La femme de ménage Freida Mac Fadden


La dernière fois que je me suis trouvée ici, c’était il y a une semaine, et
pourtant j’ai l’impression que ça remonte à une éternité. Je me gare à
l’extérieur de la clôture, dans la rue derrière la voiture de Millie. Je
m’accroupis derrière son véhicule et remarque la marque rouge qu’Enzo a
faite sur son pneu. Elle est toujours là. Est-ce que cela signifie qu’elle n’a
pas bougé ni hier ni avant-hier ? Je n’en ai aucune idée.
— Nina ? C’est toi ?
Suzanne. Je me redresse et m’écarte de la voiture de Millie. Mon amie se
tient sur le trottoir, tête penchée, air perplexe. La dernière fois que je l’ai
vue, elle était carrément squelettique, et pourtant, on dirait qu’elle a encore
perdu du poids.
— Tout va bien, Nina ? insiste-t-elle.
Je plaque un sourire sur mes lèvres.
— Oui. Bien sûr. Pourquoi ça n’irait pas ?
— On devait déjeuner ensemble l’autre jour et tu n’es pas venue. Alors je
suis passée pour voir comment tu allais.
Ah oui… Mes déjeuners hebdomadaires avec Suzanne. S’il y a bien une
chose qui ne me manquera pas dans cette vie, c’est ça.
— Désolée. J’ai dû oublier.
Suzanne retrousse les lèvres dans une sorte de grimace. Je n’oublierai
jamais ses hochements de tête compatissants, pendant que je lui avouais
tout ce qu’Andy m’avait fait subir, avant d’aller me balancer dans la foulée.
Elle a choisi de le croire, lui, plutôt que moi. On n’oublie pas ce genre de
trahison.
— Il y a une terrible rumeur qui circule, avoue-t-elle. J’ai entendu dire
que tu avais déménagé. Que tu avais quitté Andy. Ou qu’il…
— Qu’il m’avait larguée pour la bonne ?
À l’expression de Suzanne, je sais que j’ai mis le doigt dessus. Tout le
monde en ville parle de nous.
— J’ai bien peur que ce ne soit pas vrai. La rumeur s’est encore trompée.
J’étais juste partie chercher Cece à son camp de vacances, voilà tout.
Une brève déception passe sur le visage de Suzanne. Elle espérait
quelques ragots bien juteux.
— Ah. Eh bien, je suis heureuse de l’apprendre. J’étais inquiète pour toi.
— Il n’y a absolument aucune raison de s’inquiéter. (Mes joues
commencent à me faire mal à force de sourire.) Maintenant, si tu veux bien
m’excuser, le trajet a été long…
Suzanne me suit des yeux tandis que je m’engage dans l’allée qui mène à
la porte d’entrée. Je suis sûre que des tas de questions lui tournicotent dans
la tête. Par exemple, si je suis allée récupérer Cecelia, où est-elle ? Et
pourquoi je me suis garée dans la rue plutôt que dans le garage ? Mais je
n’ai pas le temps de me justifier devant cette horrible bonne femme.
Je dois découvrir ce qui s’est passé entre Millie et Andy.
Le rez-de-chaussée de ma maison est plongé dans la pénombre. Puisque
la dernière fois que j’étais ici, Andy m’a jetée hors de chez lui, je
commence par sonner à la porte au lieu de rentrer comme une fleur. Et puis,
j’attends que quelqu’un vienne m’ouvrir.
Deux minutes plus tard, je suis toujours là.
Je finis par sortir mon porte-clés de mon sac. Ce geste que j’ai fait tant de
fois. Prendre les clés, trouver celle en cuivre avec la lettre « A » gravée
dessus, l’insérer dans la serrure. La porte de mon ancienne maison s’ouvre.
Sans surprise, rien n’est allumé à l’intérieur. Je n’entends pas un bruit.
— Andy ?
Pas de réponse.
Je me dirige vers la porte de notre garage, que je pousse : la BMW
d’Andy est là. Bien sûr, ça n’exclut pas la possibilité qu’Andy et Millie
soient partis quelque part ensemble. Ils auraient pu prendre un taxi pour
l’aéroport LaGuardia. C’est ce qu’Andy fait habituellement. Si ça se trouve,
ils ont décidé au débotté de partir en vacances ensemble.
