Variantes de l’Histoire de ma vie
Variantes du tome VI
Les deux variantes suivantes se trouvent aux Archives de Prague (Státni Oblastni Archiv, Fonds Casanova). Elles correspondent à deux passages distincts, mais figurent toutes deux sous la cote U 29 4 du catalogue Marr. Elles portent toutes les deux sur des passages du t. VI du manuscrit.
Annette et Véronique
Cette première variante donne une version différente des amours avec Annette et Véronique (voir ici). Tout le passage est biffé.
[An ?]nette sérieuse contre son ordinaire. Après souper elle est allée se coucher sans me rien dire : je savais ce que c’était ; mais je devais l’ignorer. Pour Véronique, elle n’a pas attendu que je le lui dise pour aller sans façon se mettre dans mon lit. C’était son lendemain des noces, ainsi elle me reçut entre ses bras avec l’air de l’amitié, et de la franchise que j’ai secondé avec plaisir.
— Dis-moi, ma chère Véronique, ce qu’Annette a.
— La pauvre fille a un peu raison ; elle t’aime, notre raccommodement est son ouvrage : tu as vu ce qu’elle a fait ce matin : elle est certainement jolie, et elle n’a pas tort, ce me semble, d’être fâchée de se voir méprisée.
— Méprisée ! pauvre petite ! vas lui dire que ce n’est pas vrai. Vas lui dire de venir ici.
— Je le lui dirai demain. Mais à quoi sert de lui dire que tu ne la méprises pas, si tu ne le lui prouves ?
— Oh pour cela, ma religion me l’empêche.
— Tu pourrais bien te damner un peu, quand ce ne serait que par reconnaissance.
— Ah ! ma chère Véronique, deux pucelagesa de deux sœurs !
— Eh bien : si ce n’est que cela, je peux t’assurer que ma sœur n’est pas pucelle.
— Oh, si elle n’est pas pucelle je pourrais me persuader, mais le pourrais-je ? Elle est jolie, j’en conviens, mais son extrême blancheur me rebute. C’est le brun qui me charme, et qui me met en haleine. Annette risque de me trouver impuissant, et pour lors elle se trouvera bien mortifiée.
— Tu verras que tu pourras. Il le faut absolument, car elle est en colère, elle dit que j’en suis la cause, et elle me menace.
— En vérité ! Pauvre Annette ! Eh bien. Je te promets d’essayer demain.
— Elle couchera avec toi, et le bon moment arrivera, et après elle sera contente.
— Il faut donc que je fasse avec toi un peu d’abstinence cette nuit.
— Il suffit que tu t’épargnes, je crois, demain matin.
— Comme tu dis, belle orgueilleuse, que j’aime bien. Tu te repens actuellement de m’avoir fait tant souffrir.
— Oui, mon cher ami ; mais j’ai bien souffert aussi. Actuellement, heureux comme nous sommes, noyons dans l’oubli tous nos griefs.
Après bien des jouissances nous nous abandonnâmes au sommeil, et Véronique se leva la première pour aller annoncer à sa sœur la bonne nouvelle qu’elle couchera avec moi la nuit suivante. Annette vint seule me porter mon chocolat en riant de sa sœur, qui m’avait assuré qu’elle n’était pas pucelle, et dont à la présence nous allions jouer la nuit même des plaisants rôlesb. Nous passâmes la journée très gaiment ; mais j’ai bien ri le soir quand M. Grimaldi entra me disant qu’il me croyait à Livourne. Je lui ai dit que je m’étais arrêté pour accommoder une dispute survenue entre les deux sœurs, dont il me dit qu’il était très persuadé. J’ai vu ce sénateur à table un peu transporté pour Véronique, et après soupé l’ayant laissé seul avec elle, m’entretenant avec Annette dans sa chambre, je crois encore aujourd’hui que Véronique fut bonne avec lui, mais je ne me suis pas soucié de m’assurer de ce fait. Après son départ, d’abord que je fus au lit, Véronique vint me [présenter ?]c Annette, que j’ai reçued d’un air généreux, complaisant, et tendre en lui disant que quoique très jolie je ne savais pas si la nature [me]e ferait être près d’elle ce que je désirais d’être.
— Oui, me dit Véronique, elle passera près de vous toute la nuit. Je vais vous montrer toutes ses beautés ; voyez, voyez, baisez donc ceci, regardez bien ma pauvre sœur Annette.
— Rien n’est si joli ; mais je la crois pucelle.
— Quelle folie ! Tenez. Touchez.
— Je ne veux pas. Viens ici ma pauvre Annette. Douce comme un mouton :f comment peux-tu croire que je ne t’aime pas ? Tiens je suis tout à toi. Es-tu contente Véronique ?
— Très contente : et Annette aussi. Je vous laisse.
Après son départ nous rîmes beaucoup de Véronique, dont nous avions éludé les artifices, et nous passâmes dans la joie notre temps jusqu’à ce que le sommeil vînt pour nous remettre en équilibre.
Lorsque le matin de bonne heure Véronique rentra, Annette me proposa de la convaincre que je l’aimais encore, et l’autre la prit entre ses bras en riant, et en faisant le même manège que sa sœur avait fait dans la journée précédente. Véronique à la fin de l’affaire nous dit que nous l’avions trompée tous les deux.
a. Orth. pucellages.
b. Les deux derniers mots ainsi que le verbe « jouer » sont difficile à déchiffrer. Ils constituent cependant la leçon la plus probable.
c. Mot très soigneusement biffé. Leçon probable.
d. Orth. reçu.
e. Mot rendu illisible sur le manuscrit par une altération du papier, mais manifestement présent : nous le restituons.
f. Comme est corrigé par comment dans l’interligne.
Variante du chapitre III (fo 42r, p. 687)
Anglais qui avait perdu tout son argent au jeu une charmante voiture à deux places, où il avait un estrapontin pour deux autre. Cet Anglais me conduisit chez la trop fameuse Corilla, qui m’a enchanté non pas par son chant, ou par sa beauté ; mais par les jolies choses qu’elle a prononcéesa à l’impromptu en bons vers sur trois ou quatre arguments qu’on lui a proposésb. Cette femme était Straba1 comme la Vénus des anciens. Elle n’était pas jolie ; mais elle pouvait plaire, comme effectivement elle a plu à plusieurs, et même à des hommes d’esprit. Quand elle chantait ses impromptus, et qu’elle fixait ses yeux louches sur celui de la compagnie qu’elle voulait embraser, elle réussissait. Apparemment qu’elle n’a pas voulu de moi, puisque je ne suis pas devenu amoureux d’elle.
Je suis arrivé à Florence, et je me suis logé au pont de la Carraja, chez le docteur Vannini, qui indignement était académicien della Crusca. J’ai pris un appartement, qui avait les fenêtres sur le quai de l’Arne, et une belle terrasse en le payant cher, et j’ai d’abord pris un domestique de louage, et une voiture de ville en faisant le jour même venir un tailleur qui habilla mon cocher, et mon laquais avec la livrée bleu à galonc rouge qui appartenait à M. de Bragadin. C’était led3 de Janvier de l’année 1761. Le lendemain je suis sorti seul, et à pied, allant par Florence inconnu de tout le monde, et inobservé comme tout homme qui va par les rues en redingote. L’après-dîner je suis allé à la comédie pour entendre l’arlequin Roffi2 qui avait une réputation supérieure de beaucoup à son mérite, et pour entendre la façon de réciter des Florentins, dont on disait beaucoup de bien en Lombardie, et qui ne me plut pas. Le seul qui me plut fut Pertici3, qui étant devenu vieux, et ne pouvant plus chanter, avait pris le parti de se faire comédien.
Le lendemain, je suis allé chez le banquier Sassi, où Belloni m’avait transmis tout l’argent que j’avais sur lui, et où il m’avait particulièrement recommandée, et après avoir dîné tout seul je suis allé à l’opéra,fà la Pergola me mettant dans une loge près de l’orchestre plus pour voir de bien près les actrices que pour entendre la musique pour laquelle je n’ai jamais eu la moindre passion. Ce fut ici que j’ai vu dans la première chanteuse cette Thérèse que j’avais quittéeg à Rimini, il y avait déjàh dix-huit ans ; cette Thérèse dont j’étais devenu amoureux à Ancône, lorsque tout le monde la croyait un castrato. Cette Thérèse enfin que j’aurais certainement épousée, si le prince Lobkovitz ne m’eût pas fait mettre à la porte de la ville de Rimini.iElle devait avoir un ou deux ans moins que moi, maisj ne montrant que vingt ans je croyais de me tromper, lorsqu’en chantant un air elle tourna par hasard les yeux sur moi, et ne les détacha plus de ma figure. À la fin de l’air, à peine fut elle dans la coulisse qu’elle me fit un signe de l’éventail, qui me disait de monter sur le théâtre.
Je suis sorti de la loge avec un tremblement de cœur, dont je ne comprenais pas le langage ; je ne sentais pour Thérèse qu’un heureux souvenir, je ne me sentais coupable envers elle que de n’avoir pas répondu à sa dernière lettre lorsque j’étais à la veille de partirk de Corfou ; j’allais,l étant plus curieux de savoir les suites que cette entrevue devait avoir que tout ce qui devait lui être arrivé dansm dix-huit ans, qui me paraissaientn alors un siècle. Un homme
a. Orth. prononcé.
b. Orth. proposé.
c. De soi [?] biffé.
d. Premier de Décembre de l’année 1760 [?].
e. Orth. reccomandé.
f. Je ne me souviens plus si ce fut dans la rue du [un mot illisible], ou à la Pergola, et je me suis mis biffé.
g. Orth. quitté.
h. Dix-sept.
i. Depuis qu’elle était allée à Naples, je n’avais plus eu de ses nouvelles. biffé.
j. Il me paraissait cependant qu’en dix-sept ans elle devait avoir changé, et elle me paraissait la même. Je biffé
k. Pour biffé.
l. Et j’étais biffé.
m. Dix-sept ans biffé sur la ligne et, dans l’interligne supérieur, légèrement avant ces mots, seize ou biffé.
n. Orth. paraissait.
Chapitres manquant dans le manuscrit d’après la version allemande de Schütz4
Nous donnons ici la traduction en français des chapitres X à XIII du t. VII de l’édition Schütz (Brockhaus, 1825) par Laurent Cantagrel. Si la version que donne Laforgue de ces chapitres tend, comme à son habitude, à surcharger le texte de Casanova par des extrapolations et des formules abstraites de son cru, le problème que pose l’édition Schütz est exactement l’inverse : l’Allemand a très probablement beaucoup coupé dans le texte de Casanova, en condensant notamment les dialogues (en l’absence de manuscrit original, il ne s’agit là que de conjectures). En conséquence, la version Schütz de ces quatre chapitres est plus courte d’un tiers que celle de Laforgue, qui s’est imposée comme texte de base (voir ici, « Cas des chapitres manquant dans le manuscrit »). La traduction inédite des chapitres de l’édition Schütz que l’on peut lire ici prend le parti, faute de mieux, de respecter scrupuleusement le texte allemand (en particulier dans sa ponctuation), tout en s’efforçant d’être fidèle, dans la mesure du possible, à la langue du temps. Une traduction française peu fidèle et encore plus abrégée de l’édition Schütz avait paru en 1828 – on s’en est inspiré à l’occasion 5 . Les mots et expressions cités en français dans le texte de Schütz (imprimés en caractères romains et non en gothiques) sont transcrits dans notre texte en italique.
Chapitre X
Mon bref séjour à Paris. – Le départ. –
Je rencontre la Renaud à Strasbourg. –
Mes malheurs à Munich. –
Le lit de douleur d’Augsbourg.
Le lendemain matin, à dix heures, Madame d’Urfé m’accueillit à bras ouverts. Elle me dit que le jeune Aranda était bien portant et qu’il dînerait le jour suivant en notre compagnie, si cela m’était agréable. Je lui répondis qu’elle devançait mes désirs et l’assurai en même temps que l’opération dont dépendait sa renaissance en homme commencerait dès que Querilinth, l’un des trois supérieurs des Rose-Croix, aurait quitté les prisons de l’Inquisition de Lisbonne.
— Mais afin, poursuivis-je, qu’il obtienne sa liberté, il faut que je me rende le mois prochain à Augsbourg, en prétextant y être envoyé par la cour du Portugal, pour en conférer avec le vicomte de Stormont. Pour cela, madame, j’aurai besoin d’une bonne lettre de crédit, ainsi que de plusieurs montres et tabatières pour en faire des présents aux moments opportuns.
— Je vous pourvoirai de tout cela avec plaisir, mon cher ami. Mais il n’est pas nécessaire de vous hâter, le congrès ne s’ouvrira qu’en septembre.
— Jamais il ne s’ouvrira, vous pouvez en être certaine ; mais les envoyés des puissances belligérantes s’y trouveront en personne. Si le congrès devait vraiment avoir lieu, il me faudrait entreprendre un voyage à Lisbonne ; mais je vous promets avec confiance que je passerai cet hiver à Paris. Je vais profiter des deux semaines de mon séjour présent pour réduire à néant une intrigue du comte de Saint-Germain.
— Il est impossible que le comte de Saint-Germain ait eu l’audace de revenir à Paris.
— Il est ici, je le sais ; mais il se tient caché.
J’avais inventé tout ce que je disais, mais comme on le verra bientôt, j’avais deviné juste. La marquise s’exprima avec beaucoup de bienveillance à propos de l’aimable jeune fille qui était venue à Paris sur ma demande ; Valenglard lui avait déjà écrit à son sujet.
— Le roi, dit-elle, adore cette petite. Je lui ai rendu visite avec la duchesse de Draguais à Passy, où elle attend sa délivrance prochaine.
— Elle accouchera d’un fils, dis-je, qui apportera à la France le salut et la prospérité. Je ne puis vous en dire davantage à présent, mais vous le verrez dans trente ans. Lui avez-vous parlé de moi ?
— Non, mais je suis sûre que vous trouverez moyen de voir l’heureuse femme, peut-être chez Madame Varnier.
La vieille dame ne se trompait pas ; mais voyez quel hasard fit en sorte de troubler davantage encore les idées de cette femme fantasque. Vers quatre heures, il lui vint soudain envie de faire une promenade dans le bois de Boulogne ; je dus l’accompagner. Lorsque nous fûmes à proximité du château royal que l’on appelle le château de Madrid, je fis arrêter la voiture ; nous pénétrâmes dans le bois, et sur une invitation de la marquise, je m’assis à côté d’elle au pied d’un vieux chêne.
— C’est ici, commença-t-elle, qu’il y a aujourd’hui dix-huit ans, étant assise, seule, je m’endormis. Pendant mon sommeil, le divin Horosmadis descendit des cieux et me tint compagnie jusqu’au moment où je m’éveillai. En ouvrant les yeux, je le vis s’éloigner et remonter vers le soleil. Il me laissait enceinte ; je donnai le jour à une fille qu’il m’enleva huit ans plus tard ; peut-être pour me punir d’avoir pu m’abaisser à aimer un instant un mortel. Ma céleste Iriasis lui ressemblait à s’y méprendre.
— Êtes-vous sûre que M. d’Urfé n’eut aucune part à la paternité ?
— Depuis qu’Urfé a trouvé le divin Anael couché près de moi dans mon lit, il a renoncé à exercer ses droits d’époux.
— C’était donc le génie protecteur de Vénus. Ne louchait-il pas ?
— De manière frappante. Comment savez-vous donc qu’il louchait ?
— Je sais même que son strabisme s’interrompait à un moment précis.
— Je n’en ai rien remarqué. Anael aussi me quitta parce que je commis une nouvelle faute avec un Arabe.
En revenant à la voiture, je vis Saint-Germain qui se détourna vivement dès qu’il m’aperçut.
— Vous l’avez vu ? m’écriai-je. Il travaille contre nous, nos esprits lui sont devenus redoutables.
— J’en suis stupéfaite. J’irai demain de fort bonne heure à Versailles pour en informer le duc de Choiseul. Je suis curieuse de savoir ce qu’il me dira.
Le soir venu, j’allai surprendre mon frère dans son petit appartement de la porte Saint-Denis. Il me reçut en poussant de grandes exclamations de surprise et de joie, de même que sa charmante femme qui lui était attachée par la plus tendre affection mais se sentait malheureuse parce qu’il ne répondait à son ardente passion que par des caresses très insuffisantes. La douleur consumait son cœur ; il n’y avait aucun remède à son malheur. Six ans plus tard, elle mourut de consomption, et sa mort fit le malheur de mon frère, comme on le verra dans la suite.
Le jour suivant, j’allai chez Madame Varnier lui porter la lettre de Madame Morin ; elle habitait rue de Richelieu en face des jardins du Palais Royal. Après avoir lu la lettre de sa cousine, elle me dit :
— Vous êtes l’homme du monde dont j’ai toujours souhaité faire la connaissance avec le plus d’ardeur ; ma nièce m’a déjà tellement parlé de vous. Vous allez pouvoir lui rendre visite et vous informer en personne avec le plus grand soin des moindres circonstances concernant son état d’esprit et sa situation.
Elle lui écrivit aussitôt un billet auquel elle joignit la lettre de la tante Morin. Après quoi, elle me pria d’accepter à souper chez elle, au cas où j’étais curieux de la réponse de sa nièce. Je restai, et elle fit sur-le-champ fermer sa porte à toute autre visite.
À quatre heures, le Savoyard qui avait été porter la lettre à Passy revint avec une réponse qui contenait les lignes suivantes : « Le moment où je reverrai chez vous le chevalier de Seingalt sera le plus heureux de ma vie. Priez-le de revenir après-demain à dix heures. S’il était empêché, faites-le-moi savoir. »
Ayant promis de ne pas manquer de revenir, je pris congé pour aller rendre visite à Madame du Rumain. Elle ne me laissa partir que tard le soir, après avoir consulté mon oracle sur des affaires de toutes sortes.
Le lendemain matin, Madame d’Urfé m’apprit quelle réponse M. de Choiseul avait faite lorsqu’elle lui annonça qu’elle avait rencontré le comte de Saint-Germain dans le bois de Boulogne. Il lui dit en riant : Je ne suis nullement surpris que le comte soit ici ; car il a passé la nuit dans mon cabinet.
M. de Choiseul était un ministre dont la discrétion se limitait aux affaires de la plus haute importance ; mais presque rien ne lui paraissait important. Il avait apparemment provoqué la disgrâce de Saint-Germain à Versailles afin de l’employer comme espion à Londres. Cette ruse n’était néanmoins pas assez fine aux yeux de lord Halifax pour qu’il s’y laissât abuser.
Le lendemain matin, je ne manquai pas de me trouver à dix heures précises chez Madame Varnier. Un quart d’heure après, la belle Roman parut avec un embonpoint qui m’inspira une sorte de respect. Il me semblait inconvenant d’exprimer des sentiments tendres à la favorite d’un grand roi ; mais elle était bien éloignée de s’imaginer qu’elle pût prétendre à plus de respectueuse réserve qu’à Grenoble, alors que, encore dans la misère, ses vertus étaient toute sa richesse. Elle m’embrassa et me parla avec franchise de sa situation présente.
— On me trouve heureuse, me dit-elle, tout le monde envie mon sort ; mais on ne peut se dire heureux que quand on sent son bonheur. Depuis six mois, je ne suis capable que de sourires fugitifs, alors qu’à Grenoble je riais à gorge déployée. Je possède des diamants, du linge fin et de beaux vêtements à foison ; j’habite une grande maison somptueusement meublée, avec un beau jardin. Je suis entourée de caméristes et de dames d’honneur. Je reçois la visite des dames les plus distinguées de la cour ; partout je ne rencontre que des signes de respect tels que seule une princesse pourrait en exiger de pareils. Et pourtant, il ne s’écoule pas une journée qui ne m’apporte des soucis !
— Des soucis ?
— Hélas oui ! Tous les jours, on me soumet des requêtes me demandant d’implorer telle ou telle grâce du roi. Et je suis contrainte d’expliquer aux gens que je n’ai aucun pouvoir et que je ne saurais m’aventurer à exposer au roi des choses pareilles.
— Et pourquoi ne l’osez-vous point ?
— Parce que je vois toujours le roi dans mon amant. Je l’aime tout de bon ; mais je crains aussi de lui déplaire. Quand je vois qu’il dépense déjà trop pour moi chaque jour, il m’est impossible de le supplier pour d’autres. Pour mes dépenses personnelles, je reçois chaque mois cent louis d’or que je distribue aux pauvres ; mais il faut que j’en use avec beaucoup de modération afin que l’argent me dure jusqu’à la fin du mois. Si le roi voulait m’encourager à lui demander une grâce, je me sentirais très heureuse. Je me suis mise en tête une fois pour toutes qu’il est impossible qu’il m’aime parce que je ne lui demande rien pour moi.
— Vous l’aimez pourtant ?
— Comment pourrais-je ne pas l’aimer ? Il est aimable à l’excès, beau, doux, tendre et la bonté même. Par une attention particulière de sa part, il me demande tous les jours si je suis contente de mes meubles, et si je ne souhaite pas que l’on apporte de nouveaux embellissements au jardin. Je l’embrasse alors et le remercie en l’assurant que je suis entièrement satisfaite.
— Ne vous parle-t-il pas parfois du descendant que vous allez lui donner ?
— Il ne m’en dit rien, sinon que, dans l’état où je suis, il est bon que je prenne soin de ma santé. Je me flatte qu’il reconnaîtra mon fils comme un prince du sang ; d’autant plus maintenant que la reine est morte.
— N’en doutez point.
— Ah comme j’aurais voulu aimer mon fils ! Pourtant je ne dis plus mot de mes espoirs. Si j’avais l’audace de parler au roi de votre horoscope, il vous ferait certainement mander ; mais je crains les médisances.
— Moi de même, chère amie. Aussi, continuez d’observer un profond silence.
Notre séparation nous coûta des larmes à tous deux. Après être resté un quart d’heure assis sans rien dire à côté de Madame Varnier, je m’exclamai :
— J’aurais dû l’épouser au lieu de lui tirer son horoscope.
— Peut-être, répondit-elle, n’aviez-vous prévu ni sa timidité, ni son absence d’ambition ?
— Je puis vous assurer, madame, que je ne comptais ni sur son courage, ni sur son ambition. J’ai perdu de vue mon propre bonheur, sans savoir comment. Mais il est arrivé ce qui est arrivé. Ce me serait une consolation de la savoir vraiment heureuse.
— Espérons-le.
Je dînai chez Madame d’Urfé et nous décidâmes de renvoyer le petit Aranda à sa pension afin de pouvoir nous consacrer à nos travaux cabalistiques sans être dérangés. Après quoi, j’allai à l’opéra où mon frère m’attendait pour rendre visite avec moi à Madame Vanloo après le souper ; mais sa femme étant restée chez elle incommodée, nous nous y rendîmes dès la fin de l’opéra. Madame Vanloo me reçut très aimablement et me dit que j’aurai l’occasion au souper de voir Madame Blondel et son époux.
— Sait-elle que je suis ici ?
— Non, je me suis réservé le plaisir de sa surprise.
— Je vous suis très reconnaissant d’avoir renoncé au plaisir de la mienne. Adieu, madame, au revoir ! En homme d’honneur, je considère que la moindre marque de respect que je puisse donner à Madame Blondel est de ne jamais paraître dans une compagnie où elle se trouve.
Sans vraiment savoir où je voulais me rendre, je montai dans un fiacre ; je me souvins enfin de ma belle-sœur, qui apprécia grandement ma visite. Lors de notre petit souper, elle se plaignit hautement de ce que son mari l’avait sans doute épousée, mais sans être en mesure de remplir ses devoirs conjugaux.
— Pourquoi ne l’avez-vous pas mis à l’épreuve avant votre mariage ?
— Comment l’aurais-je pu ! Pouvais-je croire qu’un si bel homme fût dépourvu d’un attribut si important ? Voici mon histoire. Comme vous le savez, j’étais danseuse à la Comédie-Italienne et M. de Saincy, trésorier des économats du clergé, me soutenait. Ce fut lui-même qui introduisit votre frère chez moi : j’en devins amoureuse et remarquai bientôt que je ne lui étais pas non plus indifférente. M. de Saincy me fit comprendre qu’un mariage pourrait faire mon bonheur ; j’adoptai cette idée et décidai de n’accorder à votre frère aucune marque de faveur. Il me rendait d’ordinaire visite tôt le matin, et me trouvait souvent au lit ; il se faisait pressant, mais je résistais ; tout se terminait par quelques baisers. J’attendais une déclaration sérieuse qui me conduirait au terme de mes vœux. À cette époque, je reçus de M. de Saincy une rente à vie de mille thalers qui me mit en état de mener une vie indépendante après avoir quitté le théâtre.
La plus belle saison de l’année était arrivée. M. de Saincy invita votre frère à passer un mois chez lui à la campagne en ma compagnie, et, pour éviter que les gens ne causent, il lui suggéra de me présenter à ses parents comme sa femme. La proposition plut à votre frère, qui était loin d’imaginer que cette plaisanterie pût avoir des conséquences sérieuses. Il me présenta ainsi comme son épouse à la famille de M. de Saincy et à tous ses parents – conseillers au parlement, officiers, abbés et dames de la meilleure société. Il se réjouissait infiniment d’avoir, selon toutes les conventions, le droit de partager ma couche. Je ne crus pas pouvoir le lui refuser ; cela me donnait une garantie que le mariage aurait lieu à notre retour à Paris. Mais bien que votre frère ait passé trente nuits de suite auprès de moi et qu’il m’ait parfois serrée dans ses bras avec la plus grande ardeur, je n’ai pourtant reçu aucune preuve solide de sa passion pour moi. J’étais trop fière pour tenter d’obtenir une certitude qui pût m’expliquer son comportement et qui m’eût tirée de mon erreur. Je m’y serais peut-être résolue si j’avais eu le moindre pressentiment. Nous rentrâmes ainsi à Paris ; lui dans son ancien appartement, moi dans ma petite maison ; il continua de me rendre visite et de me faire des caresses ; je les acceptais sans rien entendre à cet étrange comportement. M. de Saincy, à qui j’avais tout découvert, le comprenait tout aussi peu. Peut-être, me disait-il, craint-il de se trouver dans l’obligation de t’épouser. Je le croyais également ; tout en m’avouant qu’à la vérité un jeune homme amoureux ne devait ni ne pouvait avoir un tel motif. M. de Nesle, officier de la garde royale dont j’avais fait la connaissance à la campagne, alla chez votre frère pour me rendre visite. Surpris de ne pas m’y trouver, il lui demanda pourquoi nous vivions séparés. En toute innocence, votre frère lui découvrit qu’il s’agissait d’une plaisanterie à laquelle nous nous étions livrés à la campagne, et que je n’étais nullement sa femme. M. de Nesle vint me trouver, s’informa de la vérité de ces déclarations et me demanda, lorsqu’il en eut la confirmation de ma bouche, si je ne souhaitais pas qu’il persuade votre frère de m’épouser pour de bon. Ma réponse fut que cela me ferait en effet plaisir. Sur ce, il alla de nouveau trouver votre frère en lui déclarant que s’il n’avait pas eu l’audace de me présenter sous un nom qui me mettait en mesure de jouir de tous les privilèges de la bonne société, ni son épouse, ni les autres dames ne m’auraient admise dans leur familiarité, et qu’en conséquence il avait ainsi compromis toute la compagnie. Eh bien, Monsieur Casanova, dit-il, vous avez le choix : ou bien vous vous décidez à l’épouser d’ici huit jours, ou bien vous vous battez à mort avec moi et avec tous les hommes d’honneur que vous avez honteusement trompés. Votre frère répondit en riant qu’il était bien éloigné de vouloir se battre pour se débarrasser de moi ; qu’il l’aurait plutôt fait pour me posséder et qu’il ne souhaitait rien avec autant d’ardeur que de prendre pour épouse une femme qu’il aimait passionnément. Il demanda en même temps à M. de Nesle de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires pour un mariage dans les formes et promit par avance d’y consentir sans réserve. M. de Nesle l’embrassa, lui promit de s’occuper de tout et vint ensuite me voir avec cette bonne nouvelle ; je la communiquai à M. de Saincy et huit jours plus tard, tout était arrangé. Le jour des noces, M. de Nesle donna un grand souper, et je reçus ainsi en tout honneur le titre et les droits de son épouse. Malheureusement, notre mariage ne peut être considéré comme valable ni d’après les règlements de l’Église, ni d’après les lois de la nature ; car votre frère est dans l’incapacité de le consommer. Il porte la responsabilité de mon malheur car il aurait dû savoir qu’il ne pouvait songer à se marier sans frustrer son épouse de ses plus doux espoirs.
— Il y a été forcé, dis-je, et il est fort à plaindre. Après avoir partagé sa couche pendant quatre semaines, vous pouviez bien deviner ce qui vous attendait. Il me semble, ma chère sœur, qu’il vous faut prendre une décision courageuse.
— Quelle décision ? Demander la séparation, ou prendre un amant ? Je ne saurais me résoudre à l’un ni à l’autre ! Je l’aime, et il se comporte si bien avec moi que je ne peux m’empêcher d’aimer ce monstre chaque jour davantage. Croyez-moi, je suis très malheureuse.
La pitié qu’elle m’inspirait était si grande que j’aurais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour la consoler ; mais je ne devais pas y penser. Je remarquai pourtant que le récit de son destin avait un peu adouci sa douleur. Je lui souhaitai une bonne nuit.
Le lendemain matin, j’allai chez Madame Vanloo qui me remercia de la part de Madame Blondel pour la délicate attention que j’avais eue de ne point paraître au souper ; son mari, qui souhaitait faire ma connaissance, en avait été fâché ; il avait dit à Madame Vanloo qu’il m’avait de grandes obligations.
— Sans doute, remarquai-je, est-ce pour avoir conquis à mes dépens une jeune femme dans toute sa fraîcheur ; mais c’est à elle seule que doit aller sa reconnaissance. Est-il bien vrai qu’elle lui a fait don d’un délicieux poupon, qu’il habite au Louvre et qu’elle loge dans sa propre maison ?
— Rien de plus vrai, mais il lui rend visite tous les soirs pour souper avec elle. Il prétend en effet que c’est là le seul moyen pour faire durer éternellement un amour, et il exprime à qui veut l’entendre sa joie d’avoir enfin trouvé une femme qui serait digne d’être sa maîtresse ; car il n’avait jusqu’alors rencontré aucune femme parmi ses maîtresses qui eût mérité de devenir son épouse.
Je consacrai toute la journée suivante à Madame du Rumain. Nous nous occupâmes jusqu’à une heure tardive à déchiffrer les plus difficiles énigmes concernant l’avenir, ce qui la confirma dans la haute estime qu’elle avait de mon horoscope. Le mariage de sa fille avec M. de Polignac, qui eut lieu six ans plus tard, fut un des résultats de nos calculs cabalistiques.
La marchande de bas de la rue des Prouvères que j’avais aimée avec tant d’ardeur n’était plus à Paris. Un certain M. de Langlade l’avait enlevée, laissant son mari dans une situation fort triste. Camille était malade et Coraline avait obtenu le titre de marquise en tant que maîtresse du comte de la Marche, fils du prince de Conti ; je revis vingt ans plus tard son fils, fruit de cette liaison, portant la croix de Malte et le nom de chevalier de Montréal. Plusieurs jeunes filles que j’avais connues étaient parties en province pour y faire encore admirer leurs charmes, d’autres s’étaient retirées du monde. Ainsi vont les choses à Paris. Une succession rapide de jeunes filles et d’intrigues, de splendeur et de misère emporte tout avec l’inconstance des modes changeantes.
Je passai toute une journée chez mon vieil ami Balletti, qui avait perdu son père Mario et avait quitté le théâtre après avoir épousé une figurante. Il s’occupait maintenant à distiller des quantités d’huile de mélisse avec laquelle il espérait obtenir la pierre philosophale.
Au foyer du Théâtre-Français, je fus très agréablement surpris de rencontrer le poète Poinsinet. Après nous être embrassés plusieurs fois, il me raconta qu’à Parme M. de Tillot l’avait comblé de bienfaits ; mais qu’il n’avait pu lui procurer un emploi parce qu’on n’aurait su que faire d’un poète français en Italie. Il m’apprit également que le comte Lismore avait écrit de Livourne à sa mère qu’il était en chemin vers les Indes orientales et qu’il aurait été arrêté à Rome si je ne lui avais donné mille louis d’or. Je lui confirmai la vérité de ces faits et exprimai le vœu de rendre visite à Milady en compagnie de Poincinet, car je m’intéressai beaucoup au sort de son fils. Il me répondit qu’il m’annoncerait, et que Milady, qui souhaitait vivement s’entretenir avec moi, ne manquerait pas de m’inviter sur-le-champ à souper.
Poinsinet m’avoua bientôt qu’il se trouvait sans argent ni logement, et s’invita à venir souper chez moi le soir même.
— Je veux, me dit-il, vous lire mon Cercle, que j’ai dans la poche. La direction du théâtre a déjà accepté la pièce et je m’en promets le plus grand succès.
Ce Cercle était une petite comédie en prose qui parodiait d’une manière très divertissante le jargon du docteur Herrenschwandt, frère du médecin que j’avais connu à Soleure. Elle eut en effet beaucoup de succès.
Le poète assouvit sa faim à ma table et le lendemain matin, il m’apprit que la comtesse Lismore m’attendait à souper. Je m’y rendis à l’heure dite, et trouvai M. de Saint-Albin, archevêque de Cambrai ; c’était le vieil amant de la comtesse pour qui il dépensait des revenus très considérables. Durant tout notre souper, l’archevêque n’ouvrit la bouche que pour manger et la comtesse ne parla que de son fils, dont elle élevait jusqu’aux nues l’esprit et le talent. Ce jeune homme n’était pourtant qu’un vaurien, mais je n’eus pas la cruauté de la contredire. Je donnai volontiers ma parole d’informer la comtesse s’il m’arrivait de croiser le fugitif au cours de mes voyages.
Poinsinet passa la nuit dans ma chambre ; je lui donnai de l’argent afin qu’il puisse louer un appartement. Il me raconta qu’il avait passé huit jours chez Voltaire à Ferney et qu’il s’était hâté de rentrer à Paris pour faire sortir l’abbé Morellet de la Bastille.
Mon départ approchait ; j’attendais seulement que mon tailleur me livrât quelques vêtements et mon joailler une croix de l’ordre ornée de diamants et de rubis que Sa Sainteté m’avait fait la grâce de m’accorder. Tout devait être prêt dans quatre ou cinq jours, mais un événement funeste m’obligea à quitter Paris au plus vite. J’en parle ici à contrecœur : il trahit de ma part une folie qui aurait pu me coûter la vie et l’honneur, sans compter une somme de cent mille francs. Je plains les insensés qui, après avoir été frappés d’un grand malheur, en accusent le destin alors qu’ils en sont eux-mêmes les seuls responsables.
Un matin à dix heures, je me promenais dans le jardin des Tuileries lorsque je rencontrai la Dangenoncour, une danseuse de ballet dont j’avais essayé en vain de faire la connaissance avant mon deuxième voyage en Hollande ; elle était accompagnée d’une jeune fille qui m’était totalement inconnue. Après avoir exprimé ma joie du heureux hasard qui me faisait la rencontrer, je n’eus pas besoin de beaucoup d’éloquence pour leur faire accepter une invitation d’aller dîner à Choisy. Nous montâmes dans un fiacre au Pont-Royal et fîmes gaîment le trajet. Après avoir commandé notre dîner, comme nous ressortions de la maison avec les deux jeunes filles pour nous promener dans le jardin, je vis descendre d’un fiacre deux aventuriers de ma connaissance avec deux jeunes filles qui étaient des amies de mes compagnes. L’hôtesse déclara aussitôt qu’elle nous préparerait un excellent repas au cas où nous voudrions dîner de compagnie : je ne m’y opposai pas. Après avoir mangé des mets délicats, nous payons la note et nous apprêtons à rentrer à Paris ; à ce moment, je me rends compte qu’il me manque une bague qu’à table, sur la demande d’un des aventuriers, j’avais ôtée de mon doigt pour la lui montrer ; les brillants qui entouraient une peinture miniature valaient au moins 25 louis d’or. Sans hésiter j’exigeai que ce scélérat, qui s’appelait Santis, me rende la bague ; mais il me répondit avec un parfait sang-froid qu’il me l’avait déjà remise. Dans ce cas, lui dis-je, si vous me l’avez rendue, je devrais l’avoir sur moi ; mais cela ne le troubla nullement, et les jeunes filles restaient également silencieuses. Le camarade de Santis, un Portugais du nom de Xavier, eut alors l’audace de me dire en face qu’il l’avait vu me rendre la bague. Je lui déclarai que c’était un mensonge et j’ajoutai qu’il ne partirait pas d’ici tant qu’il ne m’aurait pas restitué ma bague, et disant cela, je saisis Santis au collet. Xavier me sauta dessus pour défendre son complice ; je reculai de deux pas et tirai mon épée. L’hôtesse se mit à crier et Santis m’assura que s’il pouvait me dire deux mots seul à seul, cela suffirait à m’apaiser. Convaincu qu’il avait honte de me rendre la bague en public et voulait le faire sans témoin, je relâchai ce brigand. Les quatre jeunes filles et Xavier montèrent alors dans un fiacre et rentrèrent à Paris.
Santis me conduisit dans le jardin et me dit d’un air riant qu’il avait voulu me jouer un tour et qu’il avait mis la bague dans la poche de son ami. Mais votre ami, m’écriai-je, vous a vu rendre la bague ? Vous l’avez laissé partir, et vous imaginez que je suis assez sot pour prendre cela pour une plaisanterie ? Vous n’êtes que des brigands ! Sur ces mots, je voulus m’emparer de sa chaîne de montre ; mais il m’évita et tira son épée. En un éclair, la mienne fut hors du fourreau ; il me porte une botte, je l’esquive et lui passe alors mon épée au travers du corps. Il tombe en criant à l’aide ; je le laissai gisant par terre et me hâtai de rentrer à Paris. Je descendis place Maubert et me rendis à pied à mon hôtel, rue du Saint-Esprit, où personne n’aurait l’idée de venir me chercher, puisque même l’hôtelier ignorait mon nom. Je passai le reste de la journée à faire ma malle ; puis j’ordonnai à Costa de tout porter sur la voiture et me rendis chez Madame d’Urfé. Je l’informai de ma mésaventure et lui demandai de remettre la lettre de crédit, les montres et les tabatières à Costa qui devait me suivre à Augsbourg. Il eût certes été plus avisé de lui dire de me faire parvenir ces objets par un de ses domestiques ; mais je croyais Costa un garçon honnête.
