Les illusions perdues, Honoré de Balzac

  • Pourquoi s’appelle-t-il donc alors monsieur de Rubempré ? demanda Jacques. Quand il travaille de
    ses mains, un noble doit quitter son nom.
  • Il a effectivement quitté le sien, qui était roturier, dit Zizine, mais pour prendre celui de sa mère, qui
    est noble.
  • Puisque ses vers (en province on prononce verse) sont imprimés, nous pouvons les lire nous-mêmes,
    dit Astolphe.
    Cette stupidité compliqua la question jusqu’à ce que Sixte du Châtelet eût daigné dire à cette ignorante
    assemblée que l’annonce n’était pas une précaution oratoire, et que ces belles poésies appartenaient à un frère
    royaliste du révolutionnaire Marie-Joseph Chénier. La société d’Angoulême, à l’exception de l’Evêque, de
    madame de Rastignac et de ses deux filles, que cette grande poésie avait saisis, se crut mystifiée et s’offensa
    de cette supercherie. Un sourd murmure s’éleva ; mais Lucien ne l’entendit pas. Isolé de ce monde odieux par
    l’enivrement que produisait une mélodie intérieure, il s’efforçait de la répéter, et voyait les figures comme à
    travers un nuage. Il lut la sombre élégie sur le suicide, celle dans le goût ancien où respire une mélancolie
    sublime ; puis celle où est ce vers :
    Tes vers sont doux, j’aime à les répéter.
    Enfin, il termina par la suave idylle intitulée Néère.
    Plongée dans une délicieuse rêverie, une main dans ses boucles, qu’elle avait défrisées sans s’en
    apercevoir, l’autre pendant, les yeux distraits, seule au milieu de son salon, madame de Bargeton se sentait
    pour la première fois de sa vie transportée dans la sphère qui lui était propre. Jugez combien elle fut
    désagréablement distraite par Amélie, qui s’était chargée de lui exprimer les voeux publics.
  • Naïs, nous étions venues pour entendre les poésies de monsieur Chardon, et vous nous donnez des
    vers (verse) imprimés. Quoique ces morceaux soient fort jolis, par patriotisme ces dames aimeraient mieux le
    vin du cru.
  • Ne trouvez-vous pas que la langue française se prête peu à la poésie ? dit Astolphe au Directeur des
    Contributions. Je trouve la prose de Cicéron mille fois plus poétique.
  • La vraie poésie française est la poésie légère, la chanson, répondit du Châtelet.
  • La chanson prouve que notre langue est très-musicale, dit Adrien.
  • Je voudrais bien connaître les vers (verse) qui ont causé la perte de Naïs, dit Zéphirine ; mais d’après
    la manière dont elle accueille la demande d’Amélie, elle n’est pas disposée à nous en donner un échantillon.
  • Elle se doit à elle-même de les lui faire dire, répondit Francis, car le génie de ce petit bonhomme est
    sa justification.
  • Vous qui avez été dans la diplomatie, obtenez-nous cela, dit Amélie à monsieur du Châtelet.
  • Rien de plus aisé, dit le baron.
    L’ancien Secrétaire des Commandements, habitué à ces petits manéges, alla trouver l’Evêque et sut le
    mettre en avant. Priée par monseigneur, Naïs fut obligée de demander à Lucien quelque morceau qu’il sût par
    coeur. Le prompt succès du baron dans cette négociation lui valut un langoureux sourire d’Amélie.

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