Le Maître d’armes

Chapitre 2

 

En sortant de Vitebsk, je trouvai la douanerusse ; mais attendu que je n’avais qu’un portemanteau, malgréla bonne intention visible qu’avait le chef de poste de traîner lavisite en longueur, elle ne dura que deux heures vingt minutes, cequi est presque inouï dans les annales de la douane moscovite.Cette visite faite, j’en avais pour jusqu’à Saint-Pétersbourg àêtre tranquille.

Le soir, j’arrivai à Véliki-Louki, dont le nomveut dire « grand arc », et qui doit cette désignationpittoresque aux sinuosités de la rivière Lova, qui passe dans sesmurs. Bâtie au XIe siècle, cette ville fut ravagée parles Lituaniens au XIIe, puis conquise par le roi dePologne Ballori, puis rendue à Ivan Vasiliévitch, puis enfin brûléepar le faux Démétrius. Restée déserte neuf ans, elle fut repeupléepar les Cosaques du Don, du Jaik, dont la population actuelledescend presque entièrement. Elle renferme trois églises, dont deuxsituées dans la grande rue et devant lesquelles mon postillon nemanqua point, en passant, de faire le signe de la croix.

Malgré la dureté de la voiture non suspendueque j’avais adoptée et le mauvais état des chemins, j’étais résolude ne point m’arrêter ; car, m’avait-on dit, je pouvais faireles cent soixante-douze lieues qui séparent Vitebsk deSaint-Pétersbourg en quarante-huit heures. Je ne m’arrêtai doncdevant la poste que le temps de mettre les chevaux, et je repartis.Il est inutile de dire que je ne dormis pas une heure de toute lanuit ; je dansais dans mon chariot, comme une noisette dans sacoque. J’essayais bien de me cramponner au banc de bois sur lequelon avait étendu une espèce de coussin de cuir de l’épaisseur d’uncahier de papier ; mais au bout de dix minutes j’avais lesbras disloqués et j’étais obligé de m’abandonner de nouveau à ceterrible cahotement, plaignant du fond du cœur les malheureuxcourriers russes qui font quelquefois un millier de lieues dans unepareille voiture.

Déjà la différence entre les nuits moscoviteset les nuits de France était sensible. Dans toute autre voiture,j’aurais pu lire ; je dois même avouer que, fatigué de moninsomnie, j’essayai ; mais, à la quatrième ligne, un cahot mefit sauter le livre des mains et, comme je me baissais pour leramasser, un autre cahot me fit sauter à mon tour de la banquette.Je passai une bonne demi-heure à me débattre dans le fond de macaisse avant de me remettre sur mes jambes, et je fus guéri dudésir de continuer ma lecture.

Au point du jour je me trouvai à Béjanitzi,petit village sans importance et, à quatre heures de l’après-midi,à Porkhoff : vieille ville située sur la Chelonia, qui porteson lin et son blé sur le lac Ilmen, d’où, par la rivière qui unitles deux lacs entre eux, ces denrées gagnent celui de Ladoga :j’étais à moitié de ma route. J’avoue que ma tentation fut grandede m’arrêter une nuit ; mais la malpropreté de l’auberge étaittelle que je me rejetai dans ma carriole. Il faut dire aussi quel’assurance que me donna le postillon que le chemin qui me restaità faire était meilleur que celui que j’avais fait, entra pourbeaucoup dans cette héroïque résolution. En conséquence, monpérékladnoï repartit au galop, et je continuai de me débattre dansl’intérieur de ma caisse, tandis que mon postillon chantait sur sonsiège une chanson mélancolique dont je ne comprenais pas lesparoles, mais dont l’air semblait merveilleusement applicable à madouloureuse situation. Si je disais que je m’endormis, on ne mecroirait pas, et je ne l’aurais pas cru moi-même si je ne m’étaisréveillé avec une effroyable meurtrissure au front. Il y avait euun tel soubresaut que le postillon avait été lancé de son siège.Quant à moi, j’avais été arrêté par la couverture de ma carriole,et la meurtrissure qui m’avait réveillé venait du contact de monfront avec l’osier. J’eus alors l’idée de mettre le postillon dansla voiture et de me placer sur le siège ; mais, quelque offreque je lui fisse, il n’y voulut pas consentir, soit qu’il necomprît pas ce que je lui demandais, soit qu’il eût cru manquer àson devoir en y obtempérant. En conséquence, nous nous remîmes enroute ; le postillon reprit sa chanson, et moi ma danse. Versles cinq heures du matin, nous arrivâmes à Selogorodetz, où nousnous arrêtâmes pour déjeuner. Grâce au ciel, il ne nous restaitplus qu’une cinquantaine de lieues à faire.

Je rentrai en soupirant dans ma cage, et mereperchai sur mon bâton. Alors seulement je m’avisai de demanders’il était possible d’enlever la couverture de ma carriole ;on me répondit que c’était la chose du monde la plus facile.J’ordonnai qu’on procédât aussitôt à l’opération, et il n’y eutplus que la partie inférieure de ma personne qui continua de setrouver compromise.