Revenu à mon hôtel, je donnai à ce traître les consignes sur ce qu’il avait à faire en lui recommandant d’être prudent et discret. L’hôtelier fit atteler quatre chevaux de louage à ma voiture ; je partis d’un trot rapide et le lendemain soir, j’étais à Châlons. Deux jours plus tard, j’arrivai à Strasbourg et je descendis à l’hôtel du Corbeau où je trouvai Desarmoises avec mon Espagnol.
N’ayant rien à faire à Strasbourg, je voulais poursuivre aussitôt mon voyage ; mais Desarmoises me convainquit de l’accompagner à l’hôtel du Saint-Esprit pour y voir une ravissante dame qui avait retardé son départ pour Augsbourg dans la seule espérance de m’avoir pour compagnon de voyage. Desarmoises lui avait donné sa parole d’honneur qu’il ne la nommerait pas ; il me dit seulement que je la connaissais et qu’elle n’avait pas d’autre compagnie que celle de sa femme de chambre. Il avait piqué ma curiosité, et j’y allai.
Desarmoises me fit entrer dans la chambre de l’inconnue et je me trouvai face à une dame d’une beauté remarquable qu’il me sembla d’abord ne pas connaître, mais en la regardant plus attentivement, je reconnus la danseuse Renaud qui m’avait beaucoup plu quelque huit ans auparavant, au théâtre de Dresde. Elle était alors la favorite du grand écuyer le comte Brühl, aussi n’avais-je pas osé lui faire ma cour. Les circonstances dans lesquelles nous nous retrouvions étaient bien différentes et je m’enivrai par avance du plaisir que me promettait un voyage en sa compagnie.
Après les échanges de compliments d’usage qui accompagnent d’intéressantes retrouvailles, nous fixâmes notre départ pour Augsbourg au lendemain matin. Elle allait jusqu’à Munich, où je n’avais rien à faire ; et nous convînmes qu’après Augsbourg, elle poursuivrait son voyage sans moi. Cependant elle espérait toujours que l’envie me prendrait de voir la capitale bavaroise, l’ouverture du congrès d’Augsbourg ne devant pas avoir lieu avant le mois de septembre. Nous partîmes ainsi, elle dans sa voiture avec sa femme de chambre, moi dans la mienne avec Desarmoises, Leduc nous précédant à cheval. Mais à Rastadt où nous passâmes la nuit, on préféra changer de places. Ce fut la Renaud qui en exprima le désir, disant qu’elle se croyait moins exposée aux regards des curieux dans ma voiture que dans la sienne ; Desarmoises fut ravi de monter avec sa femme de chambre, et elle prit place à côté de moi. Elle me fit alors part de sa situation sans réserve, du moins à ce qu’il semblait ; et de mon côté, je lui révélai aussi ce que je trouvai bon de lui dire. Elle crut de bonne foi que j’étais envoyé en mission par la cour de Lisbonne, et je crus qu’elle n’allait à Augsbourg et à Munich que pour y vendre ses diamants.
Notre conversation tomba sur Desarmoises. Elle me dit que je pouvais le garder parmi mes fréquentations ; mais que je ne devais pas souffrir qu’il s’affublât du titre de marquis.
— Il est fils du marquis Desarmoises de Nancy.
— Ce n’est qu’un courrier invalide qui reçoit une pension des Affaires étrangères. Je connais très bien le marquis Desarmoises de Nancy ; il est bien plus jeune que ce fat prétentieux. L’hôtelier du Saint-Esprit le connaissait alors qu’il était encore courrier. Je l’ai vu pour la première fois à la table d’hôte, après quoi il m’a honorée d’une visite pour m’apprendre qu’il attendait ici quelqu’un qui voulait aussi se rendre à Augsbourg et que nous pourrions voyager de compagnie. Il vous nomma et je compris que c’était vous qu’il attendait. Ainsi nous sommes-nous retrouvés et j’en suis fort heureuse : mais si je peux vous donner un conseil amical, débarrassez-vous de ce nom et de ce titre empruntés ; pourquoi vous faites-vous appeler Seingalt ?
— Parce que c’est mon nom ! Si cependant ceux qui me connaissent depuis une époque plus ancienne veulent m’appeler Casanova, je ne veux pas les en empêcher. Je m’appelle Casanova et Seingalt, comme on veut ; ne comprenez-vous pas cela, chère amie ?
— Oui, cela paraît plausible. Votre mère vit maintenant à Prague, à ce que je crois, et en ces temps de guerre, sa pension ne lui est sans doute pas versée, elle doit se trouver dans une situation difficile.
— C’est certain, mais je lui fais parvenir des secours.
— Alors elle est à l’abri du besoin. Où logerez-vous à Augsbourg ?
— Je loue une maison dont vous serez la maîtresse, si cela vous fait plaisir.
— Quelle idée charmante, mon cher ami ! Je vous veux du bien, aussi ferai-je les honneurs de votre maison. Nous donnerons des soupers brillants aux hôtes étrangers et nous passerons les nuits à jouer au pharaon. Ce sera tout à fait plaisant ! Je vous amènerai déjà une bonne cuisinière de Munich, la Bavière est célèbre pour cet art. Nous jouerons les premiers rôles au congrès, et l’on croira que nous nous aimons à la folie.
— Mais n’oubliez pas, ma chère, que je n’entends point raillerie sur le chapitre de la fidélité.
— Oh, n’aie aucun souci à ce sujet ! Tu sais bien comment je vivais à Dresde.
Les voyages de nuit n’étaient pas du goût de la Renaud : elle appréciait fort les plaisirs qui s’offraient à elle quand, après un bon souper, elle allait se coucher à moitié ivre. Bacchus allumait parfois sur l’autel de Vénus des flammes à ce point inextinguibles que j’étais obligé de m’écrier : Dors ! mais dors donc !
À Augsbourg, nous descendîmes aux Trois Maures. On nous servit à dîner mais l’hôte regretta de ne pouvoir nous loger parce que le ministre de France avait loué toute la maison. J’allai voir le banquier Carli pour lequel Zappata m’avait remis une lettre de crédit à Turin, et ce fut lui qui me loua sur-le-champ une maison bien meublée avec un petit jardin. La Renaud trouva la demeure à son goût, mais elle me persuada de venir avec elle à Munich pour quatre semaines. Tous les plénipotentiaires s’y trouvaient, qu’allais-je faire tout seul à Augsbourg ? Je décidai de l’accompagner. Carli me donna une lettre de crédit pour Schmidtmaier. Nous arrivâmes sans encombre à Munich et descendîmes au Cerf. Desarmoises choisit une autre auberge. Comme mes affaires n’avaient rien à voir avec celles de la Renaud, je mis une voiture et un laquais de louage à son entière disposition.
Ma première démarche fut d’aller voir milord Stormond pour lui remettre une lettre du commandeur Almada que m’avait donnée Gama. Il me dit qu’il arrangerait tout en temps voulu et que lord Halifax l’avait déjà mis au courant de toute l’affaire. Après quoi, je parus chez le ministre français, M. de Folard, avec une lettre de M. de Choiseul ; il m’invita à dîner le jour suivant où j’eus l’honneur d’être présenté au prince électeur. La maison du ministre fut la seule que je fréquentai durant les quatre semaines de martyre que je passai à Munich. Et c’est à juste titre que je parle de martyre, car je perdis alors non seulement tout mon argent et mes bijoux pour un montant de 40 000 ducats, mais aussi ma santé. Les instruments de ma perte furent Desarmoises et la Renaud.
Le troisième jour de mon séjour à Munich, je décidai d’aller me présenter à la veuve du prince électeur de Saxe ; car mon beau-frère, qui faisait partie de sa suite, m’avait dit que Son Excellence me connaissait et qu’elle lui avait fait plusieurs questions à mon propos ; cette visite m’était dès lors un devoir.
De toute ma vie, je ne me suis rendu coupable d’une plus grande folie que d’aller à Munich ; ma destinée semblait arrivée alors à un tournant dangereux. Depuis mon départ de Turin, les mésaventures les plus folles et les plus terribles ne cessaient de se succéder ; d’abord ma liaison avec Desarmoises, suivie de près par le dîner à Choisy, puis par la confiance que je plaçai en Costa, enfin par la rencontre de la Renaud. Mais la sottise la plus grande fut de m’adonner au pharaon avec la passion la plus effrénée à une cour où les joueurs les plus mal famés d’Europe tenaient la banque – entre autres l’indigne Afflisco, qui se parait du titre d’adjudant du duc Frédéric des Deux-Ponts. Je jouais tous les jours et perdais souvent sur ma parole des sommes dont le paiement, le jour suivant, me mettait dans le plus pénible embarras du monde, si bien que je m’abandonnai parfois au plus furieux désespoir. Lorsque je n’eus plus d’argent chez mon banquier, Desarmoises, d’accord avec la Renaud, me convainquit d’avoir recours à des usuriers juifs chez qui je pouvais mettre mes bijoux en gage ; je le fis et tout ce que je possédais de précieux passa ensuite entre les mains de la Renaud. Mais le comble de mon malheur fut une maladie transmise par cette honnête personne et à laquelle je laissais faire pendant quatre semaines les progrès les plus inquiétants sans recourir à l’aide d’un médecin ; car cette femme éhontée me suppliait instamment de ne pas lui faire cet affront. Ce ne fut qu’à Augsbourg, où l’on pouvait mieux garder la chose secrète, que l’art d’Esculape parvint à enrayer le mal. Aujourd’hui encore, il m’est impossible de concevoir que j’aie pu condescendre à une complaisance aussi inouïe.
Lorsque je vis l’électrice de Saxe pour la deuxième fois, qui fut aussi la dernière, je fus profondément humilié de l’entendre me dire : Toute la cour sait de quelle manière vous vivez dans votre hôtel avec la Renaud ; je vous conseille de mettre fin à cette liaison.
Un mois s’était déjà écoulé depuis mon départ de Paris sans que je reçoive la moindre nouvelle de Madame d’Urfé ni de Costa. Je ne pouvais me l’expliquer en aucune façon, et je me livrais déjà à la crainte que Costa ne m’eût trahi et que la marquise ne fût décédée ou qu’elle fût devenue raisonnable. L’état dans lequel je me trouvais rendait tout à fait impensable un voyage à Paris qui eût mis fin à cette cruelle incertitude.
Dans cette anxiété, je pris précipitamment congé de la Renaud pour me rendre à Augsbourg et m’occuper du rétablissement de ma santé ébranlée. Elle ne fit aucun effort pour me retenir plus longtemps ; mais elle me promit de me rejoindre tôt ou tard, car elle avait alors l’espoir de vendre avantageusement ses diamants. Je partis donc, content que Desarmoises ait trouvé bon de rester avec cette coquine. Arrivé à Augsbourg, je me mis au lit sur-le-champ, bien décidé à ne plus me lever avant d’être entièrement guéri.
Le banquier Carli que j’avais fait venir m’envoya le meilleur médecin que l’on pût trouver à Augsbourg ; il s’appelait Kephalides et avait été l’élève de Fayet à Paris, qui m’avait déjà soigné de la même maladie. Après avoir examiné mon état, il m’assura que je recouvrirais bientôt la santé grâce à la transpiration. Je dus me soumettre pendant six semaines à une diète impitoyable, je ressemblais à un fantôme. Sans le secours d’Algardi de Bologne, médecin personnel du prince-évêque, je serais mort ; ce fut lui qui me rendit la santé après deux mois de souffrances indicibles. J’appris également à cette époque que Costa avait pris le large avec tous les diamants que Madame d’Urfé lui avait remis à mon intention. Par bonheur, à cause de sa grande hâte, elle n’avait pu lui confier la lettre de crédit de cinquante mille francs que je reçus à ce moment par la poste. J’eus un déplaisir non moins grand en découvrant que Leduc m’avait aussi volé ; mais je le gardai à mon service jusqu’à mon retour à Paris.
Vers la fin de septembre, lorsque tous les espoirs que le congrès ait lieu eurent disparu, la Renaud repassa par Augsbourg avec Desarmoises pour rentrer à Paris ; mais elle fut empêchée de venir me voir par la crainte que je ne fusse informé du vol de mes bijoux mis en gage et que je ne l’obligeasse à me les restituer. Quatre ou cinq ans plus tard, elle épousa le joailler Böhmer auquel le cardinal Rohan acheta le collier dont l’histoire est célèbre. Je la vis lors de mon retour à Paris sans plus me préoccuper d’elle ; tout cela me dégoûtait, et à juste titre ; car ce que j’avais fait au cours de cette année funeste me faisait rougir à mes propres yeux. J’aurais pourtant jugé Desarmoises digne de mon attention, car je lui aurais coupé les oreilles s’il m’en avait laissé le temps. Le vieux scélérat mourut de phtisie l’été de l’année suivante.
À peine guéri, je me replongeai dans tous les plaisirs. Ma cuisinière Lise, qui était restée jusqu’alors inactive, avait maintenant fort à faire pour calmer ma faim vorace. Pendant trois semaines, je fus la proie d’un appétit inhumain qui ne s’était encore jamais manifesté avec une telle fureur ; mais j’en avais besoin pour redevenir l’ancien Casanova. Mon hôte, un graveur sur cuivre, et sa fille Gertrude, à qui je permettais de manger à ma table, me regardaient avec stupéfaction et appréhendaient les pires conséquences. En vain le bon docteur Algardi me prophétisait-il qu’une indigestion allait me porter au tombeau ; je n’écoutais rien, mangeais avec courage, devint gros et gras et retrouvai cette vigueur que Cérès et Bacchus suscitent au service de la déesse de Paphos. Lisette et la petite Gertrude étaient toutes deux jeunes et belles ; la reconnaissance se mit de la partie, je tombai amoureux d’elles et leur en fis l’aveu sincère à toutes deux en même temps ; si j’avais entrepris avec chacune d’elles une négociation particulière, je n’aurais conquis ni l’une ni l’autre. Je n’avais de surcroît pas beaucoup de temps à perdre, car Madame d’Urfé m’attendait à souper pour le premier jour de l’an 1762 dans une maison de la rue du Bac qu’elle avait louée pour moi. Pour vous recevoir, m’écrivait-elle, j’ai fait décorer les pièces avec des tapisseries sur lesquelles René de Savoie a fait représenter tous les instruments du grand œuvre. J’appris également par la marquise que Santis s’était heureusement remis de sa dangereuse blessure mais que, pour prix de ses escroqueries, il avait été envoyé peu après à Bicêtre.
Lisette et la petite Gertrude me divertirent fort agréablement jusqu’à mon départ ; mais je ne leur sacrifiais pas les charmes de la bonne société. Je fréquentais celle du comte Maximilien de Lamberg, qui vivait à la cour du prince-évêque. La comtesse son épouse, douée de toutes sortes d’aimables qualités, réunissait autour d’elle un cercle nombreux d’hommes d’esprit. J’y fis entre autres la connaissance du baron de Selenthin, capitaine prussien qui recrutait alors des soldats à Augsbourg et que je revis trente ans plus tard sur ses terres, à la frontière de la Bohême. Ce qui me séduisait dans cette société, c’était que le comte était fort savant, s’étant rendu célèbre par plusieurs ouvrages pleins de mérite ; j’ai entretenu avec lui une correspondance ininterrompue jusqu’à sa mort, advenue en 1792 par sa propre faute. Je dis par sa propre faute ; il se laissa en effet persuader de faire usage de mercure lors d’une maladie qui n’était pas syphilitique. Après sa mort, ce fait donna matière à médisances.
Une troupe de comédiens fort pauvres venue d’Italie, qui était arrivée alors à Augsbourg et avait obtenu l’autorisation de jouer ses pièces dans un misérable petit théâtre, fut l’occasion d’un petit roman ; il me procura du plaisir parce que j’en fus le héros. Peut-être mon lecteur bienveillant lui trouvera-t-il aussi un peu d’intérêt.
Chapitre XI
Le comédien Bassi. – Le comte féminin. –
Mon arrivée à Paris. – Le départ. – Arrivée à Metz. –
La fausse comtesse Lascaris.
Curieux de voir jouer les Italiens, j’allai à leur théâtre de fortune où je ne fus pas peu surpris de reconnaître dans le protagoniste de la pièce un Vénitien qui avait fréquenté avec moi le collège de Saint-Cyprien à Murano vingt ans auparavant. Il s’appelait Bassi et avait fait, tout comme moi, ses adieux à l’état ecclésiastique, mais son aspect annonçait une fort piètre situation alors que j’étais entouré des signes de la magnificence et de la prospérité. Désireux de l’entendre raconter ses aventures et me réjouissant par avance de sa surprise, je montai sur la scène dès que le rideau fut tombé.
Il me reconnut sur-le-champ et poussa un cri de joie. Il me présenta sa femme laide et sa jolie fille de douze ans ; puis, se tournant vers tout le personnel de la troupe occupé à se déshabiller, il s’écria : Voici mon meilleur ami ! En m’entendant appeler ainsi, et voyant un homme de qualité portant la croix de l’ordre, toute la compagnie fut convaincue que j’étais le charlatan Cosmopolito dont on attendait l’arrivée à Augsbourg ; je m’étonnai que Bassi ne cherchât pas à les détromper. La directrice se pendit à mon bras et quittant le théâtre, m’invita à souper. Ils me conduisirent dans leur appartement où j’aurais vu des choses surprenantes si je ne m’y étais pas attendu. Je fus reçu dans une grande cuisine qui servait aussi de salle à manger et de chambre à coucher. On voyait ici deux lits, là une longue table couverte de serviettes sales ; à la faible lueur d’un petit bout de chandelle auquel une bouteille au col cassé servait de chandelier, on lava des cuillères. En l’absence de mouchettes, l’épouse de mon ami se servit de ses doigts et jeta la mouchure dans la pièce.
Un membre de la troupe faisant fonction de domestique, gratifié d’une immense moustache, apporta une grande soupière dans laquelle nageaient quelques bouts de viande réchauffée dans une eau trouble appelée sauce. La famille affamée y trempait du pain qu’ils avaient d’abord déchiqueté avec les dents. Un gigantesque pot à bière où l’on puisait une joie bruyante passait de main en main. Pour finir apparut un nouveau plat rempli d’un monceau de rôti de porc réchauffé. Je fus reconnaissant au bon Bassi de me dispenser de manger avec eux.
Une fois le repas terminé, pendant que sa fille se balançait sur mes genoux d’un air innocent, Bassi me fit la brève histoire de ses aventures. La conclusion de son récit fut qu’il voulait se rendre d’ici à Venise où il espérait que la fortune lui sourirait sur le théâtre de San Cassiano pendant le carnaval. Je lui souhaitai tout le succès possible. Il attendait la même franchise de ma part et me demanda de quel métier j’avais fait choix. J’eus alors l’idée de me faire passer pour un médecin ; et il m’assura très sincèrement que c’était là une bien meilleure profession que la sienne.
— Je peux vous faire un présent, me dit-il, qu’en tant que médecin, vous serez en mesure d’apprécier ; il s’agit de la recette pour fabriquer la thériaque vénitienne, que vous pourrez vendre deux florins la livre alors qu’elle ne vous coûtera pas plus de quatre groschen.
J’acceptai son offre avec reconnaissance et lui demandai s’il était satisfait de ses recettes.
— Pour un début, il n’y a pas à se plaindre, me répondit-il ; une fois les frais payés, chaque acteur a reçu presque un florin. Mais nul ne sait ce qui se passera demain ; toute la troupe a résolu de ne plus rien faire tant que je n’aurai pas donné à chacun un florin d’avance. Mais comment faire pour payer d’avance ces canailles quand je n’ai pas un sou en poche et rien à mettre en gage ? Si ce n’était pas le cas, je leur donnerais volontiers satisfaction et ils regretteraient sûrement leur comportement, car je me porte garant que mes recettes se monteront demain à cinquante florins au moins.
— Combien de personnes êtes-vous ?
— En comptant ma famille, la troupe a quatorze membres. Pourriez-vous nous prêter dix florins ? Demain après la représentation, je vous les rendrai avec reconnaissance.
— Avec plaisir ! Mais en échange, je veux avoir l’honneur de vous inviter tous à souper demain dans la prochaine auberge. Voici les dix florins.
Il s’épuisa en assurances de reconnaissance éternelle et se chargea de commander un souper selon mes vœux pour un florin par personne. Je me promettais beaucoup de plaisir et de bien rire en voyant ces quatorze affamés se précipiter avec un appétit féroce sur les plats fumants.
Bassi joua le soir d’après, mais devant trente à quarante spectateurs seulement, ce qui lui permit à peine de payer la musique et les lumières. Le pauvre diable vint me trouver en hâte, désespéré, et me demanda de lui prêter une fois encore dix florins, en m’assurant de payer toutes ses dettes le lendemain. Je lui dis en le réconfortant que nous parlerions de cela pendant le souper ; puis je me rendis à l’auberge, où Bassi et toute sa compagnie ne tardèrent pas à me rejoindre.
Grâce au pouvoir magique de vins capiteux, le souper se prolongea durant trois heures et me fut rendu particulièrement intéressant par la présence d’une jeune fille de Strasbourg qui jouait les soubrettes avec une intonation et des gestes qui me faisaient rire aux éclats. Elle était jeune et belle, et assez effrontée le verre à la main ; aussi étais-je désolé qu’elle ne fût pas assise à côté de moi. Animé du désir de faire plus intimement sa connaissance, voici ce que je déclarai à la troupe au moment de partir :
— J’ai l’intention de vous prendre tous à ma solde pendant huit jours, et je vous paierai cinquante florins par jour, à la condition que vous jouiez pour mon compte, mais que vous preniez au vôtre tous les frais des représentations. Il va sans dire que j’aurai toute liberté de fixer à ma guise le prix des billets des loges et du parterre ; si les recettes se montent à plus de cinquante florins, vous partagerez le surplus à parts égales entre vous. Par ailleurs, je choisirai cinq personnes parmi vous qui prendront place tous les soirs à ma table.
Mon discours fut suivi de bruyants éclats de joie. On fit venir du papier et de quoi écrire, et je rédigeai deux actes : l’un formulait mon engagement à l’égard de Bassi, en tant que chef de la troupe ; l’autre, que tous les acteurs signèrent, contenait les conditions auxquelles je m’engageais. Je déclarai alors à Bassi que le prix des billets resterait inchangé pour le soir suivant, et je l’invitai à souper avec toute sa famille, la Strasbourgeoise et son amant, l’Arlequin de la troupe.
L’annonce que fit Bassi le jour suivant était bien faite pour attirer de nombreux curieux ; on ne vit néanmoins qu’une quinzaine de manants au parterre, et quelques familles convenables dans les loges, bien que Bassi ait choisi une pièce très divertissante. Avant de passer à table, il me tendit dix à douze florins avec une expression fort embarrassée ; je me mis à rire et cherchai à l’encourager. Je les retins à ma table jusqu’à minuit, les fis boire copieusement et me livrai à des cajoleries avec la jeune fille de Bassi et la belle Strasbourgeoise qui étaient assises à mes côtés. Je ris beaucoup du jaloux Arlequin, qui prenait très mal les libertés que je me permettais avec sa belle. Elle aussi me parut ne souffrir mes caresses qu’à contrecœur, n’osant irriter son Arlequin qu’elle espérait épouser. Une fois levés de table, je pris la Strasbourgeoise dans mes bras et me permis avec elle pour m’amuser quelques plaisanteries qui parurent trop sérieuses à son malheureux amant. Il s’approcha pour m’arracher la jeune fille ; je trouvai sa sévérité trop rude et le poussai dehors en lui donnant des coups de pied qu’il reçut avec une profonde servilité. Mais quelle scène tragique se découvre alors à mes yeux ! Un flot de pleurs irrépressibles se met à couler des beaux yeux de la jeune fille offensée, et voilà ma bonne humeur envolée. Bassi et sa femme, fort tolérants en la matière, riaient de la pleureuse ; et leur fille fit remarquer qu’Arlequin avait été le premier à troubler la paix par son comportement grossier. D’une voix interrompue par les sanglots, la Strasbourgeoise me déclara qu’elle ne pourrait plus venir souper avec moi à moins que je ne persuade son amant de s’y trouver également. Je lui promis de faire mes excuses, et le présent que je lui fis de quatre sequins fut si efficace qu’il sécha toutes ses larmes et fit éclore un joyeux soleil au travers des nuages du chagrin. La belle s’efforça même de me convaincre qu’elle n’avait rien d’une prude et qu’elle se montrerait fort complaisante si seulement je voulais prendre garde à la jalousie d’Arlequin. Je promis tout ce qu’elle voulait, et elle fit tout pour me persuader qu’elle ne me refuserait rien à la première occasion.
Je chargeai Bassi d’annoncer le lendemain qu’une place au parterre coûtait désormais deux florins et les places des loges un ducat ; la galerie devait être ouverte gratuitement aux premiers qui s’y présenteraient, et douze soldats seraient engagés à mes frais pour prévenir tout désordre. Fort surpris, il me déclara qu’on verrait affluer gratuitement la populace, et personne d’autre.
— C’est ce que nous verrons, mon cher ! En attendant, je vous prie de tout exécuter comme je l’ai ordonné, et d’être demain soir mon hôte comme à l’accoutumée.
Le matin suivant, je fus trouver l’Arlequin et l’apaisai grâce à un présent de quatre sequins en lui promettant solennellement de laisser à l’avenir sa maîtresse tranquille. Entre-temps, tout Augsbourg riait de l’affiche de Bassi et s’écriait qu’il était devenu fou. Mais lorsque l’on sut que l’idée venait de moi, ce fut moi que l’on traita de fou.
Une heure avant le début de la représentation, le paradis était déjà rempli de gens du peuple ; mais le parterre restait vide, et je ne vis dans les loges que le comte Lamberg, l’abbé Bolo de Gênes et un jeune homme qui me sembla être une jeune fille déguisée. Le vacarme des applaudissements venant du paradis répandit de la gaieté et de la vie sur le spectacle. Lorsque Bassi vint dîner avec sa famille, je lui fis don des trois ducats de recette et lui dis de rester fidèle à mon système.
À table, je pris place entre Madame Bassi et sa fille, laissant la Strasbourgeoise s’asseoir à côté de son amant. Animé par le vin et les propos futiles, séparé de la maîtresse d’Arlequin, je me tournai de bon cœur vers la fillette de Bassi ; elle se prêta à toutes mes fantaisies ; sa mère riait et Arlequin crut devenir fou parce qu’il ne pouvait se permettre de semblables privautés avec sa maîtresse. Mais lorsqu’en sortant de table, je me mis ainsi que la jeune Bassi en état de nature, le nigaud voulut s’en aller en emmenant sa bien-aimée. Je le priai alors fort sérieusement de se montrer un peu plus raisonnable. Il resta et me tourna le dos ; mais sa belle n’en fit pas autant ; sous prétexte d’assister la petite auprès de moi, elle resta à mes côtés et pendant qu’elle augmentait ainsi mon plaisir, elle y participa elle-même. Nous étions fort satisfaits qu’Arlequin, assis devant la cheminée, nous tournât le dos. À la fin de ce divertissement, je vidai ma bourse et m’amusai à voir l’avidité avec laquelle on se précipita sur les vingt ou trente sequins.
Le jour suivant, je fus convoqué à me présenter au bourgmestre, à l’hôtel de ville ; je m’y rendis fort curieux, mais sans aucune crainte. En constatant mon ignorance de la langue allemande, le magistrat s’adressa à moi en latin :
— Pourquoi portez-vous un faux nom ?
— Mon nom n’est pas faux. Informez-vous auprès du banquier Carli dont j’ai reçu cinquante mille florins.
— Mais je sais pourtant que vous vous nommez Casanova ! Pourquoi donc vous faites-vous appeler Seingalt ?
— Parce que ce nom est le mien et me revient de droit, car je me le suis moi-même attribué. Et nul autre ne saurait prétendre avoir le droit de le porter. Mais rien n’empêche personne de m’appeler Casanova, s’il le trouve bon.
— Vous devez vous appeler ou d’une manière, ou de l’autre. Vous n’avez pas le droit de porter deux noms à la fois. Et dites-moi maintenant de quel droit on peut s’attribuer un autre nom ?
— Rien de plus évident. Nous sommes tous libres de disposer de l’alphabet à notre gré. J’ai ainsi pris huit lettres que j’ai combinées de façon à obtenir le mot Seingalt ; j’en ai alors fait choix comme nom, et je suis prêt à prouver à quiconque prétendrait y avoir un droit qu’il n’appartient qu’à moi seul.
— C’est un argument étrange. Votre nom ne peut être autre que celui que vous avez hérité de votre père.
— Vous vous trompez ! Le nom que vous portez a été adopté par un de vos ancêtres sans qu’il l’ait reçu de son père. Cela est vrai même dans le cas où vous vous appelleriez Adam. Vous devez en convenir, monsieur le bourgmestre !
— J’en conviens, mais l’affaire m’est nouvelle !
— En quoi vous vous trompez encore ; car je m’engage à vous présenter demain toute une litanie de noms inventés par des personnes encore vivantes et tout à fait respectables, dont ils se servent en toute tranquillité sans qu’on les convoque à l’hôtel de ville pour en rendre raison ; à condition qu’ils ne changent pas arbitrairement ces noms au détriment de la société civile.
— Mais vous admettrez quand même que les faux noms sont interdits par la loi !
— Mais je vous répète que rien au monde n’est aussi vrai que mon nom. Même votre nom ne saurait être plus vrai puisqu’il est fort possible que vous ne soyez pas le fils de celui que vous considérez peut-être comme votre père.
Il sourit, se leva, m’accompagna jusqu’à la porte et me dit : J’irai prendre des informations sur vous auprès de M. Carli.
Il était nécessaire que j’aille le trouver ; ce que je fis dans l’instant. Carli me dit en riant que le bourgmestre était un honnête homme, riche, mais d’un esprit quelque peu limité, et le lendemain, il vint me voir pour m’inviter à déjeuner de sa part. Il avait eu avec lui la veille une conversation très divertissante au cours de laquelle il était parvenu à convaincre pleinement le magistrat de la justice de ma cause.
À la table du bourgmestre, je trouvai un cercle intéressant d’hommes et de femmes ; j’y vis aussi cette personne que j’avais prise pour une femme déguisée à la Comédie italienne. Elle était placée si près de moi et je l’observai avec tant d’attention qu’il ne me resta pas le moindre doute. Toute la compagnie parlait cependant à cette personne masquée comme si c’était véritablement un homme. Et elle savait en imposer par son sérieux et son assurance. Mais je ne voulais pas être dupe et j’eus envie de rire un peu ; aussi j’enveloppai cet androgyne à sa façon de phrases galantes qui laissaient entendre par quelques ambiguïtés que je soupçonnais quelque chose. Mais l’inconnue semblait ne s’apercevoir de rien, et la compagnie se contentait de sourire de ma prétendue méprise.
Après le repas, l’énigmatique personne montra à un chanoine un portrait inséré dans une bague et représentant une dame qui se trouvait dans l’assistance ; on le déclara frappant de ressemblance à juste titre, car la dame était fort laide ; mais je fus surpris de voir alors l’androgyne lui baiser la main. Le banquier Carli me murmura que malgré son visage féminin cette personne était pourtant un homme et qu’il allait épouser sous peu cette dame laide.
Le couple célébra en effet ses noces peu de temps après, mais un an plus tard, l’épouse trompée mourut de chagrin, après n’avoir osé révéler qu’au moment de sa mort que son époux était du sexe féminin. Les parents, qui voulaient éviter tout scandale, cherchèrent à éloigner l’imposteur en douceur. La bonne ville d’Augsbourg parle aujourd’hui encore de cette étrange histoire.
Le goût que j’avais pour la Strasbourgeoise me coûta plus de mille florins. Au bout de huit jours, je rendis au directeur sa liberté complète. Il donna encore plusieurs représentations et gagna beaucoup d’argent en abaissant alors le prix des billets et en mettant fin aux entrées gratuites pour le paradis.
Vers la moitié du mois de décembre, je quittai Augsbourg le cœur soucieux parce que Gertrude, qui se croyait enceinte, ne voulait pas me suivre en France. Cinq ans plus tard, j’aurai d’autres choses à raconter à propos de cette charmante jeune fille, ainsi qu’au sujet de mon excellente cuisinière Lisette à qui je donnai quatre cents florins. Je partis donc pour Bâle en compagnie de Leduc, après avoir reçu de Carli une lettre de crédit de quarante mille ducats. J’y descendis aux Trois Rois, et je ne connais aucun autre hôtel dans toute la Suisse où j’aie été autant escroqué. L’hôte, qui s’appelait Imhoff, était un gredin ; mais ses trois filles ravissantes me plaisaient. Après y avoir séjourné trois jours, je poursuivis mon voyage et j’arrivai sans encombre à Paris le dernier jour de l’année 1761. Je fis descendre Leduc rue Saint-Antoine avec son sac de voyage et lui ordonnai de ne jamais plus se montrer à ma vue ; il m’implora en vain de lui donner un certificat de service. Cet homme avait des qualités rares et m’a rendu d’inappréciables services à Stuttgart, Soleure, Florence et Turin, mais tout cela ne compensait pas l’insolence avec laquelle il m’avait menacé en présence des autorités d’Augsbourg de me compromettre dans des affaires douteuses lorsque je l’avais surpris à me voler. Je n’ai jamais su ce qu’il était devenu.
Je descendis dans la maison que Madame d’Urfé avait louée pour moi rue du Bac. J’y logeai trois semaines dans la pièce décorée des tapisseries de René de Savoie sans rendre visite à mes anciennes connaissances ; car je voulais prouver à la marquise que j’étais revenu à Paris uniquement dans l’intention d’opérer sa renaissance en homme comme je le lui avais promis. Ces trois semaines furent consacrées aux préparatifs qu’exigeait l’œuvre divine. Il fallut faire trois sacrifices à chacun des sept génies des planètes aux jours propices. Là-dessus, on décida que j’irais chercher en un certain lieu, qui m’avait été révélé, une vierge avec qui j’engendrerais un fils grâce à un moyen connu seulement des Rose-Croix. L’enfant naît vivant ; mais il n’a reçu qu’une âme naturelle ; aussitôt après sa naissance, il est remis à Madame d’Urfé qui le cache pendant sept jours dans son lit. Au bout de ces sept jours, la marquise meurt en pressant ses lèvres sur les lèvres de l’enfant, et ce dernier reçoit son âme. À partir de cet instant, il est de mon devoir de veiller sur l’enfant en compagnie d’un supérieur secret de l’ordre. Dès que mon fils a trois ans, Madame d’Urfé prend conscience d’elle-même et je l’instruis dans les sciences occultes. Le grand œuvre doit être entrepris au moment de la pleine lune, au cours des mois d’avril, de mai ou de juin. Madame d’Urfé doit faire un testament par lequel elle institue mon fils son héritier universel et fait de moi son tuteur jusqu’à l’accomplissement de ses treize ans. – L’insensée ne doutait pas de la réussite immanquable de l’œuvre divine, et pleine d’impatience de voir la vierge élue, elle me poussait au départ.
Comme il me fallait tenir parole et que je devais revenir à Paris avec une femme prétendument vierge, j’avais besoin d’une coquine assez intelligente et habile pour m’aider à exécuter mon plan. Je pensai d’abord à la Corticelli. Elle était pour lors à Prague ; je n’avais nulle envie de m’y rendre moi-même, comme je le lui avais promis à Bologne ; je décidai alors de lui envoyer de l’argent pour le voyage et de fixer un lieu en France pour notre rencontre. Je choisis Metz où je pouvais compter sur le meilleur accueil de l’intendant M. de Fouquet, un ami de la marquise ; son neveu, le comte de Lastic, s’y trouvait également en garnison. Madame d’Urfé me donna des lettres de recommandation, et muni de lettres de change très considérables, comblé de présents de toutes sortes, je partis le 25 janvier pour Metz. Je ne pris aucun domestique, car depuis le vol de Costa et les fourberies de Leduc, je n’en supportais aucun. J’arrivai à Metz en quarante-huit heures, descendis à l’hôtel du Roi Dagobert et y trouvai le comte suédois von Löwenhaupt dont j’avais fait la connaissance à Paris, chez la princesse d’Anhalt-Zerbst, mère de l’impératrice Catherine. Nous mangeâmes ensemble chez le duc des Deux-Ponts qui était sur le point de rendre visite incognito à Louis XV, son ami de longue date.
Le lendemain matin, je remis à M. de Fouquet la lettre de la marquise et il m’invita à dîner chaque jour pendant toute la durée de mon séjour. Le même jour, j’envoyai cinquante louis d’or à la Corticelli en la priant de me rejoindre à Metz avec sa mère. Elle ne pouvait pas quitter Prague avant le début du carême, mais pour être sûr qu’elle ne me fît pas défaut, je lui promettais de faire son bonheur. En trois ou quatre jours, j’avais déjà fait connaissance de toute la ville, mais j’évitais toutes les sociétés pour fréquenter le théâtre où une jeune chanteuse nommée Raton me plaisait extraordinairement. Âgée de quinze ans, elle offrait sa fleur pour vingt-cinq louis d’or, acceptant de se contenter d’un seul louis si on ne parvenait pas à la cueillir. Plusieurs officiers et jeunes conseillers au parlement s’y étaient essayés mais en vain, et ils avaient dû se contenter d’une jouissance incomplète. Je n’hésitai pas un seul instant à lui faire une proposition dans les formes et l’invitai à souper à l’hôtel du Roi Dagobert avec cette remarque : si j’étais heureux, je lui donnerais vingt-cinq louis d’or ; mais dans le cas contraire, je mettrais six louis d’or à sa disposition, à condition qu’elle ne fût pas barrée1. Sa tante m’assura que ce n’était pas le cas. Je me souvenais de Victorine de Turin.
Raton et sa tante vinrent souper. Cette dernière nous quitta en sortant de table pour aller dormir dans la chambre voisine. Raton était un chef-d’œuvre de la nature, et mon âme nageait dans le ravissement à l’idée de conquérir la Toison d’or à laquelle avaient en vain aspiré les Argonautes de Metz. Rien de ce dont je rêvais ne se produisit. Aussitôt que Raton vit comment je m’y prenais, elle comprit aisément qu’elle ne pourrait pas me tromper, et fit contre mauvaise fortune bon cœur. Sans se sauver par un escamotage, elle se rendit donc tout entière à moi, en me priant seulement de ne pas trahir son secret. Je le lui promis, ainsi que les vingt-cinq louis d’or que je n’étais pas obligé de lui donner parce que je l’avais trouvée déjà déflorée. Nous passâmes la nuit dans le plus parfait accord, et lorsque l’aurore se glissa dans le temple de l’amour, la tante eut des motifs de maudire la bonne foi de sa nièce.
