La montagne magique Thomas Mann

LUCIDITÉ

Mais Joachim ne pouvait plus répondre qu’avec difficulté et d’une manière indistincte. Il avait tiré un petit thermomètre d’un étui de cuir rouge, doublé de velours, qui était posé sur sa table, et il en avait mis dans sa bouche l’extrémité inférieure emplie de mercure. Il le tenait à gauche, sous la langue, de telle sorte que l’instrument de verre lui sortait obliquement de la bouche. Puis il revêtit un costume d’intérieur, mit des souliers et une vareuse semblable à une « litevka » d’uniforme, prit sur la table une formule imprimée, ainsi qu’un crayon, puis un livre, une grammaire russe, – car il étudiait le russe, parce que, disait-il, il espérait qu’au service cela lui vaudrait certains avantages – et ainsi équipé, il prit place dehors, sur le balcon, en s’étendant sur la chaise-longue, et ne couvrant que légèrement ses pieds d’une couverture en poil de chameau.

Elle était à peine nécessaire : durant le dernier quart d’heure déjà, la couche de nuages s’était faite de plus en plus transparente, et le soleil perça avec une ardeur si estivale et si aveuglante que Joachim protégea sa tête sous un garde-vue en coutil blanc que, au moyen d’un ingénieux petit mécanisme, on pouvait fixer au dossier de la chaise et incliner selon la position du soleil. Hans Castorp loua cette invention. Il voulut attendre le résultat de la prise de température, et, cependant, regarda comment tout était disposé, examina le sac de fourrure qui était appuyé dans un angle de la loggia (Joachim s’en servait les jours froids), et les coudes sur la balustrade, regarda dans le jardin où la terrasse commune était peuplée à présent de pensionnaires étendus qui lisaient, écrivaient ou bavardaient. D’ailleurs, on n’en voyait qu’une partie, environ cinq chaises-longues.

– Mais combien de temps cela dure-t-il ? demanda Hans Castorp, et il se retourna.

Joachim leva sept doigts.

– Mais elles sont certainement passées, tes sept minutes.

Joachim, de la tête, fit signe que non. Un peu plus tard, il retira le thermomètre de sa bouche, le considéra et dit en même temps :

– Oui, lorsqu’on surveille le temps, il passe très lentement. J’aime beaucoup la température, quatre fois par jour, parce que, à ce moment, on se rend vraiment compte de ce que c’est en réalité qu’une minute ou même sept minutes, alors que des sept jours d’une semaine, on ne fait ici aucun cas, ce qui est affreux.

– Tu dis : en réalité. Tu ne peux pas dire : en réalité, répondit Hans Castorp.

Il était assis, une cuisse sur la balustrade, et le blanc de ses yeux était veiné de rouge.

– Le temps n’a aucune « réalité ». Lorsqu’il vous paraît long, il est long, et lorsqu’il vous paraît court, il est court, mais de quelle longueur ou de quelle brièveté, c’est ce que personne ne sait.

Il n’était pas du tout habitué à philosopher, et cependant il en éprouvait le besoin.

Joachim répliqua :

– Comment donc ? Non. Puisque nous le mesurons. Nous avons des montres et des calendriers, et lorsqu’un mois est passé, il est passé pour toi et pour moi, et pour nous tous.

– Suis-moi un instant, dit Hans Castorp, et il leva l’index à la hauteur de ses yeux troubles. Une minute est donc aussi longue qu’elle te paraît lorsque tu prends ta température ?

– Une minute est aussi longue… elle dure aussi longtemps que l’aiguille des secondes met de temps à parcourir son cadran.

– Mais il lui faut des temps très différents… pour notre sentiment. Et en fait, je dis : en fait, répéta Hans Castorp en serrant son index tout contre son nez, au point d’en plier le bout, en fait, c’est un mouvement, un mouvement dans l’espace, n’est-ce pas ? Attention, je t’en prie. Nous mesurons donc le temps au moyen de l’espace. C’est par conséquent à peu près la même chose que si nous voulions mesurer l’espace à l’aide du temps, ce qui n’arrive qu’à des gens tout à fait dépourvus d’esprit scientifique. De Hambourg à Davos, il y a vingt heures, – oui, en chemin de fer. Mais à pied, combien est-ce ? Et en pensée ? Même pas une seconde.