À Louga, j’eus une autre idée non moinslumineuse que la première : c’était d’enlever la banquette,d’étendre de la paille dans le fond de ma voiture, et de me coucherdessus en me faisant un traversin de mon portemanteau. Ainsi,d’amélioration en amélioration, mon état finit par devenir à peuprès supportable.

Mon postillon me fit arrêter successivementdevant le château de Garchina, où fut relégué Paul Ierpendant tout le temps du règne de Catherine, et devant le palais deTsarskoïe Selo, résidence d’été de l’empereur Alexandre ; maisj’étais si fatigué que je me contentai de soulever la tête pourregarder ces deux merveilles, en me promettant de revenir les voirplus tard, dans une voiture plus commode.

Au sortir de Tsarskoïe Selo, l’essieu d’undroschki qui courait devant moi se rompit tout à coup, et lavoiture, sans verser, s’inclina sur le côté. Comme j’étais à centpas à peu près derrière le droschki, j’eus le temps, avant del’avoir rejoint, d’en voir sortir un monsieur long et mince, tenantd’une main un claque et de l’autre un de ces petits violons qu’onnomme pochettes. Il était vêtu d’un habit noir, comme on lesportait à Paris en 1812, d’une culotte noire, de bas de soie noirset de souliers à boucles ; et aussitôt qu’il se trouva sur lagrande route, il se mit à faire des battements de la jambe droite,et puis des battements de la jambe gauche, puis des entrechats desdeux jambes, et enfin trois tours sur lui-même pour s’assurer sansdoute qu’il n’avait rien de cassé. L’inquiétude que ce monsieurmanifestait pour sa conservation me gagna au point que je ne cruspas devoir passer près de lui sans m’arrêter et sans lui demanders’il ne lui était pas arrivé quelque accident.

– Aucun, Monsieur, aucun, me répondit-il, sice n’est que je vais manquer ma leçon ; une leçon qu’on mepaye un louis, Monsieur, et à la plus jolie personne deSaint-Pétersbourg, à mademoiselle de Vlodeck, qui représenteaprès-demain Philadelphie, une des filles de lord Warton, dans letableau d’Antoine Van Dyck, à la fête que la cour donne à laduchesse héritière de Weimar !

– Monsieur, lui répondis-je, je ne comprendspas trop ce que vous me dites ; mais n’importe, si je puisvous être bon à quelque chose ?…

– Comment, Monsieur, si vous pouvez m’être bonà quelque chose ? Mais vous pouvez me sauver la vie.Imaginez-vous, Monsieur, que je viens de donner une leçon de danseà la princesse Lubormiska, dont la campagne est à deux pas d’ici,et qui représente Cornélie. Une leçon de deux louis, Monsieur, jen’en donne pas à moins ; j’ai la vogue et j’en profite ;c’est tout simple, il n’y a que moi de maître de danse français àSaint-Pétersbourg. Alors, imaginez que ce drôle me donne unevoiture qui casse et qui manque de m’estropier ; heureusementque les jambes sont saines. Je reconnaîtrai ton numéro, va,coquin.

– Si je ne me trompe, Monsieur, luirépondis-je, le service que je puis vous rendre est de vous offrirune place dans ma voiture ?

– Oui, Monsieur, vous l’avez dit, ce serait unimmense service, mais vraiment je n’ose…

– Comment donc, entre compatriotes…

– Monsieur est français ?

– Et entre artistes…

– Monsieur est artiste ? Monsieur,Saint-Pétersbourg est une bien mauvaise ville pour les artistes. Ladanse, surtout la danse ; oh ! elle ne va plus que d’unejambe. Monsieur n’est pas maître de danse, par hasard ?

– Comment ! la danse ne va plus que d’unejambe, mais vous me dites qu’on vous paye un louis la leçon :est-ce que ce serait pour apprendre à marcher à cloche-pied ?Un louis, Monsieur, c’est cependant un fort joli cachet, ce mesemble ?

– Oui, oui, dans ce moment, à cause de lacirconstance sans doute ; mais, Monsieur, ce n’est plusl’ancienne Russie. Les Français ont tout gâté. Monsieur n’est pasmaître de danse, je présume ?

– On m’a parlé cependant de Saint-Pétersbourgcomme d’une ville où toutes les supériorités étaient sûres d’êtreaccueillies.

– Oh ! oui, oui, Monsieur, autrefois, ilen était ainsi ; au point qu’il y a eu un misérable coiffeurqui gagnait jusqu’à 600 roubles par jour, tandis que c’est à peinesi, moi, j’en gagne 80. Monsieur n’est pas maître de danse,j’espère ?

– Non, mon cher compatriote, répondis-jeenfin, prenant pitié de son inquiétude, et vous pouvez monter dansma voiture sans crainte de vous trouver auprès d’un rival.

