La femme de ménage Freida Mac Fadden


À l’heure du coucher, j’ai préparé les cheveux supplémentaires, pour le
cas où il reviendrait, mais il ne revient pas. J’en ai même mis dix de plus. Je
ne sais pas pourquoi, ils viennent plus facilement maintenant. Je ne les sens
presque plus quand ils s’arrachent à mon cuir chevelu.
Je ne pense qu’à boire. À manger et à boire, mais surtout à boire. Et bien
sûr, à ma Cecelia. Je ne suis plus sûre de la revoir un jour. Je ne sais pas
combien de temps une personne peut rester sans eau, mais ça ne doit pas
être très longtemps. Andy a juré qu’il allait me laisser sortir d’ici, mais s’il
mentait ? Et s’il me laissait mourir ici ?
Tout ça parce que j’ai manqué un rendez-vous chez le coiffeur.
Quand je m’endors ce soir-là, je rêve d’un bassin rempli d’eau. Je baisse
la tête vers le bassin et l’eau s’éloigne de moi. Chaque fois que j’essaie de
boire, l’eau me fuit. On dirait un des tourments de l’enfer.
— Nina ?
La voix d’Andy me réveille. Je ne sais pas si je m’étais endormie ou
évanouie. Mais je l’ai attendu toute la nuit, donc je dois me lever et lui
donner ce qu’il veut. C’est la seule façon pour moi de sortir d’ici.
Lève-toi, Nina !
Dès que je m’assieds sur le lit, la tête me tourne violemment. L’espace
d’une seconde, tout devient noir. Je m’accroche au bord du matelas fin, en
attendant que ma vision s’éclaircisse. Ce qui prend une bonne minute.
— Je ne vais pas pouvoir te laisser sortir, à moins d’avoir ces cheveux,
insiste Andy de l’autre côté de la porte.
Le son de son horrible voix m’envoie une vague d’adrénaline qui me fait
bondir au bas du lit. Les doigts tremblants, je saisis l’enveloppe et je titube
jusqu’à la porte. Je glisse l’enveloppe dessous, puis je m’effondre contre le
mur, où je me laisse glisser jusqu’au sol.
J’attends pendant qu’il compte. Ça me semble prendre une éternité. S’il
décrète que j’ai raté, je ne sais pas ce que je vais faire. Je ne tiendrai pas
douze heures de plus ici. Ce sera la fin. Je mourrai dans cette chambre.
Non, je dois continuer quoi qu’il arrive. Pour Cece. Je ne peux pas la
laisser à ce monstre.
— OK, dit-il enfin. Bon travail.
Et puis le verrou tourne. Et la porte s’ouvre en grand.
Andy est en costume, déjà prêt pour le travail. J’avais imaginé qu’au
moment où je verrais cet homme après avoir été enfermée dans cette
chambre pendant deux nuits, je lui sauterais dessus pour lui arracher les
yeux. Au lieu de ça, je reste par terre, trop faible pour bouger. Andy
s’accroupit à côté de moi, et là, je remarque le grand verre d’eau et le bagel.
— Tiens, dit-il. Je t’ai apporté ça.
Je devrais lui jeter l’eau à la figure. J’en ai envie. Mais je ne pense pas
pouvoir sortir de cette pièce si je ne mange pas et ne bois pas quelque
chose. Alors j’accepte son cadeau, je vide le verre d’eau et j’avale tout
ronds les morceaux de bagel jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus.
— Je suis désolé d’avoir dû faire ça, dit-il, mais c’est la seule façon pour
que tu apprennes.
— Va te faire foutre, je lui siffle.
J’essaie de me relever, mais je m’effondre à nouveau. Même après avoir
bu cette eau, j’ai encore la tête qui tourne. Je ne peux pas marcher en ligne
droite. Je doute de pouvoir descendre l’escalier jusqu’au premier étage.
Alors, même si je me déteste pour ma faiblesse, je laisse Andy m’aider et
me conduire en bas, ce qui m’oblige à m’appuyer lourdement sur lui
pendant tout le trajet. Quand j’arrive au premier étage, j’entends Cecelia
chanter en bas. Elle va bien. Il ne lui a pas fait de mal. Merci mon Dieu.
Je ne vais pas lui en laisser une seconde occasion.
— Tu as besoin de t’allonger, annonce Andy d’un ton sévère. Tu n’es pas
bien.
— Non, je croasse.
Je veux être avec Cecelia. Mes bras ont hâte de la tenir.
— Tu es trop faible pour l’instant, dit-il.
Comme si je me remettais de la grippe, plutôt que de deux jours
d’enfermement dans une chambre. Il me parle comme si c’était moi, la
folle.
— Viens.
Mais quoi qu’il en soit, il a raison sur un point : j’ai besoin de m’allonger.
Mes jambes tremblent à chaque pas et ma tête n’arrête pas de tourner. Alors
je le laisse m’allonger dans notre grand lit et me border sous les
couvertures. S’il y avait une chance que je puisse m’enfuir d’ici, cette
chance s’est envolée dès que je suis dans le lit. J’ai l’impression de dormir
sur un nuage, après ces deux nuits cauchemardesques sur le lit de camp.
