Contes merveilleux – Tome II

Chapitre 27Les Sept corbeaux

Un homme avait sept garçons mais désiraitvivement avoir une fille. Quand sa femme fut de nouveau enceinte etque l’enfant naquit, ce fut une fille.

Ses parents furent au comble de la joie, maisle bébé leur parut si petit et si faible qu’ils décidèrent de lebaptiser aussitôt.

En toute hâte le père envoya un des sesgarçons à la fontaine puiser de l’eau pour le baptême ; lessix autres suivirent en courant. Mais devant le puits, chacunvoulut être le premier à remplir la cruche et, en se disputant, ilslaissèrent tomber la cruche au fond de l’eau.

Atterrés, les sept garçons restèrent plantéslà, n’osant plus rentrer chez eux.

Le père, ne les voyant pas revenir,s’impatientait :

« Ils sont sûrement en train de s’amuseret ont oublié la pauvre petite ! »

Il craignait tellement que le bébé mourût sansbaptême qu’il s’est mit en colère :

– Je voudrais les voir transformer encorbeau !

Or à peine eut-il prononcé ces mots qu’ilentendit au-dessus de lui des battements d’ailes. Il leva la têteet aperçut alors sept corbeaux noirs en plein ciel.

Les parents ne pouvaient hélas pas annuler lesort. Bien que profondément chagrinés d’avoir perdu leurs septfils, ils se consolèrent un peu en voyant leur petite filleéchapper à la mort et gagner chaque jour en force et en beauté.

Pendant des années, la petite fille ignoraqu’elle avait des frères, car ses parents gardaient prudemment lesecret. Mais un jour, par hasard, elle entendit de mauvaises gensdire qu’elle était certes très jolie, mais qu’elle avait pourtantfait le malheur de ses frères. Bouleversée, elle alla trouver sonpère et sa mère et leur demanda s’il était vrai quelle avait eu desfrères, et se qu’il était advenu. Les parents lui révélèrent alorsla vérité en lui assurant que ce n’était pas de sa faute si sesfrères avaient disparu à sa naissance, mais que le ciel en avaitdécidé ainsi.

Cependant, jour après jour, la fillette sesentait coupable de cette terrible malédiction et elle se mit entête de retrouver ses frères à tout prix. Elle décida de partir encachette pour parcourir le monde et délivrer ses frères où qu’ilsfussent. Pour tout bagage, elle emporta une petite bague ensouvenir de ses parents, une miche de pain pour ne pas mourir defaim, une cruche d’eau pour se désaltérer et une petite chaise pourse reposer.

Et elle marcha, marcha droit devant ellejusqu’au bout du monde. Elle arriva près du soleil, mais sa chaleurétait terrible et il dévorait les petits enfants.

Elle s’enfuit précipitamment et courut jusqu’àla lune. Mais celle-ci était très froide et très méchante. Quandelle vit la fillette, la lune dit :

– Je sens, je sens la chair humaine…

La petite fille s’éloigna en toute hâte et sedirigea vers les étoiles ; chacune d’elles était assise surune petite chaise ; elles la reçurent gentiment. L’étoile dumatin se leva, lui donna un osselet en disant :

– C’est avec cet osselet seul que tupourras ouvrir la porte de la Montagne de Glace ; c’est là quese trouvent tes frères.

La fillette enveloppa soigneusement l’osseletdans son mouchoir et se remit en route. Elle marcha et marchajusqu’à ce qu’elle arrivât enfin à la montagne de glace.

La porte étant fermée, la petite sortit sonmouchoir pour prendre les précieux osselets. Mais quand elle dépliale mouchoir, il était vide ; elle avait perdu le cadeau desétoiles !

Sans osselets, elle ne pouvait plus ouvrir laporte de la Montagne de Glace. Comment faire pour sauver sesfrères ? Alors, très courageusement, elle prit son couteau etse coupa un doigt. Elle le mit dans la serrure et la portes’ouvrit.

À l’intérieur, un nain vint à sa rencontre etlui demanda :

– Que cherches-tu mon enfant ?

– Messieurs les Corbeaux ne sont pasencore revenus, mais tu peux les attendre ici, si tu veux.

Pendant qu’elle attendait, le nain apporta lerepas des corbeaux dans sept petites assiettes et sept petitsverres ; la fillette mangea une bouchée dans chaque assietteet but une gorgée dans chaque verre ; dans le dernier verreelle laissa tomber sa petite bague.

Soudain, on entendit des battements d’ailes etdes croassements.

– Messieurs les corbeaux sont de retour,déclara le nain.

Dès qu’ils se furent posés, ils s’approchèrentde leur repas pour manger et boire. L’un après l’autre, ilss’écrièrent :

– Qui a mangé dans mon assiette ?Qui a bu dans mon verre ? Il y a des traces de bouche humaineici !

Mais au moment où le septième corbeau vidaitson verre, la petite bague tomba.

Il reconnut aussitôt la bague de son père etde sa mère.

– Si seulement c’était notre petite sœur,nous serions sauvé ! s’exclama-t-il.

En entendant ces paroles, la petite fille quis’était cachée derrière la porte s’avança vers ses frères. Les septcorbeaux reprirent instantanément forme humaine.

Ils embrassèrent leur sœur chacun à leur tour,lui faisant mille caresses puis ils rentrèrent joyeusement à lamaison.

Les cookies permettent de personnaliser contenu et annonces, d'offrir des fonctionnalités relatives aux médias sociaux et d'analyser notre trafic. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer