Les Trois Mousquetaires – Alexandre Dumas

L’homme de Meung
Ce rassemblement était produit non point par l’attente d’un homme qu’on devait pendre, mais par la contemplation d’un pendu.
La voiture, arrêtée un instant, reprit donc sa marche, traversa la foule, continua son chemin, enfila la rue Saint-Honoré, tourna la rue des Bons-Enfants et s’arrêta devant une porte basse.
La porte s’ouvrit, deux gardes reçurent dans leurs bras Bonacieux, soutenu par l’exempt ; on le poussa dans une allée, on lui fit monter un escalier, et on le déposa dans une antichambre.
Tous ces mouvements s’étaient opérés pour lui d’une façon machinale.
Il avait marché comme on marche en rêve ; il avait entrevu les objets à travers un brouillard ; ses oreilles avaient perçu des sons sans les comprendre ; on eût pu l’exécuter dans ce moment qu’il n’eût pas fait un geste pour entreprendre sa défense, qu’il n’eût pas poussé un cri pour implorer la pitié.
Il resta donc ainsi sur la banquette, le dos appuyé au mur et les bras pendants, à l’endroit même où les gardes l’avaient déposé.
Cependant, comme, en regardant autour de lui, il ne voyait aucun objet menaçant, comme rien n’indiquait qu’il courût un danger réel, comme la banquette était convenablement rembourrée, comme la muraille était recouverte d’un beau cuir de Cordoue, comme de grands rideaux de damas rouge flottaient devant la fenêtre, retenus par des embrasses d’or, il comprit peu à peu que sa frayeur était exagérée, et il commença de remuer la tête à droite et à gauche et de bas en haut.
À ce mouvement, auquel personne ne s’opposa, il reprit un peu de courage et se risqua à ramener une jambe, puis l’autre ; enfin, en s’aidant de ses deux mains, il se souleva sur sa banquette et se trouva sur ses pieds.
En ce moment, un officier de bonne mine ouvrit une portière, continua d’échanger encore quelques paroles avec une personne qui se trouvait dans la pièce voisine, et se retournant vers le prisonnier :
« C’est vous qui vous nommez Bonacieux ? dit-il.
– Oui, monsieur l’officier, balbutia le mercier, plus mort que vif, pour vous servir.
– Entrez », dit l’officier.
Et il s’effaça pour que le mercier pût passer. Celui-ci obéit sans réplique, et entra dans la chambre où il paraissait être attendu.
C’était un grand cabinet, aux murailles garnies d’armes offensives et défensives, clos et étouffé, et dans lequel il y avait déjà du feu, quoique l’on fût à peine à la fin du mois de septembre. Une table carrée, couverte de livres et de papiers sur lesquels était déroulé un plan immense de la ville de La Rochelle, tenait le milieu de l’appartement.
Debout devant la cheminée était un homme de moyenne taille, à la mine haute et fière, aux yeux perçants, au front large, à la figure amaigrie qu’allongeait encore une royale surmontée d’une paire de moustaches. Quoique cet homme eût trente-six à trente-sept ans à peine, cheveux, moustache et royale s’en allaient grisonnant. Cet homme, moins l’épée, avait toute la mine d’un homme de guerre, et ses bottes de buffle encore légèrement couvertes de poussière indiquaient qu’il avait monté à cheval dans la journée.
Cet homme, c’était Armand-Jean Duplessis, cardinal de Richelieu, non point tel qu’on nous le représente, cassé comme un vieillard, souffrant comme un martyr, le corps brisé, la voix éteinte, enterré dans un grand fauteuil comme dans une tombe anticipée, ne vivant plus que par la force de son génie, et ne soutenant plus la lutte avec l’Europe que par l’éternelle application de sa pensée, mais tel qu’il était réellement à cette époque, c’est-à-dire adroit et galant cavalier, faible de corps déjà, mais soutenu par cette puissance morale qui a fait de lui un des hommes les plus extraordinaires qui aient existé ; se préparant enfin, après avoir soutenu le duc de Nevers dans son duché de Mantoue, après avoir pris Nîmes, Castres et Uzès, à chasser les Anglais de l’île de Ré et à faire le siège de La Rochelle.
À la première vue, rien ne dénotait donc le cardinal, et il était impossible à ceux-là qui ne connaissaient point son visage de deviner devant qui ils se trouvaient.
Le pauvre mercier demeura debout à la porte, tandis que les yeux du personnage que nous venons de décrire se fixaient sur lui, et semblaient vouloir pénétrer jusqu’au fond du passé.
« C’est là ce Bonacieux ? demanda-t-il après un moment de silence.
– Oui, Monseigneur, reprit l’officier.
– C’est bien, donnez-moi ces papiers et laissez-nous. »
L’officier prit sur la table les papiers désignés, les remit à celui qui les demandait, s’inclina jusqu’à terre, et sortit.
Bonacieux reconnut dans ces papiers ses interrogatoires de la Bastille. De temps en temps, l’homme de la cheminée levait les yeux de dessus les écritures, et les plongeait comme deux poignards jusqu’au fond du cœur du pauvre mercier.
Au bout de dix minutes de lecture et dix secondes d’examen, le cardinal était fixé.
« Cette tête-là n’a jamais conspiré », murmura-t-il ; mais n’importe, voyons toujours.
– Vous êtes accusé de haute trahison, dit lentement le cardinal.
– C’est ce qu’on m’a déjà appris, Monseigneur, s’écria Bonacieux, donnant à son interrogateur le titre qu’il avait entendu l’officier lui donner ; mais je vous jure que je n’en savais rien. »
Le cardinal réprima un sourire.
« Vous avez conspiré avec votre femme, avec Mme de Chevreuse et avec Milord duc de Buckingham.
– En effet, Monseigneur, répondit le mercier, je l’ai entendue prononcer tous ces noms-là.
– Et à quelle occasion ?
– Elle disait que le cardinal de Richelieu avait attiré le duc de Buckingham à Paris pour le perdre et pour perdre la reine avec lui.
– Elle disait cela ? s’écria le cardinal avec violence.
– Oui, Monseigneur ; mais moi je lui ai dit qu’elle avait tort de tenir de pareils propos, et que Son Éminence était incapable…
– Taisez-vous, vous êtes un imbécile, reprit le cardinal.
– C’est justement ce que ma femme m’a répondu, Monseigneur.
– Savez-vous qui a enlevé votre femme ?
– Non, Monseigneur.
– Vous avez des soupçons, cependant ?
– Oui, Monseigneur ; mais ces soupçons ont paru contrarier M. le commissaire, et je ne les ai plus.
– Votre femme s’est échappée, le saviez-vous ?
– Non, Monseigneur, je l’ai appris depuis que je suis en prison, et toujours par l’entremise de M. le commissaire, un homme bien aimable ! »
Le cardinal réprima un second sourire.
« Alors vous ignorez ce que votre femme est devenue depuis sa fuite ?
– Absolument, Monseigneur ; mais elle a dû rentrer au Louvre.
– À une heure du matin elle n’y était pas rentrée encore.
– Ah ! mon Dieu ! mais qu’est-elle devenue alors ?
– On le saura, soyez tranquille ; on ne cache rien au cardinal ; le cardinal sait tout.
– En ce cas, Monseigneur, est-ce que vous croyez que le cardinal consentira à me dire ce qu’est devenue ma femme ?
– Peut-être ; mais il faut d’abord que vous avouiez tout ce que vous savez relativement aux relations de votre femme avec Mme de Chevreuse.
– Mais, Monseigneur, je n’en sais rien ; je ne l’ai jamais vue.
– Quand vous alliez chercher votre femme au Louvre, revenait-elle directement chez vous ?
– Presque jamais : elle avait affaire à des marchands de toile, chez lesquels je la conduisais.
– Et combien y en avait-il de marchands de toile ?
– Deux, Monseigneur.
– Où demeurent-ils ?
– Un, rue de Vaugirard ; l’autre, rue de La Harpe.
– Entriez-vous chez eux avec elle ?
– Jamais, Monseigneur ; je l’attendais à la porte.
– Et quel prétexte vous donnait-elle pour entrer ainsi toute seule ?
– Elle ne m’en donnait pas ; elle me disait d’attendre, et j’attendais.
– Vous êtes un mari complaisant, mon cher monsieur Bonacieux ! » dit le cardinal
« Il m’appelle son cher monsieur ! dit en lui-même le mercier. Peste ! les affaires vont bien ! »
« Reconnaîtriez-vous ces portes ?
– Oui.
– Savez-vous les numéros ?
– Oui.
– Quels sont-ils ?
– N° 25, dans la rue de Vaugirard ; n° 75, dans la rue de La Harpe.
– C’est bien », dit le cardinal.
À ces mots, il prit une sonnette d’argent, et sonna ; l’officier rentra.
« Allez, dit-il à demi-voix, me chercher Rochefort ; et qu’il vienne à l’instant même, s’il est rentré.
– Le comte est là, dit l’officier, il demande instamment à parler à Votre Éminence ! »
« À Votre Éminence ! murmura Bonacieux, qui savait que tel était le titre qu’on donnait d’ordinaire à M. le cardinal ;… à Votre Éminence ! »
« Qu’il vienne alors, qu’il vienne ! » dit vivement Richelieu.
L’officier s’élança hors de l’appartement, avec cette rapidité que mettaient d’ordinaire tous les serviteurs du cardinal à lui obéir.
« À Votre Éminence ! » murmurait Bonacieux en roulant des yeux égarés.
Cinq secondes ne s’étaient pas écoulées depuis la disparition de l’officier, que la porte s’ouvrit et qu’un nouveau personnage entra.
« C’est lui, s’écria Bonacieux.
– Qui lui ? demanda le cardinal.
– Celui qui m’a enlevé ma femme. »
Le cardinal sonna une seconde fois. L’officier reparut.
« Remettez cet homme aux mains de ses deux gardes, et qu’il attende que je le rappelle devant moi.
– Non, Monseigneur ! non, ce n’est pas lui ! s’écria Bonacieux ; non, je m’étais trompé : c’est un autre qui ne lui ressemble pas du tout ! Monsieur est un honnête homme.
– Emmenez cet imbécile ! » dit le cardinal.
L’officier prit Bonacieux sous le bras, et le reconduisit dans l’antichambre où il trouva ses deux gardes.
Le nouveau personnage qu’on venait d’introduire suivit des yeux avec impatience Bonacieux jusqu’à ce qu’il fût sorti, et dès que la porte se fut refermée sur lui :
« Ils se sont vus, dit-il en s’approchant vivement du cardinal.
– Qui ? demanda Son Éminence.
– Elle et lui.
– La reine et le duc ? s’écria Richelieu.
– Oui.
– Et où cela ?
– Au Louvre.
– Vous en êtes sûr ?
– Parfaitement sûr.
– Qui vous l’a dit ?
– Mme de Lannoy, qui est toute à Votre Éminence, comme vous le savez.
– Pourquoi ne l’a-t-elle pas dit plus tôt ?
– Soit hasard, soit défiance, la reine a fait coucher Mme de Fargis dans sa chambre, et l’a gardée toute la journée.
– C’est bien, nous sommes battus. Tâchons de prendre notre revanche.
– Je vous y aiderai de toute mon âme, Monseigneur, soyez tranquille.
– Comment cela s’est-il passé ?
– À minuit et demi, la reine était avec ses femmes…
– Où cela ?
– Dans sa chambre à coucher…
– Bien.
– Lorsqu’on est venu lui remettre un mouchoir de la part de sa dame de lingerie…
– Après ?
– Aussitôt la reine a manifesté une grande émotion, et, malgré le rouge dont elle avait le visage couvert, elle a pâli.
– Après ! après !
– Cependant, elle s’est levée, et d’une voix altérée : « Mesdames, a-t-elle dit, attendez-moi dix minutes, puis je reviens. » Et elle a ouvert la porte de son alcôve, puis elle est sortie.
– Pourquoi Mme de Lannoy n’est-elle pas venue vous prévenir à l’instant même ?
– Rien n’était bien certain encore ; d’ailleurs, la reine avait dit : « Mesdames, attendez-moi » ; et elle n’osait désobéir à la reine.
– Et combien de temps la reine est-elle restée hors de la chambre ?
– Trois quarts d’heure.
– Aucune de ses femmes ne l’accompagnait ?
– Doña Estefania seulement.
– Et elle est rentrée ensuite ?
– Oui, mais pour prendre un petit coffret de bois de rose à son chiffre, et sortir aussitôt.
– Et quand elle est rentrée, plus tard, a-t-elle rapporté le coffret ?
– Non.
– Mme de Lannoy savait-elle ce qu’il y avait dans ce coffret ?
– Oui : les ferrets en diamants que Sa Majesté a donnés à la reine.
– Et elle est rentrée sans ce coffret ?
– Oui.
– L’opinion de Mme de Lannoy est qu’elle les a remis alors à Buckingham ?
– Elle en est sûre.
– Comment cela ?
– Pendant la journée, Mme de Lannoy, en sa qualité de dame d’atour de la reine, a cherché ce coffret, a paru inquiète de ne pas le trouver et a fini par en demander des nouvelles à la reine.
– Et alors, la reine…?
– La reine est devenue fort rouge et a répondu qu’ayant brisé la veille un de ses ferrets, elle l’avait envoyé raccommoder chez son orfèvre.
– Il faut y passer et s’assurer si la chose est vraie ou non.
– J’y suis passé.
– Eh bien, l’orfèvre ?
– L’orfèvre n’a entendu parler de rien.
– Bien ! bien ! Rochefort, tout n’est pas perdu, et peut-être… peut-être tout est-il pour le mieux !
– Le fait est que je ne doute pas que le génie de Votre Éminence…
– Ne répare les bêtises de mon agent, n’est-ce pas ?
– C’est justement ce que j’allais dire, si Votre Éminence m’avait laissé achever ma phrase.
– Maintenant, savez-vous où se cachaient la duchesse de Chevreuse et le duc de Buckingham ?
– Non, Monseigneur, mes gens n’ont pu rien me dire de positif là-dessus.
– Je le sais, moi.
– Vous, Monseigneur ?
– Oui, ou du moins je m’en doute. Ils se tenaient, l’un rue de Vaugirard, n° 25, et l’autre rue de La Harpe, n° 75.
– Votre Éminence veut-elle que je les fasse arrêter tous deux ?
– Il sera trop tard, ils seront partis.
– N’importe, on peut s’en assurer.