Sauf que dans mon cœur, je sais que ce n’est pas le cas.
— Andy ? je répète, plus fort cette fois. Millie ?
Rien.
Je m’approche de la cage d’escalier. Je jette un coup d’œil vers l’étage, à
l’affût du moindre mouvement. Je ne vois rien. Pourtant, j’ai l’impression
qu’il y a quelqu’un ici.
Je commence à monter. Mes jambes tremblent sous moi dans l’escalier, la
possibilité qu’elles flanchent est bien réelle, mais je continue. Je continue
jusqu’au palier du premier.
Je ravale une boule dans ma gorge.
— Andy ? S’il vous plaît… S’il y a quelqu’un, répondez-moi…
Ne recevant pas de réponse, j’entreprends de vérifier les chambres. La
chambre principale : vide. La chambre d’amis : vide. La chambre de Cece :
vide. Le home cinéma : vide aussi.
Il ne reste plus qu’un endroit où regarder.
La porte de l’escalier du grenier est ouverte. L’éclairage a toujours été
très mauvais dans cette cage d’escalier. Je m’agrippe à la rampe et regarde
en haut des marches. Il y a quelqu’un. J’en suis sûre.
Millie. Elle doit être enfermée là-haut. Andy l’a enfermée.
Mais lui, alors, où est-il ? Pourquoi sa voiture est-elle ici s’il n’y est pas ?
Mes jambes me soutiennent à peine lorsque je gravis les quatorze
marches jusqu’au palier du grenier. Au bout du couloir se trouve la pièce où
j’ai passé tant de moments atroces au cours de mon mariage. Une lumière y
est allumée. Je la vois filtrer sous la porte.
— Ne t’inquiète pas, Millie, je murmure. Je vais t’aider.
Enzo avait raison. Je n’aurais jamais dû la laisser ici. Je la croyais plus
forte que moi, mais j’avais tort. Et maintenant, j’ai tout ce qui lui arrive sur
la conscience. J’espère qu’elle va bien. Je vais la tirer de là.
Je sors la clé de la porte du grenier de mon sac à main. Je l’enfonce dans
la serrure et je laisse la porte s’ouvrir en grand.
59
Nina
Comme je le soupçonnais, la lumière est allumée dans le grenier. Ces
deux fameuses ampoules, qui projettent leur lumière vacillante au plafond.
Elles ont besoin d’être changées, cependant elles donnent assez de lumière
pour que je voie Andy.
Ce qui reste d’Andy, plutôt.
Pendant une bonne soixantaine de secondes, je suis incapable d’autre
chose que de le regarder fixement. Puis je me penche en avant et je vomis.
Heureusement que j’étais trop stressée pour prendre un petit déjeuner ce
matin.
— Bonjour, Nina.
Je manque d’avoir une crise cardiaque au son de la voix derrière moi.
J’étais tellement écœurée par la scène qui s’offre à moi que je n’ai je n’ai
même pas entendu les pas dans l’escalier du grenier. Je fais volte-face et
elle est là. Millie. Avec une bombe de spray au poivre pointée sur mon
visage.
— Millie… je hoquette.
Ses mains tremblent et son visage est très pâle. J’ai l’impression de me
regarder dans un miroir. Sauf que ses yeux sont remplis de feu.
— Posez le spray, lui dis-je aussi calmement que possible. (Elle
n’obtempère pas.) Je ne vais pas vous faire de mal, je vous le promets. (Je
jette un coup d’œil au corps sur le plancher et les pose de nouveau sur
Millie.) Depuis combien de temps est-il là ?
— Cinq jours ? répond-elle d’une voix plate. Six ? J’ai perdu le compte.
— Il est mort. (C’était une affirmation, mais c’est sorti plus comme une
question.) Depuis combien de temps est-il mort ?
Millie garde le spray au poivre pointé sur moi et je n’ose pas faire le
moindre mouvement rapide. Je sais de quoi cette fille est capable.
— Vous pensez qu’il est vraiment mort ? demande-t-elle.
— Je peux vérifier ? Si vous voulez ?
Elle hésite, puis acquiesce.