– Monsieur, j’accepte avec le plus grandplaisir, s’écria aussitôt mon vestris en se plaçant auprès de moi.Et grâce à vous, je serai encore à Saint-Pétersbourg à temps pourdonner ma leçon.

Le cocher partit au galop ; trois heuresaprès, c’est-à-dire à la nuit tombée, nous entrions àSaint-Pétersbourg par la porte de Moscou et, d’après lesrenseignements que m’avait donnés mon compagnon de voyage quis’était montré pour moi d’une complaisance admirable depuis qu’ilavait la conviction que je n’étais pas maître de danse, jedescendais à l’hôtel de Londres, place de l’Amirauté, au coin de laperspective de Nevski.

Là, nous nous quittâmes ; il sauta dansun droschki, et moi, j’entrai à l’hôtel.

Je n’ai pas besoin de dire que, quelque envieque j’eusse de visiter la ville de Pierre Ier, je remisla chose au lendemain ; j’étais littéralement brisé et je nepouvais plus me tenir sur mes jambes. À peine si j’eus la force demonter dans ma chambre, où heureusement je trouvai un bon lit,meuble qui m’avait entièrement fait défaut depuis Vilna.

Je me réveillai le lendemain à midi. Lapremière chose que je fis fut de courir à ma fenêtre ; j’avaisdevant moi le palais de l’Amirauté avec sa longue flèche d’orsurmontée d’un vaisseau et sa ceinture d’arbres ; à ma gauche,l’hôtel du Sénat ; à ma droite, le palais d’Hiver etl’Ermitage ; puis, dans les intervalles de ces splendidesmonuments, des échappées de vue sur la Neva qui me semblait largecomme une mer.

Je déjeunai tout en m’habillant et, aussitôthabillé, je courus sur le quai du Palais que je remontai jusqu’aupont Troïtskoï, pont qui, soit dit en passant, a dix-huit centspieds de long, et d’où l’on m’avait invité à regarder tout d’abordla ville. C’était le meilleur conseil que j’eusse reçu de mavie.

En effet, je ne sais pas s’il existe dans lemonde entier un panorama pareil à celui qui se déroula devant mesyeux lorsque, tournant le dos au quartier de Viborg, je laissai monregard s’étendre jusqu’aux îles de Volnoï et au golfe deFinlande.

Près de moi, à ma droite, amarrée comme unvaisseau par deux légers points à l’île d’Aptekarskoï, s’élevait laforteresse, premier berceau de Saint-Pétersbourg, au-dessus desmurailles de laquelle s’élançaient la flèche d’or de l’égliseSaint-Pierre-et-Saint-Paul où sont enterrés les tsars, et latoiture verte de l’hôtel des Monnaies. En face de la forteresse etsur l’autre rive, j’avais à ma gauche le palais de Marbre, dont legrand défaut est que l’architecte semble avoir oublié de lui faireune façade ; l’Ermitage, charmant refuge bâti par Catherine IIcontre l’étiquette ; le palais impérial d’Hiver, plusremarquable par sa masse que par sa forme, par sa grandeur que parson architecture ; l’Amirauté, avec ses deux pavillons et sesescaliers de granit, l’Amirauté, centre gigantesque auquelaboutissent les trois principales rues de Saint-Pétersbourg :la perspective de Nevski, la rue des Pois et la rue de laRésurrection ; enfin, au-delà de l’Amirauté, le quai Anglaiset ses magnifiques hôtels, terminé par l’Amirauté neuve.

Après avoir laissé mon regard suivre cettelongue ligne de majestueux bâtiments, je le ramenai en face demoi : là s’élevait, à la pointe de l’île de Vasilievskoï, laBourse, monument moderne, bâti on ne sait trop pourquoi entre deuxcolonnes rostrales, et dont les escaliers demi-circulaires baignentleurs dernières marches dans le fleuve. Après elle, sur la rive quiregarde le quai Anglais, est la ligne des douze collèges ;l’Académie des sciences, celle des beaux-arts et, au bout de cettesplendide perspective, l’École des mines, située à l’extrémité dela courbe décrite par le fleuve.

De l’autre côté de cette île qui doit son nomà un lieutenant de Pierre Ier nommé Bazile, à qui ceprince avait donné un commandement tandis que lui-même, occupé àbâtir la forteresse, occupait sa petite cabane de l’île dePétersbourg, coule vers les îles de Volnoï le bras du fleuve quel’on appelle la petite Neva. C’est là que sont situées, au milieude jardins délicieux, fermés par des grilles dorées toutestapissées de fleurs et d’arbustes empruntés, pour les trois moisd’été dont jouit Saint-Pétersbourg, à l’Afrique et à l’Italie etqui retrouvent, pendant les neuf autres mois de l’année, latempérature de leur pays natal dans des serres chaudes, c’est là,dis-je, que sont situées les maisons de campagne des plus richesseigneurs de Saint-Pétersbourg. L’une de ces îles est même toutentière à l’Impératrice, qui y a fait élever un charmant petitpalais, et qui l’a convertie en jardins et en promenades.