– Prenez dix hommes de mes gardes, et fouillez les deux maisons.
– J’y vais, Monseigneur. »
Et Rochefort s’élança hors de l’appartement.
Le cardinal, resté seul, réfléchit un instant et sonna une troisième fois.
Le même officier reparut.
« Faites entrer le prisonnier », dit le cardinal.
Maître Bonacieux fut introduit de nouveau, et, sur un signe du cardinal, l’officier se retira.
« Vous m’avez trompé, dit sévèrement le cardinal.
– Moi, s’écria Bonacieux, moi, tromper Votre Éminence !
– Votre femme, en allant rue de Vaugirard et rue de La Harpe, n’allait pas chez des marchands de toile.
– Et où allait-elle, juste Dieu ?
– Elle allait chez la duchesse de Chevreuse et chez le duc de Buckingham.
– Oui, dit Bonacieux rappelant tous ses souvenirs ; oui, c’est cela, Votre Éminence a raison. J’ai dit plusieurs fois à ma femme qu’il était étonnant que des marchands de toile demeurassent dans des maisons pareilles, dans des maisons qui n’avaient pas d’enseignes, et chaque fois ma femme s’est mise à rire. Ah ! Monseigneur, continua Bonacieux en se jetant aux pieds de l’Éminence, ah ! que vous êtes bien le cardinal, le grand cardinal, l’homme de génie que tout le monde révère. »
Le cardinal, tout médiocre qu’était le triomphe remporté sur un être aussi vulgaire que l’était Bonacieux, n’en jouit pas moins un instant ; puis, presque aussitôt, comme si une nouvelle pensée se présentait à son esprit, un sourire plissa ses lèvres, et tendant la main au mercier :
« Relevez-vous, mon ami, lui dit-il, vous êtes un brave homme.
– Le cardinal m’a touché la main ! j’ai touché la main du grand homme ! s’écria Bonacieux ; le grand homme m’a appelé son ami !
– Oui, mon ami ; oui ! dit le cardinal avec ce ton paterne qu’il savait prendre quelquefois, mais qui ne trompait que les gens qui ne le connaissaient pas ; et comme on vous a soupçonné injustement, eh bien, il vous faut une indemnité : tenez ! prenez ce sac de cent pistoles, et pardonnez-moi.
– Que je vous pardonne, Monseigneur ! dit Bonacieux hésitant à prendre le sac, craignant sans doute que ce prétendu don ne fût qu’une plaisanterie. Mais vous étiez bien libre de me faire arrêter, vous êtes bien libre de me faire torturer, vous êtes bien libre de me faire pendre : vous êtes le maître, et je n’aurais pas eu le plus petit mot à dire. Vous pardonner, Monseigneur ! Allons donc, vous n’y pensez pas !
– Ah ! mon cher monsieur Bonacieux ! vous y mettez de la générosité, je le vois, et je vous en remercie.
Ainsi donc, vous prenez ce sac, et vous vous en allez sans être trop mécontent ?
– Je m’en vais enchanté, Monseigneur.
– Adieu donc, ou plutôt à revoir, car j’espère que nous nous reverrons.
– Tant que Monseigneur voudra, et je suis bien aux ordres de Son Éminence.
– Ce sera souvent, soyez tranquille, car j’ai trouvé un charme extrême à votre conversation.
– Oh ! Monseigneur !
– Au revoir, monsieur Bonacieux, au revoir.
Et le cardinal lui fit un signe de la main, auquel Bonacieux répondit en s’inclinant jusqu’à terre ; puis il sortit à reculons, et quand il fut dans l’antichambre, le cardinal l’entendit qui, dans son enthousiasme, criait à tue-tête : « Vive Monseigneur ! vive Son Éminence ! vive le grand cardinal ! » Le cardinal écouta en souriant cette brillante manifestation des sentiments enthousiastes de maître Bonacieux ; puis, quand les cris de Bonacieux se furent perdus dans l’éloignement :
« Bien, dit-il, voici désormais un homme qui se fera tuer pour moi. »
Et le cardinal se mit à examiner avec la plus grande attention la carte de La Rochelle qui, ainsi que nous l’avons dit, était étendue sur son bureau, traçant avec un crayon la ligne où devait passer la fameuse digue qui, dix-huit mois plus tard, fermait le port de la cité assiégée.
Comme il en était au plus profond de ses méditations stratégiques, la porte se rouvrit, et Rochefort rentra.
« Eh bien ? dit vivement le cardinal en se levant avec une promptitude qui prouvait le degré d’importance qu’il attachait à la commission dont il avait chargé le comte.
– Eh bien, dit celui-ci, une jeune femme de vingt-six à vingt-huit ans et un homme de trente-cinq à quarante ans ont logé effectivement, l’un quatre jours et l’autre cinq, dans les maisons indiquées par Votre Éminence : mais la femme est partie cette nuit, et l’homme ce matin.
