Manon Lescaut

  1. ↑ Le biographe de l’édition de 1810, qui est le même que celui de
    l’édition de 1783, a copié sur ce point le biographe qui a publié les
    Pensées de l’abbé Prévost, en 1764, et qui, lui-même, s’en était tenu aux
    explications insérées dans le nombre 47 du Pour et Contre. – On a
    imprimé, dans je ne sais quel livre d’ana, que Prévost étant tombé
    amoureux d’une dame. À Hesdin probablement, son père, qui voyait
    cette intrigue de mauvais œil, alla un soir à la porte de la dame pour
    morigéner son fils au passage, et que celui-ci, dans la rapidité du
    mouvement qu’il fit pour s’échapper, heurta si violemment son père que
    le vieillard mourut des suites du coup. Si ce n’est pas là une calomnie
    atroce, c’est un conte, et Prévost a bien assez de catastrophes dans sa vie
    sans celle-là.
  2. ↑ Pendant qu’il est captif en Turquie, son maître Salem veut le convertir
    au Coran ; et comme le marquis, en bon chrétien, s’élève contre
    l’impureté sensuelle sanctionnée par Mahomet, Salem lui fait le
    raisonnement que voici : « Dieu, n’ayant pas voulu tout d’un coup se
    communiquer aux hommes, ne s’est d’abord fait connaître à eux que par
    des figures. La première loi, qui fut celle des Juifs, en est remplie. Il ne
    leur proposait pour motif et pour récompense de la vertu que des plaisirs
    charnels et des félicités grossières. La loi des chrétiens, qui a suivi celle
    des Juifs, était beaucoup plus parfaite, parce qu’elle donnait tout à
    l’esprit, qui est sans contredit au-dessus du corps… C’est un second état
    par lequel ce Dieu bon a voulu faire passer les hommes… Et maintenant
    enfin ce ne sont plus les seuls biens du corps, comme dans la loi des
    Juifs, ni les seuls biens spirituels, comme dans l’évangile des chrétiens ;
    c’est la félicité du corps et de l’esprit que l’Alcoran promet tout à la fois
    aux véritables croyants. » Il est curieux que Salem, c’est-à-dire notre
    abbé Prévost, ait conçu une manière d’union des lois juive et chrétienne
    au sein de la loi musulmane, par un raisonnement tout pareil à celui qui
    vient d’être si hardiment développé de nos jours dans le saint-simonisme.
  3. ↑ Je trouve dans les lettres de Mlle Aïssé (1727) : « Il y a ici un nouveau
    livre intitulé : Mémoire d’un Homme de qualité retiré du monde. Il ne
    vaut pas grand’chose ; cependant on en lit cent quatre-vingt-dix pages en
    fondant en larmes. » Ce n’est que de la première partie des Mémoires
    d’un Homme de qualité que peut parler Mlle Aïssé : cent quatre-vingt-dix
    pages qu’on lit en fondant en larmes, n’est-ce donc rien ?
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  4. ↑ Il est question, dans la Cléopâtre de la Calprenède, d’une grande dame
    que Tiridate sauve à la nage, au moment où elle se noyait prés du rivage
    d’Alexandrie, et qui se trouve être une des plus importantes personnes de
    la terre.
  5. ↑ On remarque, il est vrai, dans ce nombre une circonstance qui
    semblerait indiquer une autre plume que la sienne. C’est qu’on y parle,
    deux pages plus loin, de la Bibliothèque des Romans de Gordon de Percel
    (Lenglet-Dufresnoy) en des termes qui ne s’accordent pas tout à fait avec
    ceux du nombre 47. Or le nombre 47, consacré à une défense
    personnelle, est bien expressément de Prévost. Mais on doit croire que
    Prévost, alors en Angleterre, ne parla la première fois de la Bibliothèque
    des Romans que d’après quelques renseignements et sans l’avoir lue.
    D’ailleurs, outre la physionomie de l’éloge, qui ne dément pas la
    paternité présumée, ce numéro, où il est question de Manon Lescaut, fait
    partie d’une série dont Prévost s’est avoué le rédacteur. Walter Scott, de
    nos Jours, n’a-t-il pas écrit ainsi, sans plus de façon, des articles d’éloges
    sur ses propres romans ?
  6. ↑ On peut lire à ce sujet une gracieuse lettre de Mademoiselle, cousine de
    Louis XIV, à Mme de Motteville, où elle trace à son tour un plan de
    solitude divertissante qui se ressent également de l’Astrée, et qui
    d’ailleurs fait un parfait pendant à l’idéal de Prévost d’après Cassiodure,
    par un couvent de carmélites qu’elle exige dans le voisinage
  7. ↑ On lit dans les lettres de l’aimable Mme de Staël (de Launay) à M.
    d’Héricourt : « J’ai commencé la Grecque à cause de ce que vous m’en
    dites : on croit en effet que Mlle Aïssé en a donné l’idée ; mais cela est
    bien brodé, car elle n’avait que trois ou quatre ans quand on l’amena en
    France. » Mlle Aïssé, Mlle de Launay, l’abbé Prévost, trois modèles
    contemporains des sentiments les plus naturels dans la plus agréable
    diction !
  8. ↑ Champfort rapporte que le chancelier d’Aguesseau n’avait
    précédemment donné à l’abbé Prévost la permission d’imprimer les
    premiers volumes de Cléveland que sous la condition expresse que
    Cléveland se ferait catholique au dernier volume.
  9. ↑ Jean-Jacques, dont c’était aussi le vœu, mais qui ne s’y tenait pas, eut
    occasion, à ses débuts, de rencontrer souvent l’abbé Prévost chez leur
    ami commun Mussart, à Passy ; il en parle dans ses Confessions (partie
    II, livre viii), et avec un sentiment de regret pour les moments heureux
    passés dans une société choisie. Énumérant les amis distingués que
    s’était faits l’excellent Mussart : « À leur tête, dit-il, je mets l’abbé
    Prévost, homme très-aimable et très-simple, dont le cœur vivifiait ses
    écrits dignes de l’immortalité, et qui n’avait rien dans la société du
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coloris qu’il donnait à ses ouvrages. » Il est permis de croire que l’abbé
Prévost avait eu autrefois ce coloris de conversation, mais qu’il l’avait un
peu perdu en vieillissant.

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