Si l’on tourne le dos à la forteresse et sil’on remonte le cours du fleuve au lieu de le descendre, la vuechange de caractère, tout en restant grandiose. En effet, de cecôté j’avais, aux deux extrémités mêmes du pont sur lequel j’étaisplacé, sur une rive l’église de la Trinité, et sur l’autre lejardin d’Été ; puis, à ma gauche, la petite maison de boisqu’occupait Pierre Ier tandis qu’il faisait bâtir laforteresse. Près de cette cabane est encore un arbre auquel, à lahauteur de dix pieds à peu près, est clouée une Vierge. Quand lefondateur de Saint-Pétersbourg demanda à quelle hauteur, dans lesgrandes crues, s’élevait le fleuve, on lui montra cette Vierge, età cette vue il fut tout près d’abandonner sa gigantesqueentreprise. L’arbre saint et la maison immortalisée sont entourésd’un bâtiment à arcades, destiné à protéger contre l’action dutemps et les injures du climat cette cabane d’une simplicitégrossière, qui se compose de trois pièces seulement : d’unesalle à manger, d’un salon et d’une chambre à coucher. PierreIer fondait une ville et n’avait pas pris le temps de sebâtir une maison.

Un peu plus loin, toujours à gauche, et del’autre côté de la grande Neva, sont le vieux Pétersbourg,l’hôpital militaire, l’Académie de médecine, enfin le villaged’Okla et ses alentours ; en face de ces édifices, à droite dela caserne des chevaliers gardes, le palais de Tauride avec sontoit d’émeraude, les casernes de l’artillerie, la maison de Charitéet le vieux monastère de Smolna.

Je ne puis dire combien de temps je restairavi, en extase devant ce double panorama. Au second coup d’œil,tous ces palais ressemblaient peut-être un peu trop à unedécoration d’opéra, et toutes ces colonnes, qui de loin semblent dumarbre, peut-être n’étaient-elles de près que de la brique, mais aupremier coup d’œil, c’est quelque chose de merveilleux qui dépassel’idée qu’on s’en était faite.

Quatre heures sonnèrent. J’étais prévenu quela table d’hôte était servie à quatre heures et demie, je reprisdonc à mon grand regret le chemin de l’hôtel, en passant cette foisdevant l’Amirauté, afin de voir de près la statue colossale dePierre Ier que j’avais aperçue de ma fenêtre.

Ce fut en revenant seulement, tant j’avais étéjusqu’alors préoccupé des grandes masses, que je fis quelqueattention à la population, qui mérite cependant bien qu’on s’enoccupe par le caractère bien tranché qu’elle présente. ÀSaint-Pétersbourg, tout est esclave à barbe ou grand seigneur àdécoration : il n’y a pas de classe intermédiaire.

Au premier aspect, il faut le dire, le moujikn’excite guère l’intérêt : en hiver, des peaux de moutonretournées, en été, des chemises rayées qui, au lieu d’êtreenfermées dans le pantalon, flottent sur les genoux, des sandalesfixées aux pieds par des lanières qui s’entrecroisent sur lesjambes, des cheveux coupés courts et droits au bas de la nuque, unelongue barbe se développant aussi touffue qu’il plaît à la nature,voilà pour les hommes ; des pelisses d’étoffe commune ou delongues camisoles à gros plis qui descendent à moitié jupes,d’énormes bottes dans lesquelles le pied et la jambe perdent leurforme, voilà pour les femmes.

Il est vrai de dire aussi que, dans aucun paysdu monde peut-être, on ne rencontre chez le peuple pareillesérénité de physionomie. À Paris, sur dix visages appartenant à ladernière classe de la société, cinq ou six au moins expriment lasouffrance, la misère ou la crainte. À Saint-Pétersbourg, jamaisrien de tout cela. L’esclave, toujours sûr de l’avenir et presquetoujours content du présent, n’ayant à s’inquiéter ni de sonlogement, ni de sa toilette, ni de sa nourriture, soins que sonmaître est forcé de prendre pour lui, marche dans la vie sans autresouci que celui de recevoir quelques coups de fouet auxquels,depuis longtemps, ses épaules sont habituées. Ces coups,d’ailleurs, il les oublie bien vite, grâce à l’abominableeau-de-vie de grain dont il fait sa boisson ordinaire et qui, aulieu de l’irriter, comme le vin dont s’enivrent nos portefaix, luidonne pour ses supérieurs un respect plus humble et plus profond,pour ses égaux une amitié plus tendre, pour tous enfin unebienveillance des plus comiques et des plus attendrissantes que jeconnaisse.

Voilà donc bien des raisons de revenir aumoujik, dont une prévention injuste nous a d’abord écartés.