– C’étaient eux ! s’écria le cardinal, qui regardait à la pendule ; et maintenant, continua-t-il, il est trop tard pour faire courir après : la duchesse est à Tours, et le duc à Boulogne. C’est à Londres qu’il faut les rejoindre.
– Quels sont les ordres de Votre Éminence ?
– Pas un mot de ce qui s’est passé ; que la reine reste dans une sécurité parfaite ; qu’elle ignore que nous savons son secret ; qu’elle croie que nous sommes à la recherche d’une conspiration quelconque. Envoyez-moi le garde des sceaux Séguier.
– Et cet homme, qu’en a fait Votre Éminence ?
– Quel homme ? demanda le cardinal.
– Ce Bonacieux ?
– J’en ai fait tout ce qu’on pouvait en faire. J’en ai fait l’espion de sa femme. »
Le comte de Rochefort s’inclina en homme qui reconnaît la grande supériorité du maître, et se retira.
Resté seul, le cardinal s’assit de nouveau, écrivit une lettre qu’il cacheta de son sceau particulier, puis il sonna. L’officier entra pour la quatrième fois.
« Faites-moi venir Vitray, dit-il, et dites-lui de s’apprêter pour un voyage. »
Un instant après, l’homme qu’il avait demandé était debout devant lui, tout botté et tout éperonné.
« Vitray, dit-il, vous allez partir tout courant pour Londres.
Vous ne vous arrêterez pas un instant en route. Vous remettrez cette lettre à Milady. Voici un bon de deux cents pistoles, passez chez mon trésorier et faites-vous payer. Il y en a autant à toucher si vous êtes ici de retour dans six jours et si vous avez bien fait ma commission. »
Le messager, sans répondre un seul mot, s’inclina, prit la lettre, le bon de deux cents pistoles, et sortit.
Voici ce que contenait la lettre :
« Milady,
« Trouvez-vous au premier bal où se trouvera le duc de Buckingham. Il aura à son pourpoint douze ferrets de diamants, approchez-vous de lui et coupez-en deux.
« Aussitôt que ces ferrets seront en votre possession, prévenez-moi. »
Gens de robe et gens d’épée
Le lendemain du jour où ces événements étaient arrivés, Athos n’ayant point reparu, M. de Tréville avait été prévenu par d’Artagnan et par Porthos de sa disparition.
Quant à Aramis, il avait demandé un congé de cinq jours, et il était à Rouen, disait-on, pour affaires de famille.
M. de Tréville était le père de ses soldats. Le moindre et le plus inconnu d’entre eux, dès qu’il portait l’uniforme de la compagnie, était aussi certain de son aide et de son appui qu’aurait pu l’être son frère lui-même.
Il se rendit donc à l’instant chez le lieutenant criminel. On fit venir l’officier qui commandait le poste de la Croix-Rouge, et les renseignements successifs apprirent qu’Athos était momentanément logé au For-l’Évêque.
Athos avait passé par toutes les épreuves que nous avons vu Bonacieux subir.
Nous avons assisté à la scène de confrontation entre les deux captifs. Athos, qui n’avait rien dit jusque-là de peur que d’Artagnan, inquiété à son tour, n’eût point le temps qu’il lui fallait, Athos déclara, à partir de ce moment, qu’il se nommait Athos et non d’Artagnan.
Il ajouta qu’il ne connaissait ni monsieur, ni madame Bonacieux, qu’il n’avait jamais parlé ni à l’un, ni à l’autre ; qu’il était venu vers les dix heures du soir pour faire visite à M. d’Artagnan, son ami, mais que jusqu’à cette heure il était resté chez M. de Tréville, où il avait dîné ; vingt témoins, ajouta-t-il, pouvaient attester le fait, et il nomma plusieurs gentilshommes distingués, entre autres M. le duc de La Trémouille.
Le second commissaire fut aussi étourdi que le premier de la déclaration simple et ferme de ce mousquetaire, sur lequel il aurait bien voulu prendre la revanche que les gens de robe aiment tant à gagner sur les gens d’épée ; mais le nom de M. de Tréville et celui de M. le duc de La Trémouille méritaient réflexion.
Athos fut aussi envoyé au cardinal, mais malheureusement le cardinal était au Louvre chez le roi.
C’était précisément le moment où M. de Tréville, sortant de chez le lieutenant criminel et de chez le gouverneur du For-l’Évêque, sans avoir pu trouver Athos, arriva chez Sa Majesté.
Comme capitaine des mousquetaires, M. de Tréville avait à toute heure ses entrées chez le roi.
On sait quelles étaient les préventions du roi contre la reine, préventions habilement entretenues par le cardinal, qui, en fait d’intrigues, se défiait infiniment plus des femmes que des hommes.