Contre un présent quotidien d’un louis d’or, la Raton resta mienne jusqu’à l’arrivée de la Corticelli, et il fallait bien qu’elle me fût fidèle car je ne la quittai pas des yeux. Pour calmer la jalousie des jeunes officiers, ses amants, je les invitai souvent à souper. Raton faisait ma joie et je regrettais fort à présent d’avoir fait appel à la Corticelli.
Un soir, comme je sortais de la loge de Madame Tschudi pour rentrer chez moi, mon laquais de louage me cria haut et fort : Madame votre épouse et mademoiselle votre fille viennent d’arriver de Francfort en compagnie d’un jeune homme et vous attendent à l’hôtel du Roi Dagobert. Je dis à ce vaurien qu’il était un sot et que je n’avais ni femme ni fille. On parla néanmoins dans tout Metz de l’arrivée de ma famille.
Je me hâtai vers mon hôtel, où la Corticelli en personne me sauta au cou en poussant des cris de joie. Sa mère était là, d’assez mauvaise humeur, et me présenta monsieur Monti, professeur d’italien de Prague, qui avait accompagné ces dames. Je leur fis donner sur-le-champ un logis convenable et j’emmenai la petite Corticelli dans ma chambre. Je trouvai que la friponne avait grandi et pris de l’embonpoint.
Chapitre XII
Retour à Paris. – Voyage à Aix-la-Chapelle. – Un duel. – Mimi d’Aché. – Trahison de la Corticelli. –
Punition. – Voyage à Sulzbach en Alsace.
— Pourquoi, dis-je à la Corticelli, consens-tu à ce que ta mère se fasse passer pour ma femme ? Elle aurait bien plutôt dû se présenter comme ta gouvernante si elle voulait faire croire que tu es ma fille.
— Elle préférerait mourir plutôt que de jouer le rôle de ma gouvernante.
— Il faudra bien qu’elle en prenne son parti. Je vois que tu as fait fortune ! Te voilà avec un équipage.
— Le comte R** était mon amant à Prague. Mais je t’en prie, renvoie demain M. Monti à Prague, il ne peut pas rester plus longtemps.
La diligence pour Francfort partait le jour même ; je fis donc appeler M. Monti, lui payai fort convenablement son voyage et il s’en fut très satisfait. Le lendemain, je quittai Metz et me rendis à Nancy d’où j’écrivis à la marquise que je lui amenais une vierge, dernier rejeton de la famille Lascaris qui régnait autrefois sur l’Empire romain d’Orient. Je la priai d’accueillir ce gage précieux dans un de ses châteaux où, pendant huit jours, nous pourrions exécuter en toute tranquillité certains préparatifs pour le grand œuvre.
Madame d’Urfé me répondit qu’elle m’attendait avec impatience à Pontcarré, un ancien château de famille situé à quatre milles de Paris, et qu’elle y recevrait la jeune princesse avec toutes les marques d’amitié imaginables. Cela me sera un devoir d’autant plus agréable, ajoutait-elle, que les Lascaris sont apparentés aux Urfé, et que je devrai ma renaissance à cette jeune fille bénie. Je lui répondis que la vierge devait être accueillie seulement à titre de comtesse, et que notre arrivée à Pontcarré avait été fixée au dernier lundi de carême. Je restai dix ou douze jours à Nancy pour bien inculquer à la Corticelli quelques règles de comportement indispensables et pour convaincre sa mère qu’elle ne pouvait jouer d’autre rôle que celui de l’humble servante de la comtesse Lascaris. Elle ne céda à mes instances que lorsque je la menaçai de la renvoyer toute seule à Bologne. Ah ! c’est bien le tour le plus fou que j’ai joué de toute ma vie, et je n’ai pas tardé d’avoir lieu de m’en repentir.
Au jour dit, nous arrivâmes sans encombre à Pontcarré. Lorsqu’on apprit au château que nous approchions, Madame d’Urfé ordonna d’abaisser le pont-levis et se plaça devant le portail pour nous accueillir avec tous ses gens. Nous descendîmes de voiture. La marquise, que le débordement de son esprit rendait folle, fit à la pauvre Corticelli un accueil qui l’aurait plongée dans la stupeur si elle n’y avait pas été préparée. Elle serra trois fois la jeune fille tant attendue dans ses bras, l’appelant sa chère nièce, et lui débita dans sa précipitation toute la généalogie des maisons Lascaris et Urfé pour lui faire entendre qu’elle avait l’honneur d’être sa tante. Je fus agréablement surpris que cette étourdie de Corticelli parvienne à conserver un sérieux solennel. À peine nous eut-on conduits dans notre chambre que la marquise fit brûler de précieux aromates devant la jeune comtesse, et celle-ci embrassa la prêtresse qui lui rendait hommage par ces parfums sacrificiels. À table, elle se livra toute à sa bonne humeur et la marquise en fut tellement ravie qu’elle ne trouva pas surprenant d’entendre une Lascaris parler si peu et si mal français. On ne prêta aucune attention à la signora Laura, qui n’était pas en mesure de prononcer un seul mot ; on lui indiqua une chambre à part qu’elle ne quitta que pour assister à la messe.
Le château de Pontcarré avait résisté à plusieurs sièges à l’époque des guerres civiles. Il était construit en carré, comme son nom l’indique, flanqué de quatre tours et entouré de larges fossés. Ses vastes salles étaient richement meublées mais tout rappelait un goût qui avait dû régner il y a trois cents ans. De véritables nuages de moustiques affamés bourdonnaient autour de nous et nous piquaient sans pitié, si bien que nos visages furent bientôt couverts de tumeurs et que nous dûmes craindre une inflammation ; mais j’avais promis que nous resterions ici huit jours et je ne trouvai aucun motif pour partir plus tôt. La châtelaine fit disposer pour sa future mère un lit à côté du sien ; mais il n’y avait pas à craindre qu’elle n’eût l’idée de se livrer sur elle à certains examens menaçant le grand œuvre d’échouer complètement, je lui avais sévèrement interdit ce genre de choses au moyen d’un oracle. Le début de l’œuvre longtemps préparée était fixé au quatorze avril. Ce jour-là, après un souper très modéré, je me rendis dans ma chambre et me déshabillai ; un quart d’heure plus tard, la marquise parut avec la Lascaris pour la déshabiller elle-même et la conduire entre mes bras. Elle ne nous quitta qu’après avoir été témoin de l’acte dont elle attendait sa renaissance.
Le dernier jour de pleine lune, je devais interroger l’oracle pour savoir si la Lascaris était enceinte. Elle l’était peut-être, mais je trouvai plus judicieux de faire répondre à l’oracle que le moyen était resté sans effet parce que le jeune Aranda en avait été témoin, caché derrière un paravent. La marquise en fut au désespoir ; mais un deuxième oracle lui promettant la réussite parfaite de l’œuvre hors de France pour la prochaine pleine lune la rassura. Il fallait éloigner le jeune homme trop curieux pour un an, à cent lieues au moins de Paris, en compagnie d’un précepteur. La marquise l’envoya à Lyon sous la surveillance d’un abbé avec des recommandations à ses parents, messieurs de Rochebaron. Le jeune homme se réjouit infiniment de partir en voyage, mais il ne sut jamais qu’il devait son éloignement à ma calomnie. Ce qui m’avait poussé à agir ainsi était la conviction qu’il était aimé de la Corticelli, et que la mère de celle-ci encourageait cette passion. J’avais trouvé deux fois Aranda dans sa chambre et la vieille sorcière avait très mal pris que je désapprouve le penchant de sa fille.
Aix-la-Chapelle nous parut un lieu approprié pour exécuter notre projet hors de France ; en quatre à cinq jours, tout ce dont nous avions besoin pour notre voyage fut prêt. Mais la Corticelli, très irritée par le tour que je lui avais joué en éloignant le jeune Aranda, m’accabla de reproches ; elle commença à se montrer rebelle à mon égard et se permit même de me menacer pour me contraindre à rappeler son amant. Il ne vous convient nullement, me dit-elle, d’être jaloux. Je lui répondis que je ne voulais rien d’autre que de lui éviter de s’avilir au rang d’une catin. La vieille signora qui assistait à notre dispute eut l’audace de déclarer qu’elle voulait retourner à Bologne avec sa fille et qu’elle connaissait même un moyen qui les délivrerait de mes mains. Je dus promettre de les y conduire en personne après notre retour d’Aix-la-Chapelle.
Pour les empêcher autant qu’il était possible de me jour un mauvais tour, je hâtais les dispositions pour notre départ si bien qu’au commencement de mai une berline dans laquelle avaient pris place les deux dames, une femme de chambre et moi faisait route vers Aix-la-Chapelle. La signora nous suivait dans un cabriolet. Nous passâmes une journée à Bruxelles, une autre à Liège et, arrivés à Aix-la-Chapelle, nous trouvâmes une nombreuse compagnie de la plus haute distinction qui venait y prendre les bains. Au premier bal auquel nous assistâmes, Madame d’Urfé présenta la jeune comtesse Lascaris comme sa nièce aux princesses de Mecklembourg. La petite prit leurs caresses avec tant de naturel et de grâce qu’elle éveilla la curiosité particulière du margrave de Bayreuth et de la duchesse de Wurtemberg qui ne la quittèrent pas de toute la soirée. La prétendue nièce reçut des applaudissements enthousiastes pour la légèreté et la grâce avec lesquelles elle dansait. On ne manqua pas de m’en faire compliment. Mais j’étais au supplice, ces louanges me paraissaient des sarcasmes ; je croyais qu’on avait reconnu en elle une danseuse de ballet et je me tenais pour déshonoré. Je la suppliai en vain de danser comme une dame de qualité ; elle me répondit qu’une dame de qualité pouvait fort bien avoir reçu des leçons d’une danseuse et qu’elle ne se sentait pas tenue de mal danser pour me complaire. Ce comportement me fit si bien haïr la coquine que je me serais volontiers débarrassé d’elle si j’avais trouvé un bon moyen de le faire. Madame d’Urfé lui offrit un écrin contenant une paire de boucles d’oreille, une bague et une montre dont la valeur était de 60 000 florins au moins. Mais je m’emparai de ce trésor pour m’assurer que cette étourdie ne me quitterait pas contre ma volonté. Pour me distraire, j’allai jouer, mais je perdis mon argent et me retrouvai en mauvaise compagnie.
La pire des connaissances que je fis fut celle d’un officier français nommé d’Aché qui avait une femme fort jolie et une fille bien plus jolie encore qui ne tarda pas à prendre dans mon cœur trop sensible la place de la Corticelli. Dès que Madame d’Aché eut découvert que je donnais la préférence à sa fille, elle me ferma sa porte. Comme j’avais avancé à son époux dix louis d’or qu’il me devait encore, je me crus autorisé à me plaindre auprès de lui. Mais il me déclara d’un ton très rude : Ce qu’il faut à ma fille, c’est un mariage, et non des galanteries ! Si vous avez des intentions sérieuses, vous n’avez qu’à vous adresser à ma femme. Ce d’Aché était un brutal, ivrogne, joueur et querelleur de profession, toujours prêt à se battre. Je trouvai plus sage de cesser complètement de penser à sa fille ; mais je ne prévoyais pas ce qui allait se passer quatre jours plus tard.
J’entre dans un billard et j’y trouve d’Aché qui veut justement commencer une partie avec un officier suisse au service de la Suède nommé Schmidt. Voulez-vous, me crie d’Aché, parier les dix louis que je vous dois ? — D’accord, répondis-je, ou vous me devrez vingt louis, ou vous serez quitte. – Vers la fin de la partie, d’Aché se permit un coup contre les règles que le marqueur refusa de lui compter. Mais d’Aché, auquel ce coup faisait gagner la partie, ramasse les pièces d’or sans prêter attention le moins du monde aux objections de l’officier et du marqueur. Le Suisse furieux se saisit d’une queue et la lance au visage de l’effronté ; celui-ci tire son épée mais le marqueur la lui arrache et le Suisse, qui n’avait pas d’arme, se retire. Une fois calmé, d’Aché me regarda et me dit : Nous sommes quittes.
— Parfaitement quittes.
— Fort bien ; mais que diable, vous auriez pu m’épargner pareille injure !
— Je n’avais aucune raison d’intervenir dans votre querelle. Outre cela, vous devez savoir quelle satisfaction vous êtes maintenant en droit d’exiger. Schmidt n’avait pas d’épée mais je crois bien qu’il vous donnera une preuve de son courage dès que vous vous serez décidé à rendre l’argent que vous avez injustement gagné.
À ce moment, un officier français nommé Pyène s’approcha de moi et me dit à l’oreille qu’il s’engageait à payer les vingt louis si Schmidt était prêt à faire l’épée à la main une réparation d’honneur complète à d’Aché. Je n’hésitai pas un instant à l’assurer que le Suisse y était tout à fait disposé et lui promis de venir le lendemain matin au café lui communiquer sa décision définitive.
Le matin à sept heures, j’allai voir le Suisse que je trouvai au lit.
— Vous venez sûrement, me dit-il, pour me convaincre de me battre en duel ! Je suis très volontiers à votre disposition avec une paire de pistolets dès qu’il aura accepté de me rendre mon argent.
— Vous l’aurez demain. Monsieur de Pyène est le second de d’Aché, et je serai le vôtre.
— Fort bien, je vous attends demain à l’aurore.
Deux heures plus tard, je vis Pyène et nous fixâmes le lieu de la rencontre dans un pavillon aux environs de la ville où les deux parties devaient se trouver à six heures avec des pistolets. Le lendemain matin, en nous rendant sur le lieu du combat, Schmidt me dit : Durant toute ma vie, je ne me suis battu qu’avec des gens d’honneur, j’éprouve un profond dégoût à l’idée de devoir tuer aujourd’hui un gredin. Je fis observer qu’il était désagréable de risquer sa vie contre une canaille de cette sorte. Il me répondit en riant qu’il ne risquait rien parce qu’il était certain d’abattre son adversaire.
— Vous en êtes donc bien sûr ?
— Parfaitement sûr, car il va trembler.
Le Suisse avait entièrement raison. Nous trouvâmes d’Aché et Pyène déjà sur place, ainsi que cinq ou six personnes attirées par la curiosité. D’Aché remit à son adversaire les vingt louis en disant : Il est possible que je me sois trompé, mais vous allez me payer cher votre brutalité. Puis se tournant vers moi, il me dit que je pouvais à présent exiger de lui vingt louis d’or ; mais je ne répondis rien. Après avoir mis l’or dans sa bourse, Schmidt alla se placer entre deux arbres distants de quatre pas l’un de l’autre, et sortit de sa poche deux pistolets. Mettez-vous à une distance de dix pas, dit-il à d’Aché, et tirez le premier ; je me promènerai pendant ce temps entre ces deux arbres. Quand ce sera mon tour, comme je l’espère bien, vous pourrez vous promener de la même façon.
On n’aurait pu s’exprimer de manière plus brève ni plus claire dans une situation semblable. Pyène plaça son ami à la distance indiquée ; puis il se recula et se mit entre les adversaires, comme je l’avais fait, à une distance convenable de la ligne de tir. Sans regarder son adversaire, le Suisse va et vient à pas lents, d’Aché fait feu sur lui – et le manque. Schmidt s’arrête alors calmement et lui dit avec flegme : Vous avez mal visé, mon cher ! Je vous autorise à tirer une nouvelle fois. Cela me parut de sa part une grande folie et je pensai que l’on allait s’interposer ; mais il n’en fut rien. Profitant de l’autorisation, d’Aché tira de nouveau, et le manqua encore : son adversaire saisit alors un pistolet en silence et le déchargea en l’air, puis il prit le second et visa d’Aché qui était comme pétrifié et qui, atteint d’une balle en plein front, s’effondra mort par terre. Sans s’attarder davantage, le Suisse s’en fut, et après avoir jeté un coup d’œil sur le cadavre du malheureux d’Aché, je partis également.
Je fus longtemps à revenir de mon étonnement, tant ce duel m’avait semblé extraordinaire. Madame d’Urfé, que j’allai trouver au petit déjeuner, était au désespoir parce que ce jour-ci était justement celui de la pleine lune. Le grand œuvre devait commencer à quatre heures, mais la divine Lascaris était au lit en affectant des spasmes violents qui rendaient l’opération prolifique tout à fait impossible. Je n’en fus point du tout mécontent.
J’apaisai Madame d’Urfé avec un oracle disant que la petite Lascaris était possédée d’un mauvais esprit que je chasserai. Là-dessus, j’allai trouver la feinte malade et rencontrai la vieille signora à son chevet. Mon enfant, dis-je, tu as donc des spasmes ?
— Je me porte parfaitement bien ; mais les spasmes ne cesseront pas tant que tu ne m’auras pas rendu mon écrin.
— Je vois, chère petite, que les conseils de ta mère t’ont complètement fait perdre la tête. Il est tout à fait possible que tu ne reçoives jamais ton écrin.
— Je révélerai tout.
— On ne te croira pas et je te renverrai à Bologne sans rien te donner des présents de la marquise.
— Tu n’as pas le droit de conserver l’écrin dès lors que j’annonce que je suis enceinte, et de fait je le suis déjà. Rends-moi donc mon écrin, ou alors la vieille folle saura tout, quoi qu’il puisse en advenir pour moi-même.
Surpris et silencieux, je contemplai l’insolente sans savoir quel parti prendre à son sujet. La signora Laura me dit alors sans aucune gêne que les propos de sa fille étaient on ne peut plus vrais ; le comte R** l’avait mise enceinte à Prague. Cela me sembla une invention car aucun signe extérieur ne trahissait son état ; mais je m’éloignai sans dire un mot. Il me fallait prendre une décision quelconque, et j’allai trouver Madame d’Urfé pour interroger l’oracle avec elle.
Après lui avoir fait prononcer un certain nombre de formules mystérieuses dont je laissai l’interprétation à la marquise, celle-ci trouva enfin une explication que je ne cherchai nullement à contester : à savoir que la petite Lascaris était devenue folle. En donnant ainsi de nouveaux aliments à ses inquiétudes, je parvins à lui faire trouver dans un oracle l’annonce en termes clairs qu’un esprit des ténèbres hostile à l’ordre des Rose-Croix avait profané la Lascaris. La marquise ajouta qu’un gnome avait dû lui faire violence. Là-dessus, elle composa une pyramide pour savoir quel comportement adopter ; mais je sus faire apparaître par magie la réponse que la marquise devait écrire à la lune. Elle reçut cet ordre avec ravissement car elle connaissait parfaitement le rituel qu’il fallait observer pour cela ; mais elle ne pouvait l’exécuter sans l’aide d’un adepte, et elle comptait sur moi. Il fallait attendre que la lune fût dans son premier quartier et j’étais très content de gagner du temps, car mes pertes au jeu se montaient à une somme considérable et je ne pouvais pas partir tant qu’une lettre de change sur M. D. D. à Amsterdam ne m’avait pas été escomptée. Entre-temps, nous étions convenus de ne point écouter ce que la folle Lascaris pourrait dire dans les accès de sa folie. Nous décidâmes qu’elle continuerait certes de prendre ses repas en notre compagnie, mais qu’elle devrait se retirer avec sa gouvernante aussitôt après.
Une fois que j’eus ainsi rendu Madame d’Urfé inaccessible aux insinuations de la Corticelli et que j’eus porté toute son attention sur l’épître lunaire, je m’occupai sérieusement de regagner l’argent que j’avais perdu au jeu. Je mis l’écrin en gage pour mille louis d’or et je taillai dans un club anglais où j’avais l’espoir d’un gain important.
Trois ou quatre jours après la mort de d’Aché, sa veuve m’écrivit un billet dans lequel elle me priait de lui rendre visite. J’y vais et je trouve Pyène avec elle. Très affligée, cette dame me révéla que son époux avait laissé des dettes, que ses biens avaient été saisis par les créanciers et qu’en conséquence elle était dans l’impossibilité d’aller chercher refuge avec sa fille à Colmar chez des parents. Monsieur de Seingalt, poursuivit-elle, vous êtes responsable de la mort de mon mari ! J’exige de vous mille écus, et si vous ne me les donnez pas de votre plein gré, je ferai appel à la justice. L’officier suisse a déjà pris la fuite avant-hier. — D’abord, madame, lui répondis-je, je n’ai pas d’argent ; ensuite, je suis vraiment curieux de savoir comment vous voulez me forcer à vous verser cette somme. Adieu !
Je m’en vais, mais je me suis à peine éloigné de la maison de cinquante pas que Pyène me rejoint pour m’annoncer qu’avant que Madame d’Aché ne me convoque devant le tribunal nous devions nous trancher la gorge quelque part. Nous étions tous deux sans épée. Je lui répondis que je ne lui devais rien et que je n’éprouvais pas la moindre envie de lui trancher la gorge. Il me menace, mais je lui fais remarquer que je porte une paire de pistolets dans les poches ; aussi nous séparons-nous. Au même instant, je rencontrai le Napolitain Militerni qui était alors lieutenant-colonel et aide de camp du prince de Condé. Je le connaissais bien et savais qu’il avait toujours besoin d’argent ; je lui exposai donc mon aventure avec Pyène et lui promis cent écus s’il me débarrassait de ce furieux. Dès le matin suivant, il m’apporta la nouvelle qu’en vertu d’un ordre supérieur Pyène avait quitté la ville à l’aurore. Par la même occasion, il me remit un passeport très étendu de la part du prince de Condé, empocha ses cent écus et rit tout son soûl de cette procédure pendant un bon quart d’heure. Ce Militerni, un favori du maréchal d’Estrées, était un homme d’un excellent naturel, toujours disposé à rendre service. Nommé maréchal de camp en 1768, il retourna à Naples et y épousa une veuve très riche, mais il mourut dès l’année suivante.
Après le départ de Pyène, je reçus un billet de Mademoiselle d’Aché dans lequel elle me priait de lui rendre visite au nom de sa mère malade. J’eus alors la certitude qu’elle serait mienne. Je répondis que je me trouverais à une certaine heure dans le jardin de L***. Elle y parut ainsi que sa mère, en dépit de sa maladie ; il y eut beaucoup de plaintes, de larmes et de reproches. La mère m’appelait son persécuteur et me dit entre autres choses : Pyène était mon seul ami, son départ ne saurait être que votre œuvre et me met au désespoir ! Tous mes effets sont mis en gage ; vous êtes riche, vous devez me soutenir ou bien vous êtes le plus indigne des hommes.
— C’est vous qui vous êtes montrée la plus indigne des femmes en voulant pousser le bon Pyène à accomplir un meurtre. Que je sois riche ou non, je vais pourtant vous donner assez d’argent pour que vous puissiez dégager vos affaires. Et peut-être vous conduirai-je moi-même à vos parents ; mais dans ce cas, vous aurez la bonté de me permettre d’aimer votre fille.
— Vous osez me faire une proposition semblable ?
— Adieu, madame !
En payant le café, je voulus donner à la fille six doubles louis d’or, mais son orgueilleuse mère lui défendit de les accepter. Cette femme était fort aimable et je l’aurais préférée à sa fille sans un caprice qui me retint. Elle devait me haïr avec d’autant plus de rage qu’elle aimait peu celle qui était sa rivale.
Ayant en main l’argent qui avait été méprisé avec un orgueil de gueux, j’entrai dans une banque de pharaon pour le sacrifier à la Fortune. La carte que j’avais jouée gagna cinq fois, la déesse de la chance elle-même semblait si bien dédaigner cet argent que je faillis faire sauter la banque. Un Anglais était de moitié avec moi et, en huit jours, nous fîmes de si bonnes affaires que je pus dégager mon écrin et que j’étais beaucoup plus riche qu’en arrivant à Aix-la-Chapelle.
Pendant ce temps, la Corticelli pour me perdre avait donné à la marquise les informations les plus détaillées. Mais Madame d’Urfé ne fit qu’en rire ; elle plaçait toute sa confiance dans l’épître à la lune et dans les révélations qu’allait lui donner le génie sélénite. Cela étant, je ne pouvais rester indifférent à cette infidélité ; dès lors, on lui porta ses repas dans sa chambre ; je tenais seul compagnie à la marquise et ne cessais de l’assurer que nous trouverions bientôt une autre vierge qui serait plus digne d’être initiée à nos mystères que la Corticelli.
Pendant ces quelques jours, la détresse de Madame d’Aché avait atteint un tel degré qu’elle se décida enfin à me céder sa Mimi, mais je me montrai si désintéressé et je sus si bien engager les choses que notre relation fut bientôt telle qu’on eût dit que rien ne s’était passé. Amoureux fou de Mimi, je me hâtai d’aller dégager les effets que sa mère avait mis en gage et décidai de les conduire moi-même à Colmar dans la voiture de la marquise. Mais pour n’éveiller aucun soupçon, il fallait que les oracles de Selenis fissent allusion à ce voyage ; et je ne doutais pas de l’obéissance aveugle de la marquise.
La nuit décisive vint. La lettre de la lune en poche, je me rendis avec la marquise à un pavillon où j’avais disposé tous les préparatifs nécessaires au culte. Dans une pièce du rez-de-chaussée se trouvait une baignoire avec de l’eau tiède dans laquelle nous devions nous baigner une heure après minuit, au lever de la lune. Après avoir fait brûler des encens agréables au génie planétaire, nous chantâmes quelques psaumes puis nous nous dévêtîmes, mais avant d’entrer dans la baignoire, la marquise me donna sa lettre adressée à la lune et je la brûlai à une flamme d’esprit de genièvre. Elle m’assura alors qu’elle voyait la lettre s’élever vers la lune et que celle-ci allait recevoir une aura claire grâce aux caractères qu’elle avait tracés sur le papier. Après quoi nous entrâmes dans le bain. Je tenais caché dans ma main un morceau de papier glacé vert sur lequel un cercle de caractères d’argent ordonnait à la marquise de faire ce qui était convenable à mes désirs. Au bout de dix minutes, elle vit cette lettre du génie sélénite nager sur l’eau et la saisit avec avidité. Nous sortîmes du bain et après nous être essuyés, nous être aspergés d’essences parfumées et nous être habillés, je lui dis qu’elle pouvait lire la lettre du génie.
Elle lut en frissonnant que sa renaissance était repoussée jusqu’à l’arrivée de Querilinth qu’elle verrait le printemps prochain à Marseille. Le génie annonçait également que la jeune Lascaris ne pouvait plus être d’aucune utilité à la marquise et qu’il fallait s’en remettre à M. Casanova du soin de se débarrasser de cette jeune fille. Il concluait sur ces mots : Tu dois convaincre M. Casanova de ne pas laisser à Aix-la-Chapelle une femme qui a perdu son mari il y a peu ; mais de la conduire en Alsace avec sa fille, qui est très agréable aux esprits.
Madame d’Urfé me recommanda aussitôt cette dame avec insistance, curieuse d’apprendre son histoire. Je lui communiquai sans aucune gêne ce que je jugeai bon et promis de lui présenter dès que possible cette favorite des esprits. Après cela, nous retournâmes à Aix-la-Chapelle et je restai avec la marquise jusqu’au matin. Tout était désormais accompli et je n’avais plus qu’à m’occuper du voyage en Alsace et du dernier pas qui devait me procurer la faveur bien méritée de Mimi.
La surprise de Madame d’Aché m’amusa beaucoup lorsque, le lendemain matin, je lui déclarai que j’avais décidé de la conduire avec sa fille en Alsace et que je devais en conséquence la présenter à la dame que j’avais l’honneur d’accompagner. Je lui annonçai qu’elle devait se préparer pour le voyage et lui indiquai l’heure à laquelle je la présenterais le lendemain à la marquise qui souhaitait ardemment faire sa connaissance. Cela lui semblait tout à fait incroyable parce qu’elle pensait que j’étais l’amant de la marquise.
Le jour suivant, Madame d’Urfé reçut Madame d’Aché et sa fille d’une manière qui dut les plonger dans le plus profond étonnement parce qu’elles ne pouvaient deviner qu’une lettre de recommandation divine leur avait préparé un tel accueil. Nous mangeâmes ensemble et allâmes ensuite au bal où la Corticelli, pour me faire enrager, dansa de la manière la plus inconvenante. Elle s’épuisait en entrechats, en pirouettes et en battements jusqu’à ce qu’un officier me demande : Est-elle donc danseuse de profession ? Je dus aussi en entendre un autre dire qu’il croyait l’avoir vue l’hiver précédent danser le ballet à Prague. Mon départ ne pouvait être différé plus longtemps si je ne voulais pas que cette coquine me coûtât mon honneur et ma vie.
Madame d’Aché enchanta la marquise par son comportement raffiné. Je la raccompagnai chez elle, et elle prétexta une indisposition pour me laisser seul avec sa fille. Je m’entretins avec celle-ci pendant deux heures qui ne me laissèrent plus rien à désirer.
Le lendemain matin, je leur fournis des vêtements de voyage et achetai une berline. Nous partîmes le jour suivant mais, peu auparavant, je fis une rencontre dont les suites devaient être d’une grande importance pour moi : un officier hollandais que je ne connaissais nullement m’aborde et parvient si bien à m’émouvoir en me décrivant sa triste situation que je lui donne douze louis d’or. Dix minutes plus tard, il revient pour me donner une reconnaissance de dette indiquant le moment auquel il s’engageait à me rendre la somme. Cet officier s’appelait Malignan et le lecteur bienveillant en apprendra davantage à son sujet lorsque je le revis dix mois plus tard à Londres.
Je crus que la Corticelli allait devenir folle de rage quand elle dut monter avec sa mère dans une voiture à quatre places avec les femmes de chambre de la marquise ; elle pleura, m’accabla d’injures et maudit sa mère. Mais Madame d’Urfé ne fit qu’en rire, se réjouissant infiniment d’être maintenant assise à côté d’une vierge qui était la favorite des esprits. Mimi me manifestait à tout instant sa reconnaissance. Le lendemain au crépuscule, nous arrivâmes à Liège où nous décidâmes de passer la nuit pour prendre le jour suivant de bonne heure des chevaux pour Luxembourg.
Comme je passai le matin sur le pont de la Victoire, une femme entièrement voilée m’aborda en me priant de l’accompagner chez elle. Je lui répondis que la prudence ne me permettait pas d’accepter une telle invitation venant d’une inconnue. Vous me connaissez, me dit-elle, en m’attirant dans un angle pour me montrer son visage. Qui vois-je ? La belle Stuart d’Avignon ! Je me réjouis grandement de cette rencontre. Je la laisse me conduire chez elle et la trouve fort tendre et amoureuse ; mais la pensée de Mimi me permit d’échapper aux tentations auxquelles m’exposaient sa beauté et son abandon. Je lui offris trois louis d’or et lui demandai son histoire. Elle me raconta que Stuart n’était que son compagnon de voyage, qu’elle s’appelait en vérité Ransonet, qu’elle avait beaucoup souffert jusqu’à son retour à Liège et qu’elle était à présent entretenue par un rentier. Je la quittai en lui disant qu’il me fallait poursuivre mon voyage ; mais auparavant, j’informai encore le marquis Grimaldi de cette petite aventure.
Nous traversâmes les Ardennes en deux jours, une des contrées d’Europe les plus étranges, ces forêts qui fournirent à Boiardo et à l’Arioste la matière de tant de belles histoires plaisantes d’enchantements et de chevalerie. Nous ne pûmes nous retenir de rire quand l’hôte d’une auberge misérable nous fit l’éloge d’un café que l’on cultive dans les Ardennes ; nous fûmes contraints d’en goûter et de l’assurer qu’il était délicieux. Ce n’était pourtant pas du café ; mais un mélange d’avoine brûlée, d’orge et de blé. Qui ne connaît pas le vrai café prend tout pour du café ; et même celui des Antilles n’est pas pur.
De Metz, nous parvînmes en trois jours à Colmar, où nous laissâmes Madame d’Aché chez ses parents qui accueillirent la veuve et sa fille avec une joie chaleureuse. J’avais déjà préparé Madame d’Urfé à cette séparation qui ne lui fut pas trop pénible ; je pus ainsi me féliciter d’avoir assuré le sort d’une mère et de sa fille et j’en ressentis un profond respect pour les voies impénétrables de la Providence.
À Sulzbach, où nous arrivâmes le jour suivant, le seigneur foncier, un certain baron de Schaumburg, nous procura un assez bon logement dans la maison d’un prédicateur. S’il n’y avait eu le jeu de cartes, je me serais profondément ennuyé dans cette petite ville maussade ; Madame d’Urfé sentit également le besoin d’une compagnie divertissante et elle encouragea la Corticelli à s’efforcer de regagner la faveur perdue. Cette jeune fille qui avait voulu me perdre me fit pitié lorsque, ayant le sentiment de son impuissance et de ma supériorité, elle employa tous ses petits artifices pour reconquérir au moins en partie la confiance qu’elle avait gaspillée. Elle avait déjà espéré un triomphe prochain en voyant Madame d’Aché et sa fille rester à Colmar ; mais ce qui lui tenait le plus à cœur était l’écrin qui se trouvait encore entre mes mains ; elle n’osait le réclamer comme sa possession et je n’éprouvai pas la moindre envie de le lui rendre. Mais la petite traîtresse parvint cependant par les folies qu’elle faisait à table et qui faisaient rire la marquise de bon cœur à me rendre un peu amoureux ; même si ces impressions n’étaient que très légères. Huit jours après notre arrivée à Sulzbach, je recommandai la marquise à la protection du baron Schaumburg et me rendis à Colmar pour voir Madame d’Aché. Mais moi qui m’attendais à y trouver le bonheur, je fus déçu ; car en mon absence, on avait célébré deux mariages.
Un riche marchand, qui avait été l’adorateur de Madame d’Aché dix-huit ans auparavant, la trouvant encore belle, demanda sa main qu’on eut la bonté de lui accorder. De même, un jeune avocat aspira à la main de Mimi qui, craignant les suites de ma tendresse, céda aux instances de sa mère et donna son consentement. Je fus accueilli avec beaucoup d’empressement ; mais comme je n’avais plus rien à y faire et que la compagnie de ces braves gens ne me causait qu’un ennui pénible, je décidai de retourner au plus vite à Sulzbach. J’y trouvai une ravissante Madame S*** de Strasbourg et trois ou quatre joueurs qui y séjournaient sous prétexte de prendre les eaux. Plusieurs jolies femmes étaient arrivées avec eux.
Chapitre XIII
La Corticelli est envoyée à Turin. –
Initiation d’Hélène aux mystères de l’amour. –
Excursion à Lyon. – Arrivée à Turin.
Madame S*** était une femme qui aurait eu les plus justes prétentions à mes hommages si elle n’avait été jalousement surveillée par un officier qui menaçait tous ses adorateurs des querelles les plus sérieuses. Il jouait volontiers au piquet, mais il devait toujours avoir à ses côtés la dame de son cœur et elle semblait aimer se trouver près de lui. Je m’asseyais après le repas pour faire une partie avec lui, mais au bout de quatre ou cinq jours j’abandonnai le jeu parce que M. d’Entragues, c’était son nom, me plaignait de façon extraordinaire quand j’avais perdu une douzaine de louis d’or contre lui. Un après-dîner, il me demanda si je ne voulais pas prendre ma revanche, et je lui répondis que j’y renonçais parce que je jouais pour me divertir et lui pour gagner de l’argent, et qu’il me plaignait alors tout à fait inutilement.
— Vous devriez m’en être reconnaissant.
— Votre pitié a quelque chose de ridicule. Jouons ; mais le premier qui se fait surprendre à exprimer un regret devra payer cinquante louis d’or.
— Fort bien ; jouons argent comptant.
Je le laisse distribuer les cartes, et place cinq rouleaux de cent louis d’or chacun devant moi ; il compte le montant du pari, moi aussi. Nous commençâmes à jouer à trois heures, et vers neuf heures, il me dit que nous pourrions aller manger. Je n’ai pas faim, lui répondis-je ; mais vous pouvez aller manger si vous payez pour cela cinquante louis. Il rit et continua à jouer ; mais Madame S* me faisait mauvaise mine. Ils allèrent tous souper ; ils revinrent et voulurent attendre la fin de notre jeu mais en vain ; à minuit, nous restâmes seuls. Il ne dit pas un mot, moi non plus ; le jeu se poursuit dans le calme. Le matin à six heures, les buveurs et buveuses d’eau entrent dans la salle et, nous voyant à la table de jeu, ils se mettent tous à applaudir. Nous nous regardons tous deux avec mauvaise humeur. Les louis d’or allaient et venaient ; j’en avais perdu environ une centaine, même si, à dire vrai, je ne commettais pas d’erreur. À neuf heures paraît Madame S, et un quart d’heure plus tard, la marquise avec le baron Schaumburg. Les dames nous proposent de prendre une tasse de chocolat à déjeuner, et d’Entragues, qui se flatte de me voir capituler, accepte la proposition en faisant observer que celui qui demanderait à manger ou à se reposer plus d’un quart d’heure et s’endormirait aurait perdu le pari. Je le prends au mot dans l’instant, nous buvons le chocolat, puis continuons à jouer. On nous appelle à dîner mais nous déclarons d’un commun accord que nous n’avons pas faim. À quatre heures, nous nous laissons persuader de prendre une tasse de bon bouillon ; arrive l’heure du souper et l’on commence à trouver l’affaire assez sérieuse. Madame S proposa de partager le montant du pari et d’Entragues, qui avait gagné au moins cent cinquante louis d’or, était d’accord, mais je refusai et le baron Schaumburg me donna entièrement raison. D’Entragues était libre d’arrêter s’il reconnaissait avoir perdu le pari, ce qui lui laissait un gain de cent louis d’or ; mais sa cupidité ne le lui permit pas. J’étais assis très confortablement ; il avait l’air d’un cadavre. Celui qui meurt le premier, dis-je à Madame S*, a perdu le pari ; elle me répondit par un regard méprisant et s’éloigna. La marquise dit en partant à d’Entragues qu’elle le plaignait. Après le souper, la compagnie ne revint pas, et à minuit j’avais regagné mon argent au jeu ; mais d’Entragues semblait près de perdre connaissance, et j’en étais presque à le souhaiter parce que je sentais que je ne tiendrais pas longtemps non plus. À l’aurore, un certain besoin l’obligea de sortir ; je le plaisantai à son retour en lui disant qu’il était resté plus d’un quart d’heure.