– Dis donc, reprit Joachim, qu’est-ce qui te prend ? Je crois que tu es devenu bizarre, chez nous.

– Tais-toi. Je suis très lucide, aujourd’hui. Ainsi qu’est-ce que le temps ? demanda Hans Castorp, et il replia le bout de son nez d’un doigt si violent qu’il devint pâle et exsangue. Veux-tu me dire cela ? L’espace, nous le percevons par nos sens, par la vue et le toucher. Parfait ! Mais quel est celui de nos sens qui perçoit le temps ? Veux-tu me le dire, s’il te plaît ? Vois-tu, te voilà coincé ! Mais comment pourrions-nous mesurer quelque chose dont nous ne saurions même pas définir un seul caractère ? Nous disons : le temps passe. Bien, qu’il passe donc ! Mais quant à le mesurer, minute ! Pour qu’il fût possible de le mesurer, il faudrait qu’il s’écoulât d’une manière uniforme, et d’où tiens-tu qu’il en soit ainsi ? Pour notre conscience, en tout cas, il n’en est pas ainsi ; tout au plus, pour le bon ordre, admettons-nous qu’il le fasse, et nos mesures ne sont donc que des conventions, permets-moi de t’en faire la remarque…

– Bien, dit Joachim, par conséquent ce n’est qu’une convention que j’aie quatre divisions de trop sur mon thermomètre. Mais à cause de ces cinq traits, il faut que je tire ma flemme ici et je ne peux pas faire de service, ça c’est un fait plutôt répugnant.

– As-tu 37,5 !

– Cela descend déjà de nouveau.

Et Joachim inscrivit le chiffre sur sa feuille de température.

– Hier soir, j’avais presque 38, c’était à cause de ton arrivée.

Tous ceux qui reçoivent des visites font plus de température. Mais c’est tout de même un bienfait.

– Du reste, je m’en vais te laisser, dit Hans Castorp. J’ai encore une foule de pensées sur le temps, c’est tout un complexe, on peut bien le dire. Mais je ne veux pas t’énerver par cela, puisque tu as, de toutes façons, trop de traits. Je me rappellerai tout cela et nous y reviendrons plus tard, peut-être après le déjeuner. Lorsque ce sera l’heure du déjeuner, tu m’appelleras, n’est-ce pas ? Je vais, moi aussi, faire la cure de repos, cela ne fait pas de mal, Dieu merci !

Et, sur ce, il passa de l’autre côté de la paroi de verre, dans sa propre loge où la chaise-longue et la petite table étaient également dressées ; il chercha les « Ocean Steamships » et son beau plaid doux, rouge foncé et moucheté de vert, dans sa chambre proprement rangée, et s’installa.

Lui aussi dut bientôt ouvrir l’ombrelle ; à peine était-on couché, que la brûlure du soleil devenait insupportable. Mais on était couché d’une manière particulièrement confortable ; cela, Hans Castorp le constata aussitôt avec satisfaction ; il ne se souvenait pas avoir jamais rencontré une chaise-longue aussi agréable. La carcasse, de forme un peu démodée – ce qui n’était qu’une fantaisie du goût, car le siège de toute évidence était neuf, – était faite d’un bois poli d’un brun rougeâtre, et un matelas, recouvert d’une housse de coutil, composé en réalité de trois coussins, s’étendait du pied jusqu’au dossier. De plus, un cordon maintenait derrière la nuque un traversin ni trop mou ni trop dur et recouvert d’une toile brodée, dont l’effet était particulièrement bienfaisant. Hans Castorp appuya son bras sur la large surface lisse de l’accotoir, cligna des paupières et se reposa, sans recourir aux « Ocean Steamships » pour se distraire. Vu à travers les arcs de la loggia, le paysage dur et pauvre, mais clairement ensoleillé, semblait un tableau encadré. Hans Castorp le considérait d’un air pensif. Soudain, il se rappela quelque chose et dit à haute voix, dans le silence :

– Mais c’est une naine qui nous a servis au petit déjeuner ?