Une des grandes causes surtout de cette prévention était l’amitié d’Anne d’Autriche pour Mme de Chevreuse. Ces deux femmes l’inquiétaient plus que les guerres avec l’Espagne, les démêlés avec l’Angleterre et l’embarras des finances. À ses yeux et dans sa conviction, Mme de Chevreuse servait la reine non seulement dans ses intrigues politiques, mais, ce qui le tourmentait bien plus encore, dans ses intrigues amoureuses.
Au premier mot de ce qu’avait dit M. le cardinal, que Mme de Chevreuse, exilée à Tours et qu’on croyait dans cette ville, était venue à Paris et, pendant cinq jours qu’elle y était restée, avait dépisté la police, le roi était entré dans une furieuse colère. Capricieux et infidèle, le roi voulait être appelé Louis le Juste et Louis le Chaste. La postérité comprendra difficilement ce caractère, que l’histoire n’explique que par des faits et jamais par des raisonnements.
Mais lorsque le cardinal ajouta que non seulement Mme de Chevreuse était venue à Paris, mais encore que la reine avait renoué avec elle à l’aide d’une de ces correspondances mystérieuses qu’à cette époque on nommait une cabale ; lorsqu’il affirma que lui, le cardinal, allait démêler les fils les plus obscurs de cette intrigue, quand, au moment d’arrêter sur le fait, en flagrant délit, nanti de toutes les preuves, l’émissaire de la reine près de l’exilée, un mousquetaire avait osé interrompre violemment le cours de la justice en tombant, l’épée à la main, sur d’honnêtes gens de loi chargés d’examiner avec impartialité toute l’affaire pour la mettre sous les yeux du roi, – Louis XIII ne se contint plus, il fit un pas vers l’appartement de la reine avec cette pâle et muette indignation qui, lorsqu’elle éclatait, conduisait ce prince jusqu’à la plus froide cruauté.
Et cependant, dans tout cela, le cardinal n’avait pas encore dit un mot du duc de Buckingham.
Ce fut alors que M. de Tréville entra, froid, poli et dans une tenue irréprochable.
Averti de ce qui venait de se passer par la présence du cardinal et par l’altération de la figure du roi, M. de Tréville se sentit fort comme Samson devant les Philistins.
Louis XIII mettait déjà la main sur le bouton de la porte ; au bruit que fit M. de Tréville en entrant, il se retourna.
« Vous arrivez bien, monsieur, dit le roi, qui, lorsque ses passions étaient montées à un certain point, ne savait pas dissimuler, et j’en apprends de belles sur le compte de vos mousquetaires.
– Et moi, dit froidement M. de Tréville, j’en ai de belles à apprendre à Votre Majesté sur ses gens de robe.
– Plaît-il ? dit le roi avec hauteur.
– J’ai l’honneur d’apprendre à Votre Majesté, continua M. de Tréville du même ton, qu’un parti de procureurs, de commissaires et de gens de police, gens fort estimables mais fort acharnés, à ce qu’il paraît, contre l’uniforme, s’est permis d’arrêter dans une maison, d’emmener en pleine rue et de jeter au For-l’Évêque, tout cela sur un ordre que l’on a refusé de me représenter, un de mes mousquetaires, ou plutôt des vôtres, Sire, d’une conduite irréprochable, d’une réputation presque illustre, et que Votre Majesté connaît favorablement, M. Athos.
– Athos, dit le roi machinalement ; oui, au fait, je connais ce nom.
– Que Votre Majesté se le rappelle, dit M. de Tréville ; M. Athos est ce mousquetaire qui, dans le fâcheux duel que vous savez, a eu le malheur de blesser grièvement M. de Cahusac. – à propos, Monseigneur, continua Tréville en s’adressant au cardinal, M. de Cahusac est tout à fait rétabli, n’est-ce pas ?
– Merci ! dit le cardinal en se pinçant les lèvres de colère.
– M. Athos était donc allé rendre visite à l’un de ses amis alors absent, continua M. de Tréville, à un jeune Béarnais, cadet aux gardes de Sa Majesté, compagnie des Essarts ; mais à peine venait-il de s’installer chez son ami et de prendre un livre en l’attendant, qu’une nuée de recors et de soldats mêlés ensemble vint faire le siège de la maison, enfonça plusieurs portes… »
Le cardinal fit au roi un signe qui signifiait : « C’est pour l’affaire dont je vous ai parlé. »
« Nous savons tout cela, répliqua le roi, car tout cela s’est fait pour notre service.
– Alors, dit Tréville, c’est aussi pour le service de Votre Majesté qu’on a saisi un de mes mousquetaires innocent, qu’on l’a placé entre deux gardes comme un malfaiteur, et qu’on a promené au milieu d’une populace insolente ce galant homme, qui a versé dix fois son sang pour le service de Votre Majesté et qui est prêt à le répandre encore.
– Bah ! dit le roi ébranlé, les choses se sont passées ainsi ?
– M. de Tréville ne dit pas, reprit le cardinal avec le plus grand flegme, que ce mousquetaire innocent, que ce galant homme venait, une heure auparavant, de frapper à coups d’épée quatre commissaires instructeurs délégués par moi afin d’instruire une affaire de la plus haute importance.
