées, il s’abattit sur le carreau. Elle, d’un air d’ennui, se contenta d’ajouter :

— Ah ! ne fais pas l’enfant !

Mais il le faisait déjà. Tombé à ses pieds, il l’avait prise par la taille, il la serrait étroitement, la face entre ses genoux, qu’il s’enfonçait dans la chair. Quand il la sentit ainsi, quand il la retrouva avec le velours de ses membres, sous l’étoffe mince de sa robe, une convulsion le secoua ; et il grelottait la fièvre, éperdu, se meurtrissant davantage contre ses jambes, comme s’il avait voulu entrer en elle. La vieille chaise craquait. Des sanglots de désir s’étouffaient sous le plafond bas, dans l’air aigri par d’anciens parfums.

— Eh bien ! après ? disait Nana, en le laissant faire. Tout ça ne t’avance à rien. Puisque ce n’est pas possible… Mon Dieu ! que tu es jeune !

Il s’apaisa. Mais il restait par terre, il ne la lâchait pas, disant d’une voix entrecoupée :

— Écoute au moins ce que je venais t’offrir…

Déjà, j’ai vu un hôtel, près du parc Monceau. Je réaliserais tous tes désirs. Pour t’avoir sans partage, je donnerais ma fortune… Oui ! ce serait l’unique condition : sans partage, entends-tu ! Et si tu consentais à n’être qu’à moi, oh ! je te voudrais la plus belle, la plus riche, voitures, diamants, toilettes…

Nana, à chaque offre, disait non de la tête, superbement. Puis, comme il continuait, comme il parlait de placer de l’argent sur elle, ne sachant plus quoi mettre à ses pieds, elle parut perdre patience.

— Voyons, as-tu fini de me tripoter ?… Je suis bonne fille, je veux bien un moment, puisque ça te rend si malade ; mais en voilà assez, n’est-ce pas ?… Laisse-moi me lever. Tu me fatigues.

Elle se dégagea. Quand elle fut debout :

— Non, non, non… Je ne veux pas.

Alors, il se ramassa, péniblement ; et, sans force, il tomba sur la chaise, accoudé au dossier, le visage entre les mains. Nana marchait à son tour. Un moment, elle regarda le papier taché, la toilette grasse, ce trou sale qui baignait dans un soleil pâle. Puis, s’arrêtant devant le comte, elle parla avec une carrure tranquille.

— C’est drôle, les hommes riches s’imaginent qu’ils peuvent tout avoir pour leur argent… Eh bien ! et si je ne veux pas ?… Je me fiche de tes cadeaux. Tu me donnerais Paris, ce serait non, toujours non… Vois-tu, ce n’est guère propre, ici. Eh bien ! je trouverais ça très gentil, si ça me plaisait d’y vivre avec toi ; tandis qu’on crève dans tes palais, si le cœur n’y est pas… Ah ! l’argent ! mon pauvre chien, je l’ai quelque part ! Vois-tu, je danse dessus, l’argent ! je crache dessus !

Et elle prenait une mine de dégoût.

Puis, elle tourna au sentiment, elle ajouta sur un ton mélancolique :

— Je sais quelque chose qui vaut mieux que l’argent… Ah ! si l’on me donnait ce que je désire…

Il releva lentement la tête, ses yeux eurent une lueur d’espoir.

— Oh ! tu ne peux pas me le donner, reprit-elle ; ça ne dépend pas de toi, et c’est pour ça que je t’en parle… Enfin, nous causons… Je voudrais avoir le rôle de la femme honnête, dans leur machine.

— Quelle femme honnête ? murmura-t-il étonné.

— Leur duchesse Hélène, donc !… S’ils croient que je vais jouer Géraldine, plus souvent ! Un rôle de rien du tout, une scène, et encore !… D’ailleurs, ce n’est pas ça. J’ai assez des cocottes. Toujours des cocottes, on dirait vraiment que j’ai seulement des cocottes dans le ventre. À la fin, c’est vexant, car je vois clair, ils ont l’air de me croire mal élevée… Ah bien ! mon petit, en voilà qui se fourrent le doigt dans l’œil ! Quand je veux être distinguée, je suis d’un chic !… Tiens ! regarde un peu ça.