À neuf heures, alors que d’Entragues était en train de perdre, Madame S*** parut et se permit de faire observer que c’était à moi de céder. Je lui répondis poliment que j’étais prêt à partager ; mais d’Entragues s’exclama avec colère qu’il ne le voulait pas. On nous apporte du bouillon, et d’Entragues en prend une tasse, pousse un profond soupir et tombe évanoui. On le porta chez lui et je ramassai mon argent. Après avoir donné six louis d’or au marqueur qui était resté quarante-deux heures sans dormir, j’allai dans une pharmacie prendre un léger vomitif. Puis je me couchai, dormis quatre heures très agréablement et mangeai à midi avec grand appétit.
Le lendemain, d’Entragues sortit de nouveau, et nous nous embrassâmes. Il me remercia pour la leçon que je lui avais donnée et m’assura qu’il ne jouerait plus jamais contre moi.
Huit jours plus tard, Madame d’Urfé me pria de l’accompagner à Bâle avec la Corticelli. À l’hôtel des Trois Rois, Imhoff nous écorcha copieusement. Il est étrange d’entendre les horloges des tours de Bâle annoncer la douzième heure au moment où dans tout le voisinage, on sonne onze heures. Cette singularité trouve son origine dans une circonstance historique que nous exposa en détail le prince Polantrui mais que j’ai malheureusement oubliée. Une maladie incurable dont les Bâlois ont beaucoup à souffrir est le spleen. Aussi vont-ils régulièrement aux sources de Sulzbach pour y puiser un remède contre ce mal. Mais de retour dans leur ville, ils sont tout aussi fous qu’auparavant.
Il se produisit peu après un événement qui me causa un violent déplaisir et me fit prendre en haine ce long séjour à Bâle. Le besoin m’avait un peu rapproché de la Corticelli. Si je rentrais tôt à la maison et que je soupais avec Madame d’Urfé, je passais la nuit avec la petite Bolonaise ; si je rentrais plus tard, je dormais seul dans ma chambre. La Corticelli dormait toute seule dans un cabinet auquel on ne pouvait accéder qu’en passant par la chambre de sa mère. Une nuit, je rentre vers une heure à la maison, passe une robe de chambre et des pantoufles, prends une chandelle et me rends dans le couloir à la chambre de la signora Laura dont je trouve à mon grand étonnement la porte ouverte. La signora tend la main, me saisit par ma robe de chambre et me prie de ne pas entrer dans le cabinet de sa fille ; parce que celle-ci est malade et qu’elle doit dormir. — C’est juste, lui répondis-je, moi aussi je veux dormir.
Sur ces mots, je me défais d’elle, entre dans le cabinet et vois, à côté de la Corticelli, quelqu’un qui cache vite sa tête sous les couvertures. Avec un grand éclat de rire, je m’assieds devant le lit et demande très calmement qui est le bienheureux que je vais jeter par la fenêtre. Je voyais à côté de moi des vêtements d’homme, une canne de jonc et un chapeau ; j’avais deux petits pistolets dans la poche et n’avais donc rien à craindre. L’infidèle, tremblante et pleurante, me baisait les mains et m’implorait de lui pardonner en jurant qu’elle ne connaissait pas le nom de cet homme de qualité. — Un homme de qualité dont tu ne connais pas le nom ? Il va me le dire, à moi ! – Sur ces mots, je pris un pistolet et arrachai la couverture de ce gentilhomme un peu trop impudent qui avait osé s’aventurer dans mon nid. Je vis un visage très pâle qui m’était inconnu ; il avait enveloppé sa tête d’un mouchoir, mais pour le reste, il était entièrement nu, tout comme la traîtresse prise sur le fait. Il se détourna pour prendre sa chemise qui était dans une niche derrière le lit ; mais je le saisis par le bras et lui dis : Qui êtes-vous ? — Je suis le comte N. N., chanoine de Bâle. Pardonnez-moi ! La comtesse est innocente, je suis le seul coupable.
Je n’étais nullement en colère, j’avais même plutôt du mal à réprimer une forte envie de rire car cette scène, malgré son aspect tragique, me semblait comique et plaisante au plus haut point. On ne saurait imaginer spectacle plus appétissant que ces deux nudités se blottissant craintivement l’une contre l’autre. Je restai là un bon quart d’heure à contempler le groupe en silence, et j’eus du mal à vaincre une forte tentation de m’allonger auprès du couple. Ce qui me retint fut la crainte que dans cette charmante comédie, le chanoine ne tînt fort mal le rôle qu’à sa place j’aurais joué à la perfection ; et sa maladresse m’aurait alors fait honte, ainsi qu’à toute la pièce.
Très satisfait que les deux coupables n’eussent pas deviné ces mouvements intérieurs, je priai le chanoine de s’habiller. Cette aventure, dis-je, doit être ensevelie dans l’oubli. Partons sur-le-champ pour aller échanger quelques balles à deux cents pas d’ici.
— Menez-moi où vous voulez et tuez-moi, car je n’ai jamais eu aucun penchant à me battre en duel. C’est pour m’éviter ce genre de désagrément que je suis devenu ecclésiastique.
— Mais vous êtes prêt à supporter quelques coups de bâton ?
— S’il ne peut en être autrement, soit ! Mais seul un barbare pourrait les donner à celui qui a été aveuglé par l’amour. Il y a un quart d’heure à peine que je suis entré dans ce cabinet, la comtesse dormait, de même que sa gouvernante.
— Ce n’est pas à moi qu’il faut raconter des histoires de ce genre.
— Lorsque vous êtes entré, je venais d’ôter ma chemise, et avant cet instant, je n’avais jamais approché la comtesse.
— Oui, assura la Corticelli, c’est parole d’Évangile.
Pendant que le chanoine mentait ainsi, il s’habilla et me suivit dans ma chambre. Que feriez-vous, lui dis-je, si je vous accordais mon pardon et que je vous autorisais à quitter cette maison ?
— Dans une heure au plus tard j’aurai quitté la ville et vous ne m’y verrez jamais plus, et partout où vous pourrez d’aventure me rencontrer par la suite, vous me trouverez prêt à vous servir pour toute chose en quoi je pourrais vous être utile.
— Eh bien allez, et que Dieu vous garde.
Après cela je me mis au lit. Le matin, j’allai dans la chambre de la Corticelli pour lui annoncer qu’elle devait faire ses bagages et se préparer à partir à tout instant. Elle me répondit qu’elle ferait semblant d’être malade. Madame d’Urfé à qui je racontai l’aventure de la nuit passée en rit de bon cœur. Nous interrogeâmes l’oracle dont la réponse fut que nous devions partir le surlendemain pour Besançon, d’où la marquise se rendrait à Lyon avec ses femmes de chambre tandis que je devrai emmener la signora Laura et sa fille à Genève.
Cette décision de l’oracle réjouit grandement la marquise parce qu’elle lui donnait ainsi le plaisir de revoir le jeune Aranda. Je lui promis de venir la retrouver au printemps prochain afin que nous puissions accomplir enfin le grand œuvre de sa renaissance.
Nous partîmes donc au commencement du mois d’août dans deux calèches ; l’une avec la marquise et moi-même, et l’autre contenant les femmes de chambre, la Corticelli et la signora Laura. Nous nous séparâmes à Besançon. Pendant tout le trajet vers Genève, je n’échangeai pas un mot avec la Corticelli et sa mère et ne leur accordai pas un regard. Je les faisais manger en compagnie d’un serviteur que j’avais pris sur la recommandation du baron Schaumburg. Arrivés à Genève, je descendis suivant mon habitude aux Balances.
Je me rendis sur-le-champ chez le banquier Tronchin en le priant de m’indiquer un voiturier sûr qui devrait conduire saines et sauves deux femmes non accompagnées jusqu’à Turin. Il me le promit et je lui donnai cinquante louis d’or contre une lettre de change pour Turin. Retourné à l’hôtel, je joignis à l’effet une lettre au chevalier Raiberti dans laquelle j’écrivis :
« J’ai l’honneur de vous informer que trois ou quatre jours après que vous aurez reçu cette lettre, deux femmes, une danseuse de Bologne et sa mère, se présenteront à vous en vous remettant une lettre de recommandation. Je vous prie de leur trouver un logement dans une maison convenable et de subvenir à tous leurs besoins à mes frais. Ayez la bonté de faire en sorte que la jeune danseuse ait un engagement au théâtre lors du prochain carnaval. Je vous recommande également de veiller sur leur comportement ; car il est sûr que je les abandonnerais à leur destin si je trouvais leur nom dans la chronique scandaleuse lors de mon prochain passage à Turin. Je me promets d’avoir très bientôt le plaisir de vous revoir. »
Le lendemain matin, un commis du banquier Tronchin vint me trouver et me présenta un voiturier qui était prêt à partir. Confirmant l’accord qu’il avait conclu avec le banquier, je fis appeler la signora Laura et sa fille et expliquai au cocher qu’il se verrait payé par ces dames dès qu’il les aurait conduites avec leur bagage à Turin dans un délai de quatre jours et qu’il les aurait logées dans une bonne auberge. Une heure plus tard, la voiture vint devant la porte de l’hôtel pour faire monter les dames et leur bagage.
Je n’eus pas la cruauté de laisser partir la Corticelli sans lui donner quelque consolation. Je la fis dîner avec moi et lui donnai la lettre de recommandation avec vingt louis d’or en lui faisant observer que huit louis auraient suffi à couvrir les frais du voyage. Je lui assurai qu’elle me reverrait bientôt à Turin et que le chevalier Raiberti à qui je la recommandais prendrait soin d’elle. Elle me demanda alors une valise dans laquelle se trouvaient trois robes et un manteau que la marquise lui avait donnés avant qu’elle ne devînt folle. Je lui répondis que nous en reparlerions à Turin. Elle n’osa pas faire allusion à l’écrin ; elle versa d’abondantes larmes qui n’éveillèrent en moi pas la moindre pitié. Elle possédait par ailleurs grâce à moi une précieuse montre, plusieurs bagues de valeur et de fort belles robes. Au moment du départ, je la conduisis jusqu’à la voiture par respect des convenances et la recommandai de nouveau aux bons soins du voiturier. Aussitôt après, je me rendis chez le syndic bon vivant dont le lecteur a fait la connaissance dans le sixième volume de ces mémoires.
La surprise lui causa une grande joie. Je ne lui avais plus écrit depuis mon séjour à Florence et il avait déjà abandonné tout espoir de me revoir. Il m’embrassa au moins dix fois et m’assura que les demoiselles F… éprouveraient la plus grande joie en me revoyant. M. de Voltaire, me dit-il, a vendu sa maison des Délices au duc de Villars et habite désormais à Ferney. Je lui répondis que je ne me souciais aucunement de rendre visite au poète. Mais je veux voir vos charmantes amies ce soir même, et je pense rester à Genève trois à quatre semaines. Nouveaux embrassements, nouvelles exclamations de joie.
Il me pria de l’attendre une demi-heure car il voulait aller préparer les demoiselles à ma visite. Je profitai de son absence pour écrire trois lettres. L’un d’elles fut pour informer Madame Lebel, mon ancienne logeuse, que je voulais venir à Lausanne pour la revoir. Par malheur, j’écrivis aussi à Berne au Génois Ascanio Pogomas, appelé aussi Giacomo Passano, mauvais poète, ennemi mortel de l’abbé Chiari, dont j’avais fait la connaissance à Livourne. Je devais le retrouver à Turin et priai mon ami F… de donner douze louis d’or au Génois pour le voyage. En vérité, ce fut un mauvais démon qui me poussa à présenter comme un grand adepte ce personnage à Madame d’Urfé. Le lecteur apprendra dans la suite combien j’ai eu sujet de regretter cette démarche.
En me rendant chez les demoiselles F…, je vis une somptueuse voiture anglaise dont je fis l’acquisition en la troquant contre la mienne et cent louis d’or en plus. Un instant plus tard, je rencontrai le pasteur dont la nièce savante, le lecteur s’en souvient peut-être, avait à l’époque discuté avec moi de questions théologiques ; il m’invita à dîner pour le jour suivant. En chemin, le syndic m’informa que j’allais voir chez les demoiselles F… une ravissante jeune fille qui n’avait pas encore été initiée aux mystères.
L’instant où je revis ces bonnes jeunes filles fut un des plus heureux de ma vie. Leur accueil exprimait une joie ouverte et non feinte, de la reconnaissance et un ardent désir ; elles s’aimaient l’une l’autre sans envie ni jalousie, sans la moindre pensée qui pût nuire à la bonne opinion qu’elles avaient conçue d’elles-mêmes. Mais la présence de leur nouvelle amie, qui ignorait encore nos orgies, imposait à nos embrassements mutuels de ne pas dépasser les limites d’une décence admise. La novice me donna aussi un baiser en rougissant et en baissant ses beaux yeux.
Après les habituels propos préliminaires et quelques éclats de rire dont la nouvelle amie pouvait bien soupçonner la cause, je dis à celle-ci qu’elle était belle comme un ange et que je pouvais bien croire que je trouverais son esprit au-dessus de certains préjugés. Vous allez rencontrer chez moi, me répondit-elle, tous les préjugés qu’ordonnent la religion et l’honneur. Une pareille réponse m’imposa le silence ; je me dis que j’allais devoir faire preuve de prudence.
Lorsque le syndic me nomma par hasard, la jeune beauté s’exclama : Vous êtes donc celui qui a discuté avec ma cousine la nièce du pasteur ***, il y a deux ans, à propos de propositions fort étranges ? Je suis extraordinairement heureuse de faire votre connaissance.
— Si cette dame vous a parlé de moi, je dois souhaiter qu’elle l’ait fait en bonne part.
— Soyez-en convaincu, car ma cousine a pour vous la plus haute estime.
— J’espère dîner demain en sa compagnie et je ne manquerai pas de l’assurer de ma reconnaissance.
— Demain ? Je vais remuer ciel et terre pour être aussi de ce dîner. Car j’aime beaucoup les discussions philosophiques, même si je ne me permets jamais d’y participer.
Le syndic fit alors l’éloge de son esprit et de sa modestie avec un tel enthousiasme que je vis bien qu’il était amoureux de la jeune fille et qu’il l’avait déjà séduite ou qu’il allait tout mettre en œuvre pour le faire. Lorsque je demandai aux demoiselles si Hélène (c’était le nom de la novice) était notre sœur, la plus âgée me répondit avec un fin sourire : Elle est sans doute notre sœur, mais elle n’a pas de frère. Et disant cela, elle embrassa Hélène tendrement. Le syndic et moi, nous nous épuisâmes en compliments en exprimant l’espoir de pouvoir devenir les frères d’une si jolie sœur. Hélène rougit et se tut.
Après cela, j’ouvris mon écrin sous les yeux des jeunes dames. Elles furent ravies en voyant les belles bagues et je les convainquis aisément de choisir pour elles celles qui leur plaisaient le plus. C’était un présent considérable. Vers le soir, Hélène dut nous quitter, et nous eûmes alors la plus complète liberté.
Le syndic avait toute raison d’être amoureux de cette jeune fille car ses charmes étaient irrésistibles ; mais les trois amies doutaient qu’il nous fût possible de la faire participer à nos plaisirs. Nous soupâmes de fort bonne humeur, après quoi nous nous divertîmes à notre façon habituelle. Le syndic joua l’observateur paisible et parut tout à fait satisfait de ne pouvoir être davantage. Nous nous séparâmes à minuit.
Le lendemain, je trouvai une très nombreuse compagnie chez le pasteur ***, entre autres M. de Ximénès qui me dit que Voltaire avait appris mon arrivée à Genève et qu’il attendait ma visite. Je lui répondis par une profonde révérence. Hedwige, la nièce du pasteur, m’accueillit très aimablement et me dit que nous pourrions désormais nous voir fort souvent puisque j’avais fait la connaissance de son amie Hélène. C’était tout ce que je souhaitais. La théologienne avait vingt-deux ans, elle était très jolie, mais il lui manquait ce je ne sais quoi qui est le plus bel attrait du charme féminin. C’est Hélène que j’aspirais à posséder, et son rapport amical avec sa savante cousine me donnait l’espoir de voir ce souhait accompli.
On ne parla à table que de sujets indifférents et ce fut seulement quand on apporta le dessert que le pasteur se tourna vers M. de Ximénès en le priant de proposer à sa nièce quelques questions scientifiques. Ce dernier avait la réputation d’un homme savant ; je m’attendais donc à ce qu’il lui soumette pour le moins un problème mathématique à résoudre ; mais il n’en fit rien. Il lui demanda si la reservatio mentalis suffisait à justifier un mensonge. La nièce expliqua modestement que la reservatio mentalis était toujours immorale ; même dans le cas où il pouvait être tout à fait nécessaire de mentir.
— Expliquez-moi donc comment il faut comprendre que le Christ dise qu’il ne sait pas quand adviendra la fin du monde ?
— Le Christ disait la vérité car ce moment lui était inconnu.
— N’était-il donc pas Dieu ?
— Cette conclusion est erronée ; car pour Dieu qui règne sur tout ce qui est, il n’existe pas de futuréité.
Ce mot de futuréité me parut profond. On applaudit la nièce et l’oncle fit le tour de la table pour la prendre dans ses bras. Elle se tourna alors vers moi en me priant de lui proposer une question de théologie chrétienne qui soit tellement difficile que j’en vienne moi-même à douter qu’elle puisse recevoir une réponse satisfaisante. Vous devancez mes désirs, lui dis-je.
— Tant mieux ; vous n’aurez pas à réfléchir longtemps.
— Je réfléchis seulement à quelque chose de nouveau ; et j’ai déjà trouvé ! M’accordez-vous que le Christ réunissait en lui toutes les perfections humaines ?
— Certes ; de même qu’il ne possédait aucune faiblesse humaine.
Là-dessus furent formulées tant d’opinions diverses et il s’éleva une dispute si vive dans la compagnie que l’on voulait déjà envoyer à Ferney pour demander au poète de la Henriade de trancher cette grande question1 ; mais la jolie et spirituelle blondine obtint enfin la victoire. Après être sortis de table, nous fîmes cercle autour d’elle et lui rendîmes nos hommages ; mais nous découvrîmes bientôt qu’elle avait assez d’esprit et de répartie pour tourner toutes nos pointes contre nous-mêmes. Je priai Hélène de convaincre son amie d’accepter une de mes bagues ; elle promit de le faire et prit mon écrin. Un quart d’heure plus tard, la victorieuse me montra la bague qu’elle avait choisie à sa main que j’embrassai avec ferveur.
Le soir, Hélène fit à ses amies et au syndic le récit le plus détaillé de tout ce qui s’était passé lors de ce dîner. Nous la priâmes tous de rester souper ; mais elle déclara que cela lui était tout à fait impossible. Il fut alors décidé que l’on prierait la mère d’Hélène de permettre à sa fille de passer deux jours dans une maison de campagne que les sœurs F… possédaient sur la rive du lac. Ce fut fait dès le lendemain, et un jour plus tard, Hélène se rendit avec ses amies à cette maison. Nous les suivîmes à pied et fûmes invités à souper, mais nous ne pouvions pas y dormir, et le syndic nous trouva une auberge dans le voisinage où nous attendait un bon logement pour la nuit. Nous n’étions donc nullement pressés de partir. La plus âgée des sœurs F… qui aurait bien aimé voir le syndic heureux lui dit qu’il pouvait rester avec moi aussi longtemps qu’il le souhaitait tandis qu’elle et ses sœurs allaient se coucher. Ayant dit cela, elle se retira avec Hélène dans une chambre du côté gauche, les deux autres dans celle de droite. Je suivis les deux plus jeunes sœurs, le syndic se glissa chez la plus âgée quand il fut bien sûr qu’Hélène s’était mise au lit.
Une heure plus tard, le syndic entra dans la chambre où je goûtais des plaisirs divins en me priant instamment de l’accompagner sur-le-champ à notre logis. Que s’est-il passé ? lui demandai-je.
— Rien ! Hélène se cache sous les couvertures et ne veut pas accorder la moindre attention aux amusements auxquels je me livre avec son amie, et quand je veux prendre quelques libertés avec elle, elle me repousse. Je ne saurais supporter cela plus longtemps. Si vous n’arrivez pas à la rendre plus docile, je ne parviendrai jamais à mes fins. Il faut que vous dîniez demain ici ; je ne viendrai qu’à l’heure du souper parce que des affaires me retiennent à Genève toute la journée. Si nous pouvions l’enivrer !
— Laissez-moi faire.
Le lendemain, je m’invitai à dîner chez les demoiselles où je fus traité magnifiquement. En sortant de table, nous fîmes une promenade et je restai seul en arrière avec Hélène ; je l’assiégeai, mais l’ardeur de mes caresses et de mes prières ne produisit aucun effet. Le syndic vous aime ! commençai-je. Cette nuit…
— Cette nuit il se divertira avec son ancienne maîtresse ; pour moi, je me comporte d’après mes principes, mais je laisse chacun libre de suivre les siens.
— Si je pouvais gagner votre cœur, je me considérerais comme le plus heureux des mortels.
— Pourquoi n’invitez-vous pas le pasteur et sa nièce à dîner quelque part ? J’aurais alors le plaisir de vous accompagner.
— Je me réjouis fort de l’apprendre. Votre cousine a-t-elle un amant ?
— Non.
— Comment est-ce possible ! Une jeune fille comme elle, belle et spirituelle, n’aurait jamais touché le cœur d’un homme ?
— Je vois que vous ne connaissez pas encore Genève. C’est justement à son esprit que ma cousine doit le fait qu’aucun jeune homme n’a encore osé lui déclarer son amour. Ceux qui l’approchent dans cette intention reculent effrayés dès les premiers propos, car à peine a-t-elle dit quelque chose que le jeune homme est condamné à se taire. Or personne au monde n’aime à passer pour un sot, et même sans cela, les jeunes gens de Genève ne tiennent pas en grande estime la culture de l’esprit. Quand une jeune fille de la région a de l’esprit, elle doit chercher à le dissimuler si elle ne veut pas mourir vieille fille.
— Voici donc la raison pour laquelle vous n’avez pas ouvert une seule fois vos charmantes lèvres à la table du pasteur ?
— Oh je n’ai rien à dissimuler ! Mais je puis bien avouer sans vanité que j’ai éprouvé beaucoup de plaisir ce jour-là. J’ai en effet admiré ma cousine qui parlait de Jésus-Christ comme je parlerais par exemple de mon père et à qui semblaient familières même ces matières que les autres jeunes filles n’entendent que rarement.
— Je me réjouis d’avance, belle Hélène, de ce dîner que vous avez vous-même proposé. Votre cousine est sans doute charmante ; mais croyez-moi, seule votre présence fera tout mon bonheur, car je vous aime infiniment.
— Et vous avez pourtant essayé de me tromper ? Je sais avec certitude que les demoiselles F… ont reçu toutes les preuves de votre tendresse, et je les plains beaucoup pour cela.
— Pourquoi ?
— Parce qu’aucune d’entre elles ne peut se livrer à la douce illusion d’être l’unique objet de votre amour.
— Et vous croyez donc que cette délicatesse de sentiment vous rend plus heureuse que vos amies ?
— Oui, je le crois ; même si je n’ai nulle expérience de ces choses. Dites-moi sincèrement si j’ai raison.
— Oui, vous avez entièrement raison.
— Avouez en conséquence que vous ne me donneriez pas une vraie preuve de votre amour en voulant me traiter à l’égal des demoiselles F… ?
— Cela aussi, je l’avoue et vous en demande pardon. Dites-moi seulement comment je dois m’y prendre pour que le pasteur accepte de dîner avec moi.
— Allez le voir et invitez-le tout simplement. Mais si vous voulez être sûr que je sois de la partie, priez-le de venir avec ma mère et moi.
— Pourquoi donc avec votre mère ?
— Parce que le pasteur a été extrêmement amoureux d’elle il y a une vingtaine d’années et qu’il l’est encore.
— Et où pourrai-je vous donner ce dîner ?
— Vous avez dit hier soir que M. Tronchin était votre banquier. Demandez-lui de vous prêter pour la journée la maison de campagne qu’il possède au bord du lac, il vous la cédera avec grand plaisir. Organisez tout, et ne dites rien aux demoiselles F… avant que tout ne soit prêt.
— Votre savante cousine acceptera-t-elle volontiers mon invitation ?
— N’en doutez pas.
— J’exécuterai demain tout ce que vous m’avez conseillé. Vous retournerez en ville après-demain et, deux jours après, j’aurai le plaisir de vous accueillir à un dîner brillant.
Le syndic arriva le soir. Nous nous mîmes à table d’humeur joyeuse. Après le souper, les demoiselles se mirent au lit ; le syndic fut cette fois le compagnon de la plus jeune des sœurs F… et je choisis la plus âgée. Mais tout ce que j’entrepris fut vain ; car Hélène ne se soumit à aucune de mes volontés et quelques baisers furent tout ce que j’obtins. Comme je finis par craindre de lui déplaire, je lui souhaitai bonne nuit et me rendis dans l’autre chambre, où je trouvai le syndic devant le lit des deux sœurs profondément endormies, en proie au plus cruel ennui. Je l’attristai en lui annonçant que je n’avais pas atteint mon but. Dans ce cas, s’écria-t-il, je ne veux plus penser à cette jeune fille !
— Vous ne sauriez rien faire de plus sage, lui répondis-je.
Le lendemain matin, nous retournâmes tous à Genève où j’exécutai sur-le-champ ce qu’Hélène m’avait suggéré. J’allai d’abord voir M. Tronchin qui se réjouit grandement de pouvoir me rendre un service qui ne lui causait pas le moindre désagrément. J’allai ensuite trouver le pasteur qui accepta aussitôt mon invitation en m’assurant que je ne regretterais pas d’avoir fait la connaissance de la mère d’Hélène.
Vers midi, je reçus une lettre de Soleure de l’inoubliable Madame Lebel m’informant de l’heure à laquelle elle arriverait à Lausanne et exprimant l’espoir que je ferais tout pour lui procurer le plaisir de me voir le plus tôt possible. Je calculai que je pourrais encore arriver à Lausanne une heure avant elle si je partais dans l’instant. C’était une de ces femmes que j’ai aimées à la folie dans ma jeunesse et que je n’ai jamais oubliées à un âge plus avancé ; animé du désir de lui donner une preuve de mon estime, je pris sur-le-champ des chevaux de poste. J’informai le syndic par un billet qu’une affaire de la plus haute importance m’appelait au plus vite à Lausanne, mais qu’il me verrait dès le soir suivant chez les demoiselles F…
Souffrant d’une faim atroce, j’arrivai à cinq heures à Lausanne devant la maison de la mère de ma Lebel. Elle fut très surprise de me voir, ne sachant pas que sa fille devait aussi arriver bientôt ; avant toute chose, la bonne vieille s’efforça de calmer mon appétit. À sept heures, celle que j’attendais arriva avec son mari, tenant sur ses genoux un enfant d’un an et demi environ que je reconnus aussitôt comme mon fils ou ma fille sans que sa mère me le dise. Nous passâmes une dizaine d’heures dans une joie parfaite. Nous ne quittions pas la table, buvant et causant sans interruption. Le bon Lebel, auquel je pouvais faire confiance, m’assura que M. de Chavigny faisait preuve de grande bonté envers sa femme. Après m’avoir transmis beaucoup de salutations de sa part et de celle d’autres connaissances de Soleure, la Lebel commença à me parler de son enfant ; tout le monde croyait que c’était le fils de son mari alors qu’il s’agissait certainement du mien ; car Lebel n’avait vraiment consommé son mariage que deux mois après les noces. Ce dernier m’assura que l’origine de l’enfant resterait un secret éternel et qu’il ferait de lui son héritier universel, si toutefois sa femme ne lui donnait pas d’autre enfant. La seule personne qui savait avec certitude que l’enfant n’était pas de Lebel était Madame de… Vingt et un ans plus tard, quand je serai à Fontainebleau, le lecteur fera connaissance avec cet enfant devenu adulte.
La Lebel me montra la bague que je lui avais donnée en partant, et je lui montrai la sienne. Pour laisser à mon fils un souvenir de moi, je lui donnai une montre contenant mon portrait qu’elle lui remettrait dès qu’elle le jugerait bon. Je passai trois heures à leur raconter en détail les aventures qui m’étaient arrivées pendant les trois années et demie de notre séparation. Je trouvai la Lebel plus belle que jamais, mais elle me trouva très changé, je lui paraissais avoir perdu de ma vitalité d’alors ; en quoi elle avait malheureusement raison, la Renaud m’avait ôté la fraîcheur de la jeunesse, et la Corticelli m’avait causé bien des soucis. Nous restâmes ainsi ensemble jusqu’à ce que l’aube nous impose de nous séparer. Après bien des tendres embrassements, ils repartirent pour Soleure, et moi pour Genève.
Je rentrai dans mon hôtel sur le coup de midi. En sortant de table, je fis savoir au syndic que j’étais malade et que je ne pourrais le voir que le lendemain. Le surlendemain, je devais donner le grand dîner dans la maison de campagne de Tronchin ; je priai mon hôte de me faire préparer les mets les plus délicieux comme seul pouvait les souhaiter un homme qui n’épargnait rien pour se faire honneur. Je lui recommandai en particulier de me procurer les vins et liqueurs les meilleurs ainsi que des glaces et tout ce qu’il fallait pour préparer un bon punch. La veille du dîner, je crus que je ne devais plus faire mystère de cette partie à l’honnête syndic ni aux demoiselles F… Hélène fit celle qui n’était au courant de rien.
Les invités étant réunis, Tronchin vint aussi nous saluer et nous le convainquîmes de rester. La nièce du pasteur acheva de me ravir car elle s’exprima sur les questions les plus importantes de la théologie avec une clarté et une fermeté que je n’avais encore rencontrées chez aucun professeur. M. Tronchin qui ne l’avait encore jamais entendue discourir me remercia mainte fois de lui avoir procuré ce plaisir et en prenant congé après le repas, il nous invita tous à dîner dans cette même maison de campagne pour le surlendemain. Lorsqu’il fut parti, nous fîmes cercle autour du punch.
Ce qui me divertit au plus haut point lors de ce dîner fut la description amusante que fit le pasteur de son ancien amour pour la mère d’Hélène, et l’éloquence enflammée qu’il puisait dans ses souvenirs de jeunesse et dans des verres de vin bien remplis. La mère d’Hélène ne lui cédait en rien. Les jeunes filles et moi ne bûmes que très modérément, mais les belles finirent pourtant par être légèrement grises et leur gaieté ne connut plus de limites. Je ne manquai pas de demander au vieux couple d’amants la permission de faire une promenade avec Hélène et sa cousine. On me l’accorda de bon cœur ; les demoiselles se pendirent à mon bras et en moins de dix minutes nous disparûmes.
— Vous avez fait aujourd’hui la conquête de M. Tronchin, dis-je à la nièce.
— Que m’importe son amour ? Il m’a fait des questions très sottes, sans comparaison aucune avec les questions et les remarques spirituelles et originales que vous avez faites à la table de mon oncle.
Tout en devisant ainsi, nous arrivâmes à un bassin dont les degrés de marbre descendaient vers une eau d’une clarté cristalline. Bien que l’atmosphère fût assez fraîche, nos têtes étaient plutôt échauffées ; j’eus l’idée de suggérer aux demoiselles qu’un bain de pieds leur ferait beaucoup de bien, et je voulus avoir l’honneur de leur ôter leurs chaussures et leurs bas.
— Fort bien, dit la nièce, je descends.
— Moi de même, fit Hélène.
— Parfait, mesdemoiselles ! Veuillez prendre place sur le premier degré.
Je descends alors jusqu’au quatrième degré et en un instant chaussures et bas sont ôtés. Leurs jambes bien formées brillent à mes yeux d’un blanc d’albâtre dont je loue le charme sans regretter sur le moment que les beautés des régions supérieures me restent encore cachées. Mais lorsque les nymphes furent descendues jusqu’au degré où leurs pieds devaient toucher le flot, elles furent obligées de retrousser leurs robes, et la nièce du pasteur dit en riant à Hélène : Qu’importe ! Les hommes aussi ont des cuisses ! Hélène ne voulut point paraître moins audacieuse que sa cousine. Je leur dis enfin qu’il fallait cesser ; car elles attraperaient un refroidissement si elles restaient plus longtemps dans l’eau. Elles remontèrent trois marches à reculons, toujours retroussées ; et je me mis alors en devoir de les sécher avec tous les mouchoirs dont je pouvais disposer. Le lecteur bienveillant imaginera sans peine que je profitai pleinement du privilège inestimable de voir et de toucher ce qu’exigeait mon service. La nièce du pasteur prétendit sans doute que j’étais trop curieux, mais si cela était vrai, Hélène en était la cause ; car elle s’abandonnait avec des regards si tendres et si languissants que seul un habitant du Groenland eût pu garder son sang-froid. Après avoir accompli ma mission de les sécher, je remis aux dames leurs bas en leur expliquant sans aucune gêne et avec satisfaction que j’étais ravi d’avoir pu apercevoir les attraits cachés des deux plus belles vierges de Genève.
— Et quelle impression, demanda la nièce, vous a laissé cette vision ?
— Je n’oserais vous donner mon avis, mais puisse votre sentiment vous le dire.
— Maintenant c’est à vous de vous baigner.
— Impossible ! Les hommes ont besoin de plus de temps pour se baigner.
— Nous pouvons rester ici deux heures encore sans avoir à craindre de surprise.
Cette réponse me fit présager un bonheur prochain ; je crus toutefois bon de ne pas m’exposer à un refroidissement fort dangereux. Mais apercevant un pavillon tout proche, j’y conduisis les deux belles en espérant le trouver ouvert et pourvu de toutes les commodités. Le parfum de plusieurs pots-pourris emplissait le salon. Nous prîmes place sur un grand canapé, ou plutôt moi seul, car les demoiselles étaient sur mes genoux et se livrèrent à des jeux érotiques où j’étais tantôt actif et tantôt passif. Des baisers enflammés conclurent cet entretien plein de jouissance. Je n’avais pas été pleinement heureux, mais j’avais bon espoir de l’être sous peu. Nous prîmes le chemin du retour comme les amis les plus intimes et vîmes le pasteur et la mère d’Hélène se promener sur la rive du lac en se donnant le bras.
De retour à Genève, je passai la soirée chez les demoiselles F… Je ne dis pas mot de ma victoire sur Hélène au syndic parce que cette nouvelle aurait réveillé chez lui un espoir de la posséder qui ne se réaliserait jamais. Sans la nièce du pasteur, je ne serais jamais parvenu à séduire Hélène. Pleine d’admiration pour le brillant esprit de sa cousine, elle craignait de jouer le rôle d’une sotte si elle ne suivait pas son exemple. Je ne vis pas Hélène ce soir-là mais le lendemain chez elle, lorsque je fis une visite de politesse à sa mère. La veuve m’accueillit très aimablement. Elle avait pris des jeunes filles en pension auxquelles j’aurais certainement accordé de l’attention si j’étais resté plus longtemps à Genève ; mais Hélène possédait alors tout mon cœur. Demain chez Tronchin, me dit-elle à l’oreille, je vous découvrirai comment vous pourrez me voir avec ma cousine sans que nous soyons dérangés.
Le dîner du banquier fut excellent. Il voulait me montrer que la cuisine et la cave d’un riche particulier étaient mieux fournies que celles d’un hôtelier. Nous étions dix-neuf ou vingt personnes, parmi lesquelles Hedwige et moi jouions les premiers rôles, elle dans celui de l’érudite, moi dans celui de l’étranger qui dépense son argent avec noblesse. M. de Ximénès, qui venait d’arriver de Ferney, était aussi de la compagnie et me dit que Voltaire m’attendait ; mais j’étais bien décidé à ne pas le revoir.
Hedwige était la reine de la fête. Tout le monde s’évertuait à lui proposer des problèmes à résoudre. Entre autres, M. de Ximénès lui fit cette demande étrange de justifier qu’Ève ait séduit Adam afin qu’il mange de la pomme. Hedwige déclara qu’Ève n’aurait pas séduit Adam si l’interdiction de manger du fruit lui avait directement été adressée par Dieu ; mais comme elle n’avait entendu cette interdiction que de la bouche d’Adam, il lui était nécessaire d’avoir la foi, dont elle manquait. À cette réponse, deux savants de Genève et même l’oncle de la belle philosophe firent entendre un murmure désapprobateur. Madame Tronchin déclara avec un grand sérieux qu’Ève avait reçu l’interdit divin aussi bien qu’Adam, mais Hedwige répondit avec humilité : Je vous demande pardon, Madame. Sur cela, Madame Tronchin, outrée de colère, s’adressa au pasteur en lui demandant : Que dites-vous de cela, monsieur ?
— Je dis, madame, que ma nièce n’est rien moins qu’infaillible.
— Je dois vous demander pardon, mon cher oncle ! Lorsque je dis quelque chose qui est attesté par la Sainte Écriture, je deviens aussi infaillible qu’elle.
— Vite, qu’on apporte une Bible, nous allons voir, chère Hedwige ! Ma chère nièce… Oui, en vérité, tu as entièrement raison ! Voici le passage : il montre qu’Ève ne fut créée qu’une fois que l’interdit divin avait été prononcé. Toute la société applaudit, mais Madame Tronchin et les deux savants ne purent se calmer.
Peu après, une dame demanda : Peut-on bien admettre en bonne conscience que cette histoire de gourmandise d’Ève ait une signification symbolique ?
— Je ne crois pas ; car la pomme est le symbole de la jouissance amoureuse et il est sûr qu’Adam et Ève ne l’avaient pas connue dans le jardin d’Éden.
— À ce sujet, les opinions des savants sont partagées.
— Tant pis pour ces savants, car la Sainte Écriture se prononce très clairement à ce propos quand on lit au premier verset du quatrième chapitre de la Genèse (après qu’Adam et Ève ont été chassés du paradis) : « Or Adam connut Ève, sa femme, et elle conçut et enfanta Caïn. »
— Mais cela ne prouve pas encore qu’il ne l’ait pas connue auparavant.
— Je vous demande pardon. S’il l’avait connue, elle serait tombée enceinte ; car il me paraît absurde de supposer que deux créatures formées par Dieu lui-même puissent commettre l’acte de la procréation sans engendrer.
Cette réponse reçut une approbation générale, et chacun en murmurant fit à son voisin l’éloge de la sagesse d’Hedwige.
Après une courte pause, M. Tronchin posa la question suivante : Peut-on trouver des preuves de l’immortalité de l’âme dans l’Ancien Testament ?
— L’Ancien Testament, répondit Hedwige, ne se prononce pas explicitement sur ce dogme ; car même sans qu’il soit mentionné en particulier, il est postulé par la raison. Tout ce qui existe doit être immortel car la simple idée de l’anéantissement d’une substance réelle est révoltante.
— Alors je vous demande à présent si l’existence de l’âme est prouvée dans la Bible.