– Pst, fit Joachim. Doucement. Une naine, oui, et puis ?

– Rien, nous n’avions pas encore parlé de cela.

Et puis il continua de songer. Il était déjà dix heures lorsqu’il s’était étendu. Une heure passa. C’était une heure ordinaire, ni longue ni courte. Lorsqu’elle fut passée, un gong retentit à travers la maison et le jardin, d’abord loin, puis plus près, puis de nouveau loin.

– Déjeuner, dit Joachim, et on l’entendit se lever.

Hans Castorp, lui aussi, mit fin pour cette fois à sa cure de repos ; et il entra dans sa chambre pour remettre ses vêtements en ordre. Les deux cousins se rencontrèrent dans le couloir et descendirent ensemble. Hans Castorp dit :

– Eh bien, on était vraiment admirablement couché. Qu’est-ce que c’est que ces chaises-longues ? Si on peut en acheter ici, j’en emporte une à Hambourg, on y est couché comme au ciel. Ou crois-tu que Behrens les ait fait faire tout exprès, d’après ses propres indications ?

Joachim n’en savait rien. Ils se débarrassèrent et entrèrent pour la deuxième fois dans la salle à manger, où le repas était déjà de nouveau en train.

Toute la salle scintillait de lait : devant chaque place, il y en avait un grand verre, au moins un demi-litre.

– Non, dit Hans Castorp, lorsqu’il eut repris place à son bout de table, entre la couturière et l’Anglaise, et qu’il eut déplié sa serviette avec résignation, bien qu’il sentît encore le poids de son premier déjeuner, non, dit-il, Dieu m’assiste, du lait, je n’en bois pas du tout, et à cette heure-ci moins que jamais. Est-ce qu’il n’y aurait pas par hasard du porter ?

Et avec une politesse pleine de ménagement, il adressa cette question à la naine.

Malheureusement, il n’y en avait pas. Mais elle promit d’apporter de la bière de Kulmbach, et l’apporta, en effet. Elle était noire, épaisse, avec une écume brunâtre, et remplaçait parfaitement le porter. Hans Castorp but avidement. Il mangea de la viande froide avec du pain grillé. De nouveau, on servit du porridge, et de nouveau beaucoup de beurre et de fruits. Il laissa du moins ses yeux reposer sur les plats, incapable comme il l’était d’en rien absorber. Il considérait aussi les pensionnaires. Les masses commençaient à se diviser, les individualités prenaient du relief.

Sa propre table était au complet, sauf la place à l’autre bout, en face de lui, qui, ainsi qu’il l’apprit, était la « place du docteur ». Car, dans la mesure où leurs occupations le leur permettaient, les médecins partageaient les repas communs et changeaient chaque fois de table ; à l’extrémité de chacune, on réservait ainsi une place pour le docteur. Aucun d’eux n’était présent aujourd’hui ; on disait qu’ils étaient retenus par une opération. De nouveau le jeune homme à la moustache entra, inclina une fois le menton sur la poitrine et s’assit avec une mine soucieuse et fermée. De nouveau, la jeune fille blonde et maigre était assise à sa place et mangeait son yaourt à la cuiller, comme si c’eût été la seule chose comestible. À côté d’elle, était assise cette fois une vieille petite dame alerte qui, avec insistance, parlait en langue russe au jeune homme taciturne, qui la regardait d’un air soucieux, ne répondant que par des hochements de tête, avec cette expression d’un homme qui a un mauvais goût dans la bouche. En face de lui, de l’autre côté de la vieille dame, était placée une seconde jeune fille, très jolie : un teint florissant et une poitrine haute, des cheveux châtains et agréablement ondulés, des yeux ronds, bruns et puérils, et un petit rubis à sa main qui était belle. Elle riait beaucoup et parlait également le russe, rien que le russe. Elle s’appelait Maroussia, d’après ce que Hans Castorp entendit. De plus, il remarqua en passant que Joachim baissait les yeux avec une expression sévère lorsqu’elle riait et qu’elle parlait.

