CHAPITRE VII – Nuit tragique
Il y avait longtemps que l’ingénieur HarryDorgan n’avait paru dans une réunion mondaine. Le bruit couraitqu’il s’était cassé la jambe en glissant d’une des échelles de ferdes machines. Le docteur Fitz-James, qui le soignait, avait attestél’exactitude du fait, en déclarant que l’ingénieur en avait aumoins encore pour trois semaines à rester immobile, la jambe prisedans un appareil plâtré.
En réalité, Harry Dorgan était parfaitementguéri et préparait sa vengeance.
On remarqua à ce moment que les habitudes deFred Jorgell se modifiaient singulièrement. On disait en souriantqu’il rajeunissait. D’ordinaire si grave, si absorbé par leschiffres, il passait maintenant presque toutes ses soirées auHaricot Noir, jouant gros jeu, buvant sec, émerveillant les plusenragés fêtards du club par sa verve et son entrain.
On affirmait que, ayant perdu des sommesconsidérables dans la fondation de Jorgell-City, le milliardairecherchait à s’étourdir et que sa ruine était imminente.
D’ailleurs, il ne craignait pas de parler desassassinats du Creek Sanglant, qui avaient causé un tort siconsidérable à son entreprise, mais à la surprise de tous, ilprétendait maintenant qu’il y avait jamais eu aucun assassinat, queles victimes étaient tous des poltrons et des ivrognes, morts decongestion, après s’être gonflés de whisky et de champagne, jusqu’àne plus pouvoir tenir sur leurs jambes.
Personne, à ces propos incohérents, nereconnaissait plus sa gravité et son bon sens habituels ; onallait même jusqu’à dire que les pertes d’argent qu’il avait faiteslui avaient détraqué la cervelle. Les rieurs eussent été biensurpris s’ils avaient pu savoir qu’en parlant et en agissant ainsiFred Jorgell ne faisait que suivre un plan de conduite mûrementétudié avec la collaboration d’Harry Dorgan.
Un soir – c’était précisément l’anniversairede la mort du malheureux Pablo Hernandez –, le milliardaireparaissait tout joyeux ; il avait joué de nombreuses parties,et finalement il venait de faire sauter la banque ;l’extra-dry coulait à flots. C’était une de ces brillantes soirées,comme on en avait rarement vu de pareilles au club, depuis ladisparition de l’élégant Arnold Stickmann. Fred Jorgell avait gagnétant de bank-notes que, faute de place dans son portefeuille, il enavait fourré dans toutes ses poches.
La conversation, comme cela devait arriver,vint à tomber sur les meurtres du Creek Sanglant.
– Je vous dis, moi, s’écria Fred Jorgell,qu’il n’y a pas d’assassins dans notre ville, et j’en suistellement persuadé que j’offre de faire un pari…
Il y eut un profond silence, les spectateursétaient puissamment intéressés.
– J’offre donc de parier cinquante milledollars, continua le milliardaire, heureux de l’effet qu’ilproduisait, que je rentrerai seul, à pied, ce soir même, en passantpar le Creek Sanglant, avec toutes les bank-notes que je porte dansmes poches.
Il y eut un moment de stupeur.
– C’est de la folie ! murmurèrentles joueurs. – Il ne faut pas le laisser faire ! – Ce seraitun crime ! – Il a trop bu d’extra-dry ! – Ildéraille…
– Alors, reprit lentement lemilliardaire, personne ne veut tenir le pari ?… C’est bienentendu ?
– Personne, répliqua le docteur Cornéliusqui se trouvait présent. Ce que vous voulez faire là est de ladernière imprudence. Nul ne veut se faire complice d’une pareillefolie !
Le docteur, avec l’approbation de tous, eutbeau user des remontrances les plus énergiques, Fred Jorgelldemeura inébranlable dans son projet.
– C’est bien, fit-il, puisque personne neveut tenir mon pari, je traverserai quand même – et seul – le valdu Creek Sanglant.
– Au moins, dit quelqu’un, permettez quenous vous suivions en auto, à quelque distance.