— Certainement, car la pensée est un fait de la conscience. La fumée trahit à vos yeux la flamme qui la produit.
— La pensée est-elle une propriété de la matière ?
— À ce sujet, je peux seulement vous répondre que je crois en la toute-puissance de Dieu et qu’en conséquence je ne considère pas comme une chose impossible qu’il ait accordé une faculté de penser même à la matière.
— Que croyez-vous de vous-même à ce sujet ?
— Je crois que j’ai une âme qui est pourvue de la puissance de penser ; mais j’ignore si après ma mort cette âme se souviendra que j’étais présente avec vous à ce dîner.
— Vous croyez donc que la mémoire ne fait pas partie des propriétés de votre âme, vous n’êtes donc plus une théologienne !
— La philosophie a toujours la partie facile, car savoir que l’on ne sait pas n’est pas savoir.
On s’écria alors de toutes parts « Bravo ! Bravo ! ». Hedwige me regarda en souriant. Le vieux pasteur versa des larmes de joie et murmura quelques mots à la mère d’Hélène. Puis il se tourna vers moi en me priant de proposer à mon tour une question à son Hedwige.
— D’accord, s’exclama-t-elle, mais que ce soit quelque chose de nouveau, sinon, qu’il se taise !
— Mademoiselle, vous me mettez dans l’embarras ; car je ne peux savoir avec certitude si ma question sera nouvelle pour vous ou non. Dites-moi si l’on peut découvrir la nature d’une chose dont on ne connaît pas l’origine.
— Non, certainement pas ; et c’est pourquoi Dieu est incompréhensible parce qu’il n’a pas de commencement.
— Dieu soit loué, vous me répondez comme je le souhaitais. Dites-moi à présent si Dieu est en mesure de penser sa propre existence.
— Ha, je suis perdue ! Je ne peux pas répondre à cela. Cela n’était pas très galant de votre part, monsieur.
— Mais aussi pourquoi avoir exigé quelque chose d’entièrement nouveau ? Et la chose la plus nouvelle n’est-elle pas de vous avoir mise dans l’embarras ?
— Répondez donc, mesdames et messieurs ! Venez à mon aide.
On discuta alors toutes sortes d’idées, mais nul ne sut dire quoi que ce soit de sensé.
M. de Ximénès adressa alors à Hedwige cette question : La matière a-t-elle été créée ?
— Le mot « créer » n’a pour moi aucun sens. Mais si vous me demandez si la matière a été formée, je vous répondrai oui. Le mot « créer » n’existait pas, car l’existence de la chose doit toujours précéder la formation du mot qui la désignera.
— Quel concept recouvre donc pour vous le mot « créer » ?
— Il signifie la production d’une chose à partir de rien. L’absurdité est patente : le rien est ici considéré comme quelque chose qui précède. Vous riez ? Croyez-vous que le rien soit une chose qui puisse être créée ?
— Puis-je vous demander, mademoiselle, qui a été votre professeur à Genève ?
— Mon oncle.
— Point du tout, s’exclama le pasteur, car je veux mourir si je lui ai jamais enseigné tout ce qu’elle nous a exposé aujourd’hui. Ma nièce est désœuvrée ; elle lit, elle pense et raisonne peut-être avec trop d’audace. Mais ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle conclut toujours en avouant son ignorance.
Une dame qui s’était tue jusqu’alors la pria fort poliment de donner une définition de l’esprit.
— Madame, cela relève de la philosophie. Je dois vous avouer que je n’ai suffisamment étudié ni l’esprit, ni la matière pour pouvoir en donner une définition qui me satisfasse.
— Si vous croyez en un Dieu, vous devez certainement avoir une idée de l’existence réelle de l’esprit. Dites-moi donc comment vous vous représentez l’influence de l’esprit sur la matière ?
— On ne saurait construire aucun système solide sur des concepts abstraits. Hobbes les appelle des représentations vides ; il est possible d’en avoir, mais on doit les laisser en repos, car dès qu’on exige d’elles un contenu solide, on est facilement conduit ad absurdum. Je sais que Dieu me voit, mais je serais très malheureuse si je voulais m’en convaincre de manière spéculative ; car sans organe, il est impossible de recevoir aucune impression sensible et Dieu doit être conçu comme un être dépourvu d’organes. D’un point de vue philosophique, il est aussi impossible à Dieu de voir l’homme qu’à l’homme de le voir, et pour la même raison. Il est vrai que Moïse et quelques autres ont pu voir Dieu, et je le crois, mais sans vouloir ratiociner à ce sujet.
— Et vous faites fort bien car ce fait devrait être déclaré impossible devant le tribunal de la raison. Mais vous lisez Hobbes ? Vraiment, il vous faut prendre garde de ne pas devenir athée !
— Oh, j’en suis bien sûre, l’athéisme n’existe pas.
Une fois sortis de table, Hedwige fut tellement assiégée de toutes parts que je fus dans l’impossibilité de lui exprimer ma tendresse. M’étant éloigné un instant avec Hélène, elle m’apprit que sa mère avait invité l’oncle et la nièce à souper pour le jour d’après et qu’Hedwige passerait sans doute la nuit chez elle. On voudrait maintenant savoir, dit Hélène, si le chevalier Seingalt pourrait se résoudre à patienter quelque temps dans un recoin d’où l’on viendra le chercher pour le mener dans notre chambre. Si vous y consentez, rendez visite à ma mère demain à onze heures et je vous montrerai la cachette. Vous y serez en sécurité, même si ce sera sans confort ni distraction ; mais nous comptons sur la force de votre inclination. Hedwige attend votre réponse.
— Devrai-je rester longtemps dans cette cachette ?
— Quatre heures tout au plus ; car la porte de la maison est fermée à sept heures, et on ne l’ouvre que quand quelqu’un sonne.
— Serai-je en danger d’être découvert dans le cas par exemple où je devrai éternuer ou tousser ?
— Ce ne serait pas impossible.
— C’est une circonstance importante, le reste ne veut pas dire grand-chose. Mais je suis prêt à tout risquer pour atteindre au plus grand bonheur de ma vie. Annoncez à votre cousine que je me soumets à toutes ses conditions.
Le lendemain matin, je m’acquittai de la visite convenue. En me raccompagnant, Hélène me montra sous l’escalier une porte fermée, et me murmura : À sept heures, vous trouverez la porte ouverte, et vous pourrez alors pousser le verrou de l’intérieur. Mais prenez garde que personne ne vous voie entrer.
À six heures trois quarts2, j’entrai dans la maison et me glissai dans ma cachette dont je fermai la porte au verrou derrière moi. C’était un trou étroit où je ne pouvais ni me tenir debout, ni m’allonger tout du long. Par chance j’y découvris une chaise. Un parfum grisant que j’y respirais me semblait indiquer la proximité de lard et de fromage ; mais je ne pus rien découvrir en tâtonnant autour de moi. En tendant la main derrière la chaise, je trouvai une bouteille qui me parut remplie de vin ; à côté d’elle, deux assiettes recouvertes de serviettes et un gobelet. Les assiettes contenaient un poulet rôti et un peu de pain ; comme je n’avais pas faim, je me réservai à consommer cette trouvaille jusque vers neuf heures. Mais j’avais envie de goûter le vin et m’irritai grandement de ne pas trouver de tire-bouchon, ni de fourchette et de couteau ; je m’emparai donc d’une demi-brique dont je me servis pour briser le col de la bouteille. C’était un excellent vieux vin de la Côte. Je me trouvais donc bien approvisionné ; seuls les rats qui s’y promenaient sans cesse me rendirent les quatre heures de mon séjour dans ce trou quelque peu désagréables.
Vers dix heures, j’entends enfin la voix du pasteur descendant l’escalier qui crie à sa nièce d’être bien raisonnable avec sa cousine ! En cet instant, je me souvins de M. Rosa qui vingt ans auparavant, à Venise, partait de chez Madame Orio à cette même heure. En pensant à celui que j’étais à cette époque, je me sentais devenu vieux et moins sensible aux joies de la vie ; mais les deux belles dont les embrassements m’attendaient à présent me paraissaient infiniment plus aimables que les nièces de Madame Orio. Au cours d’une vie remplie de jouissances où ma passion pour le beau sexe m’a fait tourner la tête ainsi qu’à plus d’une femme et plus d’une jeune fille, toutes mes entreprises de séduction ont été grandement facilitées par la maxime suivante : ne jamais attaquer l’objet de mes désirs quand il est seul, mais toujours en présence d’une de ses amies. Une jeune fille qui se trouve seule se laisse rarement séduire, par manque de courage. Mais si elle a une compagne, elle se rend aisément ; il est vrai que l’homme doit alors faire preuve de deux fois plus de ruse, mais ses efforts seront amplement récompensés. Aussi puis-je fermement assurer à tous les parents qui autorisent sans peine leur fille à se promener avec un jeune homme dès lors qu’une amie les accompagne que leur fille est perdue si le jeune homme sait profiter de son avantage.
Un quart d’heure après le départ du pasteur, j’entends frapper doucement, je tire lentement le verrou, me penche au dehors et saisis la main qui frappait sans pouvoir reconnaître dans l’obscurité à qui elle appartenait. Laissez ma main, il faut que je ferme le cabinet, me souffle-t-on. On me fait alors monter l’escalier à travers des ténèbres cimmériennes, j’avance à tâtons dans un long corridor et j’entre dans une pièce sombre dont on referme la porte derrière moi. Mais au même instant, une autre pièce éclairée s’ouvre et je vois Hélène à côté de moi et Hedwige devant moi, en chemise de nuit, me tendant les bras pour m’offrir le plus ardent remerciement pour ma patience héroïque dans la réserve aux fromages. Je les assurai que seul mon amour pour elles avait eu le pouvoir de me faire rester plus d’un quart d’heure dans ce trou à rats ; mais qu’il ne dépendrait que d’elles de m’enfermer chaque soir dans ce séjour de l’horreur. Si nous sommes en sécurité, dis-je, mettons-nous donc au lit.
— Allez, dit Hélène, moi je dormirai sur le canapé.
— Non, ma chère cousine ! nous devons avoir le même destin.
— Oui, mon cœur, intervins-je, vous m’êtes toutes deux chères, et tous ces compliments ne sont qu’une perte de temps. Je vais me déshabiller et occuper le milieu du terrain ; venez vite à mes côtés pour que je puisse vous convaincre que je vous aime tendrement. Si nous sommes ici vraiment en sécurité, je ne vous quitterai pas avant que vous-même ne le souhaitiez ; mais je vous prie de ne pas éteindre la lumière.
J’enveloppai rapidement mes cheveux dans un mouchoir, et tout en priant la savante Hedwige de nous faire une dissertation sur la pudeur, je me mis en état de nature. Elle ne voulut pas être en reste, j’étais pour elle un objet de ravissement, comme elle l’était pour moi. Hélène nous regardait avec timidité, tout en se déshabillant très lentement ; mais un reproche plaisant qu’Hedwige fit à sa timidité la poussa à se hâter et lorsque sa chemise fut tombée, Hedwige dit en citant Clément d’Alexandrie : la pudeur a son siège dans les plis de la chemise. Quand Hélène eut entendu les éloges que je fis de ses charmes, elle commença à se plaire à elle-même.
Hedwige était plus grande qu’Hélène, elle avait davantage d’embonpoint, son teint était plus blanc, sa poitrine presque une fois plus volumineuse ; mais celle d’Hélène était plus ferme. Après nous être rassasiés par la vue, nous nous allongeâmes et la savante Hedwige eut bientôt élargi le domaine de ses expériences. Elle n’en renonça pas pour autant à la philosophie et m’expliqua que la douleur n’était rien comparée à la jouissance.
Hélène s’engagea courageusement sur la voie héroïque de sa cousine de six ans plus âgée. Hedwige observait attentivement sa situation en lui faisant quelques réprimandes ; mais Hélène, bien éloignée de la froideur sérieuse du calcul mathématique, m’enlaça avec une ardente ivresse. J’exprimai l’espoir de pouvoir jouir tous les jours d’un tel bonheur tant que je resterais à Genève, mais les jeunes filles soupirèrent ; cela n’était guère possible. On me promit toutefois une nuit aussi céleste dans cinq ou six jours. Vous pourrez nous donner un souper après-demain dans votre hôtel, dit Hedwige, et peut-être qu’un heureux hasard nous donnera l’occasion souhaitée d’un agréable divertissement. J’adoptai cette proposition.
Cinq heures passèrent bien trop vite dans les jouissances les plus heureuses. Je partis à l’aurore sans être vu de personne dans la maison, et dormis dans mon hôtel jusqu’à midi. Après dîner, je rendis visite au pasteur, lui fis un éloge enflammé d’Hedwige et le convainquis aisément d’accepter de venir souper chez moi le lendemain. Je le priai d’y convier également Hélène et sa mère.
Le soir, les demoiselles F… me trouvèrent un peu froid, et il ne pouvait en être autrement. Prétextant un violent mal de tête, je leur dis que je donnais le lendemain un souper à la philosophe Hedwige et que je serais heureux de les voir chez moi en compagnie du syndic. Mais celui-ci déclara que cela susciterait beaucoup de racontars ; c’était précisément ce que je voulais entendre.
Le jour suivant, le pasteur et les dames vinrent souper chez moi ; ils trouvèrent les mets et les vins recherchés et excellents. En sortant de table, je conduisis les deux jeunes femmes dans une autre pièce et, après leur avoir donné des preuves de ma ferme fidélité, je les priai de m’attendre un instant. Je retournai alors auprès du pasteur et de la mère d’Hélène sans qu’ils aient l’idée de me demander où étaient les jeunes filles ; je préparai du punch et en portais deux verres à mes belles en disant au couple âgé que les jeunes dames se divertissaient à regarder des gravures anglaises. Celles-ci trouvèrent mes apparitions et disparitions fort intéressantes et se montrèrent encore plus enflammées que lors de la première nuit. De tels plaisirs dérobés sont des jouissances indescriptibles. Nous revînmes au salon fort satisfaits ; je remplis le bol de punch et Hélène voulut convaincre sa mère d’aller voir les belles gravures ; mais celle-ci n’en avait nulle envie, nous y retournâmes donc sans elle et fîmes des prodiges. Hedwige qui faisait des observations philosophiques sur le plaisir me dit que, sans moi, elle n’aurait jamais su ce que c’était. Hélène ne disait pas un mot, elle mourait dans les plus doux transports. Je lui promis de rendre visite à sa mère tous les matins pour apprendre quand viendrait la nuit bienheureuse qui devait me réunir à elles une fois encore avant mon départ de Genève. Mes hôtes pleins de gaieté ne partirent de chez moi que vers deux heures du matin.
Trois jours plus tard, Hélène me dit qu’Hedwige allait dormir chez elle et que je pourrais facilement me cacher dans leur chambre. Vous trouverez la porte ouverte, me dit-elle, et je viendrai ensuite vous enfermer. Mais vous devez accepter de rester sans lumière faute de quoi notre servante craintive pourrait avoir l’idée de crier à l’incendie. Je fis comme on me l’avait dit et à dix heures, je vis devant moi les jeunes filles dont les yeux brillaient de joie. Hélène se faisait des reproches parce qu’elle avait oublié de me parler du poulet rôti qui se trouvait dans l’armoire ; je me jetais dessus sur-le-champ ; en dix minutes, il fut consommé et nous sacrifiâmes à la déesse de Paphos. Ce fut malheureusement la dernière de mes nuits que ces nobles créatures embellirent. Le surlendemain, je devais quitter Genève ; car Madame d’Urfé m’attendait à Lyon, et même si cela allait contre notre accord, je devais malgré tout me soumettre à son souhait.
Les deux belles étaient déjà passées maîtresses dans l’art de l’amour ; mais elles se montrèrent profondément attristées. Si vous voulez vous charger de nous, me dirent-elles, nous sommes prêtes à vous suivre. Je leur promis de revenir avant que deux années se soient écoulées ; mais je ne suis pas resté si longtemps absent. Nous nous endormîmes à minuit et nous réveillâmes ivres d’amour à quatre heures. Je restai encore deux pleines heures que les génies de l’amour et de la joie ornèrent de leurs plus riches couronnes, puis, après ces moments de la vie la plus intense, je m’en fus embrasser le frère de la mort, le sommeil.
Vers le soir seulement, je sortis pour prendre congé du syndic et des demoiselles F… J’y trouvai Hélène, qui se comporta comme si la séparation d’avec moi ne la touchait pas plus profondément que les autres ; elle nous embrassa, le syndic et moi, avec autant d’innocence que les sœurs F… Je la priai de transmettre mes adieux à sa cousine et quittai Genève au point du jour.
Le soir du deuxième jour, j’arrivai à Lyon. Madame d’Urfé était allée à sa propriété de campagne de La Bresse en me laissant un billet par lequel elle me priait de l’aller bientôt rejoindre. Je partis sans retard pour La Bresse où la marquise m’accueillit avec joie, et je lui dis que je devais aller à Turin pour accueillir Federico Gualdo, le chef des Rose-Croix, qui était désigné par l’oracle pour accomplir à Marseille le grand œuvre de sa renaissance. Cela décida la marquise à ne rentrer à Paris qu’après la rencontre avec Federico Gualdo, et de rester à Lyon jusqu’à ce que je lui aurai envoyé des nouvelles. Le jeune Aranda qui se trouvait avec elle me combla de caresses et me pria de l’emmener avec lui à Turin ; mais ses efforts furent vains.
Nous retournâmes sur-le-champ à Lyon. Madame d’Urfé eut besoin de quatorze jours pour me procurer cinquante mille francs qui me rendirent de bons services dans ce voyage fatal. Je fis entre-temps mieux connaissance avec Madame Perron, la femme d’un fabriquant à qui je fis gagner des sommes importantes. Un Milanais nommé Bono, chargé d’affaires du banquier Sacco, était son favori et, sur son intervention, Bono convainquit son banquier de payer à la marquise cinquante mille francs qui passèrent de ses mains dans les miennes. Elle me remit également trois robes et une précieuse fourrure de zibeline qu’elle avait promises à la Corticelli ; mais celle-ci n’en a jamais rien vu. Équipé comme un prince, je quittai Lyon pour aller chercher Federico Gualdo. Celui-ci n’était autre que cet Ascanio Pogomas à qui j’avais écrit depuis Berne ; j’étais convaincu qu’il jouerait son rôle à merveille.
Arrivé à Chambéry, je ne pus m’empêcher de consacrer une journée à la chère M. M. Je la trouvai belle, calme et satisfaite, mais elle était un peu triste de la perte de sa jeune amie qu’on avait mariée entre-temps. À Rivoli, je rencontrai la Corticelli, sa mère et la femme chez qui elle se trouvait en pension. Elles avaient été informées de mon arrivée par le chevalier Raiberti à qui je les avais adressées depuis Chambéry, et elles étaient venues à ma rencontre de plusieurs heures. La Corticelli me remit une lettre du chevalier dans laquelle il m’indiquait la maison de Turin où il avait loué pour moi un logement très convenable. J’entrai dans cette capitale aux premiers jours de décembre 1762.
Facettes de Casanova
Vers dédiés à « Camille Véronèse »
Le Mercure de France publie, en avril 1757, trois poèmes dédiés à « Camille Véronèse ». Le premier est en italien, les deux suivants lui répondent en français et l’attribuent à Casanova, « cet heureux rival de Pétrarque ». Nous reproduisons l’ensemble de la rubrique « Comédie italienne », pour l’essentiel consacrée à cet échange poétique caractéristique d’une pratique littéraire mondaine associée à la vie théâtrale.
COMÉDIE ITALIENNE1
Les Comédiens Italiens fermèrent leur théâtre le 26 mars, par Ninette à la Cour, suivie de la Parodie d’Hyppolite & Aricie. Madame Favart fit le compliment ; c’est dire qu’elle fut applaudie : ce qu’il y a de plus flatteur pour elle & pour ses camarades, elle le fut d’une nombreuse compagnie.
Voici des vers Italiens & Français qui sont à la gloire de Mlle Camille. On ne peut célébrer ses charmes en trop de Langues différentes, ni placer mieux les louanges qu’on lui donne que dans l’article d’un Spectacle qu’elle décore si bien.
Camilla Veronese. Anagramma. L’amore se la Vince. Madrigal.
Quel dio che il cor t’accende,
Quel si potente e vago dio d’amore
Per se steffo ti prende,
E schiava sua ti rende ;
Ond’hai si pien di tenerezze il core,
Tu sei d’amore ancella,
E il tuo principe Amore
Ti rende a noi cosi cortese, e bella.
Donne che amor vincete,
A Camilla cedete ;
Amor, prigionier vostro, in voi non brilla ;
Ma vezzosa Camilla
Dall’ardenti d’amor dolci pupille,
Amorosa sfavilla
D’amor a mille a mille
Le infuocate scintille.
Ella del Dio che sopra d’essa regna,
La Vittoriosa insegna.
Porta fastosa ; e o parli, o danzi, o rida,
I cori incanta, e l’incostanza sfida.
Réponse de l’Amour à l’Anagramme de
Mlle Camille, par M. de Casa-Nova.
Nous, soussignés, Dieu des Amants,
Par qui tout l’Univers à l’Univers se lie,
Reconnaissons pour Vers charmants
Ceux qu’une Muse d’Italie
A faits d’après nos sentiments,
Pour l’un des plus chers ornements
De Terpsichore & de Thalie.
Nous cédons sans rougir à ses attraits vainqueurs.
Mais pourquoi dans son nom consulter nos Oracles :
N’avons-nous pas écrit son pouvoir, ses miracles,
Dans ses yeux & dans tous les cœurs ?
Signé par sa Divinité ;
Et plus bas paraphé par la Sincérité.
Sur le Portrait de Mlle Camille Véronèse,
fait en Vers italien2.
Pour orner les sacrés lambris
Du fameux Temple de Cythère,
L’autre jour l’enfant de Cypris
Voulut, à l’insu de sa mère,
Faire peindre Camille, à qui dans l’art de plaire
Nulle belle jamais ne disputa le prix,
Sans avoir eu le sort contraire.
Mais pour remplir ce beau projet,
Il lui fallait un Peintre habile,
Dont le pinceau tendre & facile,
Après bien des efforts, pût rendre trait pour trait
Les charmes séduisants de l’aimable Camille.
Où le trouver ? À cet effet
Le petit Dieu se mit en quête ;
Mais nul rimeur Français ne reçut sa requête,
La difficulté les arrête.
Cherchons ailleurs, dit-il, et ne nous lassons pas :
De ces Auteurs l’excuse est bonne :
Pour peindre la beauté que vit naître Vérone
C’est peu d’avoir des pinceaux délicats,
Il faut brûler pour elle, & soupirer tout bas.
Après ces mots, il part, il s’informe, il furète,
Il cherche partout ce Poëte :
Il chercha tant, qu’à la fin il trouva
L’ingénieux Casanova,
Cet heureux rival de Pétrarque,
Dont les écrits, & le savoir,
Du temps qui détruit tout, braveronta le pouvoir,
Lorsque l’Auteur aura passé la barque.
L’Amour l’aborde, & lui dit : Ami cher,
Prends tes crayons, trace-moi la peinture
De cet objet dont la figure
D’un de mes dards t’a fait sentir le fer.
Casanove obéit, & se met à l’ouvrage ;
L’espoir de plaire l’encourage,
Des couleurs les Grâces font choix,
Le Goût conduit ses pinceaux & ses doigts ;
Le Dieu qui préside au Permesse3,
Quoique jaloux, l’inspire & le caresse,
Et l’enfant même de Cypris4
Forme l’éclat du coloris,
Tant cet ouvrage l’intéresse.
Ce tableau fait, Cupidon enchanté,
Ordonne à la Typographie
D’en multiplier la copie,
Avant que ce chef-d’œuvre à Paris enfanté,
Parte pour décorer le Temple d’Idalie :
Ainsi qu’il ordonna, tout fut exécuté.
a. Le texte porte ici une virgule. Nous l’interprétons comme une coquille et la supprimons.
Projets de loterie grammaticale1
Le Fonds Casanova conserve un projet de loterie grammaticale où les joueurs miseraient sur des syllabes. Ce document, que nous donnons en intégralité, comporte deux versions de ce projet, séparées par cinq pages de tableau. La seconde version dans l’ordre des archives développe un projet moins élaboré.
LOTERIE GRAMMATICALE
Le corps de cette loterie sera composé de treize centsa syllabes qui formeront quoiqu’imparfaitement toute la langue française, et plus imparfaitement toutes les langues de l’univers. Pour parvenir à la perfection on ose avancer queb trois mille syllabes auraient été suffisantes.
Ces treize cents syllabes, qu’on voit dans le tableau ci-joint2, écrites chacune sur un billet fait en rouleau, tous les billets étant de la même forme, et étant tous mêlés dans une roue de Fortune, offrent un tirage à un temps déterminé de quatre-vingts billets, faits pour décider le gain, ou la perte de tous ceux qui auront la curiosité d’y jouer.
Ces jeux seront de quatrec espèces, savoir : le monosyllabe, le dissyllabe, le trisyllabe, et le tétrasyllabe.
Le monosyllabe sera une seule syllabe qu’on appelle un extrait dans la loterie connue de quatre-vingt-dix numéros. Celui qui le gagnera recevra treize fois la somme qu’il y aura mised dessus. Cette somme ne pourra pas être moindre qu’un florin, ni majeure de3 mille. Celui qui voudra jouer ce monosyllabe en déterminant sa sortie première, ou seconde, ou troisième jusqu’à la quatre-vingtième, on lui payera, s’il sort comme il l’a joué, 1 040 fois sa mise.
Le dissyllabe sera une union de deux syllabes prises du tableau, et écrites avec la même orthographe, séparées l’une de l’autre par un point, ou petite ligne. Celui qui le gagnera recevra 171 fois la somme qu’il aura jouéee. La moindre sera une pièce de vingt craïtzer4, la majeure sera de cinquante florins. Le joueur sera le maître de donner à son dissyllabe la qualité de disposé, et pour lors, s’il gagne, on lui paiera la mise 342 fois. Supposons qu’il mette Ro-me. S’il ne donne pas à son dissyllabe l’épithète de disposé il gagnera quand même le me sortirait avant Ro ; mais s’il le joue disposé il ne gagnera que dans le cas qu’il sorte dans l’ordre où il l’aura placé. La séparation des deux syllabes ne lui sera pas préjudiciable, car il gagnera tout de même quand Ro sortirait première, et Me quatre-vingtièmef.
Le trisyllabe sera une union de trois des syllabes prises du tableau visiblement séparées l’une de l’autre par un point comme les dissyllabes. On payera au vainqueur 2 264 fois sa mise : la moindre sera d’une pièce de vingt craitzer, la majeure de dix florins. Le joueur sera le maître de jouer son trisyllabe disposé, et pour lors s’il gagne on lui payerag sa mise 13 584 fois. Exemple. Il joue for.tu.ne : s’il le joue simple il gagnera quelconque soit5 l’ordre dans lequel les trois syllabes se trouveront dans les quatre-vingts extraites ; mais s’il joue disposé for devra sortir avant tu, et tu avant ne : sans cela il aura perdu.
Le tétrasyllabe sera une union de quatre syllabes prises du tableau. Si les quatre syllabes sortiront quel que soit l’ordre de leur arrangement on payera au vainqueur trente mille fois la somme qu’il aura jouéeh. Il n’y aura point de jeu disposé sur le tétrasyllabe à cause de sa difficulté, puisque les quatre syllabes pouvant sortir dans vingt-quatre arrangements tous différents entr’eux on devrait payer au vainqueur sept cent vingt mille fois sa mise. Le joueur sera le maître de lier ensemble autant de syllabes qu’il lui plaira, et de les jouer par ambe, par terne, et par quaderne, et on payera ses mises dans les justes proportions qu’on verra sur le tableau, qu’on distribuera imprimé gratis à tous ceux qui le demanderont. Le seul tétrasyllabe aura le privilège d’être joué à quatre craitzer lorsque les syllabes liées ensemble surpasseront le nombre de quatre ; de sorte que chacun sera le maître de jouer, par exemple, sur cinq syllabes une pièce de vingt craitzer en le déclarant combiné en tétrasyllabei : si quatre de ces syllabes sortent on payera pour lors au joueur la somme de deux mille florins, quij fait précisément le total de 30 000 fois quatre craitzer.
Il ne sera pas permis de jouer une parole dans laquelle la même syllabe se trouverait répétée, comme Papa, refaire, témérité.
Que cette loterie soit non seulement plus amusante, maisk plus avantageuse au public que celle de Gênes on peut le démontrer. Plus avantageuse assurément parce qu’il est plus facile d’y gagner, et plus amusante parce qu’on regardera comme des oracles tout ce que les quatre-vingts syllabes sorties diront à tous ceux qui les examineront. Que la facilité d’y gagner soit plus grande qu’à celle de quatre-vingt-dix nombreslm sera une vérité qui sautera aux yeux de tous ceux qui savent compter. Cinq nombres qu’on tire de quatre-vingt-dix font une proportion d’un sur dix-huit ; et quatre-vingts qu’on tire de treize cents font une proportion d’1 sur 16 à peu près6. La difficulté de gagner à la loterie est moindre d’un neuvième dans celle-ci en comparaison de celle de Gênes. Par cette raison le gain est diminué à proportion dans les monosyllabes, dissyllabes, trisyllabes, et tétrasyllabes. Il suffira de réfléchir que l’extraction des cinq nombres à la loterie de Gênes n’offren à la fortune des joueurs que 25 lots, c’est-à-dire 5 extraits, 10 ambes, et dix ternes, tandis qu’une extraction de 80 syllabes forme 1 666 982 lots7 : c’est-à-dire 80 extraits, 3 160 dissyllabes, 82 120 trisyllabes, et 1 581 580 [tétrasyllabes]o.
Un singulier effet d’une pareille loterie sera celui d’apprendre à tous ceux qui se feront un plaisir d’y jouer à bien lire, et à bien écrire : ce sera une véritable école, dont le public jouira gratis : et l’application avec laquelle on étudiera les quatre-vingts syllabes extraites ne sera pas moins singulière, car tout le monde, et chacun y trouvera des arrangements différents de phrases faites pour indiquer des choses ou futures, ou présentes toujours vaines, et sans nul fondement de vérités réelles, mais non pas telles pour la fantaisie, le goût, et les différents génies des hommes, dont la plus grande partie aime mieux chercher la lumière dans les ténèbres, que se tenir avec l’esprit tranquille dans le peu de vérités qu’une faible lueur de la nature nous montre. Le nombre de phrases qui peut sortir de l’assemblage casuel de 80 syllabes est étonnant. Il donne 6 320 mots de deux syllabes, il en donne 492 960 de trois, et en trouve 37 957 920 de quatre8. Ainsi le lecteur judicieux voit que je n’ai pas exagéré lorsque j’ai dit que le corps de cette loterie contient toutes les langues de l’univers connues, et non connues, et tous les dialectes du genre humain. Les trente langues connues nep parviennent pas à donner toutes ensemble un million de mots.
C’est une question décidée depuisq que le raisonnement existe qu’il n’est pas possible de calculer l’alphabet en lui donnant même le nombre de trente lettres entre voyelles et consonnes qui forment tous les sons que la voix humaine peut former : je calcule le Zde des Grecs qui n’est pas le nôtre, le t des Anglais, qui est the, l’elle des Polonais, l’acher oriental, l’agnaim des juifs, les nasales, et les diphtongues, qui peuvent tenir lieu de voyelles, et l’alphabet est toujours incalculable à cause de l’arrangement impossible à la pratique des consonnes sans voyelles qui en nature ne peuvent avoir aucun son. La complication d’un calcul pareil met aux abois les plus profonds des mathématiciens. Mais ce calcul ne m’a pas paru impossible en syllabes dont chacune doit avoir pour le moins une voyelle. Chacun voit qu’en établissant neuf voyelles je n’ai besoin que de calculerr l’alphabet en neuf classes en donnant existence à la syllabe possiblement plus ample qui ne peuts avoir d’étendue plus grande que de dix lettres dont une sera voyellet, et neuf consonnes.
Cette loterie donc pourra intéresser toutes les nations, qui pourront jouer des phrases composées dans leurs langues particulières, et par là elle procurera à l’État beaucoup d’argent des pays étrangers, dans lesquels les joueurs pourront donner commission aux banquiers qui ont des correspondances partout9.
Une autre excellente qualité sera favorable à l’admission de cette loterie : elle aura celle de faire tomberu celle de Gênes, et le souverainv ne pourra qu’en être satisfait, puisqu’outre que l’abus l’a rendue scandaleuse, elle est visiblement ruineuse pour les pauvres gens, qui ne savent rien autre de certain sinon qu’ils ont besoin d’argent, et qui ne sachant pas calculer le cherchent dans des possibilités dont ils ne connaissent pas l’étendue. Il faut délivrer le peuple de ce cruel impôt, et pour l’en délivrer il faut le mettre dans le cas qu’il ne puisse pas jouer lew craizer10. Une pièce de vingt craitzer n’incommode pas la personne qui peut la jouer, et le vrai pauvre ne peut pas la risquer, car il peut bien se déterminer à risquer sa nourriture d’un jour mais non pas celle d’une semaine.
Les règlements de la régie de cette loterie devront être regardés comme de la plus grande importance, puisqu’ils devront être établis tant pour garantir le souverain qui en sera le chef des fraudes des joueurs, ou des ministres, que pour rendre sûr le public que rien ne pourra le frustrer de son gain dans le cas que la fortune lui soit favorable.
On la tirera six fois par an, c’est-à-dire tous les deux mois en public, et huit jours avant le tirage on en fera la clôture : c’est-à-dire qu’on ne recevra plus aucune mise. Le jour du tirage sera un jour de grande poste11. Les joueurs auront du collecteur un billet sur lequelx leurs mises seront écrites à la main, mais ils seront obligés de prendre le billet imprimé, lorsqu’il sera prêt, car c’est sur l’imprimé qu’on le payera s’il gagne, et non pas sur l’écrit. La direction sera la maîtresse d’interdire autant de syllabes qu’elle voudra, mais non pas dey diminuer à sa fantaisie la mise du joueur. On lui rendra tout son argent si le jeu ne peut pas se faire ou on luiz remettra l’imprimé en déchirant le billet écrit. Le billet imprimé doit être exempt de toute faute, en caractères clairs sur du papier assez bon grand comme un quart de feuille. Pour s’assurer de l’exacte correction il faudra avoir un directeur à l’imprimerie, et en même temps réviseur, qui ayant sous lui des subalternes devra répondre de laaa légalité du billet imprimé, car il doit l’être comme le billet écrit, et le joueur ne doit pas craindre qu’on lui conteste son gain pour aucune cause, et principalement sous l’indigne prétexte que sur le protocole du collecteur quelque syllabe se trouve différente. Ces raisons ne sont faites que pour chicaner les joueurs, et pour les mettre de mauvaise humeur contre la loterie, et les faire parler pour la décrier. Chaque syllabe sera accompagnée par le nombre auquel elle sera annexée dans le protocole. Toutes les cédules12 imprimées seront doubles sur un seul papier, et ce sera un coup de ciseau irrégulier qui les sépareraab en deux, car chaque cédule imprimée livrée au joueur devra avoirac sa pareille qui sera placée en ordre dans le grand protocole qui sera tenu dans une chambre, qui auraad trois différentes clefs, une desquelles seraae entre les mains du directeur, l’autre entre celles de l’inspecteur, la troisième entre celles du caissier. Le jour avant le tirage toutes les cédulesaf devront se trouver dans cette chambre. Cette seule précaution suffit pourag garantir l’entreprise de toute cédule fausse. On aura outre cela la copie de tous les protocoles des collecteurs. Les paiements se feront trois jours après le tirage, et les gagnants auront une année de temps pour venir prendre leur argent. L’année dévolue les cédules deviendront de nulle valeur.
Les cédules à chaque tirage auront un nouveau paraphe imprimé. On le cassera trois jours avant le tirage, et on fera un autre qui restera entre les mains de l’inspecteur de l’imprimerie.
Le castelletto sera très important, et le chef devra avoir une responsabilité si forte que ce devra être un homme très versé dans son genre. Son office doit être non seulement celui de fermer, ou défendre une syllabe lorsqu’il la trouve trop chargéeah, mais outre cela celui de posséder la méthode facile de connaître avec vitesse, et certitude tous les gains dans le même jour du tirage pour pouvoir en rendre compte au souverain.
Loterie grammaticaleai
Le corps de cette loterie doit être de cent quatre-vingts billets, dont quatre-vingts dixaj noirs, et quatre-vingts dixak rouges alternativement, c’est-à-dire le premier noir, le second rouge, le troisième noir, le quatrième rouge, etc. : jusqu’au cental quatre-vingtième. Chaque billet doit être caractérisé par une syllabeam qui sera composée ou d’une, ou de deux, ou de trois, ou de quatre, ou de cinq lettres qu’on nommera monogrammes celle d’une lettre, bigrammes celle de deux, trigrammes celle de trois, tétragrammes celle de quatre, et pentagrammes celle de cinq. Les noms de ces billets seront tous exposés au public sur des tableaux permanents, et distribués gratis sur une feuille imprimés en gros caractère. Voici les noms des billets, et l’ordre invariable dans lequel ils seront enregistrés. La petite au-dessus indique la couleur rouge.
Tous ces cent quatre-vingts billets seront enfermés dans autant de boîtes blanches parfaitement rondes qui seront fermées à visan, et toutes les boules seront publiquement mises dans une roue de fortune, de laquelle tous les quinze jours on fera que par le moyen d’un ressort il en sorte douzeao une à la fois sans que main humaine y touche, et la façon dont on exécutera ce tirage sera telle que tout le monde sera satisfait, et neap causera aucun soupçon de malversation.
Ces douze boules extraites et publiquement ouvertes et publiées décideront du gain, ou de la perte de tous ceux qui auront risqué leur argent à ce jeu plus avantageux que celui trop connu de quatre-vingt-dix numéros pour les joueurs, et pour la banque de la loterie. Plus avantageux pour les joueurs à cause du tirage de douze billets, et non de dix, comme proportion gardée serait l’autre, plus avantageux pour la somme de l’argent qu’on paie selon la qualité des jeux, plus avantageuxaq pour la multiplicité des hasards qui ouvrentar un plus vaste champ à la fortune des joueurs, et plus avantageux enfin pour la satisfaction des joueurs dont le plaisir sera bien plus grand à jouer sur des mots, que sur des nombres qui ne signifient jamais rien, etas qui induisent les joueurs dans des spéculations aussi absurdes que frivoles. Il sera en même temps plus avantageux à la banque de la loterie, puisque le nombre des concurrents s’augmentera du double, et du quadruple, et cette augmentation sera formée par l’argent des États voisins, dont les habitants amateurs de la fortune ne manqueront pas d’y placer des sommes considérables à chaque tirage. On peut aussi observer en passant que ce jeu influera sur le progrès de la belle culture, puisqu’il est évident qu’il entraînera tout le monde à apprendre à bien écrire, et à observer l’orthographe qu’aujourd’hui nous voyons par presque tout le peuple trop négligée.