Settembrini entra par la porte latérale et, tout en caressant sa moustache, gagna sa place, à l’extrémité de la table, qui était placée de biais, en face de celle de Hans Castorp. Ses compagnons de table, à peine eut-il pris place, partirent d’un grand éclat de rire. Sans doute venait-il de dire quelque méchanceté. Les membres de la « Société des demi-poumons » eux aussi, Hans Castorp les reconnut. Les yeux inexpressifs, Hermine Kleefeld gagna sa table, de l’autre côté, près de la porte de la véranda, et salua le jeune homme aux lèvres retroussées qui, ce matin, avait relevé les pans de sa veste d’un geste si peu convenable. La pâle Mlle Lévi, couleur d’ivoire, était assise à côté de la grasse Mme Iltis, tachée de son, parmi des inconnus, à droite de Hans Castorp, à la table disposée transversalement.

– Voilà tes voisins, dit Joachim à mi-voix, à son cousin, en se penchant en avant.

Le couple passa auprès de Hans Castorp, se dirigeant vers la dernière table à droite, la « table des Russes ordinaires », par conséquent, à laquelle une famille, avec un jeune garçon au visage laid, dévorait déjà de prodigieuses quantités de porridge. L’homme était d’une structure frêle et avait des joues grises et creuses. Il portait une vareuse de cuir brun et aux pieds des chaussures de feutre fermées par des boucles. Sa femme, elle aussi petite et menue, sous un chapeau à plume, était haut perchée sur des bottines minuscules en cuir de Russie ; un boa d’une fraîcheur douteuse enveloppait son cou. Hans Castorp les considéra tous deux avec un manque d’égards qui lui était habituellement étranger et dont il ressentit lui-même la brutalité ; mais cette brutalité même lui causait un certain plaisir. Ses yeux étaient à la fois indifférents et indiscrets. Lorsque, à cet instant, la porte vitrée claqua à sa gauche, avec un fracas cliquetant de même qu’au premier déjeuner, il ne tressaillit pas comme le matin, mais ne fit qu’une grimace paresseuse ; et lorsqu’il voulut tourner la tête de ce côté, il trouva que tout cela lui coûtait trop de mal et que ça n’en valait pas la peine. Ainsi advint-il que cette fois encore il ne réussit pas à établir qui donc traitait la porte avec un tel sans-gêne.

À la vérité, cette bière matinale, qui d’ordinaire n’exerçait sur lui qu’une influence modérément inhibante, avait aujourd’hui complètement étourdi et paralysé le jeune homme. Il en subissait les suites comme s’il avait reçu un coup en plein front. Ses paupières étaient d’une lourdeur de plomb, sa langue n’obéissait plus à une simple pensée, lorsque, par politesse, il essaya de bavarder avec l’Anglaise ; il avait même besoin de faire un grand effort sur lui-même pour réussir à changer la direction de son regard, et à cela s’ajoutait l’insupportable brûlure au visage qui avait atteint le même degré que la veille : ses joues lui paraissaient gonflées par la chaleur, il respirait avec peine, son cœur battait comme un marteau enveloppé, et s’il ne souffrait pas particulièrement de tout cela, c’est parce que sa tête se trouvait dans le même état que s’il eût respiré quelques bouffées de chloroforme. Il remarqua comme en rêve que le docteur Krokovski finit malgré tout par prendre place à sa table, en face de lui, bien que le docteur, à plusieurs reprises, le fixât avec une acuité particulière, tout en causant avec les dames assises à sa droite, non sans que les jeunes filles, savoir la florissante Maroussia et la maigre mangeuse de yaourt baissassent les yeux devant lui, d’un air obséquieux et pudique. D’ailleurs Hans Castorp se tint convenablement, et joua même du couteau et de la fourchette avec une correction toute particulière. Lorsque son cousin lui fit un signe de tête et se leva, il se leva à son tour, s’inclina sans voir vers ses compagnons de table, et sortit d’un pas assuré derrière Joachim.