Et elle recula jusqu’à la fenêtre, puis revint en se rengorgeant, en mesurant ses enjambées, avec des airs circonspects de grosse poule hésitant à se salir les pattes. Lui, la suivait, les yeux encore pleins de larmes, hébété par cette brusque scène de comédie qui traversait sa douleur. Elle se promena un instant, pour bien se montrer dans tout son jeu, avec des sourires fins, des battements de paupière, des balancements de jupe ; et, plantée de nouveau devant lui :

— Hein ? ça y est, je crois !

— Oh ! tout à fait, balbutia-t-il, étranglé encore, les regards troubles.

— Quand je te dis que je tiens la femme honnête ! J’ai essayé chez moi, pas une n’a mon petit air de duchesse qui se fiche des hommes ; as-tu remarqué, lorsque j’ai passé devant toi, en te lorgnant ?

On a cet air-là dans les veines… Et puis, je veux jouer une femme honnête ; j’en rêve, j’en suis malheureuse, il me faut le rôle, tu entends !

Elle était devenue sérieuse, la voix dure, très émue, souffrant réellement de son bête de désir. Muffat, toujours sous le coup de ses refus, attendait, sans comprendre. Il y eut un silence. Pas un vol de mouche ne troublait la paix de la maison vide.

— Tu ne sais pas, reprit-elle carrément, tu vas me faire donner le rôle. Il resta stupéfait. Puis, avec un geste désespéré :

— Mais c’est impossible ! Tu disais toi-même que ça ne dépendait pas de moi.

Elle l’interrompit d’un haussement d’épaules.

— Tu vas descendre et tu diras à Bordenave que tu veux le rôle… Ne sois donc pas si naïf ! Bordenave a besoin d’argent. Eh bien ! tu lui en prêteras, puisque tu en as à jeter par les fenêtres.

Et, comme il se débattait encore, elle se fâcha.

— C’est bien, je comprends : tu crains de fâcher Rose… Je ne t’en ai pas parlé, de celle-là, lorsque tu pleurais par terre ; j’aurais trop long à en dire… Oui, quand on a juré à une femme de l’aimer toujours, on ne prend pas le lendemain la première venue. Oh ! la blessure est là, je me souviens !… D’ailleurs, mon cher, ça n’a rien de ragoûtant, le reste des Mignon ! Est-ce qu’avant de faire la bête sur mes genoux, tu n’aurais pas dû rompre avec ce sale monde !

Il se récriait, il finit par pouvoir placer une phrase.

— Eh ! je me moque de Rose, je vais la lâcher tout de suite.

Nana parut satisfaite sur ce point.

Elle reprit :

— Alors, qu’est-ce qui te gêne ? Bordenave est le maître… Tu me diras qu’il y a Fauchery, après Bordenave…

Elle avait ralenti la voix, elle arrivait au point délicat de l’affaire. Muffat, les yeux baissés, se taisait. Il était resté dans une ignorance volontaire sur les assiduités de Fauchery auprès de la comtesse, se tranquillisant à la longue, espérant s’être trompé, pendant cette nuit affreuse passée sous une porte de la rue Taitbout. Mais il gardait contre l’homme une répugnance, une colère sourdes.

— Eh bien ! quoi, Fauchery, ce n’est pas le diable ! répétait Nana, tâtant le terrain, voulant savoir où en étaient les choses entre le mari et l’amant. On en viendra à bout, de Fauchery. Au fond, je t’assure, il est bon garçon… Hein ? c’est entendu, tu lui diras que c’est pour moi.

L’idée d’une pareille démarche révolta le comte.

— Non, non, jamais ! cria-t-il.

Elle attendit. Cette phrase lui montait aux lèvres : « Fauchery n’a rien à te refuser » ; mais elle sentit que ce serait un peu raide comme argument. Seulement, elle eut un sourire, et ce sourire, qui était drôle, disait la phrase. Muffat, ayant levé les yeux sur elle, les baissa de nouveau, gêné et pâle.