Si le jugement philosophique veut pour un moment s’arrêter sur la nature de ce jeu il peut aller beaucoup plus loin : dans tant de milliers d’anagrammes que douze numéros peuvent former, le tirage donnera sujet au public curieux de trouver dans les syllabes extraites mille différentes sentences que chacun voudra interpréter à sa fantaisieat, et qui seront l’amorce sûre d’une réussite qui paraîtra fanatisme.
Voici le catalogue de tous les jeux dont la législation de la banque rendra la loterie susceptible.
Pr.mo13 Sur l’extraction
Les cent quatre-vingts billets de la loterie étant justement divisés en égale quantité basse, et haute, et noire, et rouge, chaque personne sera la maîtresse de jouer extraction basse, ou extraction haute, extraction noire, ou extraction rouge, extraction basse, et noire, extraction basse, et rouge, extraction haute et noire, extraction haute, et rouge.
Pour celui qui jouera extraction basse simplement, ou haute simplement il faudra pour qu’il gagne qu’au moins sept des douze billets soient bas s’il aura joué pour les bas, ou soient hauts s’il aura joué pour les hauts. La mêmeax condition seraay celle de ceux qui auront joué pour la noire, ou pour la rouge. La banque de la loterie paiera au vainqueur de cette espèce de jeu deux fois sa mise. Elle la lui paiera quatre fois s’il gagnera l’ayant jouée basse et noire tout ensemble, ou basse et rouge, ou haute, et noire, ou haute et rouge.
Extraits
On jouera suraz chacun des douze extraits en le nommantba bas, ou haut, noir, ou rouge, et on paiera au gagnant deux fois sa mise avec un rabais debb cinq pour cent. On la paiera quatre fois à celui qui jouerabc quelconque des douze extraits bas et noir, ou bas et rouge, haut et noir, ou haut, et rouge avec le même rabais.
Quiconque jouera sur le premier second troisième etc. extrait trigramme on lui paierabd2 fois sa mise, et s’il y adjoint la couleur on la lui paiera 4 fois avec une augmentation dans le paiement de cinq pour cent.
Quiconque voudra jouer pour premier second troisième etc. extrait bigramme on lui paiera deux fois la mise avec une augmentation de douze pour cent, et on la paiera quatre fois à ceux qu’y ajouteront la couleur.
Ceux qui voudront jouer que l’extrait premier second troisième etc. sera un monogrammeau gagneront s’ils devinent sept fois leur mise, et quatorze fois s’ils y ajouteront la couleur. Dans cet article il n’y aura ni augmentation ni diminution dans le paiement.
À ceux qui prétendront deviner que quelconque des extraits sera un tétragramme on leur paiera s’ils gagneront neuf fois la mise avec une augmentation de sept pour cent.
Chacun pourra jouer par extrait simple tel billet de 180 qu’il lui plaira, et on lui paiera douze fois la mise ; et si l’extrait sera déterminé on la lui paiera 144 fois.
Des ambes
À celui qui mettra à deux syllabes quelconque des cent quatre-vingts, si elles sortiront on paiera cent quatre-vingts fois la mise, et ce sera l’ambe simple. Onav paiera la mise 360 fois à celui qui gagnera l’ambe composé : c’est-à-dire s’il sortira dans l’ordre même dans lequel il l’aura joué. Supposons que le joueur ait mis le mot Grâce : ce mot composé de deux syllabes gra-ce devra sortir ayant laaw trigramme gra avant le bigramme ce sans la nécessité pourtant que ces deux syllabes se suivent immédiatement. Si le ce sortira avant le gra, il gagnera l’ambe simple en supposant qu’il l’ait joué. On pourra jouer cet ambe simple, et composé tout ensemble, et pour lors on paiera au joueur s’il sort simple, et non pas dans l’ordre dans lequel il l’aura joué 90 fois la mise : s’il sortira dans l’ordre même qu’on verra dans son billet on lui paiera la mise 120 fois. Le joueur dans un seul jeu ne pourra répéter le même billet. Par exemple même tête ; on ne pourra pas jouer ce mot-là par ambe puisque ce serait la même syllabe bigramme répétée, mais le joueur sera le maître d’en faire un terne en jouant me-m-e. te-t-e ; et ainsi du reste. Nous allons parler des ternes.
Des ternes
L’union de trois billets formera le terne, et on paiera au vainqueur 2 626 fois la mise, et on appellera ce terne terne simple. On pourra jouer le terne composé, et en cas de gain on paiera au vainqueur 15 756 fois la mise. Le terne simple s’entendra gagné lorsque les trois topes14 joués par terne se trouveront dans les douze extraits un avantbe ou un après l’autre immédiatement, ou médiatement. Le terne composé sera gagné lorsque les trois topes sortiront dans l’ordre même qu’on les aura joués. Supposons qu’on joue ce terne Dieu est roi : si on le joue simple nommément le joueur gagnera 2 626 fois sa mise quand même le tope roi sortirait avant Dieu, ou avant est,bf ou est avant Dieu etc. : mais si le terne sera nommé composé on ne paiera 15 756 fois la mise au vainqueur qu’en cas qu’il sorte dans l’ordre même dans lequel il l’aura joué quoique séparé par d’autres topes.
Des quadernes
Quaderne sera appelée une union de quatre topes. On ne pourra la jouer que simple, et on paiera au vainqueur quarante mille fois sa mise.bgOn ne prendra pas le quaderne composé attendu que par la grande difficulté de le trouver, il faudrait pour garder les proportions payer au vainqueur 960 000 neuf cent soixante mille fois la mise. Par la même raison on ne tiendra ni la quine, ni la sestine, ni les autres liaisons dont douzebh topes extraits sont susceptibles. Le joueur cependant sera le maître de lier ensemble tant de topes qu’il lui plaira, et de les jouer tous par extrait, par ambe, par terne, ou par quaderne tout comme il lui plaira payant sa mise en proportion des jeux qu’il aura faitsbi.
Pour faciliter même les jeux de plusieurs topes unies ensemble voici différents jeux qu’on recevra.
Quiconque voudra risquer un louis, et pas moins, sur douze topes liés ensemble sera le maître d’adopter ce jeu.
Il liera ensemble douze topesbj des cent quatre-vingts, et il les jouera tous à un louis.
S’il en sortira deux on lui rendra son louis.
S’il en sortira trois on lui paiera 8 fois sa mise c’est-à-dire qu’on lui paiera 8 louis.
S’il en sort quatre on la lui paiera 38 fois.
Si cinq 111 fois.
Si six 280 fois.
Si sept 576 fois.
Si huit 1 062 fois.
Si neuf 1 392 fois.
Si dix 2 887 fois.
Si onze 4 392 fois.
Si douze 6 423 fois.
Pour le jeu de onze topes liés ensemble en jouant un louis
S’il en sort deux on lui rendra son louis
Si trois on lui paierabk onze fois la mise.
Si quatre 1 432 #15_____59 fois la mise.
Si cinq 4 710_____194 fois la mise.
Si six 11 800_____450 fois la mise.
Si sept 14 899_____1 037 fois la mise.
Si huit 41 704_____1 737 fois.
Si neufbl77 412_____3 142 fois.
Si dix 229 72_____05 405 fois.
Si onze 198 825_____8 299 fois.
Pour les jeux des dix topes liés ensemble en risquant un louis
S’il en sortira deux on rendra le louis.
Si trois on paiera 400 #_____16 fois.
Si quatre 1 956_____81 fois.
Si cinq 6 020_____250 fois.
Si six 14 420_____600 fois.
Si sept 18 484_____1 146 fois.
Si huit 53 040_____2 210 fois.
Si neuf 88 316_____3 679 fois.
Si dix 145 440_____6 060 fois.
a. Orth. cent. De même pour les occurrences suivantes. Nous corrigeons systématiquement.
b. Vingt-qua[tre] biffé.
c. Ponctuation originale : espèces : savoir. Le monosyllabe […].
d. Orth. mis.
e. Orth. joué.
f. Il se biffé.
g. Orth. païera.
h. Orth. joué.
i. Orth. tétrasillabe, ici.
j. Est biffé.
k. Orth. ma.
l. Orth. nombre.
m. Est biffé.
n. Orth. offrent.
o. Le mot a été omis.
p. Donnent biffé.
q. Longtemps biffé.
r. Toutes les le[ttres] biffé.
s. Être biffé.
t. Orth. voielle, ici.
u. L’ordinaire biffé.
v. En sera enchanté biffé.
w. Gros[chen] souligné et biffé. Un groschen vaut 3 kreutzer.
x. Sa mise sera.
y. Modérer biffé.
z. Rendra biffé.
aa. Perfection biffé.
ab. Orth. sépareront.
ac. La biffé.
ad. Deux biffé.
ae. Orth. seront.
af. Doivent biffé.
ag. Assurer biffé.
ah. Orth. chargé.
ai. À l’exception de la liste des billets, écrite en pleine page, Casanova écrit cette seconde version du projet en n’utilisant que la moitié droite de la page. Nous ne respectons pas cette présentation.
aj. Blancs biffé. La même substitution se trouve dans la suite du texte, nous ne la répétons pas.
ak. Noirs biffé. La même substitution se trouve dans la suite du texte, nous ne la répétons pas.
al. Vingt biffé.
am. Orth. sillabe dans toute cette version du projet.
an. Orth. vice.
ao. Orth. douse. De même ensuite.
ap. Laissera biffé.
aq. Enfin biffé.
ar. À la fortune un plus vaste champ pour.
as. Orth. e.
at. Orth. phantaisie, mot peu lisible.
au. On le biffé.
av. La biffé.
aw. Sillabe biffé.
ax. Chose biffé.
ay. Mot peu lisible : orth. sara.
az. Tous biffé.
ba. Orth. nomment.
bb. Deux et demi biffé.
bc. L’extrait biffé.
bd. Trois biffé.
be. Un biffé.
bf. Ou est premier etc. biffé.
bg. Si on biffé.
bh. Numéros biffés.
bi. Orth. fait.
bj. Soit biffé.
bk. 270 livres biffé.
bl. 76 692 biffé.
Tableau d’une nouvelle méthode à l’avantage de la loterie de Rome1
Les taxes sont aussi nécessaires à celui qui dirige l’État qu’elles sont odieuses au sujet ; et le souverain qui doit avoir soin de l’un et se faire aimer de l’autre ne trouve jamais d’autre moyen de lever des taxes en combinant deux intérêts moralement opposés qu’en établissant des opérations à l’utilité desquelles le peuple prête volontairement son concours, et contribue2 ainsi de bon cœur aux besoins du prince sans murmurer.
Prendre de l’argent en accordant une rente perpétuelle ou viagère, vendre des charges ou aliéner des juridictions, par ces moyens le prince se secourt sur-le-champ, mais, au lieu de diminuer ses besoins, il les accroît. Ce ne sera donc pas de ces moyens récusés que je parlerai, mais d’autres, qui procurent de l’argent comptant au souverain, versé par le public sans que le public ne se plaigne.
La loterie de Gênes produit cet effet admirable, et qu’il me soit permis de développer mes réflexions sur ce point.
Cette loterie, qui est aujourd’hui établie dans la plupart des cours d’Europe pour l’avantage de celui qui les gouverne, et pour le plaisir et l’honnête satisfaction des sujets, fut trouvée par hasard. Elle porte le nom de loterie de Gênes parce qu’elle naquit dans cette ville, où l’on tirait au sort le nom de cinq sénateurs, parmi quatre-vingt-dix. Les paris que faisaient sur ce tirage au sort ceux qui prétendaient deviner un, deux, ou trois, ou quatre, et même tous les cinq noms3, donnèrent lieu à des calculs, en conséquence desquels on décida de rendre le jeu public, en offrant quatre-vingt-dix numéros au bon plaisir de chacun, [et] en établissant la maxime d’en tirer cinq au sort pour décider qui, parmi les joueurs, aurait gagné et qui aurait perdu.
On vit que l’on pouvait gagner dix-huit contre un4 si l’on avait deviné un numéro ; quatre cents et demi contre un si l’on en avait deviné deux ; et onze mille sept cent quarante-huit contre un si l’on en avait deviné trois, etc., etc.
En raisonnant selon ce principe indéniable, que la force du calcul démontre infaillible, on établit que si, au moment de payer les extraits victorieux la caisse du loto retenait à son profit un quart du gain ; pour les ambes les deux cinquièmes : et les trois cinquièmes pour les ternes, l’établissement de cette loterie produirait des gains tout à fait considérables que l’on pourrait destiner aux besoins de l’État, au bien du public, et à ces dépenses nécessaires à la société qui, pour pouvoir être engagées, exigent que l’on accable cette même société de taxes toujours pénibles pour le prince, parce que le public ne les reçoit jamais de bonne grâce, et les paie difficilement.
Rien ne parut plus beau aux souverains, et plus sage à la saine politique, que l’établissement d’une taxe, qui bien loin d’être importune, séduisait ; impôt agréable, et si généralement apprécié qu’au début de son établissement en Italie les communautés, États et principautés qui ne l’avaient pas dans leur district non seulement se plaignaient, mais, pour être au nombre des concurrents, envoyaient leur argent là où la loterie était établie. Dès que la chose fut connue, la raison d’État obligea tous les princes à établir la loterie sur leur territoire.
Ceux qui sont nés pour gouverner n’ignorent pas que le peuple a besoin de quelque passe-temps, et de s’occuper par quelque amusement au milieu de l’oisiveté, toujours dangereuse, et pour cette raison ils sont sages s’ils lui administrent des occupations innocentes, qui le divertissent, et le détournent de s’abandonner aux vices auxquels il incline par nature. Le peuple doit être conduit à faire tout ce qui importe au gouvernement avec la plus grande habileté, jamais au grand jour en étant contrarié dans ses défauts, mais guidé avec sagacité et secondé, au besoin, avec une indulgence prudente, et des remèdes qui opèrent de telle sorte que son esprit superficiel5 perde la force de le mener aux excès.
L’homme croit généralement à la fortune, il aspire à ses faveurs, il les recherche et y prétend. Ce sentiment, qui naît avec nous, et dont nous ne savons pas ce qu’il est, fait que nous croyons qu’il existe des chanceux et des malchanceux, et il nous rend injustes au point que nous appelons chanceux un homme qui est parvenu aux plus hautes fonctions par son mérite, et malchanceux celui qui est opprimé par la misère, dans laquelle il ne languirait pas, s’il avait été prudent. Ce génie, qui est le même qui fit autrefois adorer à Préneste6 cet être imaginaire, conduit aujourd’hui encore tout l’univers à lui rendre une forme d’hommage par le jeu. Pour modérer cet esprit, et pour repousser cette passion trop naturelle, il me semble que le souverain peut, et même doit, autoriser le jeu en partie, et l’instituer de telle façon que le bénéfice en revienne au trésor public, et que, malgré cela, les portes restent grandes ouvertes à cette fortune, que les joueurs cherchent, et implorent, et que tout le monde s’accorde aujourd’hui, grâce à Dieu, à reconnaître pour ce qu’elle est en l’appelant providence divine.
Ce jeu autorisé doit être la loterie, mais celle-ci doit être établie le plus possible de façon à accroître le plaisir des joueurs beaucoup plus que toute autre sorte de jeu. Considérons que le public joue à la loterie l’argent superflu, ou du moins celui qu’il emploierait, s’il n’avait pas l’occasion de le dépenser ainsi, dans des divertissements dangereux pour le corps, et pour l’âme, et qu’il trouverait encore le moyen de risquer, malgré les interdictions, dans des jeux de pari qui entraînent tricheries, escroqueries et donnent à paître aux fourbes, provoquant des ruines inévitables, et des abîmes de misère chez les particuliers. Considérerons que l’argent que le public dans son ensemble doit nécessairement perdre en jouant à la loterie, en allant dans les mains du sage souverain, retourne entièrement au public, auquel le souverain le reverse d’une main bénéfique, et que cet argent reversé se trouve de meilleure façon employé à de meilleurs usages, de sorte que la dépense que fait le peuple à la loterie, bien loin de le ruiner, devient circulation d’espèces, diversion salutaire.
Après avoir trouvé louable la maxime d’autoriser et de rendre stable, et fixe à Rome cette loterie, il faut penser à lui faire faire ces effets profitables au souverain qu’elle ne produit pas encore suffisamment, parce qu’elle est encore dans l’enfance. Il faut la faire sortir du berceau et la mettre en vue avec nombre des règlements dont elle est susceptible, aptes à la rendre plus utile au souverain qui l’organise, en la rendant plus agréable et alléchante pour les joueurs.
Quelle nécessité y a-t-il de la restreindre à quatre-vingt-dix numéros, et de n’en extraire que cinq ? Au nom de quel préjugé la tenir à l’étroit dans ce système fortuit et ne pas lui ouvrir ces belles voies pour lesquelles tout homme qui sait un peu d’arithmétique peut voir qu’elle est faite ?
Laissons que Gênes tire ses cinq numéros, et que tout autre État l’imite, et donnons-lui quant à nous un nouveau plan, et attirons ainsi à nous l’argent des joueurs curieux des États voisins, qui, je le sais, accourront en foule pour le jouer, alléchés par des règlements que je connais et que je désire exposer au jugement du souverain auquel il revient de les adopter.
Au moindre signe dont j’espère m’être rendu digne, je démontrerai la vérité de ce que je propose, et ferai voir clairement que les gains doubleront pour la caisse, résultant du plus grand nombre de joueurs provoqué par l’attrait qu’aura à leurs yeux la nouvelle méthode, et par le plaisir qu’ils auront à la suivre.
Cette méthode ne sera pas compliquée, mais très facile à expliquer en un bref manifeste où elle sera notifiée au public avec la plus grande clarté. Les prix modiques qui sont actuellement établis selon la décision des joueurs ne seront en aucune façon modifiés.
Cette loterie, telle qu’elle est aujourd’hui, ne comporte, en comptant les extraits, les ambes, et les ternes, que quinze mille sept cent cinquante-huit possibilités ; et les cinq numéros qui sont tirés, n’en comportent que vingt-cinq.
Le nouveau plan fera en sorte que le tirage comporte, ou puisse compter jusqu’à cent soixante et onze combinaisons différentes, et la loterie tout entière en comprendre huit millions cinq cent mille cinq cent trente.
Celui qui expose ce projet supplie le vénéré jugement de celui qui le lit de ne pas le mépriser tant qu’il n’aura pas le plan sous les yeux, qui ne peut pas être deviné parce que celui qui l’offre en est l’inventeur, et ne l’a communiqué à personne. Celui-ci donnera aussi une nouvelle méthode pour le castelletto7, qui diminuera de beaucoup la dépense que l’on fait pour diriger celui qui existe aujourd’hui.
Rome, le8 1770
Calculs des proportions pour régler les paiements des gains des seize résultats possibles du nouveau règlement de la loterie publique de Venise1
I – Pair, ou impair sur l’un des cinq numéros tirés quel qu’il soit.
La proportion étant égale on la paiera égale, en retenant dix pour cent du gain.
II – Pair ou impair sur l’ensemble des numéros tirés.
Même proportion qu’à l’article premier.
III – Numéro élevé ou numéro bas sur l’un des cinq numéros tirés quel qu’il soit.
Même proportion.
IV – Tout le tirage bas ou élevé.
Même proportion.
V – Pair bas ou Pair élevé : Impair bas, ou Impair élevé sur l’un des cinq numéros tirés quel qu’il soit.
La proportion étant de 1 à 3, on paiera quatre fois l’argent compté.
VI – Pair bas, ou Pair élevé ; Impair bas ou Impair élevé sur le tirage au complet.
La proportion étant égale à celle de l’article V on observera la même méthode.
VII – Numéro annoncé et exprimé d’après le tirage d’un numéro élevé ou de celui d’un numéro bas2.
La proportion est de un (1) à trente-cinq (35)3 ; mais dans cet article on continue de suivre la méthode de l’ancienne entreprise, qui sans augmentation, ni diminution, paie un peu plus de soixante-six et demi contre un pour un premier tirage.
VIII – Ambe4 déterminé par tirage.
Ici la proportion est de un à 4 005, mais on suit pour les paiements la méthode de l’ancienne entreprise : on paiera donc dix fois plus, ainsi qu’elle paie d’habitude le gain de l’ambe simple.
IX – Ambe disposé.
La proportion de cet ambe est de un à huit cent un, mais on suit, pour payer le gain, la méthode de l’ancienne entreprise, donc on paie le double de ce qu’elle paierait pour l’ambe simple.
X – Ambe déterminé par tirage, et disposé.
La proportion de cet ambe est de 1 à 8 010, mais pour celui-ci aussi on suit la méthode de l’entreprise, on paie vingt fois plus que ce qu’elle paie d’habitude pour l’ambe simple.
XI – Terne déterminé par tirage.
La proportion de ce terne est de 1 à 117 480, mais on suit pour le paiement la méthode de l’entreprise, on paie donc dix fois plus que ce qu’elle paie le gain du terne simple.
XII – Terne disposé.
La proportion de ce terne est de 1 à 70 488, mais on suit pour en payer le gain la méthode de l’ancienne entreprise, c’est-à-dire qu’on paie six fois plus que ce qu’elle paie d’habitude pour le gain du terne simple.
XIII – Terne déterminé par tirage, et disposé.
La proportion de ce terne est de 1 à 704 880, mais on paie selon la méthode de l’entreprise, c’est-à-dire seize fois plus que ce qu’elle paie d’habitude le gain du terne simple.
XIV – Quaterne sec.
La proportion de ce quaterne est de 1 à 511 038, mais pour trois sols5 on ne paiera que 2 000 Ducats, et sans augmentation, ce qui fait un peu plus de 82 666 contre 1.
XV – Colonnes.
Il s’agit de jouer sur les colonnes de la liste habituelle de la loterie, et de deviner en jouant dans quel ordre les cinq numéros qui seront tirés se trouveront dans les trois colonnes. Les modalités déterminées selon lesquelles ils peuvent être tirés sont au nombre de vingt et une, divisées cependant en cinq classes.
La première classe comporte trois modalités de tirage, qu’on met ensemble parce qu’elles ont la même proportion, et ce sont
La proportion de chacune de ces modalités est de 1 à 6 environ, d’où, jouées ensemble, elle sera à coup sûr de 1 à 2 environ.
La deuxième classe comporte pareillement trois modalités, qui ont la même proportion et sont :
La proportion de chacune de ces modalités est à peu de chose près de 1 à onze, d’où, jouées ensemble, elle devient à peu près de 1 à 3 et de 5/8 – à coup sûr.
La troisième classe comporte six modalités disposées de la façon suivante :
3-2-0 — 3-0-2 — 2-3-0 — 2-0-3 — 0-3-2 — 0-2-3
Chacune de ces combinaisons a la même proportion, et elle est de 1 à 24 environ, d’où jouées ensemble, elle devient de 1 à 4 environ à coup sûr.
La quatrième classe comporte six modalités disposées de la façon suivante : 4-1-0 — 4-0-1 — 1-0-4 — 1-4-0 — 0-4-1 — 0-1-4
Chacune de ces combinaisons a la même proportion, et elle est de 1 à 52 environ. Jouées ensemble elle est de 1 à 8 et demi. À coup sûr6.
La cinquième classe comporte trois modalités, qui ont la même proportion, et sont disposées de la façon suivante :
5-0-0 — 0-5-0 — 0-0-5. À coup sûr.
Tous les quines des quatre-vingt-dix numéros étant 43 949 268, et celles d’une colonne 142 506 qu’il faut déduire, il reste 43 806 762 contre 142 506. La proportion est de 1 à 307 environ. Jouées ensemble, elles seront de 1 à 102 environ. À coup sûr.
Première un à six séparément, d’où un à deux.
Deuxième un à onze séparément, d’où un à trois.
Troisième un à vingt-quatre séparément, d’où un à quatre.
Quatrième un à cinquante-deux séparément, d’où un à huit.
Cinquième un à trois cent sept séparément, d’où un à 102.
Sur la cabale :
brouillon d’une lettre à Eva Frank (23 septembre 1793)7
Rachel Frank (1754-1816), devenue Eva après son baptême, était la fille adoptive de Jacob Frank, fondateur d’une secte messianique, les Frankistes, qui rompit avec le judaïsme. Eva joua un rôle important dans le culte frankiste. En 1791, après la mort de Jacob, elle prit la tête de la secte, qui déclina rapidement.
Dans la lettre suivante, dont le brouillon est conservé dans le Fonds Casanova des Archives de Prague, le Vénitien évoque la cabale numérique.
Le casanovisme historique s’est fondé sur cette lettre pour tenter de comprendre la méthode cabalistique de Casanova 8 .
Dans vos lettres, Mademoiselle, que j’ai reçues à leur temps, vous me parlez du développement de l’énigme qui regarde votre existence9. Je me crois dans l’obligation de vous communiquer moi-même des vérités qui pourront vous donner une idée de moi plus nette que celle que notre ancienne connaissance vous a fait concevoir.
Je possède depuis longtemps le Kab-Elia numérique par lequel je reçois une réponse raisonnée en chiffres arabes à toute interrogation que j’écris composée dans les mêmes chiffres. Vous savez, je crois, que le Kab-Eli, qui veut dire secret de Dieu n’est pas la Cab-ala, qui ne consiste qu’en interprétations toujours plus ou moins obscures. Ce que je possède est un vrai oracle qui quoique souvent sous un voile épais me dit toujours la vérité. Je ne vous en enverrais pas un échantillon si je n’en avais pas obtenu en clairs termes la permission. Je l’ai sollicitée de mon même oracle après avoir fait différentes questionsb pour vous convaincre que rien dans ce qui regardaitc le défunt ni vous-même m’est inconnu ; mais cela ne doit pas vous déplaire, car mes lumières n’altérèrent nullement ma façon de penser sur votre compte : elles ne diminueront pas mon estime.
Voicid les deux dernières réponses que j’ai reçuese après votre seconde lettref, et les mêmes paroles par lesquelles j’ai interrogégh le génie qui m’est adjoint, et qui ne me répond que par nombres.
Dis-moi quand Ève Frank sera dans le cas de me développer l’énigme i qu’elle croit que j’ignore, et quel peut être son but, j après m’avoir négligé durant plusieurs années.
Réponse :
J’étais assez instruit k à son égard mais elle n’en conviendra l pas et m ne te dira jamais le tout n ; car le développement de l’énigme ferait évanouir o ses plus chères espérances. Elle se trompe elle-même sur l’article principal.
Seconde demandep.
Pour marque de ma bonne foi je vous envoie, comme vous voyez l’oracle en nature. Les quarante-sept lettres qui le composent sont correspondantes aux 47 nombres qui résultèrent de la pyramide, des quatre clefs O. S. A. D., de la colonne double, et des six zéros doubles.qDepuis douze années après mon initiation le génie qui dirige ce trésor fait tout mon bonheur, et dans toutr ce que j’entreprends c’est mon guides, c’est lui qui m’at garantiu des malheurs durant 19 mois que j’ai passésv à Paris [?]w dans les temps les plus critiquesx.
Indépendamment de tout ceci,yMadame, et par pur sentiment d’amitié écrivez-moi à Leipzigz à quelaa banquier je peuxab vous faire passer trois cents florins ; mais soyez persuadée que le seul intérêt qui me guide à vousacêtre utile est celui du plaisir que je fais à moi-même en vous obligeant à si peu de fraisad. J’ai l’honneur d’être,
Mademoiselle,
Dux ce 23 7bre 1793
Votre très humble, et très obéissant serviteur
a. C’est un ouvrage biffé.
b. Orth. différente question.
c. Votre père biffé.
d. Une biffé. Casanova a ensuite laissé réponse au singulier. Nous corrigeons et l’accordons au pluriel. De même pour le participe passé (reçue dans le manuscrit).
e. Il y a quelques jours biffé.
f. . Voici biffé.
g. Orth. interrogée.
h. L’intelligence qui m’est [un mot illisible] corrigé par surcharge.
i. Dont elle me croit [un ou deux mots corrigés par surcharge, illisibles].
j. Soit qu’elle me dise tout ce qu’elle sait, soit qu’elle ne veuille que me le faire espérer biffé.
k. Quelques mots corrigés par surcharge, illisibles.
l. Jamais biffé.
m. Elle biffé.
n. Ce qu’elle sait biffé.
o. Toutes biffé.
p. Que je viens de faire biffé.
q. Je vous rends par cette démarche maîtresse de ce divin calcul par lequel vous pourriez par une étude assidue parvenir à une science beaucoup plus étendue que celle de feu M. votre père biffé.
r. Orth. tous.
s. La virgule suivante manque, nous l’ajoutons.
t. Orth. ma.
u. De non biffé puis quelques mots illisibles corrigés par des malheurs par surcharge.
v. Orth. passé.
w. Mot peu lisible, sans majuscule.
x. Orth. critique.
y. Mademoiselle corrigé par surcharge.
z. Orth. Leipsic.
aa. Orth. quelle.
ab. Donner la somme de trois cent florins pour qu’ils vous soient remis.
ac. Faire [peut-être un déterminant, illisible] cadeau corrigé par surcharge.
ad. La modicité de la somme vous dispense de penser à la restitution biffé.
Sur Pétrarque et l’amour platonique10
S’il n’avait pas su soulager sa passiona par des poèmes, il se serait tué.
Ceux qui attribuent à Pétrarque un amour platonique sont des rêveurs, qui croient d’avoir besoin de croire son amour tout à fait exempt de grossièreté pour en être dévots, et fanatiques. S’ils l’avaient bien lu ilsb se seraient trouvés désabusés par lui-même. Le grand homme ne fut pas charlatan, il confesse sa longue extravagance, et il en a honte. Il fut amoureux, et malheureux, et il chante l’objet de sa flamme, dont il célèbre la vertu sans cependant nous donner aucune relation des combats ;c je crois qu’il y en a eu car comment aurait-il pu croire Laure cruelle par vertu s’ild n’avait pas été sûr qu’ayant pour lui de l’inclination elle avait pu la vaincre ? Il ne nous en dit rien, peut-être, par ménagement pour elle, et pour soi-même. Mais je ne comprends pas comment les pétrarquistes puissent soutenire qu’il n’ait aimé Laure qu’avec son âme, tandis que vingt fois dans ses sonnets, et dans ses chansons il nous dit qu’il aimaitf toutes ses beautés et non seulement celles qu’il voyait, mais celles aussi qu’il imaginait. Il dit dans un endroit :
Con lei foss’io da che si parte il Sole
Sol una notte, e mai non fosse l’alba 11
et dans une sestine :
In quella piaggia
Sola venisse a stars’ ivi una notte 12
et dans une de ses chansons sur les yeux :
Certo il fin de’ miei pianti
Che non altronde il cor doglioso chiama
Vien da begli occhi al fin dolce tremanti
Ultima speme de’ cortesi amanti13.
Mais l’apostrophe à Pigmalion est trop claire pour laisser le lecteur en doute :
Pigmalion quanto lodar ti dei
Dell’imagine tua, se mille volte
N’avesti quel ch’io sol una vorrei14.
Et dans un autre endroit :
Or comincio a svegliarmi, e veggio ch’ella
Per lo migliore al mio desir cortese15.
Et après :
Oh quanto era il peggior farmi contento 16 .
Je dois cependant accorder aux chastes pétrarquistes, que leur héros dit dans mille endroits de ses poésies qu’il n’aimait dans Laure que ses vertus, son esprit, et pour ainsi dire sa nature angélique ;g et il se peut très bien que Pétrarque en fût persuadé, malgré l’égarement de ses sens, qui souvent devaient surprendre sa vertu : mais ces surprises ne devaient pas être de longue durée ; les moments de faiblesse à peine passés Pétrarque retournait en lui-même, et se trouvant plus amoureux que jamais, se persuadait facilement que la jouissance sensuelle ne pouvait pas être le premier objet de sa passion, et incliné à se flatter il se sublimait dans des contemplations platoniques, et en divinisant l’objet de sa passion il se divinisait lui-même. Il appelle enfin son amour une continuelle erreur, eth telle elle doit paraître à tous ceux qui lisent Pétrarque sans prévention.
Tout ce que nous savons de la nature de nos passions [nous]i ne pouvons le savoir que fondés sur les observations. Or en matière de celle qu’on appelle amour, je peux soutenir parce que j’ai observé moi-même que ceux qui disent qu’il est inséparable de l’estime se trompent. Ilsj disent que la physionomie d’un objet ne nous rendrait pas amoureux si nous n’y trouvions des traits caractéristiques qui se conforment aux nôtres, et que rien n’étant si naturel que l’estime que nous avons pour nous-mêmes, il s’ensuit que nous ne pouvons pas nous dispenser d’estimer l’objet dont nous devenons amoureux. Cette supposition estk douteuse. Je nel dis pas que la physionomie ne soit l’image de l’âme, mais je nie que si elle plaît elle doive plaire en force de la ressemblance qui doit se trouver entre l’âme de celui qui devient amoureux, et de l’objet qui le fait devenir. Si cela était vrai il n’y aurait point d’amours malheureux, car les deux physionomies auraient l’une devant l’autre la même force : un bon ne deviendrait jamais amoureux d’un méchant, ni un méchant d’un bon. Nous voyons plus souvent le contraire. Le fait est que nous devenons presque toujours amoureux de la figure, mais que nous n’en pouvons donner autre raison sinon qu’elle nous plaît, et elle aura beau être laide qu’elle nous paraîtra toujours belle. Quiquis amat ranam ranam putat esse Dianam [Celui qui aime les grenouilles pense que Diane en est une]17.
Pétrarque a défini l’amour magnifiquement :
Ei nacque d’ozio, e di lascivia umana
Nudrito di pensier dolci, e soavi
Fatto signor, e Dio da gente vana 18
E Seneca nell’Ottavia, che forse il Petrarca ebbe in mira disse [Et Senèque dit dans Octavie, que Pétrarque avait peut-être à l’esprit] :
Amor est juventa, gignitur luxu, otio
Nutritur inter laeta fortunae bona19.
a. En vers biffé.
b. Auraient ou sauraient biffé.
c. Car comment pouvait-il croire biffé.
d. Ne pouvait pas être biffé.
e. Que Pétrarque n’ait aimé qu’avec son âme la seule âme de Laure.
f. Avec ses sens, et qu’il aimait toutes les beautés d’elle qu’il voyait, et biffé.
g. Mais il se peut que dans.
h. Telle que je l’entends elle ne peut pas je crois paraître à mon lecteur autre chose biffé. Casanova a négligé de biffer le « et » qui se trouve répété : nous ne reproduisons pas cette négligence.
i. Mot omis dans le manuscrit.
j. Fondent leur raisonnement sur ce que ce qui nous rend amoureux d’un objet est la physionomie, et la physionomie étant le portrait de l’âme ils disent [que rien n’étant si naturel].
k. Sujette à des grands doutes biffé.
l. Nie biffé.
Documents
Passeport délivré à Casanova pour son voyage en Hollande (1758). Archives d’État de Prague, BOB U 16 F.
Casanova et les autorités diplomatiques françaises en 1759 :
la recommandation du duc de Choiseul et la réponse de M. d’Affri
Nous nous fondons sur la transcription de ces lettres par Armand Baschet, publiée dans son étude intitulée « Preuves curieuses de l’authenticité des Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt » (Le Livre. Revue mensuelle. Bibliographie rétrospective, 1881, p. 11-54, et p. 21-23 pour les lettres suivantes). Elles se trouvent aux archives des Affaires étrangères, série Hollande, année 1759 (référence donnée par A. Baschet20).
Le vicomte de Choiseul écrit au duc de Choiseul pour solliciter une lettre de recommandation en faveur de Casanova :
29 septembre 1759.
Le sieur de Casanova, Vénitien, homme de lettres, voyage pour s’instruire dans la littérature et le commerce depuis quelque temps. Ayant le projet de partir tout à l’heure pour la Hollande, malgré les bontés que lui a marquées l’année passé M. d’Affry, il désirerait avoir une lettre de recommandation de M. le duc de Choiseul auprès de ce ministre, comme un titre sûr pour en être bien traité. Le vicomte de Choiseul prie M. le duc de Choiseul de vouloir bien rendre ce service à M. de Casanova et d’avoir la bonté de lui faire remettre sa lettre par le ministre.
Le même jour, le duc de Choiseul écrit une lettre de recommandation destinée à M. d’Affri :
Versailles, le 29 septembre.
Le sieur Casanova, Vénitien, qui est déjà connu de vous, Monsieur, se propose de retoucher en Hollande où il a déjà éprouvé vos bontés dans un premier voyage qu’il y a fait. Vous savez que c’est un homme de lettres dont l’objet est de perfectionner ses connaissances, surtout dans la partie du commerce, et je suis bien persuadé que vous lui accorderez vos bons offices dans les occasions qui le mettraient dans le cas d’y avoir recours. Je vous serai obligé en mon particulier de l’accueil favorable que vous voudrez bien lui faire…
La réponse du diplomate accable Casanova :
15 octobre, La Haye.
Monsieur le Duc,
J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire en date du 29 de septembre, par laquelle vous voulez bien me recommander M. Casanova, Vénitien.
Cet homme est venu effectivement ici il y a quinze ou dix-huit mois. Le jeune comte de Brulh, neveu du premier ministre, lui avait donné une lettre pour M. Kauderbach qui me le présenta. Il nous conta une partie de ses aventures et nous dit qu’il avait été longtemps dans les prisons à Venise d’où il avait eu le bonheur de s’échapper. Il nous parut fort indiscret dans ses propos, et comme il voulait les étendre beaucoup plus loin que le territoire de Venise, je me vis obligé de lui en dire mon avis. Il resta quelque temps encore ici, il passa ensuite à Amsterdam, et on m’a dit qu’il y avait beaucoup perdu au jeu. Il retourna à Paris et j’en n’en avais pas ouï parler depuis.
Il y a environ trois semaines que deux Vénitiens passèrent ici. Ils me dirent qu’il était encore à Paris et qu’il y faisait même un rôle assez peu décent, mais ils peuvent avoir exagéré, et comme il dit beaucoup de mal de ses compatriotes, il est très possible qu’ils se croient en droit d’en dire de lui.
Je vous serai très obligé, monsieur le Duc, si vous voulez bien me dire jusqu’à quel point vous honorez M. Casanova de vos bontés, parce que, s’il les mérite, il éprouvera combien j’ai à cœur de vous plaire et de vous marquer ma déférence, mais j’ai cru devoir vous communiquer ce que je sais de cet homme, dans le cas où il n’aurait pas l’honneur d’être connu de vous et où il vous aurait fait demander par un tiers le lettre que vous m’avez fait l’honneur de me mander à son sujet.
Je lui ai demandé quel était l’objet de son voyage, il m’a dit qu’il venait ici pour des affaires d’intérêt et pour y négocier des papiers puisqu’on perdait trop à vouloir se défaire des nôtres. Je lui ai répondu que j’espérais qu’il ne venait pas en Hollande pour leur donner du discrédit et que s’il connaissait les manèges de notre place, comme il disait, il devait savoir que la baisse de nos papiers n’était qu’un artifice d’usuriers qui ne les discréditaient que pour les acheter à bas prix et en tirer de gros intérêts. Il est convenu que cela était vrai, et il m’a dit que l’objet principal de son voyage était de voir à Amsterdam s’il ne pouvait pas tirer de Suède des cuivres pour du papier qu’il aurait à y envoyer. Il m’a paru en tout fort léger en ses projets ou fort adroit à me cacher celui qui l’a déterminé à venir ici.
Un des deux Vénitiens dont j’ai eu l’honneur de vous parler dans cette lettre est un M. Cornet qui y réside pour messieurs les électeurs de Bavière et de Cologne et qui a dit publiquement chez moi que M. de Casanova était fils d’une comédienne.
J’ai l’honneur d’être avec respect, monsieur le Duc, etc.
D’AFFRY.
Armand Baschet résume la fin de l’échange : « La réponse fut que c’était M. le vicomte de Choiseul qui avait recommandé Casanova à lui duc de Choiseul, qu’il ne le connaissait point et que M. d’Affri ferait bien de faire fermer sa porte à cet aventurier » (art. cit., p. 23).
Treize lettres de Manon Balletti à Casanova
Née le 4 avril 1740, Marie-Madeleine (Manon) Balletti appartenait à la famille des comédiens-italiens qui accueillirent Casanova dès son premier séjour à Paris en 1750. Elle avait dix-sept ans lorsque le Vénitien revint à Paris en janvier 1757, après son évasion des Plombs. Casanova a gardé une quarantaine des lettres qu’elle lui écrivit d’avril 1757 à février 1760. Elles sont aujourd’hui conservées dans le Fonds Casanova des Archives de Prague. Aldo Ravà en a donné une édition dans ses Lettres de femmes à Jacques Casanova, Société des éditions Louis Michaud, 1912. Nous retenons ici le choix de lettres fait par Francis Lacassin pour la première édition de l’Histoire de ma vie dans la collection « Bouquins » (1993), fondé sur le texte de l’édition Ravà.
Lettre I
Ah ! que M. mon frère m’ennuie ! Il est excédent et l’on ne peut pas être plus gauche qu’il ne l’est, à sa garde ; mais ne parlons pas de lui, car il m’a cosi mis de mauvaise humeur, que je ne veux point du tout l’être avec vous.
Je vais répondre exactement à votre dernière lettre. Vous commencez par m’exagérer beaucoup votre amour, je le crois sincère, il me flatte, et je ne désire autre chose que de le voir durer toujours. Durera-t-il ? Je sais bien que vous allez vous révolter contre mon doute ; mais enfin, mon cher ami, dépend-il de vous de cesser de m’aimer ? ou de m’aimer toujours ? Mais, passons, car je crois que ces craintes ne vous plaisent pas beaucoup. La crainte que vous me marquez sur l’incertitude de la réussite de vos projets me flatte, parce qu’elle me prouve votre amour, et l’envie que vous auriez de me rendre heureuse en tout point. Je vous assure que je me la trouverai si je puis être à vous et si vous me conservez toujours cette tendresse que vous me devez pour accompagner la mienne. Mais je ne veux point que vos craintes vous fassent me dire de tâcher de vous oublier. Moi, vous oublier ! moi, cesser de vous aimer, quand j’ai osé vous le dire ! Ah ! vous ne me connaissez pas ! Si vous saviez les efforts que j’ai faits pour vaincre le penchant que je me sentais pour vous quand j’ai commencé à l’apercevoir ! À présent je puis vous le dire, puisque heureusement ou malheureusement je n’y ai pas réussi. Mais cela m’a donné bien de la peine inutile. J’ai commencé par croire que la complaisance que je m’apercevais avoir pour vous, n’était qu’une simple amitié, mais des plus simples ; je m’amusais avec vous plus qu’avec qui que ce soit, mais je me disais : « Il est gai, il a de l’esprit, cela n’est pas étonnant » ; mais enfin je me trouvais inquiète ; quand vous passiez un jour sans venir au logis, j’étais triste, sérieuse, et je trouvais qu’en rêvant, je ne pensais qu’à vous. Ah ! j’ai frémi, je me suis aperçue du penchant que je prenais pour vous, et l’épouvante s’est emparée de moi. « Que fais-je ? me disais-je ; sur le point d’épouser un homme1 à qui l’on m’a promise, auquel je me suis aussi promise moi-même, je vais prendre de l’inclination pour un homme que je ne verrai peut-être bientôt plus, qui ne m’aime pas » ; car alors je croyais de bonne foi que vous ne m’aimiez pas ; que deviendrai-je ? Que je suis imprudente, ridicule ! aimer quelqu’un qui n’a que de l’indifférence, c’est se rendre malheureuse. Mais quelquefois je me figurais que vous pourriez peut-être m’aimer aussi, que vous n’osiez me donner des marques de votre amour à cause des circonstances qui ne vous le permettaient pas. Les choses sont changées ; il y a eu un disgracié qui vous a fait tout à fait connaître ; je vous ai démasqué et cela ne vous a pas fait du tort dans mon cœur ! Puisse cette tendre amitié que nous avons l’un pour l’autre être heureuse ! Elle peut faire notre bonheur ou notre malheur ; quelle dure alternative ! Il est cosi fâcheux d’aimer ! Mais bonsoir, mon cher ami, je me meurs de sommeil ; ma plume tombe de mes mains, mes yeux se ferment ; mais comme ce n’est point tout cela qui vous écrit, je vais toujours ; mais il n’y a pas moyen, je dors tout de bon. Bonsoir, bonsoir, mon bon ami, aimez-moi toujours bien. Si vous voulez me rendre bien contente, vous brûleriez mes lettres ! Je rêve que je vous dis que je vous aime !
Lettre II
[Paris, fin avril 1757 ?]
Pendant que vous êtes là à jaser, mon cher ami, je vais vous écrire, moi. Je suis très aise que vous ne doutiez plus de mon amitié pour vous (vous auriez grand tort au moins si c’était autrement) ; mais je voudrais que cette persuasion-là ne vous servît qu’à m’aimer davantage et ne vous rendît si sûr de ma tendresse que vous négligiez de conserver mon cœur : mais je crois que vous n’avez pas besoin que je vous dise tout cela ; si vous m’aimez bien, vous tâcherez sans doute de faire que je vous aime aussi toujours.
Je suis impatiente au moins en ce que M. Rodrigo ne s’en va pas ; à la fin, c’est horrible ! Il ne lui manque plus que la guitare. Dépêchez-vous donc, mon cher ami, si vous voulez me voir.
Oh ! mon Dieu, vous ne m’aimez guère puisque vous ne vous pressez pas plus.
Oh ! non, je ne sais ce que je dis ; vous m’aimez bien, mon cher ; mais je suis impatiente, parce que je prévois que si vous venez si tard, je vous verrai moins ; et je suis très aise de vous voir les soirs, parce que je vous vois un peu plus librement… Mais j’entends remuer ; eh ! bien… oh ! ce n’est encore rien… Je m’impatiente.
Oh ! Sia lodato quel che diceva la signora zia ! Ils partent, ils partent ! Et j’en suis ravie, car je vais vous voir bientôt. Mais quoi ! Mme Jules ne s’en va pas ?… Ah ! si fait, la voilà partie ! Ah ! Dieu soit béni !
Je vous attends à présent, vous. Ah ! si vous lambinez, vous devez sentir, mon cher ami, autant d’impatience que moi ; si vous m’aimez, arrivez donc ! Je quitte la plume à chaque moment pour vous attendre !… Ah ! vous voilà !
Lettre III
[Paris, début mai 1757 ?]
Oh ! pour aujourd’hui, exactement un mot, car je meurs de sommeil, mais si je ne vous écrivais ce mot, je croirais n’avoir pas bien passé ma journée, et comme je l’ai trouvée fort satisfaisante et fort agréable, puisque je l’ai passée avec vous, je veux qu’il n’y manque rien. Mais comment l’avez-vous trouvée, vous ? Cela m’inquiète, et je crains que vous ne l’ayez trouvée longue. Pour moi, elle ne m’a duré qu’un moment. Je suis contente de votre lettre ; je vous exhorte, mon cher ami, à faire tout au monde pour hâter votre bonheur autant que vous le dites. Vous devez être aussi empressé que moi. Je suis très aise de ce que notre aimable maman vous a dit ce matin ; cela prouve qu’elle ne songe plus qu’à ce qui peut nous rendre contents l’un de l’autre ; je lui désire autant de santé que vous, et l’achèterais volontiers de la mienne si cela était possible.
Bonsoir. Je m’endors, et vous voyez bien que j’écris encore plus mal qu’à mon ordinaire. Enfin, je serai contente si vous pouvez lire que vous êtes mon cher ami et que je serai toujours la même pour vous. Bonsoir. Demain vous serez mon compagnon. Si vous pouviez l’être toujours ! Bonsoir, bonne nuit, je dors.
Ayez soin de mes lettres, je vous prie. Songez que cela est de la dernière conséquence.
Lettre IV
Ce lundi à minuit [mi-mai 1757 ?]
Mon frère n’est pas encore parti de chez papa, mon cher ami, et nous aurions pu nous dire encore mille choses. Mais puisque nous ne l’avons pas fait, il faut que je vous en écrive une partie. J’ai un plaisir infini à m’entretenir avec vous de quelque façon que ce soit, et cela sera toujours de même. Vous m’avez dit une chose aujourd’hui, de laquelle je veux vous désabuser absolument. Vous prétendez que dans un mois je changerai d’objet dans mon amour. Est-il possible que vous m’estimiez assez peu pour croire une telle chose de moi ? Non, persuadez-vous que je ne changerai jamais, que puisque je vous aime et que j’ai pu me déterminer à vous le dire, je me détesterais moi-même si je me croyais capable de changer. Et qu’est-ce qui vous peut faire croire que je suis prête à changer ? Mon humeur, dites-vous ? Oui, j’en conviens, et j’en ai, et beaucoup même ; mais elle ne prouve rien de ce côté-là. Je vous aime tout de même dans le moment de ces humeurs et je souffre davantage du chagrin que je vous cause que de celui que je me forme. Mais, mon cher ami, elles sont causées par quelque chose ; n’imaginez pas qu’elles partent toutes de caprices. J’ai à présent un motif de chagrin qui me donne tous les jours de l’humeur, et ce n’est pas vous qui le causez assurément. Mais vous me direz : « J’en souffre pourtant quelquefois. » Il est vrai et je m’en veux un mal infini ; et ce qui me déplaît encore plus dans ceci, c’est que vous vous formez de mon caractère l’image la plus désavantageuse pour moi ; et à en juger par le présent, vous n’avez pas tout à fait tort. Mais je n’ai pas toujours eu ces humeurs, ces inégalités ; vous le savez vous-même, et j’espère assurément ne les avoir pas toujours, car elles me font souffrir infiniment moi-même, et je ne puis pas m’en défaire dans les circonstances présentes. J’ai beau me secouer, me parler raison ; je crois que cela empire au lieu de diminuer. Mais je veux que vous qui m’aimez, que j’aime de même, vous me rameniez par votre tendresse à cette égalité qui fait le bonheur de tous ceux qui la connaissent et qui la pratiquent. Vous le pouvez, vous, car je ferais presque tout pour vous, je le sens : et vous, mon cher ami, feriez-vous tout pour moi ? Oui, je le crois, vous m’aimez, et je veux que vous soyez certain que je vous aime de même, et que je ne changerai, que lorsque je pourrai être sûre de votre infidélité (ce qui n’arrivera jamais, j’espère), et quand même, je crois que je ne pourrais jamais cesser de vous aimer. Adieu, bonsoir, mon cher, mon très cher ami. Relisez cette lettre quelquefois, vous trouverez ce que je ressentirai toujours. Ayez un soin particulier de mes lettres, vous voyez la confiance que j’ai en vous et le tort que cela me pourrait faire, si par malheur on pouvait les découvrir. Ce n’est pas vous que je crains, mon tendre ami ; je vous estime trop pour cela ; mais la moindre négligence, un oubli, vous sentez combien cela est de conséquence pour moi. Mais vous m’aimez, m’estimez, cela me rassure. Bonsoir encore, bonsoir. Aimez-moi bien et je vais m’endormir en pensant à vous et en vous souhaitant une bien bonne nuit. Adieu, mon cher ami, faites de jolis rêves, et puis contez-les-moi.
Lettre V
1 heure passée [Paris, fin mai 1757].
Maman, à ce que j’ai pu voir, n’a pas parlé à la personne chez qui nous avons dîné de rien qui puisse nous chagriner l’un et l’autre ; l’occasion ne s’en est pas présentée. Mais je vous dirai que mes craintes sont beaucoup diminuées de ce côté-là, en examinant un peu le caractère de la personne que l’on veut charger de me trouver un mari. M. J… est un vieux garçon qui trouve toujours les filles trop jeunes pour les marier, et imagine le joug du mariage un peu trop pesant pour une jeune personne de quinze à dix-sept ans qui ne pense qu’à la bagatelle. D’ailleurs il prétend que c’est les sacrifier et qu’elles doivent profiter mieux du bel âge : par rapport à moi, je trouve qu’il pense trop bien ; mais je ne sais pas si toutes les filles à marier le voudraient de même. Ainsi cette précipitation de me trouver un mari ne m’inquiète pas infiniment, parce que c’est quelqu’un qui en est chargé qui n’est pas fort pressé de m’en voir un. Ah ! si c’était Mme de M… ! Ah ! j’aurais grand peur : car elle sait faire l’impossible, cette aimable dame-là, et je crois que je ne tarderais pas à me trouver fort embarrassée ; mais cela n’est pas ainsi, Dieu merci ! Et puis maman ne voudra pas me donner à quelqu’un qu’elle ni moi nous ne connaissons ; et d’ailleurs, quand elle me met sur ce chapitre-là, lorsque nous nous trouvons seules, je lui fais sentir le plus que je peux que je n’ai aucun goût pour le mariage, que je me trouve très heureuse, et que s’il fallait absolument que je prenne un mari, je voudrais, avant de me donner à lui, le connaître assez pour l’aimer, et pour pouvoir espérer d’être heureuse avec lui.
Ce n’est donc plus cela qui m’inquiète infiniment ; mais, vous le dirai-je ? il est vrai que je crois votre amour diminué. Je ne vous en fais point un crime, non ; j’ai mille défauts, je le sais, et plus l’on me connaît, et plus l’on m’en découvre ; mais comme la tendre amitié que j’ai pour vous n’est diminuée en aucune façon, je me trouve à plaindre de vous l’avoir fait connaître, et je crains même quelquefois que cet aveu n’ai servi qu’à vous détacher plutôt de moi, et cela me donne occasion d’avoir beaucoup de reproches à me faire. Mais vous me rassurez d’une façon trop tendre dans votre lettre, pour que je puisse douter de votre fidélité. Oui, vous m’aimez, et je veux le croire, pour votre honneur et pour ma satisfaction ; je souhaite même que vous ne doutiez pas non plus de mon attachement pour vous.
Il ne faut pas parler encore à maman ; laissons aller les choses tant qu’elles vont calme, et ne réveillons pas le chat qui dort.
J’ai une chose à vous demander, mon cher ami, qui, à ce que j’imagine, ne vous coûtera pas infiniment ; ce serait (ne vous fâchez pas, ce n’est pas que je méfie de vous) de brûler toutes mes lettres, car je me meurs de peur que vous n’en égariez quelqu’une ou que vous n’en laissiez traîner quelque part, où mon frère allant chez vous puisse la trouver. D’ailleurs, je ne me flatte pas qu’elles puissent vous être bien chères et que vous trouviez autant de plaisir à les relire que j’en ai eu à les écrire. Et par conséquent vous ne devez pas beaucoup insister pour les garder. Ainsi je compte, mon cher, que vous m’accorderez ma demande, et je réparerai celles que vous n’avez plus, en vous en écrivant le plus souvent que je pourrai de nouvelles (que vous brûlerez aussitôt lues), pourvu que vous m’assuriez qu’elles vous sont très agréables. Mais bonsoir ; je ne m’aperçois point que mon griffonnage est fort long et le sommeil si loin de moi, que j’écrirais jusqu’à demain sans m’apercevoir que je suis au lit, et que j’y suis pour dormir. Adieu, bonsoir, aimez-moi bien et dites-moi ce qu’il faut faire pour que nous soyons toujours bons amis ; j’y souscrirai de tout mon cœur. Bonsoir, bonsoir, je veux que vous dormiez le mieux du monde ; adieu, mon cher ami.
Lettre VI
[Paris, premiers jours de juin 1757 ?] 1 heure.
En vérité, mon cher ami, vous devenez très plaisant, et vous le devenez presque autant que moi ; c’est ce qui me fait prendre la résolution de ne plus l’être. Comment donc ! nous nous écrivons les choses du monde les plus agréables, et nous nous querellons toujours ! Oh ! cela n’est pas du tout bien, et il ne faut plus que cela soit ainsi, mon cher ami. Nous nous sommes fâchés ce soir aussi mal à propos qu’il se puisse ; je dis : nous, quoiqu’en vérité je ne le sois pas, moi ; non, je n’ai point du tout de rancune, et je pense à vous sans aucune sorte de ressentiment. Mais pourquoi, mon cher, vous qui m’aimez tant (à ce que vous dites) vous rancuner pour rien ? Est-ce l’excessive bonté (le terme de M. Poinsinet va fort bien là) que j’ai eue pour vous aujourd’hui, qui vous a fait prendre une certaine sorte d’humeur ? Cela serait bien mal, car enfin elle ne devrait faire autre chose que vous donner plus d’amour pour moi et vous prouver ce que vous ne savez que trop peut-être. Mais brisons là. Je vais très bien dormir cette nuit, mon cher ; l’on vient de m’apporter un fort bon lait de poule qui me fera du bien. Je souhaite que vous dormiez bien aussi, et je ferai une bonne nuit, pensant que vous la faites aussi et que vous vous êtes endormi en pensant à votre petite amie avec plaisir et sans rancune. Si vous m’aimez, cela doit être comme cela au moins. Mais à propos, je veux vous proposer une chose pour que nous soyons toujours bien ensemble, car se brouiller toujours, cela me désespère et me désole ; je ne le veux plus ; non, non, non ! Ainsi il faut, mon cher ami, que nous fassions de part et d’autre des articles par lesquels nous nous dirons naturellement ce qu’il faut éviter pour ne nous pas choquer réciproquement ; je souscrirai à tout ce que vous me direz, et je veux que vous commenciez. Alors, quand nous aurons une liste, nous nous réglerons, et si quelqu’un manque au traité, on s’en fera quelques petits reproches, mais par écrit, et il sera dit qu’il ne faudra jamais qu’il y paraisse par le refroidissement des parties. Aussi, par cet arrangement, nous serons toujours bien ensemble, et si nous avons quelque discussion, nous la viderons par écrit, et nous nous défendrons le mieux que nous pourrons. Voulez-vous, mon cher ami, que cela soit comme cela ? Répondez-moi au plus vite ; car je suis anxieuse de savoir si mon projet vous plaît. Adieu, bonsoir, je dors quasi. Ne m’en voulez pas au moins, car je sens que je ne le mérite pas du tout ce soir ; pour moi, je vous souhaite tout plein de bonheur, de plaisir, une bonne nuit et une bonne journée demain. Je voudrais être à demain au soir, car j’espère que vous viendrez au logis.
Adieu, adieu, aimez bien votre petite amie.
Dans l’édition Ravà suivent quatre lettres, non reproduites.
Les lettres suivantes sont écrites après le départ de Casanova à Dunkerque. Elles permettent de le dater de la fin août 1757, et non de début mai comme l’indique l’Histoire de ma vie.
Lettre VII
[Paris, fin août 1757 ?] Dimanche au soir à minuit.
Je m’aperçois plus que jamais de la tendre amitié que j’ai pour vous, mon cher Casanova ; l’occasion présente me le persuade plus que jamais. Votre éloignement me cause une douleur que je ne puis vous peindre ; l’accablement où je suis ne m’en donne pas la force. Je ne peux pas me faire à la triste idée que vous êtes éloigné de moi, que je serai deux mois entiers sans vous voir et sans pouvoir même recevoir de vos nouvelles. Ces tristes pensées m’accablent, me navrent le cœur de douleur. Je ne puis y penser. Hélas ! mon cher ami, je serai bientôt privée moi-même de vous donner des assurances de mon amitié : mon frère va partir ; toute consolation m’est enlevée ; représentez-vous mon état, mon cher ami. Je vous aime, je ne puis le nier (que cet aveu vous serve à m’aimer davantage et non pas à vous en glorifier, car, qu’y gagneriez-vous ?). Je vous aime donc, enfin. Je vous ai vu partir avec le chagrin que ressent un cœur, lorsqu’il est au moment de perdre ce qu’il aime ; il a fallu contraindre ma douleur, ne la pas montrer à un tas de gens curieux qui semblaient m’examiner avec une pénétration barbare. Ah ! quel terrible moment, que la nuit est venue à propos ! Je me suis couchée, moins pour dormir que pour penser à vous tout à mon aise, et donner libre cours à mes pleurs que je n’avais que trop longtemps retenues ; elles n’ont pas tari. J’ai lu et relu votre chère lettre. Vous m’y recommandez de la gaieté. Eh ! puis-je en avoir, vous sachant loin de moi ? Si vous m’aimez, mon cher, vous n’en devez pas ressentir et vous devez juger que je suis dans le même cas. Que vous avez bien raison de ne me pas soupçonner d’inconstance ! Je ne me sens pas portée à l’être, et surtout avec vous.
Si vous saviez combien votre lettre m’est chère ! Je la relis le plus souvent que je puis ; elle ne me quitte ni jour ni nuit ; elle est enfin mon compagnon de tristesse, comme je veux que mon cœur soit celui de votre voyage. Puisse-t-il vous être toujours cher, votre petit compagnon, comme tout ce qui vient de vous me le sera éternellement ! Puissiez-vous m’aimer toujours ! J’ose dire que vous le devez. Ne serait-ce que par reconnaissance ! Adieu, mon très cher Casanova ; je vais passer peut-être une nuit moins douloureuse que l’autre, car je vous ai écrit, et c’est du moins une petite consolation. Mais, hélas ! quand je pense que vous ne me répondrez pas, que je ne saurai seulement pas si vous avez reçu ma lettre, et que bientôt même la consolation de vous écrire me sera ravie, tous mes chagrins renaissent, mes pleurs recommencent à couler, et je me retrouve tout aussi à plaindre qu’auparavant. Oh ! Dieu, pourquoi ai-je le cœur aussi sensible !
Écrivez, je vous prie… à la maison et faites-moi savoir équivoquement si vous avez reçu ma lettre. Adieu, mon seul ami ; adieu, aimez-moi toujours. Songez que je ne changerai jamais et que votre retour pourra seul me rendre contente.
Il me semble qu’il y a déjà un mois que je ne vous vois pas. Adieu ; ayez soin de votre petit compagnon ; chérissez-le toujours ; il est tout à vous.
M. B.
Je vous écrirai mercredi à Dunkerque.
Lettre VIII
[Paris] 1er septembre [1757], jeudi au soir et minuit.
Je suis dans la plus grande inquiétude, mon cher Casanova, de ne pas entendre parler de vous. Qu’êtes-vous devenu ? où êtes-vous ? nous avez-vous oubliés ? n’aimez-vous plus la pauvre petite B[alletti] ? Oh ! Dieu, que je suis inquiète ! Je vous avais prié dans ma dernière lettre d’écrire au plus tôt à la maison ; pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? N’auriez-vous pas reçu ma lettre ? Oh ! mon cher ami, éclaircissez ces doutes, ou je meurs. J’espère que vous recevrez la présente ; je vous l’adresse à Dunkerque, où vous m’avez dit que vous deviez être, et je vais vous apprendre que j’ai trouvé le moyen de recevoir de vos nouvelles directement. Il faut, mon cher Casanova, que vous écriviez et que vous adressiez vos lettres à Obert, sous enveloppe. Soyez sûr d’elle, puisque j’en suis sûre, moi. Si vous m’aimez, donnez-moi au plus tôt de vos nouvelles ; elles me rendront la vie et elles me sont absolument nécessaires. Vous me direz si vous avez reçu mes deux lettres, et quand vous partirez de l’endroit où vous êtes ; parce que, comme mon pauvre Cadet va partir, je ne vous écrirai que lorsque vous serez dans un endroit où vous voudrez bien que l’on sache que vous êtes. Vous me direz aussi, ô mon cher Casanova, si vous m’aimez toujours, si vous pensez à moi aussi souvent que je pense à vous. Ah ! je crois que cela n’est guère possible, car vous ne me sortez pas un moment de la mémoire ; je vous désire toujours ; je ne vois l’heure de pouvoir vous revoir et de vous assurer que je suis et serai toujours la même pour vous. Que le temps me paraît long ! que les soirées me paraissent insipides et maussades ! Quelle différence avec celles que je passais avec vous, ô mon cher Casanova ! Elles me paraissaient toujours trop courtes, et les présentes me semblent éternelles. Quand reviendrez-vous ? Hâtez ce moment, si vous avez toujours pour moi cette tendresse que vous m’avez jurée et qui sera mon bonheur, si vous me la conservez. Je vais languir jusqu’à votre réponse, que je vous prie de faire au plus tôt. Je vous prie encore de contrefaire un peu votre écriture en mettant le dessus à Obert, parce qu’il n’y a personne dans la maison qui ne connaisse votre écriture, et si l’on voyait une adresse à notre femme de chambre, de vous, cela donnerait des soupçons, et il faut les éviter.
J’ai vu votre frère1 hier un moment ; il se porte bien. Voilà tout ce que je puis vous dire d’intéressant à son sujet.
La lettre suivante, évoquant le départ du frère de Manon, est datée de « Ce samedi au soir, 10 heures » : Aldo Ravà a montré qu’il s’agit du 10 septembre 1757. Manon y écrit que Casanova a quitté Paris « quinze longs jours » plus tôt.
Selon l’ordre retenu par Ravà suivent douze lettres, non reproduites, qu’il propose de dater entre la fin 1757 et octobre 1758. Silvia, la mère de Manon, est morte le 16 septembre 1758.
Lettre IX
[Paris, octobre 1758 ?] Dimanche au soir.
Je vous ai écrit ma lettre bien impertinente, mon cher ami, mais vos folies la méritaient. Je suis pourtant bien aise de vous voir gai, cela me donne un bon augure et me fait espérer que vos affaires vont bien. J’espérais recevoir aujourd’hui une lettre, mais j’ai été trompée et j’en suis bien fâchée ; je m’ennuie, m’ennuie tout plein. Je me porte pourtant un peu mieux que ces jours passés. Moi, je vous aime toujours de même. Réellement votre lettre m’a enchantée ; je n’osais me flatter de la recevoir si tôt, et lorsque je l’ai lue, j’ai pleuré, mais je ne saurais vous dire si c’est de plaisir ou de peine ; car je ressentais l’un et l’autre, sans savoir à qui donner la préférence.
J’étais ravie de vous connaître si tendre, désolée de vous savoir absent, enchantée des espérances que vous me donnez et désespérée de leur incertitude ; voyez, cher ami, c’était bien compensé. Je n’ai aucune nouvelle de ce qui regarde ma pension, mais pour le couvent, je crois très sûrement que j’y serai avant votre retour, et cela me fâche bien ; on se presse infiniment et j’y entrerai sûrement avant qu’il soit quinze jours. Oh ! quel hiver je vais passer ! il me fait trembler ! je ne vous verrai que très rarement, au travers d’une fort étroite grille et peut-être devant une religieuse… quel plaisir ! Mais cela ne vous ravit-il pas ? Il faut pourtant que je prenne mon parti. Vous devez me le conseiller même. Mais si je pouvais être sûre au moins qu’à Pâques (voyez comme je suis raisonnable) je puisse en sortir (de ce bienheureux couvent) pour être à vous, et que cette union fît la satisfaction de mes chers parents, ah ! je serais la plus aise, la plus gaie, la plus heureuses de toutes les créatures ! Je ne m’ennuierais pour ainsi dire point dans mon attente parce que tout le jour je penserais que je vous serais bientôt unie, que je retournerais dans peu dans le sein d’une famille qui, jointe avec un mari que j’aimerais à la folie, ferait tout le bonheur de ma vie ! La nuit, oh ! la nuit, je dormirais, et si je rêvais par hasard, je ferais les plus jolis rêves du monde.
Voyez, mon cher ami, ces seuls châteaux en Espagne me peuvent distraire de mes chagrins, et quand je pense que ce ne sont que des châteaux en Espagne, le noir me gagne et tout me désole. Ah ! que je voudrais vous voir de retour ! Adieu, mon bon ami. Je crois que je ne risque rien à vous envoyer cette lettre-ci à La Haye, vous y serez probablement encore lorsqu’elle arrivera. Écrivez-moi donc souvent, cela doit-il vous coûter si vous m’aimez ? Pour moi, je vous assure que, si je ne craignais de vous être à charge et de vous ennuyer, je vous écrirais tous les jours encore plus longuement ; pour tous les jours, jusqu’à présent je l’ai fait.
Je vais demain chez M. G. et je vous écrirai mardi tout ce qui se sera passé. Que je crains l’histoire du mariage !
Mariane m’a dit de vous remercier tout particulièrement, et elle vous dira de quoi [dès que] vous serez à Paris. Bonsoir, bonsoir ; aimez-moi bien ; et point d’infidélité ! Prenez mon exemple de loin. Ce n’est pas que je me défie de vous au moins.
À Monsieur,
Monsieur Casanova, à la poste restante
à La Haye.
Suivent deux lettres écrites en octobre 1758, non reproduites.
Lettre X
[Paris] Ce 14 octobre 1758.
Oh ! quelle lettre je viens de recevoir de vous ! Mais est-elle bien de vous ? En vérité, mon cher ami, vous êtes bien violent et vous me connaissez bien peu, puisque vous osez me dire que je suis sans amour, que je vous donne votre congé et que je serais bien attrapée si vous le preniez. Mais dites-moi vous-même, est-ce là des propos d’un amant ? Oh ! point du tout assurément ; mais j’espère qu’à présent vous avez une justification à moi et je trouve la vôtre dans les lettres précédentes que vous m’avez écrites. Mais, en vérité, cette dernière me mortifie, tout au plus, et il est bon de vous dire, mon cher ami (car j’oublie votre lettre à présent et veux l’oublier), cependant il faut encore que je vous assure en y répondant que lorsque nous en serons à une démarche sérieuse (que je désire peut-être plus que vous), je ne vous planterai jamais là ! Non, non, Monsieur ! (Voilà le dernier Monsieur que je vous dirai ; ne parlons plus ni de fâcherie ni de bouderie ; elles ne nous vont pas en vérité.) Pour en revenir à ce que je disais à mon cher Casanova, il faut que je l’instruise que sa petite femme est malade ; j’ai depuis huit jours vomi deux ou trois fois, je suis toujours malingre, ou mal à l’estomac ou au cœur, ou coliques, enfin toujours quelque chose. Mais ce n’est point par ma faute, au moins ; je suis réellement ce que l’on appelle un petit emplâtre, et je ne sais comment vous pouvez m’aimer ; ne prenez pourtant pas cela pour un avis, au moins, mon cher. Dès que je vous verrai, je ne serai plus malade. Aussi point de mauvaise humeur ; je vous désire, je vous désire, oh ! l’on ne peut plus. Que je vous crains fâché ! Cela serait bien mal ; car je ne le suis point, moi, et convenez, mon bon ami (ah ! je vous en prie), que j’en ai autant de sujet que vous ! Oh ! quand je pense que vous me dites que je ne suis qu’auteur des lettres aimables que je vous ai écrites ! Oh ! c’est horrible ! Je vous prie d’être sûr que mon cœur seul est capable de vous dire tout ce que je vous écris ; mon esprit, quoique j’en aie une très petite dose, gâterait tout s’il voulait s’en mêler ; et d’ailleurs, il gênerait ce cœur qui se fait peut-être trop connaître et qui est bien aise de se dire tout à vous. Pour me dire que je connais mon pouvoir sur vous, vous vous trompez pleinement ; car jamais je ne m’en suis cru aucun. Mais vous avez voulu vous venger, je vous ai un peu chagriné et vous avez cru être obligé de me le rendre ; n’en parlons plus, mon Dieu ! Je me l’étais promis au commencement de ma lettre.
Dites-moi comment vont vos affaires ; car dans ce joli billet doux il n’en est pas question. Que je voudrais vous voir de retour, mon cher ami ! (pas pour lire la lettre qui vous a fâché, au moins !)
Mme de Monconseil m’a répondu au sujet du refus de ce respectable couvent, qu’elle s’en trouve fort offensée, comme vous devez le croire, puisqu’elle m’y a présentée elle-même et m’a recommandée de toutes ses forces. « Mais, me dit-elle le plus agréablement du monde, comme à quelque chose malheur est bon, cela vous évitera un grand ennui en vous laissant tout le mérite d’avoir voulu y atterrir », et elle me conseille de n’en point du tout cacher la raison. Elle est aimable tout au plus, au moins. Oh ! mon cher ami, ne me faites donc point la mine ( j’extravague au moins). Tenez, il me semble que vous êtes là à côté de moi, que je vous conte mes petites affaires et que vous les écoutez et y répondez avec une froideur… cela à cause de la lettre. Mais, sac à papier (s’il est vrai que vous m’aimez), vous seriez bien attrapé si je boudais aussi. Oh ! vous avez bon jeu et vous connaissez trop votre pouvoir, n’est-ce pas ? n’est-ce pas ? Que je voudrais recevoir une autre lettre de vous, qui m’assure que vous n’êtes plus si courroucé ! Dans quatre jours, n’est-ce pas ?… Oh ! oui, j’y compte !
À Monsieur,
Monsieur Casanova, au Parlement d’Angleterre,
à La Haye
Suivent deux lettres non reproduites, datées du 18 novembre et du 3 décembre 1758.
Lettre XI
[Paris] Ce 9 décembre 1758.
Vous vous ennuyez donc bien, mon cher ami, avec vos Hollandais qui sentent le fromage ? À vous dire bien vrai, je n’en suis pas fâchée, parce que cela vous engagera à ne pas retarder d’un moment votre départ qui sera sûrement le 16 ; car je compte fort que ma lettre vous arrive le 15. Ainsi, tenez votre parole, mari.
Je suis enchantée de tout ce que vous me dites dans votre lettre, mais elle augmente encore l’envie que j’ai de vous revoir, pour être instruite de mille choses qui piquent ma curiosité. Déjà je ne puis vous répondre à tout plein de questions que vous me faites, qu’en vous voyant. Vous me demandez si nous quittons notre maison à Pâques ; vous savez bien que cela était décidé avant que vous partiez ; pour tous les autres arrangements dont vous me parlez, je remets au 21 à y répondre. Mon estomac va mieux, sans le secours ni de votre déjeuner ni de médecin ; je tâcherai de me porter très bien afin que cette figure, que vous prétendez qui vous plaît beaucoup, ait toujours le même avantage.
Vous me faites une espèce de petit reproche sur mes lettres ; cependant, mon beau Monsieur, vous en recevez une tous les ordinaires assurément, que voulez-vous de plus ? Vous m’avez vous-même prescrit cette loi. Mais j’espère que vous ne me gronderez plus pour cela. Oh ! mon bon ami, que je désire vous voir ! que j’ai de choses à vous dire ! que j’ai de questions à vous faire ! Mais le pourrai-je ? Enfin je vous verrai toujours et c’est mon premier souhait.
Oui, l’on me persécute (mais de loin, car je ne vois plus M. G[onel] pour ce bienheureux mariage. Il n’est plus question de Brunetti ; mais M. G., pour me donner des torts vis-à-vis de tout le monde, a parlé de l’établissement qu’il me propose à M. le duc d’Aumont et M. le duc de Duras1 qui ont paru s’intéresser à mon sort dans l’affaire de la pension ; et ces Messieurs, sachant l’intérêt que Mme de Monconseil prend à moi, lui en ont fait compliment comme d’une chose faite (ainsi qu’elle me l’a écrit ce matin). Voyez jusqu’où va sa malice, à M. G. ! Il instruit ces gens-là en leur disant que c’est la chose du monde la plus avantageuse, pour ensuite me faire passer pour bien difficile de refuser des partis de cette sorte ! Ah ! mon Dieu !… Je vais lundi chez Mme de M. Si je puis, je m’ouvrirai à elle sur votre chapitre, et j’aimerai même beaucoup mieux attendre votre retour, parce qu’alors j’aurais plus de choses à lui dire sur vos affaires ; car à présent je n’aurais d’autre ouverture à lui faire que celle de notre inclination, et cela ne suffirait pas pour elle. Je juge donc, moi, qu’il sera plus à propos de vous attendre, mon bon ami, et je vous ferai faire connaissance avec elle et m’éviterai beaucoup de confidences qui coûteraient un peu à ma façon de penser. Ne vous offensez pas de cela, cher ami, je vous en supplie ; c’est parce que je vous aime bien que je veux vous aimer en secret, tant que les circonstances le voudront. Mais lorsque rien ne nous obligera au silence, vous verrez comme tout le monde s’en apercevra. Adieu, mon très tendre ami ; revenez au plus tôt afin que je n’aie plus ces adieux à vous faire ! Vous m’instruisez sans doute, dans la lettre que je recevrai lundi, si je dois vous écrire à Bruxelles. Que cela soit la dernière au moins, ou sans cela je me fâche.
Bonsoir, mon cher ami, souvenez-vous toujours que vous avez une petite femme très tendre et qui exige de son mari la plus grande fidélité. Adieu !
