Chapitre 4L’âne
Aucun souffle d’air ne passait dans la brume épaisse endormiesur le fleuve. C’était comme un nuage de coton terne posé surl’eau. Les berges elles-mêmes restaient indistinctes, disparuessous de bizarres vapeurs festonnées comme des montagnes. Mais lejour étant près d’éclore, le coteau commençait à devenir visible. Àson pied, dans les lueurs naissantes de l’aurore, apparaissaientpeu à peu les grandes taches blanches des maisons cuirassées deplâtre. Des coqs chantaient dans les poulaillers.
Là-bas, de l’autre côté de la rivière, ensevelie sous lebrouillard, juste en face de la Frette, un bruit léger troublaitpar moments le grand silence du ciel sans brise. C’était tantôt unvague clapotis, comme la marche prudente d’une barque, tantôt uncoup sec, comme un choc d’aviron sur un bordage, tantôt comme lachute d’un objet mou dans l’eau. Puis, plus rien.
Et parfois des paroles basses, venues on ne sait d’où, peut-êtrede très loin, peut-être de très près, errantes dans ces brumesopaques, nées sur la terre ou sur le fleuve, glissaient, timidesaussi, passaient, comme ces oiseaux sauvages qui ont dormi dans lesjoncs et qui partent aux premières pâleurs du ciel, pour fuirencore, pour fuir toujours, et qu’on aperçoit une secondetraversant la brume à tire-d’aile en poussant un cri doux etcraintif qui réveille leurs frères le long des berges.
Soudain, près de la rive, contre le village, une ombre apparutsur l’eau, à peine indiquée d’abord ; puis elle grandit,s’accentua, et, sortant du rideau nébuleux jeté sur la rivière, unbateau plat, monté par deux hommes, vint s’échouer contrel’herbe.
Celui qui ramait se leva et prit au fond de l’embarcation unseau plein de poissons ; puis il jeta sur son épaulel’épervier encore ruisselant. Son compagnon, qui n’avait pas remué,prononça :
« Apporte ton fusil, nous allons dégoter quéque lapin dans lesberges, hein. Mailloche ? »
L’autre répondit :
« Ça me va. Attends-moi, je te rejoins. »
Et il s’éloigna pour mettre à l’abri leur pêche.
L’homme resté dans la barque bourra lentement sa pipe etl’alluma.
Il s’appelait Labouise dit Chicot, et était associé avec soncompère Maillochon, vulgairement appelé Mailloche, pour exercer laprofession louche et vague de ravageurs.
Mariniers de bas étage, ils ne naviguaient régulièrement quedans les mois de famine. Le reste du temps ils ravageaient. Rôdantjour et nuit sur le fleuve, guettant toute proie morte ou vivante,braconniers d’eau, chasseurs nocturnes, sortes d’écumeurs d’égouts,tantôt à l’affût des chevreuils de la forêt de Saint-Germain,tantôt à la recherche des noyés filant entre deux eaux et, dont ilssoulageaient les poches, ramasseurs de loques flottantes, debouteilles vides qui vont au courant la gueule en l’air avec unbalancement d’ivrognes, de morceaux de bois partis à la dérive,Labouise et Maillochon se la coulaient douce.
Par moments, ils partaient à pied, vers midi, et s’en allaienten flânant devant eux. Ils dînaient dans quelque auberge de la riveet repartaient encore côte à côte. Ils demeuraient absents un jourou deux ; puis un matin on les revoyait rôdant dans l’ordurequi leur servait de bateau.
Là-bas, à Joinville, à Nogent, des canotiers désolés cherchaientleur embarcation disparue une nuit, détachée et partie, volée sansdoute ; tandis qu’à vingt ou trente lieues de là, sur l’Oise,un bourgeois propriétaire se frottait les mains en admirant lecanot acheté d’occasion, la veille, pour cinquante francs, à deuxhommes qui le lui avaient vendu, comme ça, en passant, le lui ayantoffert spontanément sur la mine.