— Ah ! tu n’es pas complaisant, murmura-t-elle enfin.

— Je ne peux pas ! dit-il, plein d’angoisse. Tout ce que tu voudras, mais pas ça, mon amour, oh ! je t’en prie !

Alors, elle ne s’attarda pas à discuter. De ses petites mains, elle lui renversa la tête, puis, se penchant, colla sa bouche sur sa bouche, dans un long baiser.

Un frisson le secoua, il tressaillait sous elle, éperdu, les yeux clos. Et elle le mit debout.

— Va, dit-elle, simplement.

Il marcha, il se dirigea vers la porte. Mais, comme il sortait, elle le reprit dans ses bras, en se faisant humble et câline, la face levée, frottant son menton de chatte sur son gilet.

— Où est l’hôtel ? demanda-t-elle très bas, de l’air confus et rieur d’une enfant qui revient à de bonnes choses dont elle n’a pas voulu.

— Avenue de Villiers.

— Et il y a des voitures ?

— Oui.

— Des dentelles ? des diamants ?

— Oui.

— Oh ! que tu es bon, mon chat ! Tu sais, tout à l’heure, c’était par jalousie… Et cette fois, je te jure, ce ne sera pas comme la première, puisque maintenant tu comprends ce qu’il faut à une femme. Tu donnes tout, n’est-ce pas ? alors je n’ai besoin de personne… Tiens ! il n’y en a plus que pour toi ! Ça, et ça, et encore ça !

Quand elle l’eut poussé dehors, après l’avoir chauffé d’une pluie de baisers sur les mains et sur la figure, elle souffla un moment. Mon Dieu ! qu’il y avait donc une mauvaise odeur, dans la loge de cette sans soin de Mathilde ! Il y faisait bon, une de ces tranquilles chaleurs des chambres de Provence, au soleil d’hiver ; mais, vraiment, ça sentait trop l’eau de lavande gâtée, avec d’autres choses pas propres. Elle ouvrit la fenêtre, elle s’y accouda de nouveau, examinant les vitrages du passage pour tromper son attente.

Dans l’escalier, Muffat descendait en chancelant, la tête bourdonnante.

Qu’allait-il dire ? de quelle façon entamerait-il cette affaire qui ne le regardait pas ? Il arrivait sur la scène, lorsqu’il entendit une querelle. On achevait le second acte, Prullière s’emportait, Fauchery ayant voulu couper une de ses répliques.

Coupez tout alors, criait-il, j’aime mieux ça !… Comment ! je n’ai pas deux cents lignes, et on m’en coupe encore !… Non, j’en ai assez, je rends le rôle.

Il sortit de sa poche un petit cahier froissé, le tourna dans ses mains fiévreuses, en faisant mine de le jeter sur les genoux de Cossard. Sa vanité souffrante convulsait sa face blême, les lèvres amincies, les yeux enflammés, sans qu’il pût cacher cette révolution intérieure. Lui, Prullière, l’idole du public, jouer un rôle de deux cents lignes !

— Pourquoi pas me faire apporter des lettres sur un plateau ? reprit-il avec amertume.

— Voyons, Prullière, soyez gentil, dit Bordenave qui le ménageait, à cause de son action sur les loges. Ne commencez pas vos histoires… On vous trouvera des effets. N’est-ce pas ? Fauchery, vous ajouterez des effets… Au troisième acte, on pourrait même allonger une scène.

— Alors, déclara le comédien, je veux le mot du baisser du rideau… On me doit bien ça.

Fauchery eut l’air de consentir par son silence, et Prullière remit le rôle dans sa poche, secoué encore, mécontent quand même. Bosc et Fontan, durant l’explication, avaient pris une mine de profonde indifférence : chacun pour soi, ça ne les regardait pas, ils se désintéressaient. Et tous les acteurs entourèrent Fauchery, le questionnant, quêtant des éloges, pendant que Mignon écoutait les dernières plaintes de Prullière, sans perdre de vue le comte Muffat, dont il avait guetté le retour.

Le comte, dans cette obscurité où il rentrait, s’était arrêté au fond de la scène, hésitant à tomber dans la querelle. Mais Bordenave l’aperçut et se précipita.

