Conclusion
Les émigrants partirent sur huit bâtimentsfrétés à frais communs, et, après trois mois de navigation,arrivèrent en vue de la côte que vous savez, et jetèrent l’ancredans la baie de Carthago.
Ils y trouvèrent, pour toute ville, lescabanes que nous avons décrites, et, pour toute population, lesgens du Serpent-Noir, qui les conduisirent à leur chef, lequel leurdemanda s’ils lui apportaient de l’eau-de-feu.
Une partie de ces malheureux, n’ayant plusaucune ressource en Angleterre, prirent le parti de rester àMosquitos ; les autres résolurent de revenir en Angleterre. Enroute, la moitié de cette moitié mourut de faim et de misère.
Le quart qui revint à Londres n’eut pas plustôt mis pied à terre, qu’il courut au palais du cacique et àl’hôtel du consul. Le cacique et le consul avaient disparu depuishuit jours, et l’on ignorait complètement ce qu’ils étaientdevenus.
Quant à nous, nous croyons que le cacique estincognito à Paris, et nous avons des raisons de penser qu’il n’estpas étranger à une grande partie des entreprises industrielles quis’y font depuis quelque temps.
Si nous en apprenons quelque nouvelle pluspositive, nous nous empresserons d’en faire part à noslecteurs.
Au moment où nous mettons sous presse, nouslisons dans la Gazette médicale :
« Jusqu’à présent, on n’avait constaté lefait de combustion instantanée que sur les hommes ; un caspareil vient, pour la première fois, d’être signalé par le docteurThierry sur un animal appartenant à l’espèce simiane. Depuis cinqou six ans, cet individu, par suite de la perte douloureuse qu’ilavait faite de l’un de ses amis, avait pris l’habitude de se livrerà une intempérance journalière à l’endroit du vin et des liqueursfortes ; le jour même de l’accident, il avait bu trois petitsverres de rhum et s’était retiré, selon son habitude, dans un coinde l’appartement, lorsque, tout à coup, on entendit de son côté unpétillement pareil à celui que produisent les étincelles quis’échappent d’un foyer. La ménagère, qui faisait sa chambre, seretourna vivement du côté d’où venait le bruit, et vit l’animalenveloppé d’une flamme bleuâtre pareille à celle del’esprit-de-vin, sans que cependant il fît le moindre mouvementpour échapper à l’incendie. La stupéfaction dans laquelle laplongea ce spectacle lui ôta la force d’aller à son secours, et cene fut que lorsque le feu fut éteint qu’elle osa s’approcher del’endroit où il avait apparu ; mais alors il était trop tard,l’animal était complètement mort.
« Le singe sur lequel s’est accompli cetétrange phénomène appartenait à notre célèbre peintre, M. TonyJohannot. »
