La femme de ménage Freida Mac Fadden


— Je… Tout va bien entre nous ?
Je lui souris.
— Tout va bien. Parfaitement bien. Promis.
Il fait une seconde tentative pour s’asseoir, en grimaçant à cause de son
mal de tête. Cette fois, il y parvient.
— Je suis vraiment désolé. Je n’aurais pas dû…
Ses excuses me tirent une grimace.
— Ne t’inquiète pas pour ça, je le coupe d’une voix qui, même à mes
oreilles, sonne sec, alors je me racle la gorge. Je vais aller prendre une
douche. On va devoir rentrer à la maison.
Il pousse un soupir.
— Ouais. Tu ne diras rien à Nina, hein ? Je veux dire, on était tous les
deux vraiment soûls et…
Bien sûr. C’est tout ce dont il se soucie.
— Je ne dirai rien.
— Merci. Merci beaucoup.
Je suis nue sous les couvertures, mais comme je ne veux pas qu’il me
voie, j’attrape l’un des draps et l’enroule autour de moi avant de sortir du
lit. En me dirigeant tant bien que mal vers la salle de bains, je sens les yeux
d’Andrew sur moi, mais je ne me retourne pas pour le regarder. C’est
humiliant.
— Millie ?
Je ne peux toujours pas le regarder.
— Quoi ?
— En fait, je ne suis pas désolé, dit-il. J’ai passé un super moment avec
toi hier soir, et je ne regrette rien du tout. Et j’espère que toi non plus.
Là, je me risque à le regarder. Il est toujours dans le lit, les couvertures
remontées jusqu’à la taille, révélant son torse nu et musclé.
— Non, je ne regrette rien du tout.
— Mais… (Nouveau soupir.) Ça ne peut pas se reproduire. Tu en es bien
consciente ?
Je hoche la tête.
— Oui, je comprends.
Une expression troublée se dessine sur son visage. Il passe une main dans
ses cheveux bruns pour les coiffer.
— J’aimerais que les choses puissent être différentes.
— Je sais.
— J’aurais aimé te rencontrer à l’époque où…
Il n’a pas besoin de finir sa phrase. Je sais ce qu’il pense. Si seulement
nous nous étions rencontrés quand il était encore célibataire… Il aurait pu
entrer dans le bar où j’étais serveuse, nos yeux se seraient croisés et, quand
il m’aurait demandé mon numéro, je le lui aurais donné. Mais ça ne s’est
pas passé comme ça. Il est marié. Il est père. Il ne peut plus rien se passer
entre nous. Alors je répète :
— Je sais.
Il garde les yeux braqués sur moi. L’espace d’un instant, je me demande
s’il va proposer de me rejoindre sous la douche. Après tout, nous avons déjà
profané cette chambre d’hôtel. Une fois de plus ou de moins… Mais il s’en
abstient. Il se détourne, remonte les couvertures, et je vais prendre ma
douche froide.
28
On se parle à peine pendant le trajet de retour vers Long Island : Andrew
allume la radio et nous écoutons le babillage bêtifiant du DJ. Je songe
soudain qu’Andrew a mentionné une réunion plus tard en ville. Il va donc
devoir repartir dès que nous serons rentrés à la maison. Bon, il ne fait pas
non plus le voyage uniquement pour moi. Il porte les mêmes vêtements
qu’hier et je suis sûre qu’il a envie de se changer avant de se rendre à sa
réunion.
— Presque arrivés, marmonne-t-il, quand on sort de l’autoroute de Long
Island.
Il a mis des lunettes de soleil, si bien que son expression est
indéchiffrable.
— Super.
Ma robe est encore remontée sur mes cuisses. Cette satanée robe, c’est
elle qui a causé tous nos problèmes. Je tire dessus et, même derrière ses
lunettes de soleil, je ne peux pas m’empêcher de remarquer qu’Andrew me
regarde encore. Je hausse les sourcils à son attention et il sourit d’un air
penaud.
— Un dernier coup d’œil pour la route.
Tandis que nous traversons un quartier résidentiel, il fait un écart pour
dépasser un camion poubelle. Et c’est là qu’une horrible pensée me vient à
l’esprit.
— Andrew, je siffle. Je n’ai pas sorti les poubelles hier soir !
— Ah…
Il ne semble pas comprendre la gravité de la situation.
— Nina m’a envoyé un texto pour me souvenir de sortir les poubelles
sans faute hier soir. Or je ne l’ai pas fait, parce que je n’étais pas à la
maison. Je n’ai jamais oublié jusqu’à présent. Si elle l’apprend…
Il ôte ses lunettes de soleil, révélant des yeux légèrement injectés de
sang.
— Merde. Tu as encore le temps de le faire ?
Je regarde le camion poubelles, qui roule dans la direction opposée à
celle de sa maison.
— J’en doute. Je pense que c’est trop tard. Ils passent très tôt.
— Tu pourrais simplement dire que tu as oublié, non ?
— Tu penses que Nina va gober ça ?
Il tapote le volant.
— Merde, répète-t-il. OK, je vais m’en occuper. Ne t’inquiète pas.
La seule façon de s’en occuper, c’est de trimballer toutes les ordures à la
décharge personnellement. Je ne sais même pas où se trouve la décharge,
mais le coffre de ma Nissan est minuscule et il me faudrait plusieurs
voyages, où que ce soit. J’espère donc vraiment qu’Andrew est sincère,
quand il dit qu’il va s’en charger.
Devant la maison, il appuie sur le bouton dans sa voiture qui actionne
automatiquement l’ouverture du portail. Enzo, en train de travailler dans
notre jardin, lève brusquement la tête quand il voit la BMW descendre
l’allée. C’est inhabituel de voir la voiture arriver à la maison à cette heure –
il serait plus logique qu’elle en parte –, sa surprise est donc justifiée.
J’aurais dû me baisser, mais trop tard. Enzo s’interrompt en plein travail.
Ses yeux sombres rencontrent les miens. Puis il secoue la tête, comme le
premier jour où on s’est vus.
Merde.
Andrew remarque aussi son geste, mais il y répond en levant la main,
comme s’il n’y avait rien de bizarre à ce qu’il arrive chez lui à 9 h 30 du
matin avec une femme qui n’est pas la sienne. Avant d’entrer dans le
garage, il se met au point mort.
— Je vais voir si Enzo peut s’occuper de la poubelle, m’annonce-t-il.
Je veux le supplier de ne pas lui demander ça, mais avant que je puisse
ouvrir la bouche, il a sauté de la voiture, laissant la portière légèrement
entrouverte. Je vois Enzo reculer d’un pas comme s’il ne voulait pas avoir
cette conversation.
— Ciao, Enzo, lance Andrew au paysagiste avec un large sourire. (Bon
Dieu, ce qu’il est beau quand il sourit ! Je ferme les yeux un instant,
parcourue d’un frisson au souvenir de ses mains partout sur mon corps, la
nuit dernière.) J’ai besoin de votre aide.
Enzo ne dit pas un mot. Il se contente de le dévisager.
— Nous avons un problème avec les ordures, continue Andrew en
désignant les quatre sacs-poubelles sur le côté de la maison. Nous avons
oublié de les sortir hier soir pour les éboueurs. Pensez-vous que vous
pourriez les emporter à la décharge avec votre pick-up ? Je vous paierai
cinquante dollars.
Enzo regarde les sacs-poubelles, puis revient à Andrew. Sans un mot.
— Poubelle… répète Andrew. À… la décharge. Décharge d’ordures.
Capisci ?
Enzo secoue la tête.
Andrew serre les dents et sort son portefeuille de sa poche arrière.
— Débarrassez-vous des ordures. Je vous donnerai… (Il fouille dans son
portefeuille.) Cent dollars. (Il agite les billets devant le visage d’Enzo.)
Allez jeter les ordures. Vous avez un pick-up. Emportez-les à la décharge.
Finalement, Enzo lâche :
— Non. Je occupé.
— D’accord, mais c’est notre jardin et… (Andrew laisse échapper un
soupir et rouvre son portefeuille.) Deux cents dollars. Un voyage à la
décharge. Rendez-moi ce service. S’il vous plaît.
Au début, je pense qu’Enzo va encore refuser. Mais il tend la main et
prend les billets des doigts d’Andrew. Puis il va sur le côté de la maison et
attrape les sacs-poubelles. Il réussit à les porter tous en une seule fois. Je
vois les muscles de ses biceps gonflés sous son tee-shirt blanc.
— Bien, dit Andrew. À la décharge.
Enzo le fixe un moment, puis il le dépasse sans un mot avec les sacs-
poubelles, qu’il jette dans son pick-up, avant de s’en aller. Apparemment, il
a compris le message.
Andrew revient vers la voiture et remonte sur le siège conducteur.
— Voilà, c’est réglé. Mais bon sang, quel trou du cul !
— J’ai cru qu’il ne comprendrait jamais.
Il m’adresse un regard incrédule.
— Ouais, tu parles. Il comprend plus qu’il ne veut bien le laisser paraître.
Il a fait ça pour que je lui donne plus d’argent.
Je suis d’accord qu’Enzo ne semblait pas vouloir sortir les poubelles,
mais je ne pense pas qu’il cherchait à se faire plus d’argent.
— Je n’aime pas ce type, grommelle Andrew. Il travaille dans toutes les
maisons du quartier, mais il passe un tiers de son temps dans notre jardin. Il
est toujours là, dehors. Je ne sais même pas ce qu’il fabrique, la moitié du
temps.
— Vous avez la plus grande maison du quartier, lui fais-je remarquer. Et
la plus grande pelouse.
— D’accord, mais… (Andrew suit des yeux le pick-up d’Enzo, qui
disparaît au bout la rue.) Je ne sais pas. J’ai dit à Nina de se débarrasser de
lui et d’embaucher quelqu’un d’autre, mais elle prétend que tout le monde
l’emploie et qu’apparemment, c’est « le meilleur ».
Certes, Enzo n’est pas la personne que je préfère, depuis qu’il a repoussé
mes avances sans trop de subtilité, mais ce n’est pas pour ça qu’il me met si
mal à l’aise. J’ai toujours en mémoire la façon dont il a sifflé le mot italien
qui signifie « danger », le premier jour où je suis venue ici. La peur que
semble lui inspirer Nina, alors qu’il serait assez grand et fort pour l’écraser
d’une seule main. Est-ce qu’Andrew se doute de la méfiance d’Enzo envers
sa femme ?
En tout cas, ce n’est pas moi qui vais lui en parler.
29
Nina rentre à la maison vers 14 heures, après avoir déposé Cecelia à son
camp de vacances. Elle porte quatre grands sacs à provisions, fruits d’une
virée shopping impromptue sur le chemin du retour, et les dépose sans
cérémonie sur le sol du salon.
— Je suis tombée sur une petite boutique troooop mignonne, m’annonce-
t-elle. Je n’ai pas pu me retenir !
— Super, je réponds avec un enthousiasme forcé.
Les joues de Nina sont rouges, elle a des taches de sueur sous les
aisselles et ses cheveux blonds frisent abondamment. Elle n’a toujours pas
fait teindre ses racines, et son mascara, au coin de l’œil droit, est tout collé.
Plus je la regarde, moins j’arrive à comprendre ce qu’Andrew lui trouve.
— Montez-moi ces sacs à l’étage, voulez-vous, Millie ? (Elle s’assied sur
le canapé de cuir et sort son téléphone.) Merci beaucoup.
J’empoigne l’un des sacs et, bon sang, ce qu’il est lourd ! Dans quel
genre de boutique est-elle allée ? Un magasin d’haltères ? Il va me falloir
deux voyages, je n’ai pas les gros bras d’Enzo.
— Un peu lourd, je commente.
Elle rit.
— Vraiment ? Je n’ai pas trouvé. Il est peut-être temps d’aller à la gym,
Millie. Vous vous ramollissez.
Mes joues brûlent. Je me ramollis ? Nina n’a pas l’air d’avoir une once
de muscle dans tout le corps. Elle ne fait jamais de sport, d’après ce que je
sais. Je ne l’ai même jamais vue en baskets.
Alors que je me dirige lentement et péniblement vers l’escalier, chargée
de deux sacs de ses courses. Nina me rappelle.
— Oh, au fait, Millie ?
Je serre les dents.
— Oui ?
Elle pivote sur le canapé pour me regarder.
— J’ai appelé sur la ligne fixe hier soir. Comment se fait-il que personne
n’ait répondu ?
Je me fige. Mes bras tremblent sous le poids des sacs de courses.
— Quoi ?
— J’ai composé le numéro de téléphone de la maison hier soir, reprend-
elle plus lentement. Vers 23 heures. Répondre au téléphone de la maison est
l’une de vos attributions. Mais ni vous ni Andrew n’avez décroché.
— Ah. (Je pose les sacs de courses un instant et me frotte le menton,
comme si je réfléchissais.) J’étais peut-être déjà endormie à ce moment-là
et le téléphone n’est pas assez fort dans ma chambre pour me réveiller.