– Jamais de la vie. Je déclare que jeregarderai comme un acte antiamical le fait de m’escorter malgrémoi et que je cesserai toutes relations avec ceux qui s’en seraientrendus coupables !…
Il fallut céder à cet entêtementdéraisonnable. On savait que le milliardaire était doué de la plusdespotique énergie et que ceux qui avaient voulu le contrecarrers’en étaient toujours fort mal trouvés.
Il partit donc, un énorme cigare aux dents ettout joyeux, affirmait-il, de la bonne promenade au grand air qu’ilallait faire. Longtemps, du haut de la terrasse, les membres duclub suivirent sa haute silhouette qui allait en décroissant dansle lointain de l’avenue sous la clarté crue des globesélectriques.
Cornélius, sous prétexte d’une visite à unmalade, sortit presque aussitôt que Fred Jorgell. À quelques pas duclub, il rencontra Baruch qui s’y rendait, tous deux se saluèrentcérémonieusement.
– Vous alliez au club ? fit ledocteur.
– Oui.
– Je vous conseille d’aller plutôt faireun tour du côté du Creek Sanglant. Il s’achemine de ce côté unchargement complet de bank-notes.
Les prunelles de Baruch étincelèrent du feu dela cupidité.
– Et celui qui en est chargé est dans unétat de légère ébriété, tel que…
Le docteur n’acheva pas sa pensée.
– Et il se nomme ? demandaBaruch.
– Inutile que je vous dise son nom, c’estune surprise que je vous réserve.
– Harry Dorgan, peut-être.
– Je ne veux rien vous dire. Je vous lerépète, je vous laisse le plaisir de la surprise.
Et le sculpteur de chair humaine s’éloigna enriant d’un rire diabolique.
Demeuré seul, Baruch, après quelques minutesd’indécision, revint sur ses pas, puis, hélant une auto, il se fitconduire jusqu’aux deux tiers de l’avenue qui aboutissait au chemindu Creek Sanglant.
Tout le temps qu’il avait été en vue du club,Fred Jorgell avait suivi l’avenue en droite ligne, mais quand ilfut sûr qu’on ne pouvait plus l’apercevoir, il s’engagea dans uneruelle qui aboutissait à un terrain vague au milieu duquels’élevait une cabane de planches. Il prit une clef dans sa poche etentra.
Malgré son extérieur misérable, la cabaneétait confortablement meublée à l’intérieur. Le milliardairechercha à tâtons une bougie qu’il alluma. Il paraissait avoirbrusquement perdu cette jovialité et cet entrain qu’avaient tantadmirés les clubmen du Haricot Noir ; son visage n’exprimaitplus qu’une profonde tristesse, et une implacable résolution.
Sur la table, placée au centre de l’uniquepièce, se trouvait une enveloppe fermée. Le milliardaire l’ouvritet lut ces quelques mots tracés au crayon et signés H.D. :
Je suis à mon poste comme chaque soir. Sivous décidez de venir, n’omettez aucune des précautionsindiquées.
– Quel loyal et ingénieux garçonque ce cher Harry, murmura-t-il. Je vais suivre de point en pointses instructions. Une voix secrète me crie que c’est ce soir queles victimes seront vengées.
Fred Jorgell s’était débarrassé de sesbank-notes et les avait jetées insoucieusement dans le tiroir d’unmeuble. Puis, sous ses vêtements, il revêtit une sorte de tuniquede fils métalliques qui le protégeait de la tête aux pieds, commecelles que portent les ouvriers dans certaines usinesd’électricité, et il se coiffa d’une sorte de casque fabriquéd’après les mêmes principes. Ces dispositions prises, il sortitaussi mystérieusement qu’il était entré et se dirigea d’un pasferme et résolu vers le vallon du Creek Sanglant.
Quand il arriva à l’entrée du pont, il jugeautile de prendre la démarche légèrement hésitante d’un vieuxgentleman qui a fêté plus que de raison le claret etl’extra-dry.
Il atteignait à peine la rive opposée,lorsqu’un homme de haute taille se dressa du fond desténèbres ; il brandissait une massue. Avant que lemilliardaire eût pu se mettre en défense, il lui en porta un couptrès léger dans la région du cou heureusement protégée par latunique des fils métalliques.
Une seconde, Fred Jorgell se trouva environnéd’une véritable auréole de lumière électrique. Mais en dépit de lacuirasse protectrice, il avait reçu une formidable secousse.
– À moi, Harry ! cria-t-il.
L’ingénieur, tapi derrière un buisson, àquelques pas de là, s’était élancé, brandissant d’une main sonrevolver, de l’autre une forte lampe électrique dont la clartééblouissante montra Baruch Jorgell qui, la face livide, se tenaiten face de son père qu’il menaçait d’une sorte de massue.
– C’est donc toi l’assassin du CreekSanglant ! s’écria le milliardaire d’une voix terrible.Tuez-le, Harry, tirez dessus ! C’est un misérable qui nemérite pas de pitié !…
La secousse avait été trop forte pour levieillard, sa tête se renversa en arrière, ses bras battirentl’air, et il s’affaissa lourdement, évanoui, mort peut-être.
– À nous deux, maintenant,scélérat ! clama Harry Dorgan d’une voix menaçante.
Et lentement, froidement, il mettait en jouel’assassin qui n’était plus qu’à quelques pas de lui.
– Un de nous deux y restera, fit Baruchavec un ricanement, si c’est toi, tu passeras pour l’auteur detoutes les petites électrocutions !
Harry Dorgan, en une seconde, avait eu letemps de voir de quoi se composait l’arme que brandissait Baruch,c’était un ovule en métal muni d’un manche de verre. De cet ovulepartait le fil souple et solide qui allait aboutir au poteau debifurcation du câble conducteur. L’anneau qui terminait le câblequi portait la lumière et l’énergie à toute l’agglomération ouestde Jorgell-City avait été décroché et remplacé par celui quiterminait le fil aboutissant à la massue. C’était donc une force deplusieurs milliers de volts que Baruch dirigeait ainsi contre sesvictimes.
D’un coup d’œil rapide, l’ingénieur s’étaitrendu compte du danger qu’il courait ; précipitamment il lâchala détente de son arme.
Baruch s’était brusquement baissé, la ballesiffla à son oreille.
Avant que Harry eût eu le temps de tirer unsecond coup, l’assassin avait bondi sur lui et lui broyait lepoignet. Une lutte affreuse s’engagea à la clarté de la lampeélectrique qui, renversée dans l’herbe, continuait à briller.
Dès le commencement, l’ingénieur avait laissétomber son revolver, de même que Baruch avait lâché sa massue àpoignée de verre. Ce fut donc une bataille de fauves, à coups dedents, à coups de griffes, près du corps de Fred Jorgell.
Un moment Harry Dorgan sentit les onglespointus de Baruch qui essayait de lui arracher un œil. Pour lefaire lâcher, il le mordit cruellement au poignet.
Tous deux étaient barbouillés de sang.
Enfin, Harry fit rouler son ennemi à terred’un formidable coup de pied dans l’estomac.
Baruch demeurait sans mouvement ;l’ingénieur se crut victorieux et respira longuement. Il épancha lesang qui coulait de ses blessures et, pendant quelques secondes, ilse reposa sur un tas de pierres, si exténué qu’il voyait touttourner autour de lui et qu’il se sentait près de s’évanouir.
Cet instant de faiblesse lui fut fatal.
Baruch n’avait pas été aussi grièvement frappéque l’ingénieur l’avait cru, mais, se voyant à terre, il avaitfeint d’être évanoui.
Puis, profitant du court instant de répit quilui était laissé, il avait rampé doucement jusqu’au revolver ets’en était emparé.
Au moment où, sans méfiance, Harry essayait dedéboutonner le col de sa chemise pour respirer un peu, Baruch serua sur lui, le culbuta et, lui mettant un genou sur la poitrine,lui appuya le revolver contre la tempe.
Harry Dorgan sentit le froid du canon sur sachair.
Il comprit qu’il allait mourir.
– Ah ! ah ! ricanait Baruch, tuas perdu la partie, il faut payer, et on dira que c’est toil’assassin ! Ha ! ha ! c’est une bonneblague !
Férocement, le misérable prolongeait l’agoniede sa victime, approchant, puis reculant de son visage le canon del’arme. Mais tout à coup il tressaillit. Il avait cru entendre dubruit dans le lointain.
– Allons, fit-il, il faut enfinir !
Et il pressa la gâchette.
Le coup ne partit pas. Au cours de la lutte,des graviers s’étaient introduits dans les ressorts du revolver etl’empêchaient de fonctionner.
Baruch poussa un juron.
Il allait achever Harry par quelque autremoyen quand, tout à coup, il se releva précipitamment et s’enfuitavec un hurlement de rage.
Il venait d’apercevoir son père qui, armé dela massue électrique, marchait droit à lui. L’évanouissement dumilliardaire avait été de courte durée. En revenant à lui, il avaitaperçu Harry Dorgan renversé sous le genou de Baruch et cespectacle avait suffi pour lui rendre complètement son énergie.
Il s’était relevé et son premier geste avaitété pour s’emparer de la massue. En son âme fermée à toute pitié,il eût voulu que le fils indigne pérît de la même mort dont ilavait fait périr tant de victimes.
Baruch avait détalé à toutes jambes, droitdevant lui, franchissant les haies et les clôtures dans une sortede folie panique.
Il ne fit halte qu’à la porte du docteur. Soninstinct de bête traquée lui disait que là, peut-être, il pourraittrouver un refuge.
Malgré l’heure avancée, Baruch fut introduitdans le salon d’attente, mais le vieux majordome italien Léonello,en l’apercevant hagard, souillé de sang et de boue, eut unfroncement de sourcils significatif.
– Le docteur est absent, dit-ilsèchement, et je ne sais quand il reviendra. Je vous conseilled’attendre à demain.
Baruch balbutia de vagues paroles et courutchez Fritz Kramm. C’était là son suprême espoir.
– Dites, fit-il au domestique qui vintlui ouvrir, qu’il s’agit d’une affaire grave.
– Vous avez de la chance, M. Fritzn’est pas encore couché.
Et considérant l’étrange accoutrement duvisiteur, il ajouta :
– Monsieur vient sans doute d’êtrevictime d’un accident d’auto ?
– C’est cela, fit Baruch, saisissant auvol une excuse si vraisemblable.
Une minute après, il était introduit dans lehall aux tableaux.
Fritz Kramm l’examina quelque temps ensilence, puis, d’un ton à la fois brusque et glacial :
– Je vois ce que c’est, vous vous êteslaissé pincer, vous êtes traqué, et vous venez vous réfugierici.
En quelques phrases haletantes, entrecoupées,Baruch raconta le drame dont le Creek Sanglant – une fois de plus –venait d’être le théâtre.
– Je devrais vous abandonner à votretriste sort, dit Fritz après un silence, car vous êtes unmaladroit. Quand on entreprend des choses dans le genre de celle dece soir, il faut les réussir ou ne pas s’en mêler.
– Vous ne pouvez rester indifférent à masituation.
– Et pourquoi cela ? reprit lemarchand de tableaux d’un ton indifférent. Mes livres sontparfaitement en ordre. Je n’ai rien su de vos agissements. Nousn’avons rien de commun l’un et l’autre. Tout ce que vous pourriezdire contre moi n’arriverait pas à me compromettre.
Fritz demeura quelque temps plongé dans sesréflexions. Baruch attendait avec angoisse à quelle résolution ils’arrêterait.
– Écoutez, dit enfin Fritz Kramm, je veuxbien une dernière fois m’intéresser à vous. Passez dans cettechambre où vous trouverez de quoi changer de vêtements. Dès quevous serez prêt, mon auto vous emmènera jusqu’à la prochaine garede la ligne de Chicago. De là vous pourrez gagner New York et leVieux Monde. Tâchez de vous cacher le mieux possible, c’est leconseil que je vous donne.
Et comme Baruch remerciait, éperdu :
– Ah ! une dernière recommandation,dans votre propre intérêt, n’adressez aucune question à l’homme quivous conduira et faites-lui voir votre visage le moinspossible.
Un quart d’heure après, Baruch Jorgell,enveloppé d’un long manteau, coiffé d’un feutre de cow-boy à largesbords, méconnaissable, prenait place dans une superbe soixantechevaux qui partit en quatrième vitesse à travers les boulevardsdéserts de Jorgell-City.
Trois quarts d’heure après, il prenait letrain à la petite gare d’Ogstram et, deux jours plus tard, ils’embarquait à New York sur le paquebot le Kaiser-Wilhelm,à destination de Cherbourg. Il était sauvé.
D’ailleurs, aucune note nouvelle n’avait parudans les journaux au sujet des assassinats mystérieux deJorgell-City.
*
**
Le lendemain du drame dont le Creek Sanglantavait été le théâtre, Fred Jorgell, miss Isidora et Harry Dorganétaient réunis dans le jardin d’hiver. Le milliardaire avait crudevoir dire à sa fille la vérité tout entière. Tous trois devaientdélibérer sur la résolution à prendre au sujet de Baruch.
Miss Isidora aimait beaucoup son frère ;aussi avait-elle eu une crise de larmes, suivie d’un longévanouissement, en apprenant les atrocités dont il s’était renducoupable. Elle maudissait la fatalité qui avait voulu que ce fûtelle-même qui priât Harry Dorgan de découvrir le meurtrier. Elle setenait triste et silencieuse près de son père, sans oser lever lesyeux sur l’ingénieur.
– Je n’ai pas changé d’avis, moi, ditrudement le milliardaire. Baruch est un misérable, je vais allerfaire ma déposition au constable pour que l’assassin soit traquépar la police et pour qu’il soit condamné à être exécuté. Il amieux que personne mérité d’être électrocuté.
– Mon père, supplia la jeune fille,laissez au moins à ce malheureux la chance de se repentir etd’expier ses fautes. Pour moi, il a commis ses crimes en proie auvertige de la folie. Ce n’est pas dans une prison qu’il faudraitl’enfermer, mais bien dans une maison de santé.
– Miss Isidora a raison, dit HarryDorgan. De tels crimes sont si monstrueux qu’il sembleimpossible qu’ils aient été commis en pleine conscience. Songezd’ailleurs à la honte qui en rejaillirait sur votre nom.
Le milliardaire s’était levé brusquement.
– Cette dernière considération me décide,fit-il, je ne veux pas qu’Isidora ait à rougir d’avoir eu pourfrère un assassin. Nous garderons donc le silence sur lesévénements de cette nuit. Je compte sur vous, n’est-ce pas,monsieur Dorgan ?
Le jeune homme, pour toute réponse, étreignitla main que lui tendait le milliardaire.
– Pour ce qui est du Creek Sanglant,continua ce dernier, je vais y faire construire un groupe demaisons. Ce sera le moyen de faire oublier le mauvais renom de cetendroit sinistre. Quant à mon fils, je veux vivre comme s’iln’avait jamais existé ; je défends que son nom soit jamaisprononcé en ma présence.
Cette phrase dite, le vieillard se leva etsortit brusquement. Harry Dorgan et miss Isidora étaient demeurésseuls.
– Master Dorgan, dit la jeune fille d’unevoix pleine de tristesse, vous savez la promesse que je vous aifaite. Je la tiendrai ; mais il faut qu’il se passe assez detemps pour que je puisse me remettre de la terrible secoussed’aujourd’hui. J’ai trop de chagrin en ce moment pour penser aubonheur et pour y croire dans l’avenir.
– Il me suffit d’avoir votre promesse,balbutia Harry d’une voix étranglée par l’émotion, c’est encore ungrand bonheur pour moi. J’attendrai autant de mois, autant d’annéesmême qu’il le faudra.
– Merci, dit simplement la jeune fille,voici le gage de ma promesse.
Et elle tendit son front, que son fiancéeffleura d’un mélancolique baiser.