Une autre particularité qui me frappait aussi,c’est la libre circulation des rues, avantage que la ville doit auxtrois grands canaux qui l’encerclent, et par lesquels se dégorgentles décombres, se font les déménagements, arrivent les denrées etse charrient les bois. De cette façon, jamais d’encombrements decharrettes qui vous forcent de mettre trois heures à faire, envoiture, une course que vous feriez en dix minutes à pied. Aucontraire, de l’espace partout : la rue pour les droschki, leskibicks, les briska et les calèches qui se croisent en tous sens,avec une rapidité insensée, ce qui n’empêche pas qu’on entende àchaque instant le mot pascaré, pascaré, « plus vite,plus vite » ; les trottoirs pour les piétons qui ne sontjamais écrasés que s’ils tiennent absolument à l’être ; encoreles cochers russes ont-ils une telle habileté pour arrêter courtleur attelage lancé au plus grand galop qu’il faut être alors plusadroit que le cocher pour qu’un accident vous arrive.

J’oubliais encore une autre précaution de lapolice pour indiquer aux piétons qu’ils doivent marcher sur lestrottoirs : c’est qu’à moins de se faire ferrer comme leschevaux, il devient très fatigant de marcher sur des pavés quirappellent agréablement le cailloutis de Lyon. Aussi dit-on deSaint-Pétersbourg que c’est une belle et grande dame,magnifiquement vêtue, mais horriblement chaussée.

Parmi les bijoux que lui ont donnés ses tsars,un des premiers est bien certainement la statue de PierreIer, qu’elle doit à la libéralité de Catherine II. Letsar est monté sur un cheval fougueux qui se cabre, image de lanoblesse moscovite qu’il a eu tant de peine à dompter. Il est assissur une peau d’ours qui représente l’état de barbarie dans lequelil a trouvé son peuple. Puis, pour que l’allégorie fût complète,lorsque l’artiste eut achevé sa statue, on roula jusqu’àSaint-Pétersbourg, pour lui servir de piédestal, un rocher brut,emblème des difficultés que le civilisateur du Nord avait eues àsurmonter. Cette inscription latine, reproduite en russe à l’autreface, est gravée sur le granit :

PETRO PRIMO CATHARINA SECONDA. 1782.

Quatre heures et demie sonnaient comme jefaisais, pour la troisième fois, le tour de la grille qui enfermece monument ; force me fut donc d’abandonner le chef-d’œuvrede notre compatriote Falconet, sans quoi j’eusse couru grand risquede ne pas trouver place à la table d’hôte.

Saint-Pétersbourg est la plus grande petiteville que je connaisse.

La nouvelle de mon arrivée s’était déjàrépandue grâce à mon compagnon de voyage ; et comme il n’avaitpu rien dire autre chose de moi sinon que je voyageais en poste etque je n’étais pas maître de danse, la nouvelle avait jetél’inquiétude parmi la troupe d’industriels français qui prend letitre de colonie, car chacun éprouvait à mon égard la crainte quem’avait si ingénument manifestée mon faiseur de pirouettes, etcraignait de rencontrer en moi un concurrent ou un rival.

Aussi mon entrée dans la salleoccasionna-t-elle un chuchotement universel parmi les honorablesconvives de la table d’hôte, qui appartenaient presque tous à lacolonie, et chacun chercha-t-il à lire sur ma figure et à devinerpar mes manières à quelle classe j’appartenais. Cela fut difficile,à moins d’une bien grande perspicacité, car je me contentai desaluer et de m’asseoir.

Pendant le potage, mon incognito fut encoreassez respecté. Mais, après le bœuf, la curiosité, si longtempscomprimée, se fit jour par mon voisin de droite.

– Monsieur est étranger àSaint-Pétersbourg ? me dit-il en me tendant son verre et ens’inclinant.

– Je suis arrivé d’hier au soir, répondis-jeen lui versant à boire et en m’inclinant à mon tour.

– Monsieur est compatriote ? me dit alorsmon voisin de gauche avec un accent de fausse fraternité.

– Je ne sais, Monsieur ; moi, je suis deParis.

– Et moi de Tours, jardin de la France, laprovince où, comme vous le savez, on parle le plus beau langage.Aussi je suis venu à Saint-Pétersbourg pour y êtreoutchitel.

– Sans indiscrétion, Monsieur,demandai-je à mon voisin de droite, puis-je vous demander ce quec’est qu’un outchitel ?

– Un marchand de participes, me répondit monvoisin de l’air le plus méprisant.

– Monsieur ne vient pas, je présume, dans lemême but que moi, continua mon Tourangeau, ou, sans cela, je luidonnerais un conseil d’ami : ce serait de retourner bien viteen France.

– Et pourquoi cela, Monsieur ?

– Parce que la dernière foire aux professeursa été très mauvaise à Moscou.

– Comment ! la foire auxprofesseurs ? m’écriai-je stupéfait.

– Eh ! oui, Monsieur. Ignorez-vous que cepauvre monsieur le Duc a perdu moitié, cette année, sur samarchandise ?