– Je défie Votre Éminence de le prouver, s’écria M. de Tréville avec sa franchise toute gasconne et sa rudesse toute militaire, car, une heure auparavant M. Athos, qui, je le confierai à Votre Majesté, est un homme de la plus haute qualité, me faisait l’honneur, après avoir dîné chez moi, de causer dans le salon de mon hôtel avec M. le duc de La Trémouille et M. le comte de Châlus, qui s’y trouvaient. »
Le roi regarda le cardinal.
« Un procès-verbal fait foi, dit le cardinal répondant tout haut à l’interrogation muette de Sa Majesté, et les gens maltraités ont dressé le suivant, que j’ai l’honneur de présenter à Votre Majesté.
– Procès-verbal de gens de robe vaut-il la parole d’honneur, répondit fièrement Tréville, d’homme d’épée ?
– Allons, allons, Tréville, taisez-vous, dit le roi.
– Si Son Éminence a quelque soupçon contre un de mes mousquetaires, dit Tréville, la justice de M. le cardinal est assez connue pour que je demande moi-même une enquête.
– Dans la maison où cette descente de justice a été faite, continua le cardinal impassible, loge, je crois, un Béarnais ami du mousquetaire.
– Votre Éminence veut parler de M. d’Artagnan ?
– Je veux parler d’un jeune homme que vous protégez, Monsieur de Tréville.
– Oui, Votre Éminence, c’est cela même.
– Ne soupçonnez-vous pas ce jeune homme d’avoir donné de mauvais conseils…
– À M. Athos, à un homme qui a le double de son âge ? interrompit M. de Tréville ; non, Monseigneur. D’ailleurs, M. d’Artagnan a passé la soirée chez moi.
– Ah çà, dit le cardinal, tout le monde a donc passé la soirée chez vous ?
– Son Éminence douterait-elle de ma parole ? dit Tréville, le rouge de la colère au front.
– Non, Dieu m’en garde ! dit le cardinal ; mais, seulement, à quelle heure était-il chez vous ?
– Oh ! cela je puis le dire sciemment à Votre Éminence, car, comme il entrait, je remarquai qu’il était neuf heures et demie à la pendule, quoique j’eusse cru qu’il était plus tard.
– Et à quelle heure est-il sorti de votre hôtel ?
– À dix heures et demie : une heure après l’événement.
– Mais, enfin, répondit le cardinal, qui ne soupçonnait pas un instant la loyauté de Tréville, et qui sentait que la victoire lui échappait, mais, enfin, Athos a été pris dans cette maison de la rue des Fossoyeurs.
– Est-il défendu à un ami de visiter un ami ? à un mousquetaire de ma compagnie de fraterniser avec un garde de la compagnie de M. des Essarts ?
– Oui, quand la maison où il fraternise avec cet ami est suspecte.
– C’est que cette maison est suspecte, Tréville, dit le roi ; peut-être ne le saviez-vous pas ?
– En effet, Sire, je l’ignorais. En tout cas, elle peut être suspecte partout ; mais je nie qu’elle le soit dans la partie qu’habite M. d’Artagnan ; car je puis vous affirmer, Sire, que, si j’en crois ce qu’il a dit, il n’existe pas un plus dévoué serviteur de Sa Majesté, un admirateur plus profond de M. le cardinal.
– N’est-ce pas ce d’Artagnan qui a blessé un jour Jussac dans cette malheureuse rencontre qui a eu lieu près du couvent des Carmes-Déchaussés ? demanda le roi en regardant le cardinal, qui rougit de dépit.
– Et le lendemain, Bernajoux. Oui Sire, oui, c’est bien cela, et Votre Majesté a bonne mémoire.
– Allons, que résolvons-nous ? dit le roi.
– Cela regarde Votre Majesté plus que moi, dit le cardinal. J’affirmerais la culpabilité.
– Et moi je la nie, dit Tréville. Mais Sa Majesté a des juges, et ses juges décideront.
– C’est cela, dit le roi, renvoyons la cause devant les juges : c’est leur affaire de juger, et ils jugeront.
– Seulement, reprit Tréville, il est bien triste qu’en ce temps malheureux où nous sommes, la vie la plus pure, la vertu la plus incontestable n’exemptent pas un homme de l’infamie et de la persécution. Aussi l’armée sera-t-elle peu contente, je puis en répondre, d’être en butte à des traitements rigoureux à propos d’affaires de police. »
Le mot était imprudent ; mais M. de Tréville l’avait lancé avec connaissance de cause. Il voulait une explosion, parce qu’en cela la mine fait du feu, et que le feu éclaire.
« Affaires de police ! s’écria le roi, relevant les paroles de M. de Tréville : affaires de police ! et qu’en savez-vous, monsieur ? Mêlez-vous de vos mousquetaires, et ne me rompez pas la tête. Il semble, à vous entendre, que, si par malheur on arrête un mousquetaire, la France est en danger. Eh ! que de bruit pour un mousquetaire ! j’en ferai arrêter dix, ventrebleu ! cent, même ; toute la compagnie ! et je ne veux pas que l’on souffle mot.
– Du moment où ils sont suspects à Votre Majesté, dit Tréville, les mousquetaires sont coupables ; aussi, me voyez-vous, Sire, prêt à vous rendre mon épée ; car après avoir accusé mes soldats, M. le cardinal, je n’en doute pas, finira par m’accuser moi-même ; ainsi mieux vaut que je me constitue prisonnier avec M. Athos, qui est arrêté déjà, et M. d’Artagnan, qu’on va arrêter sans doute.
– Tête gasconne, en finirez-vous ? dit le roi.
– Sire, répondit Tréville sans baisser le moindrement la voix, ordonnez qu’on me rende mon mousquetaire, ou qu’il soit jugé.
– On le jugera, dit le cardinal.
– Eh bien, tant mieux ; car, dans ce cas, je demanderai à Sa Majesté la permission de plaider pour lui. »
Le roi craignit un éclat.
« Si Son Éminence, dit-il, n’avait pas personnellement des motifs… »
Le cardinal vit venir le roi, et alla au-devant de lui :
« Pardon, dit-il, mais du moment où Votre Majesté voit en moi un juge prévenu, je me retire.
– Voyons, dit le roi, me jurez-vous, par mon père, que M. Athos était chez vous pendant l’événement, et qu’il n’y a point pris part ?
– Par votre glorieux père et par vous-même, qui êtes ce que j’aime et ce que je vénère le plus au monde, je le jure !
– Veuillez réfléchir, Sire, dit le cardinal. Si nous relâchons ainsi le prisonnier, on ne pourra plus connaître la vérité.
– M. Athos sera toujours là, reprit M. de Tréville, prêt à répondre quand il plaira aux gens de robe de l’interroger. Il ne désertera pas, monsieur le cardinal ; soyez tranquille, je réponds de lui, moi.
– Au fait, il ne désertera pas, dit le roi ; on le retrouvera toujours, comme dit M. de Tréville. D’ailleurs, ajouta-t-il en baissant la voix et en regardant d’un air suppliant Son Éminence, donnons-leur de la sécurité : cela est politique. »
Cette politique de Louis XIII fit sourire Richelieu.
« Ordonnez, Sire, dit-il, vous avez le droit de grâce.
– Le droit de grâce ne s’applique qu’aux coupables, dit Tréville, qui voulait avoir le dernier mot, et mon mousquetaire est innocent. Ce n’est donc pas grâce que vous allez faire, Sire, c’est justice.
– Et il est au For-l’Évêque ? dit le roi.
– Oui, Sire, et au secret, dans un cachot, comme le dernier des criminels.
– Diable ! diable ! murmura le roi, que faut-il faire ?
– Signer l’ordre de mise en liberté, et tout sera dit, reprit le cardinal ; je crois, comme Votre Majesté, que la garantie de M. de Tréville est plus que suffisante. »
Tréville s’inclina respectueusement avec une joie qui n’était pas sans mélange de crainte ; il eût préféré une résistance opiniâtre du cardinal à cette soudaine facilité.
Le roi signa l’ordre d’élargissement, et Tréville l’emporta sans retard.
Au moment où il allait sortir, le cardinal lui fit un sourire amical, et dit au roi :
« Une bonne harmonie règne entre les chefs et les soldats, dans vos mousquetaires, Sire ; voilà qui est bien profitable au service et bien honorable pour tous. »
« Il me jouera quelque mauvais tour incessamment, se disait Tréville ; on n’a jamais le dernier mot avec un pareil homme. Mais hâtons-nous, car le roi peut changer d’avis tout à l’heure ; et au bout du compte, il est plus difficile de remettre à la Bastille ou au For-l’Évêque un homme qui en est sorti, que d’y garder un prisonnier qu’on y tient. »
M. de Tréville fit triomphalement son entrée au For-l’Évêque, où il délivra le mousquetaire, que sa paisible indifférence n’avait pas abandonné.
Puis, la première fois qu’il revit d’Artagnan :
« Vous l’échappez belle, lui dit-il ; voilà votre coup d’épée à Jussac payé. Reste bien encore celui de Bernajoux, mais il ne faudrait pas trop vous y fier. »
Au reste, M. de Tréville avait raison de se défier du cardinal et de penser que tout n’était pas fini, car à peine le capitaine des mousquetaires eut-il fermé la porte derrière lui, que Son Éminence dit au roi :
« Maintenant que nous ne sommes plus que nous deux, nous allons causer sérieusement, s’il plaît à Votre Majesté.
Sire, M. de Buckingham était à Paris depuis cinq jours et n’en est parti que ce matin. »

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