Maillochon reparut avec son fusil enveloppé dans une loque.C’était un homme de quarante ou cinquante ans, grand, maigre, aveccet œil vif qu’ont les gens tracassés par des inquiétudeslégitimes, et les bêtes souvent traquées. Sa chemise ouvertelaissait voir sa poitrine velue d’une toison grise. Mais ilsemblait n’avoir jamais eu d’autre barbe qu’une brosse de courtesmoustaches et une pincée de poils raides sous la lèvre inférieure.Il était chauve des tempes.
Quand il enlevait la galette de crasse qui lui servait decasquette, la peau de sa tête semblait couverte d’un duvetvaporeux, d’une ombre de cheveux, comme le corps d’un poulet pluméqu’on va flamber.
Chicot, au contraire, rouge et bourgeonneux, gros, court etpoilu, avait l’air d’un bifteck cru caché dans un bonnet de sapeur.Il tenait sans cesse fermé l’œil gauche comme s’il visait quelquechose ou quelqu’un, et quand on le plaisantait sur ce tic, en luicriant : « Ouvre l’œil, Labouise », il répondait d’un tontranquille : « Aie pas peur, ma sœur, je l’ouvre à l’occase. » Ilavait d’ailleurs cette habitude d’appeler tout le monde « ma sœur», même son compagnon ravageur.
Il reprit à son tour les avirons ; et la barque de nouveaus’enfonça dans la brume immobile sur le fleuve, mais qui devenaitblanche comme du lait dans le ciel éclairé de lueurs roses.
Labouise demanda :
« Qué plomb qu’ t’as pris. Maillochon ? »
Maillochon répondit :
« Du tout p’tit, du neuf, c’est c’ qui faut pour le lapin. »
Ils approchaient de l’autre berge si lentement, si doucement,qu’aucun bruit ne les révélait. Cette berge appartient à la forêtde Saint-Germain et limite les tirés aux lapins. Elle est couvertede terriers cachés sous les racines d’arbres ; et les bêtes, àl’aurore, gambadent là-dedans, vont, viennent, entrent etsortent.
Maillochon, à genoux à l’avant, guettait, le fusil caché sur leplancher de la barque. Soudain il le saisit, visa, et la détonationroula longtemps par la calme campagne.
Labouise, en deux coups de rame, toucha la berge, et soncompagnon, sautant à terre, ramassa un petit lapin gris, toutpalpitant encore.
Puis le bateau s’enfonça de nouveau dans le brouillard pourregagner l’autre rive et se remettre à l’abri des gardes.
Les deux hommes semblaient maintenant se promener doucement surl’eau. L’arme avait disparu sous la planche qui servait decachette, et le lapin dans la chemise bouffante de Chicot.
Au bout d’un quart d’heure, Labouise demanda :
« Allons, ma sœur, encore un. »
Maillochon répondit :
« Ça me va, en route. »
Et la barque repartit, descendant vivement le courant. Lesbrumes qui couvraient le fleuve commençaient à se lever. Onapercevait, comme à travers un voile, les arbres des rives ;et le brouillard déchiré s’en allait au fil de l’eau, par petitsnuages.
Quand ils approchèrent de l’île dont la pointe est devantHerblay, les deux hommes ralentirent leur marche et recommencèrentà guetter. Puis bientôt un second lapin fut tué.
Ils continuèrent ensuite à descendre jusqu’à mi-route deConflans ; puis ils s’arrêtèrent, amarrèrent leur bateaucontre un arbre, et, se couchant au fond, s’endormirent.
De temps en temps, Labouise se soulevait et, de son œil ouvert,parcourait l’horizon. Les dernières vapeurs du matin s’étaientévaporées et le grand soleil d’été montait, rayonnant, dans le cielbleu.
Là-bas, de l’autre côté de la rivière, le coteau planté devignes s’arrondissait en demi-cercle. Une seule maison se dressaitau faîte, dans un bouquet d’arbres. Tout était silencieux.