Peut-être qu’Andrew était sorti ?
Elle arque un sourcil.
— Andrew, sortir à 23 heures un dimanche ? Avec qui ?
Je hausse les épaules.
— Je n’en ai aucune idée. Vous avez essayé son portable ?
Je sais qu’elle ne l’a pas fait. J’étais avec Andrew à 23 heures. On était au
lit ensemble.
— Non, dit-elle, sans proposer d’autre explication.
Je m’éclaircis la voix.
— En tout cas, comme je l’ai dit, pour ma part, j’étais dans ma chambre à
ce moment-là. Je n’ai aucune idée de ce qu’il faisait.
Ses yeux bleu pâle s’assombrissent alors qu’elle me regarde fixement
depuis l’autre extrémité du salon.
— Hum. Vous avez peut-être raison. Je vais devoir lui poser la question.
Je hoche la tête, soulagée qu’elle ne m’interroge pas plus avant. Elle ne
sait pas ce qui s’est passé. Elle ignore que nous sommes allés en ville
ensemble, que nous avons assisté au spectacle qu’elle devait voir avec lui et
que nous avons passé la nuit ensemble au Plaza. Dieu seul sait ce qu’elle
me ferait si elle savait.
Mais elle ne sait pas.
J’attrape les sacs de courses et parviens à les hisser jusqu’en haut des
marches. Je les dépose dans la chambre principale, puis je frotte mes bras,
engourdis par le trajet. Mes yeux sont attirés vers la salle de bains attenante,
que j’ai nettoyée ce matin – même si, comme Nina n’était pas là, elle était
déjà d’une propreté inhabituelle. Je me glisse à l’intérieur. Cette salle de
bains est presque aussi grande que ma chambre à l’étage, avec une immense
baignoire en porcelaine. Une baignoire plus haute que la plupart des
baignoires – le bord m’arrive au niveau des genoux.
Je la contemple, les sourcils froncés, en imaginant ce qui a dû se passer
ici, bien des années auparavant. La petite Cecelia, en train de prendre un
bain, dans la baignoire qui se remplit lentement. Puis Nina qui attrape sa
fille et l’enfonce sous l’eau, la regarde suffoquer…
Je ferme les yeux et me détourne. Je ne dois pas y penser. En revanche, je
ne dois jamais oublier la fragilité émotionnelle de Nina. Elle ne doit jamais
apprendre ce qui s’est passé entre Andrew et moi la nuit dernière. Ça la
détruirait. Et ensuite, elle me détruirait.
Alors je fouille dans ma poche et je sors mon portable. Je tape un
message au numéro d’Andrew :
Juste un avertissement : Nina a appelé à la maison hier soir.
Il saura quoi faire. Il sait toujours.
30
La maison est plus calme quand Cecelia n’est pas là.
Même si elle reste souvent dans sa chambre, elle suscite une forme
d’énergie. Avec son départ, on dirait que le silence s’est abattu sur la
maison des Winchester. Et à ma grande surprise, Nina semble plus joyeuse.
Dieu merci, elle n’a pas reparlé de l’appel téléphonique de la nuit où nous
étions absents.
Andrew et moi mettons un soin méticuleux à nous éviter, ce qui est
difficile quand on vit sous le même toit. Si nous nous croisons, nous
détournons tous les deux les yeux. Avec un peu de chance, nous réussirons à
passer à autre chose, parce que je ne veux pas perdre ce travail. C’est déjà
assez affreux que je n’aie aucun espoir de développer une vraie relation
avec le premier gars qui me plaît depuis une décennie.
Ce soir, je me dépêche de préparer le dîner pour qu’il soit sur la table
avant qu’Andrew ne rentre à la maison. Mais alors que je porte les verres
d’eau dans la salle à manger, je tombe sur lui. Littéralement. L’un des verres
m’échappe des mains et se brise au sol.
— Merde ! je crie.
J’ose un coup d’œil vers Andrew. Il porte un costume bleu foncé avec
une cravate sombre et, encore une fois, il est d’une beauté dévastatrice. Il a
travaillé toute la journée, pourtant l’ombre de barbe qu’il a au menton ne
fait que le rendre encore plus sexy. Nos regards se croisent une fraction de
seconde et, contre ma volonté, je suis traversée par un courant électrique.
Ses yeux s’écarquillent, je suis sûre qu’il a ressenti la même attirance.