– Monsieur, dis-je en m’adressant à mon voisinde droite, voulez-vous me permettre de vous demander ce que c’estque monsieur le Duc ?

– Un estimable restaurateur, Monsieur, quitient boutique d’enseigneurs, les héberge et les taxe selon leursmérites et qui, lorsque arrivent Pâques et Noël, ces grandes fêtesdes Russes pendant lesquelles les grands ont l’habitude de serendre dans la capitale, ouvre ses magasins et, outre les fraisqu’il a faits pour le professeur qu’il place, a encore unecommission. Eh bien ! cette année, il lui est resté le tiersde ses cuistres, et on lui a renvoyé un sixième de ceux qu’il avaitexpédiés en province, de sorte que le pauvre homme est sur le pointde manquer.

– Ah ! vraiment !

– Ainsi, vous voyez, Monsieur, repritl’outchitel, que si vous venez pour être gouverneur, le moment estmal choisi, puisque des gens qui sont nés en Touraine, c’est-à-diredans la province où l’on parle le mieux la langue française, ontquelque peine à se placer.

– Eh bien ! Monsieur, rassurez-vous surmon compte, répondis-je ; j’exerce un autre genred’industrie.

– Monsieur, me dit mon vis-à-vis avec unaccent qui dénonçait son Bordeaux d’une lieue, il est bon que jevous prévinsse que, si vous faites dans les vins, c’est unlamentable métier, et où il n’y a plus que de l’eau z’à boire.

– Comment donc ! Monsieur,répondis-je : est-ce que les Russes se sont mis à la bière, ouont planté des vignes dans le Kamtchatka, par hasard ?

– Bagasse ! si ce n’était que cela, onleur ferait concurrence ; mais le grand seigneur russe, ilachète touzours et ne paye jamais.

– Je vous remercie, Monsieur, de l’avis quevous me donnez ; mais j’ai la certitude, moi, qu’on ne ferapas banqueroute sur mes fournitures. Je ne fais pas dans lesvins.

– Dans tous les cas, Monsieur, me dit alorsavec un accent lyonnais des mieux articulés un individu vêtu d’uneredingote à brandebourgs avec un collet garni de fourrures,quoiqu’on fût en plein été ; dans tous les cas, je vousconseille, si vous êtes marchand de draps et de fourrures,d’employer d’abord le meilleur de votre marchandise pour vous-même,attendu que vous ne m’avez pas l’air d’une constitution bienrobuste, et qu’ici, voyez-vous, les poitrines délicates, ça filevite. Nous avons enterré quinze Français l’hiver dernier. Ainsivous voilà prévenu.

– Je me mettrai en mesure, Monsieur, et commeje compte me fournir chez vous, j’espère que vous me traiterez encompatriote.

– Comment donc ! Monsieur, avec le plusgrand plaisir. Je suis de la ville de Lyon, seconde capitale deFrance, et vous savez que nous autres Lyonnais, nous sommes réputéspour la conscience ; et du moment où vous n’êtes pas marchandde draps et de fourrures…

– Eh ! ne voyez-vous pas que notre chercompatriote ne veut pas nous dire qui il est ? dit du bout desdents un monsieur dont la chevelure roulée au fer exhalait uneabominable odeur de pommade au jasmin, et qui essayait, sans yréussir, de trouver depuis un quart d’heure le joint de l’ailed’une volaille dont chacun attendait un morceau. Ne voyez-vous pas,répéta-t-il en appuyant sur chaque mot, ne voyez-vous pas queMonsieur ne veut pas nous dire qui il est ?

– Si j’avais le bonheur d’avoir des façonscomme les vôtres, Monsieur, répondis-je, et d’exhaler une odeuraussi délicieusement aromatisée, la société n’aurait pas tant depeine à deviner qui je suis, n’est-ce pas ?

– Qu’est-ce à dire, Monsieur ? s’écria lejeune homme frisé ; qu’est-ce à dire ?

– C’est-à-dire que vous êtes coiffeur.

– Monsieur, avez-vous l’intention dem’insulter ?

– On vous insulte, à ce qu’il paraît, quand onvous dit qui vous êtes ?

– Monsieur, dit le jeune homme frisé enhaussant la voix et en tirant une carte de sa poche, voici monadresse.

– Eh ! Monsieur, répondis-je, découpezvotre poulet.

– C’est-à-dire que vous refusez de me rendreraison ?

– Vous vouliez savoir mon état,Monsieur ? mon état me défend de me battre.

– Vous êtes donc un lâche, Monsieur ?

– Non, Monsieur, je suis maître d’armes.

– Ah ! fit le jeune homme frisé en serasseyant.

Il y eut un moment de silence, pendant lequelmon interlocuteur essaya, inutilement encore, d’enlever une aile àson poulet ; enfin, de guerre lasse, il le passa à sonvoisin.

– Ah ! Monsieur est maître d’armes, medit au bout de quelques secondes mon voisin le Bordelais. Zoliétat, Monsieur ; z’en ai zoué un peu quand z’étais zeune etque z’avais une mauvaise tête.

– C’est une branche d’industrie peu cultivéeici et qui ne peut manquer d’y fleurir, dit le professeur, surtoutenseignée par un homme comme Monsieur.

– Oui, sans doute, reprit à son tour lecanut ; mais je conseille à Monsieur de porter des gilets deflanelle quand il donnera ses leçons, et de se faire un manteau defourrures pour s’envelopper chaque fois qu’il aura fait assaut.

– Ma foi, mon cher compatriote, dit à sontour, en se servant un morceau du poulet que son voisin avaitdécoupé pour lui, le jeune homme frisé qui avait repris tout sonaplomb. Ma foi, mon cher compatriote, car vous êtes de Paris,m’avez-vous dit ?…

– Oui, Monsieur.

– Moi aussi… Vous avez fait là, je crois, uneexcellente spéculation ; car nous n’avons ici, je crois,qu’une espèce de mauvais prévôt, un ancien figurant de la Gaîté,qui est parvenu à se faire nommer maître d’armes de la garde enréglant des combats au petit théâtre. Vous le verrez là, dans laPerspective, et qui apprend à ses élèves à faire les quatre coups.Je l’ai fait venir pour continuer avec lui : mais, auxpremières bottes, je me suis aperçu que j’étais le maître et qu’ilétait l’écolier ; de sorte que je l’ai renvoyé comme unpleutre en lui payant son cachet la moitié de ce que je prends pourune coiffure, et le pauvre diable a encore été trop content.

– Monsieur, lui dis-je, je connais l’hommedont vous parlez. Comme étranger et comme Français, vous n’auriezpas dû dire ce que vous avez dit ; car, comme étranger, vousdevez respecter le choix de l’Empereur et, comme Français, vous nedevez pas dénigrer un compatriote. C’est une leçon que je vousdonne à mon tour, Monsieur, et que je ne vous fais pas payer, mêmeun demi-cachet ; vous voyez que je suis généreux.

À ces mots, je me levai de table, car j’avaisdéjà assez de la colonie française et j’avais hâte de la quitter.Un jeune homme, qui n’avait rien dit pendant tout le temps dudîner, se leva à son tour et sortit en même temps que moi.

– Il paraît, Monsieur, me dit-il en souriant,qu’il ne vous a pas fallu une longue séance pour juger nos cherscompatriotes.

– Non, certes, et je dois avouer que lejugement ne leur est pas avantageux.

– Eh bien ! reprit-il en haussant lesépaules, voilà pourtant d’après quel prospectus on nous juge àSaint-Pétersbourg. Les autres nations envoient à l’étranger cequ’elles ont de meilleur ; nous y envoyons généralement ce quenous avons de pire, et cependant partout nous contrebalançons leurinfluence. C’est bien honorable pour la France, mais c’est bientriste pour les Français.

– Et vous habitez Saint-Pétersbourg,Monsieur ? lui demandai-je.

– Depuis un an ; mais je le quitte cesoir.

– Comment ?

– Je vais retenir ma voiture. Monsieur, j’ail’honneur…

– Monsieur, votre très humble… Pardieu !me dis-je en remontant mon escalier tandis que mon interlocuteurgagnait la porte, je joue de malheur ; je rencontre par hasardun homme comme il faut, et il part le même jour où j’arrive. Jetrouvai dans ma chambre le garçon occupé à préparer mon lit pour lasieste. À Saint-Pétersbourg, comme à Madrid, on dort généralementaprès le dîner : c’est qu’en effet il y a deux mois pendantlesquels il fait plus chaud en Russie qu’en Espagne.

Ce repos m’allait merveilleusement, à moi quiétais encore moulu des deux dernières journées que je venais depasser en voiture, et qui désirais jouir le plus tôt possible d’unede ces belles nuits de la Neva que l’on m’avait tant vantées. Jedemandai donc au garçon de quelle manière il fallait s’y prendrepour se procurer une gondole ; il me répondit que c’était lachose la plus simple, qu’il n’y avait qu’à la commander et que,moyennant dix roubles, commission payée, il se chargerait de cesoin. J’avais déjà converti quelque argent en papier, je lui donnaiun billet rouge et je lui recommandai de venir me réveiller à neufheures.

Le billet rouge avait produit son effet :à neuf heures, le garçon frappait à ma porte, et le batelierm’attendait en bas.