Mais sur le chemin de halage quelque chose remuait doucement,avançant à peine. C’était une femme traînant un âne. La bête,ankylosée, raide et rétive, allongeait une jambe de temps en temps,cédant aux efforts de sa compagne quand elle ne pouvait plus s’yrefuser ; et elle allait ainsi le cou tendu, les oreillescouchées, si lentement qu’on ne pouvait prévoir quand elle seraithors de vue.
La femme tirait, courbée en deux, et se retournait parfois pourfrapper l’âne avec une branche.
Labouise, l’ayant aperçue, prononça :
« Ohé ! Mailloche ! »
Mailloche répondit :
« Qué qu’y a ?
– Veux-tu rigoler :
– Tout de même.
– Allons, secoue-toi, ma sœur, j’allons rire. »
Chicot prit les avirons.
Quand il eut traversé le fleuve et qu’il fut en face du groupe,il cria :
« Ohé ! ma sœur ! »
La femme cessa de traîner sa bourrique et regarda. Labouisereprit :
« Vas-tu à la foire aux locomotives ? »
La femme ne répondit rien. Chicot continua :
« Ohé ! dis, il a été primé à la course, ton bourri. Oùsquetu l’ conduis, de c’te vitesse ? »
La femme, enfin, répondit :
« Je vais chez Macquart, aux Champioux, pour l’ faire abattre.Il ne vaut pus rien. »
Labouise répondit :
« J’ te crois. Et combien qu’y t’en donnera Macquart ?»
La femme, qui s’essuyait le front du revers de la main, hésita:
« J’ sais ti ? P’t-être trois francs, p’t-êtrequatre ? »
Chicot s’écria :
« J’ t’en donne cent sous, et v’là ta course faite, c’est paspeu. »
La femme, après une courte réflexion, prononça :
« C’est dit. »
Et les ravageurs abordèrent.
Labouise saisit la bride de l’animal. Maillochon, surpris,demanda :
« Qué que tu veux faire de c’te peau ? »
Chicot, cette fois, ouvrit son autre œil pour exprimer sagaieté. Toute sa figure rouge grimaçait de joie ; il gloussa:
« Aie pas peur, ma sœur, j’ai mon truc. »
Il donna cent sous à la femme, qui s’assit sur le fossé pourvoir ce qui allait arriver.
Alors Labouise, en belle humeur, alla chercher le fusil, et letendant à Maillochon.
« Chacun son coup, ma vieille ; nous allons chasser le grosgibier, ma sœur, pas si près que ça, nom d’un nom, tu vas l’ tuerdu premier. Faut faire durer l’ plaisir un peu. »
Et il plaça son compagnon à quarante pas de la victime. L’âne,se sentant libre, essayait de brouter l’herbe haute de la berge,mais il était tellement exténué qu’il vacillait sur ses jambescomme s’il allait tomber.
Maillochon l’ajusta lentement et dit :
« Un coup de sel aux oreilles, attention, Chicot. »
Et il tira.
Le plomb menu cribla les longues oreilles de l’âne, qui se mit àles secouer vivement, les agitant tantôt l’une après l’autre,tantôt ensemble, pour se débarrasser de ce picotement.
Les deux hommes riaient à se tordre, courbés, tapant du pied.Mais la femme indignée s’élança, ne voulant pas qu’on martyrisâtson bourri, offrant de rendre les cent sous, furieuse etgeignante.
Labouise la menaça d’une tripotée et fit mine de relever sesmanches. Il avait payé, n’est-ce pas ? Alors zut. Il allaitlui en tirer un dans les jupes. pour lui montrer qu’on ne sentaitrien.
Et elle s’en alla en les menaçant des gendarmes. Longtemps ilsl’entendirent qui criait des injures plus violentes à mesurequ’elle s’éloignait.
Maillochon tendit le fusil à son camarade.
« À toi, Chicot. »
Labouise ajusta et fit feu. L’âne reçut la charge dans lescuisses, mais le plomb était si petit et tiré de si loin qu’il secrut sans doute piqué des taons. Car il se mit à s’émoucher de saqueue avec force, se battant les jambes et le dos.