— Je vais t’aider à nettoyer tout ça, dit-il.
— Non, ce n’est pas à vous de le faire.
Mais il insiste. Je balaie les gros morceaux de verre, il tient la pelle et
puis va les jeter à la cuisine. Nina ne m’aurait jamais aidée, mais Andrew
n’est pas comme elle. Lorsqu’il me prend le balai des mains, mes doigts
frôlent les siens. Nos yeux se rencontrent à nouveau et, cette fois,
impossible d’ignorer le feu d’artifice. C’est physiquement douloureux de ne
pas pouvoir être avec cet homme.
— Millie… dit-il dans un murmure rauque.
Ma gorge est super sèche. Il n’est qu’à un pas de moi. Si je me penchais
en avant, il m’embrasserait. Je le sais.
— Oh non ! Que s’est-il passé ?
Au son de la voix de Nina, Andrew et moi nous écartons l’un de l’autre
comme sous l’effet d’une brûlure. Je serre le balai si fort que mes doigts
deviennent tout blancs.
— J’ai fait tomber un verre, je dis. Alors… ben, je ramassais.
Les yeux de Nina tombent au sol, où de petits éclats de verre scintillent à
la lumière du plafond.
— Oh, Millie. S’il vous plaît, faites plus attention à l’avenir.
Je travaille ici depuis des mois et pas une seule fois je n’ai fait tomber ou
cassé quoi que ce soit. Enfin, sauf la fameuse nuit où elle nous a surpris,
Andrew et moi, en train de regarder Une famille en or. Mais elle n’est pas
au courant.
— Oui, je suis désolée. Je vais chercher l’aspirateur.
Les yeux d’Andrew me suivent alors que je retourne au placard,
légèrement plus grand que ma chambre à coucher à l’étage, où je range le
balai, pour l’échanger contre l’aspirateur. Je discerne une expression de
douleur sur son visage. Quoi qu’il ait voulu de me dire il y a une minute, il
en a toujours envie. Mais il ne le peut pas, avec Nina dans la pièce.
Ou peut-être que si.
— Il faut qu’on parle plus tard, me murmure-t-il à l’oreille, juste avant de
suivre Nina dans le salon, en attendant que je finisse de nettoyer. OK ?
Je hoche la tête. Je ne sais pas de quoi il veut me parler, mais je prends sa
demande comme un signe positif. Nous avons déjà convenu de ne jamais
évoquer ce qui s’est passé cette nuit-là au Plaza. Donc s’il veut revenir
dessus…
Mais je ne dois pas trop espérer.
Environ dix minutes plus tard, j’ai tout ramassé et je vais chercher
Andrew et Nina à la salle à manger. Ils sont tous les deux assis sur le
canapé, mais aux extrémités opposées. Chacun regarde son téléphone, sans
même essayer de se parler. J’ai remarqué qu’ils ont pris l’habitude de faire
ça, à l’heure du dîner.
Ils me rejoignent à la salle à manger et Nina s’installe sur son siège en
face d’Andrew. Elle regarde l’assiette de côtelette de porc avec sauce aux
pommes et broccolini. Elle me sourit, et je remarque alors que son rouge à
lèvres rouge vif est un peu… de travers. Il a débordé du côté droit de ses
lèvres, ce qui lui donne un air presque clownesque… un clown démoniaque.
— Ç’a l’air délicieux, Millie.
— Merci.
— Tu ne trouves que ça ne sent pas merveilleusement bon, Andy ?
Il prend sa fourchette.
— Mmm. Très bon.
— Je suis sûre, poursuit Nina, qu’on ne vous servait jamais d’aussi bons
petits plats en prison, n’est-ce pas, Millie ?
Bombe larguée.
Nina me sourit agréablement de ses lèvres démoniaques. Andrew, assis
en face d’elle, est bouche bée. Évidemment, c’est une information nouvelle
pour lui.
— Euh…
— Quel genre de nourriture on vous servait là-bas ? insiste-t-elle. J’ai
toujours été curieuse de le savoir. C’est comment, la nourriture en prison ?
Je ne sais pas quoi dire. Je ne peux pas nier. Elle connaît mon passé.
— Ça va.
— Eh bien, j’espère que vous ne vous inspirerez pas des repas que vous
preniez là-bas, s’esclaffe-t-elle. Restez sur ce que vous faites. C’est du bon
travail.
— Merci, je murmure.

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