– Quand donc a lieu la prochaine cure de repos ? demanda-t-il lorsqu’ils sortirent de la maison. C’est ce qu’il y a de mieux ici, autant que je puisse m’en rendre compte. Je voudrais être étendu déjà sur mon excellente chaise-longue. Est-ce que nous allons loin ?

UN MOT DE TROP

– Non, dit Joachim, d’ailleurs je ne peux pas aller très loin. À cette heure-ci je descends d’habitude faire un tour à travers le village et jusqu’à Davos-Platz, lorsque j’ai le temps. On voit les boutiques et les gens, et l’on fait des emplettes quand on a besoin de quelque chose. Avant le repas, on reste encore étendu pendant une heure, et ensuite, de nouveau, jusqu’à quatre heures.

Ils descendirent au soleil, sur la route par laquelle ils étaient montés, franchirent le cours d’eau et les rails étroits, ayant devant leurs yeux le versant droit de la vallée : le petit Schiahorn, les Tours vertes, et le Dorfberg que Joachim énuméra. Là, de l’autre côté, à une certaine altitude, se trouvait le cimetière de Davos-Dorf, entouré d’un mur, et que Joachim lui désigna également de sa canne. Puis ils gagnèrent la grande route qui, un peu surélevée au-dessus du fond de la vallée, conduisait le long du versant descendant par terrasses.

D’un village on ne pouvait d’ailleurs pas parler, du moins n’en restait-il que le nom. La station climatérique l’avait dévoré en s’étendant de plus en plus vers l’entrée de la vallée, et la partie de l’agglomération qui portait le nom de « Village » se rattachait sans changement visible à la partie dite « Davos-Platz ». Des hôtels et des pensions, tous abondamment pourvus de vérandas, de balcons et de terrasses de repos ; de petites maisons privées aussi, où l’on pouvait louer des chambres, étaient situées de part et d’autre ; ici comme là, on rencontrait des maisons neuves ; parfois il n’y avait plus de constructions, et la vue s’ouvrait sur les pâturages verts au fond de la vallée…

Hans Castorp, dans le vif besoin qu’il éprouvait de cet habituel délice, s’était de nouveau allumé un cigare, et, grâce à la bière qu’il venait de boire, il parvenait de temps à autre, à sa satisfaction indicible, à ressentir un peu de l’arôme désiré : rarement et faiblement, sans doute, il fallait un certain effort nerveux pour qu’il eût comme un lointain pressentiment du plaisir, et l’atroce goût de cuir continuait à prédominer. Incapable de se résoudre à son impuissance, il lutta pendant quelque temps pour une jouissance qui tantôt se dérobait, tantôt n’apparaissait que de loin, comme pour se moquer de lui, et enfin, fatigué et dégoûté, il jeta son cigare. Malgré sa légère ivresse, il se sentait obligé de poursuivre une conversation de politesse et s’efforçait de se souvenir des choses si remarquables que ce matin il avait voulu dire sur le temps. Mais il apparut qu’il avait oublié tout le « complexe », sans le moindre résidu, et que sa tête n’abritait plus la moindre pensée sur le temps. En revanche, il se prit à parler de détails d’ordre corporel, et cela d’une manière assez singulière.

– Quand donc prends-tu de nouveau ta température ? demanda-t-il. Après le dîner ? Oui, c’est parfait. À ce moment-là, l’organisme est en plein fonctionnement, et cela doit bien se dégager. Mais, dis donc, je pense que c’était une plaisanterie de Behrens de me conseiller à moi aussi, de prendre ma température. Settembrini en a ri à gorge déployée, et cela n’aurait vraiment pas le sens commun. D’ailleurs, je ne possède même pas de thermomètre.

– Bah, dit Joachim, cela serait la moindre des choses. Tu n’as qu’à t’en acheter un. Ici, on trouve partout des thermomètres, presque dans tous les magasins.

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