— Hein ? quel monde ! murmura-t-il. Vous ne vous imaginez pas, monsieur le comte, le mal que j’ai avec ce monde-là. Tous plus vaniteux les uns que les autres ; et carotteurs avec ça, mauvais comme la gale, toujours dans de sales histoires, ravis si je me cassais les reins… Pardon, je m’emporte.

Il se tut, un silence régna. Muffat cherchait une transition. Mais il ne trouva rien, il finit par dire carrément, pour en sortir plus vite :

— Nana veut le rôle de la duchesse.

Bordenave eut un soubresaut, en criant :

— Allons donc ! c’est fou !

Puis, comme il regardait le comte, il le trouva si pâle, si bouleversé, qu’il se calma aussitôt.

— Diable ! dit-il simplement.

Et le silence recommença. Au fond, lui, s’en moquait. Ce serait peut-être drôle, cette grosse Nana dans le rôle de la duchesse. D’ailleurs, avec cette histoire, il tenait Muffat solidement. Aussi sa décision fut-elle bientôt prise. Il se tourna et appela :

— Fauchey !

Le comte avait eu un geste pour l’arrêter. Fauchery n’entendait pas.

Poussé contre le manteau d’Arlequin par Fontan, il devait subir des explications sur la façon dont le comédien comprenait Tardiveau. Fontan voyait Tardiveau en Marseillais, avec de l’accent ; et il imitait l’accent. Des répliques entières y passaient ; était-ce bien ainsi ? Il ne semblait que soumettre des idées, dont il doutait lui-même.

Mais Fauchery se montrant froid et faisant des objections, il se vexa tout de suite. Très bien ! Du moment où l’esprit du rôle lui échappait, il vaudrait mieux pour tout le monde qu’il ne le jouât pas.

— Fauchery ! cria de nouveau Bordenave.

Alors, le jeune homme se sauva, heureux d’échapper à l’acteur, qui demeura blessé d’une retraite si prompte.

— Ne restons pas là, reprit Bordenave. Venez, messieurs.

Pour se garer des oreilles curieuses, il les mena dans le magasin des accessoires, derrière la scène. Mignon, surpris, les regarda disparaître. On descendait quelques marches. C’était une pièce carrée, dont les deux fenêtres donnaient sur la cour. Un jour de cave entrait par les vitres sales, blafard sous le plafond bas. Là, dans des casiers, qui encombraient la pièce, traînait un bric-à-brac d’objets de toutes sortes, le déballage d’un revendeur de la rue de Lappe qui liquide, un pêle-mêle sans nom d’assiettes, de coupes en carton doré, de vieux parapluies rouges, de cruches italiennes, de pendules de tous les styles, de plateaux et d’encriers, d’armes à feu et de seringues ; le tout sous une couche de poussière d’un pouce, méconnaissable, ébréché, cassé, entassé. Et une insupportable odeur de ferraille, de chiffons, de cartonnages humides montait de ces tas, où les débris des pièces jouées s’amoncelaient depuis cinquante ans.

— Entrez, répétait Bordenave. Nous serons seuls au moins.

Le comte, très gêné, fit quelques pas pour laisser le directeur risquer seul la proposition. Fauchery s’étonnait.

— Quoi donc ? demanda-t-il.

— Voilà, dit enfin Bordenave.

Une idée nous est venue… Surtout, ne sautez pas. C’est très sérieux… Qu’est-ce que vous pensez de Nana dans le rôle de la duchesse ?

L’auteur resta effaré. Puis il éclata.

— Ah ! non, n’est-ce pas ? c’est une plaisanterie… On rirait trop.

— Eh bien ! ce n’est déjà pas si mauvais, quand on rit !… Réfléchissez, mon cher… L’idée plaît beaucoup à monsieur le comte.

Muffat, par contenance, venait de prendre sur une planche, dans la poussière, un objet qu’il ne semblait pas reconnaître. C’était un coquetier dont on avait refait le pied en plâtre. Il le garda, sans en avoir conscience, et s’avança pour murmurer :

— Oui, oui, ce serait très bien.

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