Labouise s’assit pour rire à son aise, tandis que Maillochonrechargeait l’arme, si joyeux qu’il semblait éternuer dans lecanon.
Il s’approcha de quelques pas et, visant le même endroit que soncamarade, il tira de nouveau. La bête, cette fois, fit unsoubresaut, essaya de ruer, tourna la tète. Un peu de sang coulaitenfin. Elle avait été touchée profondément, et une souffrance aiguëse déclara, car elle se mit à fuir sur la berge, d’un galop lent,boiteux et saccadé.
Les deux hommes s’élancèrent à sa poursuite, Maillochon àgrandes enjambées, Labouise à pas pressés, courant d’un trotessoufflé de petit homme.
Mais l’âne, à bout de force, s’était arrêté, et il regardait,d’un œil éperdu, venir ses meurtriers.
Puis, tout à coup, il tendit la tête et se mit à braire.
Labouise, haletant, avait pris le fusil. Cette fois, ils’approcha tout près, n’ayant pas envie de recommencer lacourse.
Quand le baudet eut fini de pousser sa plainte lamentable, commeun appel de secours, un dernier cri d’impuissance, l’homme, quiavait son idée, cria : « Mailloche, ohé ! ma sœur, amène-toi,je vas lui faire prendre médecine. » Et, tandis que l’autre ouvraitde force la bouche serrée de l’animal, Chicot lui introduisait aufond du gosier le canon de son fusil, comme s’il eût voulu luifaire boire un médicament ; puis il dit :
« Ohé ! ma sœur, attention, je verse la purge. »
Et il appuya sur la gâchette. L’âne recula de trois pas, tombasur le derrière, tenta de se relever et s’abattit à la fin sur leflanc en fermant les yeux. Tout son vieux corps pelépalpitait ; ses jambes s’agitaient comme s’il eût voulucourir. Un flot de sang lui coulait entre les dents. Bientôt il neremua plus. Il était mort.
Les deux hommes ne riaient pas, ça avait été fini trop vite, ilsétaient volés.
Maillochon demanda :
« Eh bien, qué que j’en faisons à c’t’heure ? »
Labouise répondit :
« Aie pas peur, ma sœur, embarquons-le, j’allons rigoler à lanuit tombée. »
Et ils allèrent chercher la barque. Le cadavre de l’animal futcouché dans le fond, couvert d’herbes fraîches, et les deuxrôdeurs, s’étendant dessus, se rendormirent.
Vers midi, Labouise tira des coffres secrets de leur bateauvermoulu et boueux un litre de vin, un pain, du beurre et desoignons crus, et ils se mirent à manger.
Quand leur repas fut terminé, ils se couchèrent de nouveau surl’âne mort et recommencèrent à dormir. À la nuit tombante, Labouisese réveilla et, secouant son camarade, qui ronflait comme un orgue,il commanda :
« Allons, ma sœur, en route. »
Et Maillochon se mit à ramer. Ils remontaient la Seine toutdoucement, ayant du temps devant eux. Ils longeaient les bergescouvertes de lis d’eau fleuris, parfumées par les aubépinespenchant sur le courant leurs touffes blanches ; et la lourdebarque, couleur de vase, glissait sur les grandes feuilles platesdes nénuphars, dont elle courbait les fleurs pâles, rondes etfendues comme des grelots, qui se redressaient ensuite.
Lorsqu’ils furent au mu de l’Éperon, qui sépare la forêt deSaint-Germain du parc de Maisons-Laffitte, Labouise arrêta soncamarade et lui exposa son projet, qui agita Maillochon d’un riresilencieux et prolongé.
Ils jetèrent à l’eau les herbes étendues sur le cadavre, prirentla bête par les pieds, la débarquèrent et s’en furent la cacherdans un fourré.
Puis ils remontèrent dans leur barque et gagnèrentMaisons-Laffitte.
La nuit était tout à fait noire quand ils entrèrent chez le pèreJules, traiteur et marchand de vins. Dès qu’il les aperçut, lecommerçant s’approcha, leur serra les mains et prit place à leurtable, puis on causa de choses et d’autres.