À mouvements volontairement lents pour m’éviter d’être gazée – je me
rappelle trop bien ce que ça fait d’être aspergée de spray au poivre –, je me
penche à côté du corps de mon mari au sol. Il n’a pas l’air vivant. Ses yeux
sont deux fentes, ses joues sont creuses et ses lèvres, entrouvertes. Sa
poitrine ne bouge pas. Mais le pire, c’est tout le sang séché autour de ses
lèvres et sur sa chemise blanche. Par sa bouche entrouverte, je vois que
plusieurs dents ont disparu. Je réprime un haut-le-cœur.
Malgré tout, lorsque je tends la main pour vérifier son pouls à son cou, je
m’attends encore à ce qu’il m’attrape le poignet. Mais non. Il est
complètement immobile. Quand j’appuie sur son pouls, je ne sens rien.
— Il est mort.
Millie me dévisage un moment, puis abaisse le spray. Elle s’affale sur le
lit et enfouit son visage dans ses mains. C’est comme si elle venait de
prendre conscience de l’énormité de ce qui s’est passé. De ce qu’elle a fait.
— Oh, mon Dieu. Oh non…
— Millie…
Elle lève ses yeux injectés de sang sur moi. La rage a disparu et il ne
reste que la peur.
— Vous savez ce que ça signifie. C’est fini. Je vais retourner en prison
jusqu’à la fin de mes jours.
Les larmes coulent sur ses joues et ses épaules tremblent en silence –
comme Cece quand elle pleure et qu’elle ne veut pas qu’on le voie. Millie a
l’air douloureusement jeune tout d’un coup. Ce n’est qu’une gamine.
Et c’est là que je prends ma décision.
Je m’assieds à côté d’elle sur le lit de camp et passe un bras prudent
autour de ses épaules.
— Non, tu ne vas pas aller en prison.
Elle lève son visage strié de larmes.
— Qu’est-ce que vous racontez, Nina ? Je l’ai tué ! Je l’ai laissé mourir
enfermé dans cette pièce pendant une semaine ! Comment est-ce que je
pourrais ne pas aller en prison après ça ?
— Tout simplement, réponds-je, parce que tu n’étais même pas là.
Elle s’essuie les yeux du dos de la main.
— Comment ça ?
Ma chérie, ma Cece, pardonne-moi ce que je m’apprête à faire.
— Tu vas partir d’ici. Je dirai à la police que j’ai passé la semaine à la
maison. Que je t’avais donné congé.
— Mais…
— C’est le seul moyen, je la coupe sèchement. J’ai une chance. Pas toi.
Je… J’ai déjà été hospitalisée pour des problèmes de santé mentale. Dans le
pire des cas… (Je prends une profonde inspiration.) Je retournerai à
l’hôpital psychiatrique.
Le nez rosi, Millie fronce les sourcils.
— C’est vous qui m’avez laissé le spray au poivre, n’est-ce pas ?
Je hoche la tête.
— Vous espériez que je le tue.
Je hoche encore la tête.
— Alors pourquoi ne l’avez-vous pas tué vous-même ?
J’aimerais avoir une réponse facile à cette question. J’avais peur de me
faire prendre. J’avais peur d’aller en prison. Je m’inquiétais de ce que ma
fille deviendrait sans moi.
Mais la vérité vraie, c’est que je ne pouvais pas, voilà. Je n’avais pas la
force de prendre sa vie. Et j’ai fait quelque chose de terrible : j’ai essayé de
piéger Millie pour qu’elle le tue.
Ce qu’elle a fait.
Et maintenant, elle pourrait passer le reste de sa vie à le payer si je ne fais
pas quelque chose pour l’aider.
Les larmes me piquent les yeux.
— S’il te plaît, va-t’en tant que tu peux, Millie. Pars. Avant que je ne
change d’avis.
Elle ne se le fait pas dire deux fois. Elle se lève péniblement et se
précipite hors de la pièce. Le bruit de ses pas disparaît dans l’escalier. Et
puis la porte d’entrée claque, et je me retrouve seule dans la maison. Ou
plutôt, avec Andy et ses yeux vitreux fixés au plafond. C’est fini. C’est
vraiment fini. Et il ne reste qu’une chose à faire.
Je prends mon téléphone et j’appelle la police.
60
Nina
Si je quitte cette maison, ce sera menottes aux poignets. Je ne vois pas
d’autre issue.
Je reste sur mon canapé en cuir, les genoux serrés, à me demander si c’est
la dernière fois que je m’assieds ici. J’attends que le policier redescende.
Mon sac à main est posé sur la table basse, et je l’attrape sans réfléchir. Je
devrais probablement rester sans bouger, comme un bon petit suspect de
meurtre, mais je ne peux pas m’en empêcher. Je sors mon téléphone et
j’affiche la liste de mes appels récents. Je sélectionne le premier numéro de
la liste.
— Nina ? Qu’est-ce qui se passe ? me répond la voix d’Enzo, pleine
d’inquiétude. Qu’est-ce qui se passe là-bas ?
— La police est toujours là, je bredouille. Je… ça ne se présente pas bien
pour moi. Ils pensent…
Je n’arrive pas à prononcer les mots à haute voix. Ils pensent que j’ai tué
Andy. Que je ne l’ai pas tué directement. Il est mort de déshydratation.
Mais ils pensent que je suis responsable.
Je pourrais mettre un terme à tout ça. Je pourrais leur parler de Millie.
Mais je ne le ferai pas.
— Je témoignerai pour toi, me dit Enzo. Ce qu’il t’a fait. Je t’ai vue
enfermée là-haut.
Il est sincère. Il fera tout ce qu’il peut pour m’aider. Mais quelle valeur
aura le témoignage d’un homme qui sera presque certainement dépeint
comme mon amant caché ? En plus, je ne peux même pas le nier. J’ai
couché avec Enzo.
— Cece va bien ? je lui demande.
— Oui, elle va bien.
Je ferme les yeux, en essayant de calmer ma respiration.
— Est-ce qu’elle regarde la télé ?
— La télé ? Non, non, non. Je lui apprends l’italien. Elle est douée.
Malgré tout, je ris. Le son qui sort est faible, néanmoins.
— Je peux lui parler ?
S’ensuit une pause, puis la voix de Cece retentit au bout du fil.
— Ciao, mama !
Je déglutis.
— Bonjour, ma chérie. Comment vas-tu ?
— Bene. Quand est-ce que tu viens me chercher ?
— Bientôt, je lui mens. Continue à travailler ton italien, j’arrive dès que
possible. (Je prends une inspiration.) Je… Je t’aime.
— Je t’aime aussi, maman !
L’inspecteur Connors descend les marches, chacun de ses pas claque
comme un coup de feu. Je range aussitôt mon téléphone dans mon sac à
main et le remets sur la table basse. Apparemment, il a examiné de plus près
le corps d’Andy. Et je suis sûre qu’il a une nouvelle série de questions. Je le
vois sur son visage, quand il vient se rasseoir en face de moi.
— Bon, commence-t-il. Savez-vous quelque chose à propos des
ecchymoses sur le corps de votre mari ?
— Des ecchymoses ? je répète, sincèrement confuse.
Je sais pour les dents arrachées, mais je n’ai pas insisté auprès de Millie
pour obtenir plus de détails sur ce qui s’est passé dans cette mansarde.
— Il y a de nombreux hématomes violacés sur tout le bas-ventre, dit
Connors. Et partout sur ses… parties génitales. Qui sont presque noires.
— Oh…
— Comment pensez-vous que ça a été causé ?
Je hausse les sourcils.
— Vous pensez que je l’ai frappé ?
L’idée est risible. Andy était beaucoup plus grand que moi, et très
musclé. Contrairement à moi.
Les yeux du policier rencontrent les miens, et j’essaie de ne pas détourner
le regard.
— Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé là-haut. Vous nous dites que
votre mari a dû se retrouver enfermé dans le grenier accidentellement, et
que vous ne vous êtes pas rendu compte de son absence. C’est bien ça ?
— Je le croyais en voyage d’affaires, je réponds. Il a l’habitude de
prendre un taxi pour aller à l’aéroport.
— Et vous n’avez échangé ni SMS ni appels pendant cette période, mais
cela ne vous a pas inquiétée, souligne-t-il. De plus, d’après ses parents, il
semble qu’il vous ait demandé de déménager la semaine dernière.
Cette partie-là, je ne peux pas la nier.
— Oui, c’est vrai. C’est pourquoi nous n’avons pas échangé.
Il sort un petit bloc de sa poche et consulte ses notes.
— Et qu’en est-il de cette Wilhelmina Calloway ? Elle travaillait pour
vous, n’est-ce pas ?
Je hausse une épaule.
— Je lui ai donné sa semaine. Ma fille était en colonie, donc j’ai estimé
que nous n’avions pas besoin d’elle. Je ne l’ai pas vue de la semaine.
Je suis sûre qu’ils vont essayer de contacter Millie, mais j’essaie de la
retirer de la liste des suspects du mieux que je peux. C’est la moindre des
choses, après ce que je lui ai fait.
— Donc vous me dites qu’un homme adulte a réussi à s’enfermer dans
une pièce au grenier, sans son téléphone, alors que la pièce ne se ferme que
de l’extérieur ? (Les sourcils de Connors remontent à la racine de ses
cheveux.) Et pendant qu’il était dans la chambre, il a décidé, tiens, pourquoi
pas, de s’arracher quatre dents ? (Présenté comme ça…) Madame
Winchester, croyez-vous vraiment que votre mari soit le genre d’homme à
faire une chose pareille ?
Je m’adosse au canapé, en essayant de ne pas montrer à quel point je
tremble de tout mon corps.
— Peut-être. Vous ne le connaissiez pas.
— Eh bien, ce n’est pas tout à fait vrai.
Je lève brusquement les yeux.
— Excusez-moi ?
Oh, mon Dieu ! C’est de pire en pire. Le policier aux cheveux
grisonnants a tout à fait l’âge d’être encore un copain de golf du père
d’Andy. Ou de quelque autre bénéficiaire de l’incroyable générosité de la
famille. Mes poignets commencent à me picoter, à l’idée des menottes qui
vont bientôt les enserrer.
— Je ne l’ai jamais connu personnellement, précise Connors. Mais ma
fille, oui.
— Votre… fille ?
Il acquiesce.
— Kathleen Connors. En fait, le monde est petit : votre mari et elle
étaient fiancés, il y a longtemps.
Je cligne des yeux. Kathleen. La fiancée avec laquelle Andy a rompu
avant que nous soyons ensemble. Celle que j’ai essayé de rechercher tant de
fois, mais qui est restée introuvable. Kathleen est la fille de cet homme.
Mais qu’est-ce que ça signifie ?
Il baisse la voix de plusieurs tons, au point que je dois tendre l’oreille
pour l’entendre.
— La rupture a été dure pour elle. Elle a refusé d’en parler. Elle ne le
veut toujours pas. Elle a déménagé loin, après ça, elle a même changé de
nom. Elle n’est pas sortie avec un homme depuis.
Mon cœur s’accélère.
— Oh. Je…
— Je me suis toujours demandé ce qu’Andrew Winchester avait
exactement fait à ma fille. (Il pince les lèvres jusqu’à ce qu’elles ne forment
plus qu’une ligne droite.) Donc quand j’ai été transféré ici, il y a environ un
an, j’ai commencé à farfouiller ici et là, et j’ai trouvé intéressant que vous
affirmiez qu’il vous avait enfermée dans le grenier, sans que personne ne
puisse vérifier si votre histoire était exacte. À vrai dire, il semble que
personne n’ait déployé d’efforts surhumains pour s’y essayer. Les
Winchester avaient pas mal d’influence, par ici, avant de déménager en
Floride, en particulier sur certains flics. Mais pas sur moi, termine-t-il après
une pause.
Ma bouche est trop sèche pour en faire sortir le moindre mot. Je me
contente de le dévisager, bouche bée.
— Si vous voulez mon avis, reprend-il, ce grenier est dangereux. Il
semble beaucoup trop facile de s’y enfermer par mégarde. (Il revient se
caler contre le canapé et sa voix reprend un volume normal.) C’est bien
triste que ce soit arrivé à votre mari. Je suis sûr que mon copain du bureau
du légiste sera d’accord. Il faudra en tirer les leçons, n’est-ce pas ?
— Oui, finis-je par réussir à balbutier. Les leçons.
L’inspecteur Connors me jette un dernier long regard. Et puis, il remonte
à l’étage pour rejoindre ses collègues. Et je comprends quelque chose
d’incroyable.
Je ne vais pas sortir d’ici avec les menottes, tout compte fait.

Les cookies permettent de personnaliser contenu et annonces, d'offrir des fonctionnalités relatives aux médias sociaux et d'analyser notre trafic. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer