Chapitre 8Bënëzets los maldisors dë vos
Sonrugissement est comme celui du lion.
Etles posteaux avec le surseuil furent esmeuz.
LABIBLE.
Le lendemain, à l’aurore, Aymardescendit : les valets à cheval, accompagnés de son moreau etde la pouliche qu’il destinait à Dina, et de plusieurs mulets,chargés de valises, déjà l’attendaient.
Éveillé par le hennissement des chevaux,Rochegude ouvrit précipitamment la croisée de sa chambre, fitclaquer les volets sur la muraille, et, stupéfait, cria d’une voixforte à Aymar :
– Tu ne partiras pas, ou je te déshériteet maudis !…
– Je pars, mon père, répondit Aymar, etpour le reste qu’il soit fait selon votre volonté ; mon autrepère, là-bas, me bénira.
– Tu ne partiras point, je tecrie !…
Rochegude disparut de la croisée.
Aymar et sa caravane se mit en route ; àpeine était-il au milieu de l’avenue, que Rochegude reparut sur leperron, à demi nu, une arquebuse en main.
– Arrête, parricide ! arrête, je temaudis !… Que la foudre t’écrase ! que l’enfert’engouffre ! T’arrêteras-tu, te dis-je ? je te maudis ette chasse ! C’est ton père qui te maudit et le ciel en esttémoin !… Tu ne partiras pas !
Il frappait sur la dalle et se heurtait latête aux piliers du porche, la maison tressaillait ; c’étaitaffreux à voir. Aymar, en silence, s’éloignait toujours ;quand il fut près du détour de l’avenue, perdant espoir de leramener, Rochegude redoubla de fureur.
– Va-t-en, va-t-en, parricide, monstre, àjamais !…
Et, ajustant son arquebuse, une détonationéclata, Aymar jeta un cri, et Rochegude tomba raide sur les degrésdu porche.