Mes paupières sont comme du plomb, je n’arrive pas à résister à l’envie
de m’endormir. Andy est assis à côté de moi, au bord du matelas, qui passe
ses doigts dans mes cheveux.
— Tu n’es pas bien ces derniers jours, dit-il. Tu as besoin d’une journée
de sommeil. Ne t’inquiète pas pour Cecelia. Je vais m’assurer qu’on
s’occupe d’elle.
Sa voix est si gentille, si douce que j’en viens presque à me demander si
je n’ai pas imaginé tout ça. Après tout, il a toujours été un très bon mari.
Est-ce qu’il irait vraiment m’enfermer dans une pièce et m’obliger à
m’arracher les cheveux ? Ça ne lui ressemble pas du tout. Se peut-il que
j’aie de la fièvre et que tout ça ne soit qu’une horrible hallucination ?
Non. Ce n’était pas une hallucination. C’était réel. Je le sais.
— Je te déteste, je chuchote.
Sans réagir à ma pique, Andy continue de me caresser les cheveux
jusqu’à ce que mes yeux se ferment.
— Dors un peu, dit-il doucement. C’est tout ce dont tu as besoin.
42
Quatrième étape : faire croire
au monde que vous êtes folle.
Je me réveille au son distant de l’eau qui coule.
Je me sens toujours groggy et dans les vapes. Combien de temps faut-il
au corps pour récupérer après avoir été privé de nourriture et d’eau pendant
deux jours ? Je regarde ma montre : c’est l’après-midi.
Je me frotte les yeux, en essayant d’identifier l’endroit où l’eau coule. Ça
semble venir de la salle de bains attenante à la chambre principale, dont la
porte est fermée. Andy est là-dedans en train de se doucher ? Si c’est le cas,
je n’ai pas beaucoup de temps pour me tirer d’ici.
Mon téléphone est posé sur la table de nuit à côté du lit. Je l’attrape,
tentée d’appeler la police pour lui raconter ce qu’Andy m’a fait. Mais non,
je vais attendre. Attendre d’être loin de lui. Sauf que mon portable regorge
de messages d’Andy. C’est d’ailleurs sans doute le tintement signalant leur
arrivée dans ma boîte qui m’a réveillée. Je les fais défiler, les sourcils
froncés.
Ça va ?
Tu agissais très bizarrement ce matin. Appelle-moi pour me dire que tu
vas bien.
Nina, tout va bien ? J’entre en réunion, mais fais-moi savoir que tu vas
bien.
Comment ça va, toi et Cece ? S’il te plaît, appelle-moi ou envoie-moi
un texto.
C’est le dernier message qui retient mon attention. Cecelia. Je ne l’ai pas
vue depuis deux jours. Avant ça, je n’avais jamais passé un jour sans elle. Je
n’ai même pas voulu la laisser pour partir en lune de miel. Où est-elle en ce
moment ?
Car enfin, Andy ne m’aurait pas laissée seule avec elle si je dormais,
n’est-ce pas ?
Je lève les yeux vers la porte fermée de la salle de bains. Qui est à
l’intérieur ? J’étais partie du principe que c’était Andy, mais ça ne peut pas
être lui, puisqu’il m’a envoyé ces SMS du travail. Ai-je laissé couler l’eau
par accident je ne sais comment ? Peut-être que je me suis levée, que j’ai
utilisé la salle de bains et que j’ai oublié de fermer le robinet. Cela semble
possible, vu mon état d’hébétude.
Je rabats les couvertures. Mes mains sont pâles et tremblantes. J’essaie de
me lever, mais c’est difficile. Malgré l’eau et le repos, je me sens toujours
hyper-mal. Je dois me cramponner au lit pour marcher. Je ne suis pas sûre
de pouvoir atteindre la salle de bains.
Je prends une profonde inspiration, ravale mon étourdissement et marche
aussi lentement que possible. J’arrive aux deux tiers du chemin avant de
m’effondrer à genoux. Bon Dieu, qu’est-ce qui m’arrive ?
Mais j’ai besoin d’identifier ce son. Pourquoi y a-t-il de l’eau qui coule
dans la salle de bains ? Et maintenant que je suis plus près, je vois que la
lumière est allumée derrière la porte fermée. Qui est là-dedans ? Qui est
dans ma salle de bains ?
Je fais le reste du chemin en rampant. Quand j’arrive enfin à la porte,
j’attrape la poignée et je pousse. Et ce que je vois en entrant, je ne
l’oublierai jamais de toute ma vie.
C’est Cece. Elle est dans la baignoire. Ses yeux sont fermés et elle est
assise dans la baignoire. L’eau monte rapidement, elle dépasse le niveau de
ses épaules. D’ici une minute ou deux, elle sera au-dessus de sa tête.
— Cecelia ! je hoquette.

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