Vers onze heures, le dernier consommateur étant parti, le pèreJules, clignant de l’œil, dit à Labouise :
« Hein, y en a-t-il ? »
Labouise fit un mouvement de tête et prononça :
« Y en a et y en a pas, c’est possible. »
Le restaurateur insistait :
« Des gris, rien que des gris, peut-être ? »
Alors, Chicot, plongeant la main dans sa chemise de laine, tirales oreilles d’un lapin et déclara :
« Ça vaut trois francs la paire. »
Alors, une longue discussion commença sur le prix. 0n convint dedeux francs soixante-cinq. Et les deux lapins furent livrés.
Comme les maraudeurs se levaient, le père Jules qui lesguettait, prononça :
« Vous avez autre chose, mais vous ne voulez pas le dire. »
Labouise riposta :
« C’est possible, mais pas pour toi, t’es trop chien. »
L’homme, allumé, le pressait.
« Hein, du gros, allons, dis quoi, on pourra s’entendre. »
Labouise, qui semblait perplexe, fit mine de consulterMaillochon de l’œil, puis il répondit d’une voix lente :
« V’là l’affaire. J’étions embusqué à l’Éperon quand quéquechose nous passe dans le premier buisson à gauche, au bout dumur.
« Mailloche y lâche un coup, ça tombe. Et je filons, vu lesgardes. Je peux pas te dire ce que c’est, vu que je l’ignore. Pourgros, c’est gros.
« Mais quoi ? si je te le disais, je te tromperais, et tusais, ma sœur, entre nous, cœur sur la main. »
L’homme, palpitant, demanda :
« C’est-i pas un chevreuil ? »
Labouise reprit :
« Ça s’peut bien, ça ou autre chose ? Un chevreuil ?…Oui… C’est p’t-être pus gros ?
« Comme qui dirait une biche. Oh ! j’ te dis pas qu’ c’estune biche, vu que j’ l’ignore, mais ça s’ peut ! »
Le gargotier insistait :
« P’t-être un cerf ? »
Labouise étendit la main :
« Ça non ! Pour un cerf, c’est pas un cerf, j’ te trompepas, c’est pas un cerf. J’ l’aurais vu, attendu les bois. Non, pourun cerf, c’est pas un cerf.
– Pourquoi que vous l’avez pas pris ? demanda l’homme.
– Pourquoi, ma sœur, parce que je vendons sur place, désormais.J’ai preneur. Tu comprends, on va flâner par là, on trouve lachose, on s’en empare. Pas de risques pour Bibi. Voilà. »
Le fricotier, soupçonneux, prononça :
« S’il n’y était pu, maintenant. »
Mais Labouise leva de nouveau la main : « Pour y être, il y est,je te l’ promets, je te l’ jure. Dans le premier buisson à gauche.Pour ce que c’est, je l’ignore. J’ sais que c’est pas un cerf, ça,non, j’en suis sûr. Pour le reste, à toi d’y aller voir. C’estvingt francs sur place, ça te va-t-il ? »
L’homme hésitait encore :
« Tu ne pourrais pas me l’apporter ? »
Maillochon prit la parole :
« Alors pus de jeu. Si c’est un chevreuil, cinquantefrancs ; si c’est une biche, soixante-dix ; voilà nosprix. »
Le gargotier se décida :
« Ça va pour vingt francs. C’est dit. » Et on se tapa dans lamain.
Puis il sortit de son comptoir quatre grosses pièces de centsous que les deux amis empochèrent.
Labouise se leva, vida son verre et sortit ; au momentd’entrer dans l’ombre, il se retourna pour spécifier :
« C’est pas un cerf, pour sûr. Mais, quoi ?… Pour y être,il y est. Je te rendrai l’argent si tu ne trouves rien. »
Et il s’enfonça dans la nuit.
Maillochon, qui le suivait, lui tapait dans le dos de grandscoups de poing pour témoigner son allégresse.