La nuit n’était qu’un crépuscule doux etlimpide à l’aide duquel on aurait pu lire facilement et quipermettait de voir à une distance considérable les objets, perdusdans un vague délicieux et revêtus de tons ignorés, même sous leciel de Naples. La chaleur étouffante de la journée s’était changéeen une charmante brise qui, en passant sur les îles, apportait avecelle une éphémère et suave odeur de roses et d’orangers. Toute laville, abandonnée et déserte le jour, s’était repeuplée et sepressait sur sa promenade marine, où son aristocratie affluait partoutes les branches de la Neva. Toutes les gondoles venaient seranger autour d’une immense barque amarrée en face de la citadelleet chargée de plus de soixante musiciens. Tout à coup, une harmoniemerveilleuse, et de laquelle je n’avais aucune idée, s’éleva dufleuve et monta majestueusement vers le ciel ; j’ordonnai àmes deux rameurs de me conduire le plus près possible de cet orguegigantesque et vivant, dont chaque musicien forme pour ainsi direun tuyau ; car j’avais reconnu cette musique des cors dont onm’avait tant parlé et dans laquelle chaque exécutant ne fait qu’unenote, rendant un son d’après un signe et le prolongeant autant detemps que le bâton du chef d’orchestre est tourné vers lui. Cetteinstrumentation si nouvelle pour moi tenait du miracle ; jen’aurais jamais cru qu’on pouvait jouer de l’homme comme on jouaitdu piano, et je ne savais ce que je devais admirer le plus, ou lapatience du chef, ou la docilité de l’orchestre. Il est vrai que,lorsque plus tard j’eus fait connaissance avec le peuple russe etque j’eus vu son étrange aptitude à tous les arts mécaniques, je nem’étonnai pas plus de ses concerts de cors que de ses maisonsfaites à la hache. Mais pour le moment, je fus, je l’avoue, ravicomme en extase, et la première partie du concert était déjà finieque j’écoutais encore.

Ce concert dura une partie de la nuit. Jusqu’àdeux heures du matin, je me tins à portée d’entendre et de voir, aulieu d’aller, comme tout le monde, d’un endroit à un autre :il me semblait que c’était pour moi seul que le concert étaitdonné, et que de pareilles merveilles d’harmonie ne pouvaient passe renouveler tous les soirs. J’eus donc le loisir d’examiner lesinstruments dont se servaient les musiciens : ce sont destubes recourbés seulement à l’embouchure et qui vont ens’élargissant jusqu’à l’extrémité, d’où s’échappe le son. Cesespèces de clairons varient depuis deux pieds jusqu’à trente piedsde long. Seulement trois personnes se réunissent pour jouer de cesderniers : il y en a deux qui portent l’instrument et une quisouffle.

Je rentrai comme le jour commençait àparaître, tout émerveillé de cette nuit que je venais de passersous ce ciel byzantin, au milieu de cette harmonie septentrionale,sur ce fleuve si large qu’il semble un lac et si pur qu’ilréfléchit, comme un miroir, toutes les étoiles du ciel et toutesles lumières de la terre. J’avoue qu’en ce moment Saint-Pétersbourgme parut au-dessus de tout ce qu’on m’avait dit d’elle, et jereconnus que, si ce n’était point le paradis, c’était du moinsquelque chose qui y touchait de bien près.

Je ne pus pas dormir tant cette musiqueéolienne me poursuivait partout. Aussi, quoique je me fusse couchéà plus de trois heures, à six heures du matin j’étais debout. Jemis en ordre quelques lettres de recommandation qu’on m’avaitdonnées et que je ne comptais remettre qu’après avoir donné unassaut public, afin de ne pas être obligé de me charger moi-même demon prospectus ; je n’en pris sur moi qu’une seule, qu’un demes amis m’avait chargé de remettre en main propre. Cette lettreétait de sa maîtresse, avouons-le, simple grisette du Quartierlatin, et adressée à sa sœur, simple marchande de modes ; maisce n’est pas ma faute si les événements mêlent toutes les classeset si la marée des révolutions met de nos jours le peuple sisouvent en face de la royauté.

Cette lettre portait poursuscription :

À mademoiselle Louise Dupuy, chez madameXavier, marchande de modes, perspective de Nevski, près de l’églisearménienne, en face du bazar.

Le tout écrit de cette écriture et avec cetteorthographe que vous savez.

Je ne m’en faisais pas moins une fête deremettre cette lettre moi-même. À huit cents lieues de la France,il est toujours agréable de voir une jeune et jolie compatriote, etje savais que Louise était jeune et jolie. D’ailleurs, elle quiconnaissait Saint-Pétersbourg puisqu’elle l’habitait depuis quatreans, me donnerait des conseils sur la manière de m’y conduire.

Cependant, comme je ne pouvais convenablementme présenter chez elle à sept heures du matin, je résolus de fairemon tour de ville et de ne revenir à la perspective de Nevski quevers les cinq heures.

J’appelai le garçon ; cette fois ce futun valet de place qui s’offrit en son lieu. Les valets de placesont en même temps des domestiques et des cicérones, ils cirent lesbottes et montrent les palais. Je l’arrêtai, surtout pour lapremière de ces fonctions ; quant à la seconde, j’avaisd’avance étudié mon Saint-Pétersbourg de manière à en savoir autantque lui là-dessus.

Les cookies permettent de personnaliser contenu et annonces, d'offrir des fonctionnalités relatives aux médias sociaux et d'analyser notre trafic. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer