que, pour le cacher aux regards de madame de Bargeton, David proposa de l’envoyer par la diligence à son
correspondant, un marchand de papier, auquel il écrirait de le tenir à la disposition de Lucien.
Malgré les précautions prises par madame de Bargeton pour cacher son départ, monsieur du Châlelet
l’apprit et voulut savoir si elle ferait le voyage seule ou accompagnée de Lucien ; il envoya son valet de
chambre à Ruffec, avec la mission d’examiner toutes les voitures qui relaieraient à la poste.
- Si elle enlève son poète, pensa-t-il, elle est à moi.
Lucien partit le lendemain au petit jour, accompagné de David qui s’était procuré un cabriolet et un
cheval en annonçant qu’il allait traiter d’affaires avec son père, petit mensonge qui dans les circonstances
actuelles était probable. Les deux amis se rendirent à Marsac, où ils passèrent une partie de la journée chez le
vieil ours ; puis le soir ils allèrent au delà de Mansle attendre madame de Bargeton, qui arriva vers le matin.
En voyant la vieille calèche sexagénaire qu’il avait tant de fois regardée sous la remise, Lucien éprouva l’une
de plus vives émotions de sa vie, il se jeta dans les bras de David, qui lui dit : – Dieu veuille que ce soit pour
ton bien !
L’imprimeur remonta dans son méchant cabriolet, et disparut le coeur serré : il avait d’horribles pressentiments sur les destinées de Lucien à Paris.