À Monsieur,
Monsieur Casanova, dans la Douleerstrat au Rondeels
à Amsterdam
Ravà date la lettre suivante de la mi-décembre 1758. Fin septembre 1759, Casanova part pour la Hollande (second voyage). Manon s’installe à la « Petite Pologne ». C’est l’adresse d’expédition d’une lettre datée du 1er octobre 1759. Ces deux lettres ne sont pas reproduites.
Lettre XII
De la « Petite Pologne », 23 octobre 1759,
pour la dernière fois.
Je suis, mon cher ami, dans une colère, une indignation, un chagrin qui ne peuvent se décrire – (mais pas contre vous, soyez sans crainte). Je viens de Paris où j’ai eu la douleur d’entendre dire que l’on publie dans le monde que je suis ici avec vous et que vous vous y tenez caché. Cela n’est-il pas indigne, affreux, et la plus horrible calomnie ? Quel monstre assez noir peut avoir inventé une pareille fausseté ? Tenez, mon cher ami, je me meurs de chagrin, j’en ai de tous côtés, je ne puis plus y tenir ; il faut y succomber, le cœur navré, l’honneur que l’on veut me dérober ! Enfin tout contribue à me rendre à plaindre ; si je ne vous aimais autant que je fais, j’irais me fourrer dans un couvent et n’en sortirais plus. Que le monde est mauvais ! et que je suis malheureuse ! Oh ! mon cher Casanova, vengez-moi, vengez-vous de ces indignes imposteurs en faisant en sorte de pouvoir m’épouser malgré leur jalouse méchanceté. Et consolez-moi ; car je meurs si vous ne me donnez quelque espérance. Je suis seule au milieu du monde, sans amis, sans consolation ; en butte à toutes les impertinences que vos ennemis et les miens tiennent sans cesse. Oh ! avouez donc que je commence de bonne heure à souffrir les épreuves les plus dures pour quelqu’un qui a des sentiments. Pardonnez, mon cher ! J’exhale ma bile ; je n’en puis plus et je pars demain de la « Petite Pologne », étant encore obligée de regretter les plaisirs solitaires que j’y ai goûtés. Ce n’est point de mes parents que je tiens ce que je viens de vous écrire ; aussi ne leur en parlez pas, je vous prie. Ils ont été on ne peut pas plus émerveillés que vous ne leur ayez pas écrit dans la lettre que je reçus de vous, il y a deux jours, mais je leur ai dit qu’arrivant et ayant quasi fait naufrage, il n’était guère étonnant que vous ne leur ayez pas donné de vos nouvelles, et je n’ai point fait part de la lettre d’aujourd’hui afin de ne pas augmenter leur inquiétude. Ils vous écriront à Amsterdam.
Je n’ai pas manqué d’envoyer votre lettre dans la rue de Richelieu, mais il n’en est point venu à Paris pour vous d’Italie ; ainsi vous pouvez être sûr qu’aussitôt qu’il en viendra je vous l’enverrai. Je suis fâchée de votre mal d’estomac, mais ne fumez donc pas tant. Vous êtes bien heureux de pouvoir vous guérir avec des huîtres ; je voudrais être dans le cas d’être guérie aussi de la même manière. Je n’en ai pas encore mangé et j’ai quelque impatience de juger de leur bonté. Vous ne devez pas être inquiet de l’interruption des leçons de Bijou ; ma maladie l’avait commencée. Et comme ce n’était que pour la fête qu’il était question de guitare, la suite n’aura pas fait de peine.
Adieu, mon cher ami, pensez à votre Nena qui a le cœur plein de tendresse et de douleur. Ne vous choquez pas de mon ton lamentable ; plaignez-moi et aimez-moi toujours ; le comble de mes malheurs serait si vous m’abandonniez. Mais non, vous n’en êtes pas capable ; vous m’aimez et je suis sûre que vous ferez tout ce qui est en votre pouvoir pour vous assurer ma possession. C’est la seule consolation que j’aie ; ne me l’ôtez pas, mon cher, et rendez-moi heureuse en vous unissant pour toujours à votre tendre et affligée Nena.
Dès la lettre suivante, datée du 28 octobre 1759, Manon est retournée à Paris. Suivent deux lettres, du 4 et du 13 décembre, non reproduites.
Lettre XIII
[Paris] Ce n’est encore que le 16 décembre 1759,
c’est bien long !
Quoi, mon cher ami, j’ai été capable de vous écrire une lettre de glace ! Et qui a pu vous faire penser un moment que j’étais refroidie ? Oh ! mon cher ami, ce n’est pas là moi !
J’étais assurément dans un furieux accès de mélancolie, lorsque je vous ai écrit cette indigne lettre ; je m’en veux un mal incroyable. Mais, mon cher Casanova, ne vous ai-je pas assez prouvé que mes sentiments sont invariables ? Pourquoi donc me croire changée si subitement ? Pourquoi me faire l’injustice de penser que la calomnie est capable de refroidir la tendresse infinie que j’ai pour vous ? Oh ! mon cher Giacometto, vous aviez un peu de tort de vous être livré à la douleur avec si peu de raison. Ma lettre peut vous avoir donné quelques inquiétudes, si elle est telle que vous me la dépeignez ; mais en vérité elle ne devait pas vous faire soupçonner que votre Nena pût manquer de tendresse. Je ne veux pas, pour cela, ne pas m’avouer coupable au moins ; je le suis dès que j’ai pu vous chagriner un moment. Je suis prête à vous faire toutes les réparations que vous voudrez ; mais, encore une fois, la mélancolie a été l’auteur de ma lettre et point du tout moi ; et vous qui êtes mon tendre mari, qui connaissez ma façon de penser vis-à-vis de vous, qui ne devez non plus douter de mon amour que d’un article de foi, vous deviez dire : « Ma femme était triste lorsqu’elle m’a écrit et je m’en ressens. » Tenez, l’exposition de votre chagrin m’a empêchée de dormir cette nuit et a augmenté mon rhume de façon que j’ai été obligée de garder le lit aujourd’hui. Voyez ce que vous faites, mari ! Il faut être marri ! De cela, au moins. Mais, mon cher Casanova, mon cher Giacomo, amant, mari, ami, – ce qu’il vous plaira, – croyez donc une bonne fois que je vous aime de toute mon âme, que vous êtes tout mon bien, que je ne veux vivre que pour vous ! que la calomnie, la médisance, l’envie ne pourront parvenir à diminuer le moins du monde les tendres sentiments que je vous ai voués ! que j’attends le moment de vous être unie avec une impatience qui ne peut être égalée que par mon amour même ! que le premier moment de ma vie ne sera daté que de celui où j’aurai le bonheur de vous donner ma foi ! que je ne regretterai cette vie que parce qu’elle me sépare de ce que j’aime plus qu’elle ! heureuse encore de mourir entre vos bras, sûre de votre tendresse et vous ayant donné mille preuves de la mienne, emportant le regret de ne pouvoir vous en donner encore ! Oh ! mon cher ami, croyez donc tout cela ! Si je laissais parler mon cœur autant qu’il le voudrait, je ne finirais pas et je vous ennuierais peut-être, et c’est ce que je ne veux pas. Mais votre expérience, mon cher ami, doit encore vous assurer de ma constance. Vous êtes ma première véritable passion ; je vous ai aimé longtemps, ne croyant avoir que de l’amitié, et pendant ce temps-là (où vous étiez beaucoup plus amant qu’ami), votre image s’est si bien gravée dans mon cœur, et votre tendresse l’a si bien cimentée, que mes efforts seraient inutiles pour vous en arracher.
Je crois même que quand vous me feriez quelques infidélités, quelque injure sanglante, même en vous disant mille injures, vous accablant de reproches, mon cœur les désavouerait. C’est pourquoi je serais plus à plaindre qu’un autre, si vous me manquiez. Mais non, mon cher Giacomo ne veut aimer que moi, j’en suis sûre ; il veut me rendre heureuse, et avec sa tendresse je le serais indubitablement. M’en voulez-vous encore, mon cher ami ? Vous ressouvenez-vous toujours de cette malheureuse lettre ? Brûlez-la, je vous en prie ; elle n’est pas digne d’aller de pair avec les autres. Cependant, n’en faites rien, je veux en faire le sacrifice moi-même, lorsque vous serez de retour.
Mais, mari, revenez le mois de janvier ! En grâce ! Si vous saviez combien je souffre de ne vous pas voir ! Il me semble d’être dans les limbes, je ne vis pas. J’engraisse pourtant beaucoup, mais c’est mon sort lorsque j’ai du chagrin et de l’ennui ; cela est assez plaisant, c’est pourtant très vrai. Car, au couvent, où je m’ennuyais à la mort, où je pleurais sans cesse, j’engraissais à vue d’œil et j’étais devenue une grosse joufflue. Mais je n’en suis pas encore là. Je suis toute rondelette, vous verrez, mon ami, m’aimerez-vous comme cela ? Adieu, mon cher ami, sans rancune au moins ; la paix est faite ; je vous donne deux baisers pour le sceau de notre réconciliation ; je vous souhaite une bonne santé sans rhumes et sans hémorroïdes !
Bien de l’amour pour votre Nena et une ferme croyance qu’elle ne peut aimer que vous. Adieu, mon unique et tendre ami.
Suivent les trois dernières lettres conservées dans le fonds Casanova. Il y est question de la santé du Vénitien, de la vie théâtrale, et toujours d’amour (20 décembre 1759, 3 janvier 1760, 7 février 1760).
Comme on le sait, Manon épousera en juillet 1760 l’architecte François Blondel.
Acte de mariage de Manon Balletti
avec François Blondel en 1760
[Paris, 29 juillet 1760]
Du contrat de mariage passé devant Raince notaire à Paris le vingt juillet mil sept cent soixante entre sr François Jacques Blondel, architecte du roy, veuf de dame Marie Anne Garnier, demeurant à Paris rue de La Harpe, paroisse Saint Cosme pour lui et en son nom d’une part et dlle Marie-Madeleine Balletti demeurante à Paris rue du Petit Lyon, paroisse Saint Sauveur, fille majeur du sr Antoine Joseph Jean Gaétan Baletty, officier du roy, et de deffunte dame Jeanne Rose Guionne Benozzi son épouse, ladite dlle Balletti assistée et du consentement dudit sr son père, demeurante à Paris susdite rue du Petit Lyon paroisse Saint Sauveur à ce comparant d’autre part, a été extrait ce qui suit :
Il n’y aura pas de communeauté de biens entre les futurs époux, le survivant des dits sieur et dlle futurs époux prendra par forme de préciput sur les biens du prédécédé en meubles suivant la prisée de l’inventaire et sans crue jusqu’à concurrence de la somme de trois mille livres ou la dite somme en deniers comptants au choix dudit survivant.
Ledit sr futur époux fait donnation entre vifs à ladite dlle future épouse ce acceptante d’une pareille part et portion que l’un des enfants prenant venant à la succession dudit sr futur époux pourra amander en icelle, pour par ladite dlle future épouse en jouir, faire et disposer à compter du jour du décès dudit sr futur époux comme de chose à elle appartenante en pleine propriété.
Ladite dlle future épouse, autorisée autant que besoin est ou serait dudit sr son père fait donnation entre vifs au dit sr futur époux ce acceptant en cas qu’il survive la dite dlle future épouse sans enfants vivants du dit mariage de la somme de vingt quatre mille livres à prendre sur les plus clairs et apparents biens qu’elle délaissera au jour de son décès pour par le dit sr futur époux faire et disposer de la dite somme de vingt-quatre mille livres comme de chose à lui appartenante en pleine propriété.
(Insinué au Châtelet de Paris le 12 janvier 1761)
Archives nationales, Y 395, fo 37 ro et vo2
Six lettres de Mme du Rumain1
Les Archives de Prague conservent six lettres de Mme du Rumain à Casanova (Marr 10I 1 à 6). Elles ont été éditées par A. Ravà dans ses Lettres de femmes à Jacques Casanova (p. 119-129). Nous reproduisons le texte de cette édition.
Lettre I
Ce mercredi au soir [mai 1758 ?]2
Je vous rends mille grâces, Monsieur, de toutes vos attentions. Je serai enchantée de voir et d’entendre M. Rodrigo, si vous pouvez l’engager à dîner ici dimanche avec vous. Je veux voir ; si vous ne pouvez pas ce jour-là, mandez-moi celui qui vous va et à lui le plus commode dans la semaine prochaine ; tous me sont égaux, vous avez la bonté de me le faire dire. Je vous renvoie ce volume que l’on m’a donné l’autre soir de votre part ; je trouve le dessin qui est dedans très joli ; je ne sais pas pour quel usage cela est et je crains que l’on ne [se] soit mépris en me le portant, ne vous en ayant pas ouï parler. Je vous renvoie aussi le livre que vous avez eu la bonté de me prêter et vous demande mille pardons de l’avoir gardé si longtemps. Ne serait-ce point abuser de votre complaisance, Monsieur, que de vous prier de répondre tout de suite à la question ci-jointe et de me l’envoyer sur le même papier ? Je sais bien de vous être importune ; mais j’espère que cette importunité vous engagera à avoir pour moi la générosité que je désire depuis si longtemps. Je serais cependant bien fâchée de vous être à charge. Je vous réitère la prière de brûler sur-le-champ les papiers sur lesquels vous travaillez mes questions. Recevez, Monsieur, mes remerciements de toutes les peines que vous voulez bien vous donner pour moi. J’ai l’honneur d’être très parfaitement, Monsieur,
votre très humble et très obéissante servante.
ROUAULT DU RUMAIN.
Lettre II
… Ce 23 octobre 1759.
Je suis ravie, Monsieur, d’apprendre que la lettre de M. de Choiseuil vous est parvenue, qu’elle a produit l’effet que vous désiriez1, je vous avoue qu’elle m’a fait autant de plaisir qu’à vous ; c’est un bien sensible de pouvoir obliger quelqu’un qui pense comme vous. S’il ne faut que vous souhaiter du bonheur pour qu’il vous arrive, vous pouvez en attendre un conforme à vos désirs ; personne sûrement ne partagera plus que moi votre joie. J’espère que vos travaux auront le succès que vous en attendez ; et je vous assure que je serai ravie quand je verrai à Paris votre niche à demeurer ; et que vous y serez heureux. Je profiterai alors de votre bonne volonté pour moi. Je vous prie d’être persuadé d’avance de ma reconnaissance et des sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur,
Votre très humble et très obéissante servante,
DU RUMAIN.
À Monsieur Casanova,
à l’auberge du Parlement d’Angleterre,
à La Haye.
Lettre III
Paris, ce 8 janvier 1760.
Les marques de votre souvenir m’ont fait, Monsieur, le plus grand plaisir du monde ; je vous avoue qu’il eût été sans nuage si je n’avais pas trouvé dans votre lettre que votre absence est encore prolongée. Je la trouve en vérité bien longue ; l’intérêt que je prends à ce qui vous regarde et l’espoir que vos projets auront réussi m’engagent un peu à la supporter patiemment. Je suis infiniment sensible, Monsieur, aux souhaits heureux que vous faites à ma faveur ; vous me promettez du bonheur ; je suis si accoutumée à croire ce que vous me dites que cette promesse me flatte. Que ne puis-je, en revanche, vous procurer tous les biens que vous méritez ! Vous ne douteriez pas alors de tout celui que je vous désire. Je voudrais bien, Monsieur, que vos affaires vous permissent de reprendre promptement le chemin de cette ville. Je vous attends avec impatience et me fais une fête, je vous assure, et vous réitère les assurances des sentiments avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur,
Votre très humble et très obéissante servante,
DU RUMAIN.
À Monsieur Casanova,
à Amsterdam, à la poste restante.
Lettre IV
Paris, 8 juin 1760.
M. Balletti m’a remis, Monsieur, votre lettre du 21 mai ; j’ai été ravie de recevoir de vos nouvelles ; elles ne sont pas cependant encore telles que je le désirais. Je vois avec plaisir que vous touchez à la victoire, mais que par les friponneries que vous avez essuyées, vous ne pouvez pas encore revenir ici. Ce dernier article me fait beaucoup de peine ; je sais cependant que vous n’auriez rien à craindre si votre malheureuse affaire de la lettre de change que l’on vous a niée pouvait finir1. J’ai ouï votre avocat qui me paraît avoir beaucoup d’esprit et de connaissance ; il m’a assuré qu’il pourrait faire finir cette affaire et l’anéantir même comme non avenue, s’il avait cent louis. Vous ne pouvez croire, Monsieur, combien j’ai regretté de ne pouvoir lui donner cet argent. Mais il me semble vous avoir ouï dire que vous avez ici bien des débiteurs ; ne serait-il pas possible d’en tirer cette somme ou ne pourriez-vous pas la faire passer ici ? Cette affaire finie, je suis très persuadée que vous pourriez revenir sans crainte. La [saisie ?] que l’on a faite de vos papiers, qui a constaté votre innocence, doit, ce me semble, vous rendre tranquille, et d’ailleurs on est toujours plus à portée de la justice présent qu’absent. Le refus que M. d’Affry vous a fait du passeport2 n’a été fondé que sur des préventions que l’on prend depuis longtemps légèrement sur les personnes qui vont au pays étranger pendant la guerre ; mais comme il n’y a pas eu la moindre preuve contre vous et que vous avez été persécuté assez longtemps pour que l’on ne vous eût pas laissé libre si la rumeur publique que l’on a faite n’eût pas été à votre avantage, je crois que si vous n’aviez que cette crainte, elle serait mal fondée. Je crois que le plus pressé à présent est de tâcher d’avoir les cent louis nécessaires pour apaiser l’affaire de la lettre de change, attendu que, quoique vous ayez affaire à un fripon, vous n’avez rien pour le convaincre en justice. Je ne peux vous exprimer, Monsieur, combien je désire la fin de vos malheurs et que le sort soit plus équitable à votre égard. Votre avocat m’a promis de m’informer des démarches que je pourrai faire pour vous assurer la fin de votre affaire ; je m’y prêterai, je vous assure, avec tout le zèle possible. Vous devez savoir mieux que personne ce que vous pouvez espérer. Consultez l’…3 ; j’espère qu’il vous sera favorable. Mandez-moi ce que vous saurez ; donnez-moi de vos nouvelles et soyez persuadé de l’intérêt bien sincère que je prends à tout ce qui vous regarde.
DU RUMAIN.
Lettre V
Paris, ce 29 avril 1762
J’ai été ravie, Monsieur, de recevoir de vos nouvelles et je rends mille grâces de votre exactitude ; la lettre qui était avec la mienne a été envoyée sur-le-champ à son adresse. Je vous avoue que malgré le plaisir que j’ai eu à vous voir ici un moment, j’ai été bien triste de vous savoir parti. Vous m’aviez communiqué vos inquiétudes. J’attends le mois d’août avec une impatience que vous ne pouvez pas vous imaginer ; j’ai la plus grande confiance que pour lors vos malheurs seront finis ; ce qui augmente cette confiance, c’est l’expérience que je fais souvent de la vérité de l’O1. Mon frère a gagné le procès ; il me l’avait promis ; nous avons été jugés lundi dernier ; je vais, à ce que j’espère, jouir d’un peu de tranquillité. Je désirerais bien que vous y fussiez parvenu aussi. Il faut encore prendre patience et y travailler trois mois. Je vous demande en grâce de continuer à m’instruire de vos démarches, des lieux où vous irez, et des temps que vous séjournerez à chaque endroit, afin que j’aie de vos nouvelles et que je puisse vous donner des miennes. Vous ne devez pas douter de l’intérêt que je prends à ce qui vous regarde et du plaisir que j’aurai d’apprendre des choses qui vous soient agréables. Écrivez-moi donc le plus souvent que vous pouvez. Bonsoir, Monsieur, portez-vous bien et comptez de ma part sur tous les sentiments que vous méritez.
DU RUMAIN.
Casanova écrit, dans l’Histoire de ma vie, qu’il reçut le premier août 1763 une lettre de Mme du Rumain lui annonçant la mort de Mme d’Urfé : il s’agit à l’évidence d’une invention du mémorialiste, qui n’ignorait nullement que la marquise ne mourut qu’en 1775.
La lettre suivante, la dernière conservée dans le Fonds Casanova, était probablement accompagnée d’une lettre de change.
Lettre VI
Paris, 29 mars 1764.
Il y a un siècle que vous n’avez eu de mes nouvelles, Monsieur, parce que j’ignorais où vous étiez. J’appris de M. Balletti que vous aviez été obligé de quitter subitement l’Angleterre et que vous étiez tombé malade ; je me suis informée avec soin de vos nouvelles : il m’a dit que vous vous portiez très bien et qu’il avait la facilité de vous faire tenir des lettres. Je m’étais trop intéressée à votre maladie, Monsieur, pour n’être pas ravie de votre meilleure santé ; je suis très fâchée en vérité que vous vous soyez encore plus éloigné de nous. J’espérais que votre séjour à Londres aurait plus de succès et vous mettrait à portée de revenir en France bientôt, car je serai ravie de vous revoir. Ma façon de penser pour vous étant toujours la même et m’intéressant bien réellement à ce qui vous regarde, donnez-moi de vos nouvelles, instruisez-moi de ce qui vous touche. J’ai lieu de me plaindre de votre silence qui annoncerait que vous ne sentez plus autant l’amour que vous le devriez faire. Pour vous obliger à m’écrire, je vous demande des réponses promptes aux questions que vous trouverez ci-jointes ; elles ne sont pas pour moi, mais pour quelqu’un que j’aime beaucoup. Vous voyez que je compte toujours sur votre complaisance. Joignez à mes réponses de m’informer de ce qui vous regarde et je croirai que vous rendez justice aux sentiments que vous m’avez connus pour vous, Monsieur, et que je conserverai toujours.
DU RUMAIN.
Article « Loterie » de l’Encyclopédie par d’Alembert
LOTERIE, s. f. (Arithmétique.) Espèce de jeu de hasard dans lequel différents lots de marchandises ou différentes sommes d’argent sont déposées pour en former des prix et des bénéfices à ceux à qui les billets favorables échoient. L’objet des loteries et la manière de les tirer, sont des choses trop communes pour que nous nous y arrêtions ici. Nos loteries de France ont communément pour objet de parvenir à faire des fonds destinés à quelques œuvres pieuses ou à quelque besoin de l’État ; mais les loteries sont très fréquentes en Angleterre et en Hollande, où on n’en peut faire que par permission du magistrat.
M. Leclerc a composé un traité sur les loteries, où il montre ce qu’elles renferment de louable et de blâmable. Grégorio Leti a donné aussi un ouvrage sur les loteries, et le P. Ménétrier a publié en 1700 un traité sur le même sujet, où il montre l’origine des loteries, et leur usage parmi les Romains ; il distingue divers genres de loteries, et prend de là occasion de parler des hasards et de résoudre plusieurs cas de conscience qui y ont rapport. Chambers.
Soit une loterie de n billets dans laquelle m soit le prix du billet, m fois n sera l’argent de toute la loterie ; et comme cet argent ne rentre jamais en total dans la bourse des intéressés pris ensemble, il est évident que la loterie est toujours un jeu désavantageux. Par exemple, soit une loterie de 10 billets à 20 livres le billet, et qu’il n’y ait qu’un lot de 150 livres, l’espérance de chaque intéressé n’est que de 150/10 liv. = 15 l. et sa mise est de 20 liv. ainsi il perd un quart de sa mise, et ne pourrait vendre son espérance que 15 liv. Voyez JEU, AVANTAGE, PROBABILITÉ, etc.
Pour calculer en général l’avantage ou le désavantage d’une loterie quelconque, il n’y a qu’à supposer qu’un particulier prenne à lui seul toute la loterie, et voir le rapport de ce qu’il a déboursé à ce qu’il recevra : soit m l’argent déboursé, ou la somme de la valeur des billets, et n la somme des lots qui est toujours moindre, il est évident que le désavantage de la loterie est : (m – n) / m. Voyez AVANTAGE, JEU, PARI, PROBABILITÉ, etc.
Si une loterie contient n billets et m lots, on demande quelle probabilité il y a qu’on ait un lot, si on prend r billets. Prenons un exemple : on suppose en tout 20 billets, 15 lots, et par conséquent 15 billets qui doivent sortir, et qu’on ait pris 4 billets : on représentera ces 4 billets par les quatre premières lettres de l’alphabet, a, b, c, d, et les 20 billets par les vingt premières lettres du même alphabet. Il est visible, 1o. que la question se réduit à savoir combien de fois 20 lettres peuvent être prises quinze à quinze ; 2o. quelle probabilité il y a que l’un des 4 billets se trouve dans les 15. Or l’article COMBINAISON apprend que vingt choses peuvent être combinées quinze à quinze au nombre de fois représenté par une fraction dont le dénominateur est 1. 2. 3. 4. etc. jusqu’à 15, et le numérateur 6. 7. 8… etc. jusqu’à 6 + 14 ou 20. À l’égard de la seconde question, elle se réduit à savoir combien de fois les 20 billets (excepté les quatre a, b, c, d,) peuvent être pris quinze à quinze, c’est-à-dire combien de fois 16 billets peuvent être pris quinze à quinze, ce qui s’exprime (Voyez l’article COMBINAISON) par une fraction dont le dénominateur est 1. 2. 3. 4. etc. jusqu’à 15. et le numérateur 2. 3. 4. etc. jusqu’à 2 + 14 ou 16. Donc la probabilité cherchée est en raison de la première de ces deux fractions, moins la seconde à la première ; car la différence des deux fractions exprime évidemment le nombre de cas où l’un des billets a, b, c, d, sortira de la roue. Donc cette probabilité est en raison de 6. 7. 8. . . . . 20 – 2. 3. 4. . . . . .16 à 6. 7. 8. . . . .20, c’est-à-dire de 17. 18. 19. 20 – 2. 3. 4. 5. à 17. 18. 19. 20.
Donc en général la probabilité cherchée est exprimée par le rapport de (n – m + 1. n – m + 2. . . . . .n) – (n – r – m + 1. n – r – m + 2. . . . . .n – r) à (n – m + 1. n – m + 2. . . . .n). D’où l’on voit que si n – r – m + 1 = 0 ou est négatif, on jouera à jeu sûr. Si, par exemple, dans le cas précédent au lieu de 4 billets on en prenait 6, alors on aurait n – r – m + 1 = 20 – 6 – 15 + 1 = 0 ; et il y aurait certitude d’avoir un lot, ce qui est évident, puisque si de 20 billets on en prend 6 et qu’il en doive sortir 15 de la roue, il est infaillible qu’il en sortira un des 6, les autres ne faisant ensemble que 14. Voyez JEU, etc. (O)
Annexes
RÉPERTOIRE DES NOMS
Pour le confort du lecteur, les informations biographiques sur les personnages mentionnés dans l’Histoire de ma vie sont le plus souvent données en note. Ce Répertoire ne concerne que les noms qui exigeraient un développement excessif dans des notes de bas de page, en raison notamment des documents cités (extraits de la correspondance, témoignages de première main).
ADAM, père — Le jésuite Antoine Adam (1705-apr. 1786) trouve asile à Ferney après la dissolution de son ordre en 1762, avec le titre non officiel d’aumônier (l’évêque lui interdit de confesser et de dire la messe). Il excellait aux échecs et jouait quotidiennement avec Voltaire. Il quitta Ferney en 1776 dans des circonstances mal connues.
Bachaumont rapporte le mot d’esprit de Voltaire sur le « premier des hommes » dans ses Mémoires secrets, à la date du 15 mars 1768 : « Il passe pour constant aujourd’hui que M. de Voltaire est encore à Ferney, avec un secrétaire et le Père Adam, qu’il a recueilli lors du désastre de la Société, et duquel il disait plaisamment en le présentant à la compagnie : Messieurs, voilà le père Adam ; il est inutile de vous avertir que ce n’est pas le premier homme du monde. En effet, ce jésuite est, dit-on, très borné » (éd. C. Cave et S. Cornaud, Paris, Champion, 2009, t. II, p. 870). Casanova dit dans le Scrutinio qu’il a entendu raconter cette anecdote par un Genevois. Il écrit de même dans la Confutazione : « Ce même Genevois, qui me parla de la vigueur de cet antéchrist décharné, me disait, qu’il chassa de chez lui Madame Denis sa nièce, et avec elle tout le reste, et qu’il ne garde avec lui, qu’un jésuite qui s’appelle le Père Adam, qu’il ne présente jamais à l’assistance sans dire : Voici le Père Adam, qui n’est pas le premier Homme du Monde. Il s’amuse à jouer avec le pauvre Loyoliste au trictrac, mais il convient que le malheureux ait de la patience, quand le Divin Poète perd deux parties de suite ; cornet, tric-trac, la table, et tout ce qui lui tombe sous la main saute au visage de l’humble vainqueur » (t. II, p. 212, note de bas de page).
ALBERGATI-CAPACELLI, François — Poète comique italien né à Bologne, le marquis Francesco Albergati Capacelli (1728-1804) était sénateur héréditaire (quaranta). Traducteur de Voltaire et de Houdart de la Motte, il avait dans sa campagne un théâtre privé, pour lequel il écrivait des comédies en collaboration avec Goldoni. Dans ses Mémoires (publiés en 1787), Goldoni rapporte ainsi leur rencontre : « Nous allâmes tous ensemble chez M. le marquis d’Albergati Capacelli, sénateur de Bologne. Ce seigneur, très connu dans la république des Lettres par ses traductions de plusieurs tragédies françaises, par de bonnes comédies de sa façon et encore plus par le cas qu’en faisait M. de Voltaire, avait indépendamment de sa science et de son génie, les talents les plus heureux pour l’art de la déclamation théâtrale, et il n’y avait pas en Italie de comédiens ni d’amateurs qui jouassent comme lui les héros tragiques, et les amoureux dans la comédie. Il faisait les délices de son pays, tantôt à Zola, tantôt à Medicina, ses terres ; il était secondé par des acteurs et des actrices de société, qu’il animait par son intelligence et par son expérience. J’eus le bonheur de contribuer à ses plaisirs, ayant composé cinq pièces pour son théâtre […] » (Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre, éd. P. de Roux, Paris, Mercure de France, coll. « Le temps retrouvé », 1988, p. 241).
Albergati s’adressa d’abord à Voltaire pour lui demander des indications sur la mise en scène de diverses pièces de théâtre qu’il voulait jouer sur sa scène personnelle. Ce fut le début d’une correspondance régulière entre les deux écrivains pendant vingt ans. Albergati fit découvrir à l’auteur de L’Écossaise le théâtre de Goldoni. Voltaire le remercia dans ses lettres dont certains passages font écho aux entretiens rapportés par Casanova :
« Il est vrai que, pour du plaisir, vous venez de m’en donner par votre traduction, et par votre bonne réponse à ce Caraccioli. […] Je remercie tendrement l’enfant de la nature Goldoni […]. Vous avez le génie et les saucissons, mais mes chers Genevois n’ont rien du tout » (5 septembre 1760, in Correspondance, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, p. 1090-1091).
« Je partage, Monsieur, mes remerciements entre vous et lui [Goldoni] ; dès que j’aurai un moment à moi, je lirai ses nouvelles pièces, et je crois que j’y trouverai toujours cette variété et ce naturel charmant qui font son caractère. Je vois avec peine en ouvrant le livre, qu’il s’intitule, poète du duc de Parme ; il me semble que Térence ne s’appelait point le poète de Scipion ; on ne doit être le poète de personne, surtout, quand on est celui du public. Il me paraît que le génie n’est point une charge de cour, et que les beaux-arts ne sont pas faits pour être dépendants » (1er mai 1761, ibid., t. VI, p. 367-368).
« Quand notre peintre de la nature honorera mes petits pénates de sa présence, il verra mon théâtre achevé, et nous pourrons jouer devant lui ; mais il faudrait jouer ses pièces ; je pourrais tout au plus faire le vieux Pantalon Bisognosi [dans la comédie La Femmina puntigliosa, 1750]. J’ai quelquefois deux ou trois heures de bon dans la journée, c’est à dire deux ou trois heures où je ne souffre pas beaucoup. Je les consacrerais à M. Goldoni ; et si j’avais de la santé, je le mènerais à Paris, avant de faire mon voyage de Lorette » (2 février 1762, ibid., t. VI, p. 786).
BONO, Giuseppe — Marchand de soie et banquier établi à Lyon depuis 1756. Il mourut en 1780. Sa correspondance avec Casanova permet de recouper plusieurs informations sur l’aventurier Passano, tenu à une vie discrète. Nous en citons quelques extraits en suivant la chronologie.
Le 11 février 1763, Bono écrit à Casanova à Milan : « Je vous prie de dire à M. Passano que je n’ai pas oublié sa commission des livres […]. S’il est à Milan avec vous et s’il avait du temps de reste, je voudrais avoir le portrait en miniature pour bague de ma nièce Appiani toutefois qu’il ait du temps de reste » (Archives de Prague, 10N 4).
Le 7 juillet 1763, Bono rapporte une conversation avec Passano, portant sur le complot pour dépouiller la marquise d’Urfé et sur les accusations d’empoisonnement : « [Passano] m’a parlé des treize mille lires que la marquise lui a données, de la robe de chambre, de l’habit de velours et de l’anneau que la marquise lui a donnés et qu’il s’est appropriés, je lui ai répondu que s’il n’avait pas été présenté par Melchissédec [Casanova], on ne lui aurait jamais fait de pareils cadeaux. […] Le poison qui sans cesse ronge ses entrailles le rend furieux contre vous ; je lui ai donné un bon antidote, et je m’efforce de le dissuader ; mais il me dit que dans deux lettres écrites à Mme la Marquise vous lui prédisez la mort de Passano, empoisonné par vous-même » (id., 10N 9).
En septembre 1763, Passano était encore à Lyon où Bono obtenait son silence en y mettant le prix. Le 28 septembre, ce dernier rapporte le résultat de la négociation à Casanova domicilié à Londres : « C’est à Milan où j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire en date du 26 juillet, je ne pouvais pas exécuter vos ordres que à mon retour ici, et c’est ce que j’ai aussitôt fait, même j’avais déjà commencé à mon absence à disposer Passano pour terminer la guerre qu’il vous avait déclarée. Le reçu ci-joint du montant de la lettre de change que vous lui aviez faite sur M. Zappata de Turin, le billet qu’il vous écrit ce sont des armes pour détruire tout ce qu’il a écrit contre vous, ses horreurs m’avaient indigné, et je suis charmé qu’il soit parti. » Dans la même lettre figure un reçu de mille lires : « Lyon, 14 septembre 1763. Le soussigné déclare avoir reçu de Monsieur Giuseppe Bono, par ordre et pour le compte de Monsieur Seingalt, la valeur de mille lires piémontaises, montant de la lettre de change que le même m’a cédée sur le sieur Zappati, lequel billet a été payé par Monsieur Muralt sur mon ordre, et afin que ceci serve de quittance. Déclarant que cette somme m’a été accordée par pure bonne grâce et générosité. En foi de quoi, Giacomo Passano » (id., 10N 12).
CHAVIGNY, Anne-Théodore Chavignard (Chevignard), chevalier de — Conseiller et gouverneur de Beaune, où il était né vers 1689, il fut ambassadeur de France en Suisse de 1753 à 1762, en résidence à Soleure, après avoir fait sa carrière diplomatique dans la plupart des pays d’Europe (Amsterdam, Gênes, Madrid, Hanovre, Regensburg, Londres, Copenhague, Lisbonne, Munich et Francfort-sur-le-Main). Après le renvoi d’Amelot (1744), il dirigea les Affaires étrangères avec Dutheil. Il fut ambassadeur à Venise pendant un an (1750-1751). Casanova évoque brièvement sa rencontre avec Chavigny en 1760 dans une note de la Confutazione (I, p. 66-67).
Durant son séjour en Angleterre (1726-1729), Voltaire s’est montré satisfait de Chavigny, comme en témoigne sa lettre en anglais du 14 avril 1732 à Nicolas-Claude Thieriot : « I am not surprised you like M. de Chavigny, he is one of these men born to engratiate themselves every where, to humour the dull german, to sooth the haughty english, to converse with the french, to negociate with the subtle italian. I know he was highly beloved by the late King Georges, and all his court. T’is not my business to guess whether he is charges to day with so favourable a commission as he was formerly. But whatever will be the foot upon which he treats now with the english, sure I am his person will be very acceptable though his commission should not1 » (Correspondance, op. cit., t. I, p. 326-327). Par la suite, l’opinion du patriarche de Ferney sur le diplomate suisse devint plus mitigée, au point qu’il encourageait Ferriol à demander la démission de l’ambassadeur. Voltaire n’était donc plus en correspondance réglée avec Chavigny en 1760.
COSTA, Gaetano — Costa (v. 1734-1801) entre au service de Casanova de 1760 à 1762, après avoir été valet de chambre à Madrid. Il participe activement à la pseudo-régénération de Mme d’Urfé. Instruit par l’exemple, il dépouille son maître de 300 000 livres (plus de 3 millions d’euros) à Augsbourg, et gagne Rome où il épouse la fille du valet de chambre du pape, Thekla Righetti. Il prodigue rapidement les trésors volés et quitte sa femme dont il a eu un fils.
Da Ponte a donné dans ses mémoires une autre version, hautement douteuse, de l’aventure avec Mme d’Urfé et de la fuite de Costa. Tout le passage qu’il consacre à son compatriote est caractérisé par une évidente intention de dénigrement. Ainsi selon Da Ponte, Casanova, aidé par une « courtisane », prodigue un somnifère à Mme d’Urfé, fracture purement et simplement l’armoire où elle a rangé devant lui une petite fortune, s’empare du butin et rejoint son complice : « [il] courut retrouver dans la rue son domestique, Gioachino Costa, depuis longtemps à son service, et qu’il traitait en camarade, et en ami. Comme il avait pleine confiance en cet homme, il lui remit cette cassette, et lui désigna une hôtellerie où ils devaient se retrouver, à dix ou douze mille de Paris. [Casanova porte ensuite à la courtisane l’argent qu’il lui doit.] Pendant que tous deux se félicitaient de la crédulité de leur victime, son maître Jacques [Costa] s’enfuyait à l’étranger avec le trésor. Les cinquante louis de la courtisane étaient tout ce que Casanova avait prélevé de cet argent. Il restait donc sans un sou. Après avoir exploré vainement toutes les hôtelleries de la ville et des environs et perdu l’espoir de retrouver domestique et trésor, il maudit la vieille femme, la courtisane et lui-même, si habile à tromper les autres et assez maladroit pour s’être laissé duper par un homme qu’il avait toujours considéré comme un niais » (Mémoires de Lorenzo Da Ponte, librettiste de Mozart, trad. de M. C. D. de La Chavanne revue et complétée, Paris, Mercure de France, coll. « Le temps retrouvé », 1988, p. 207-208).
Casanova retrouve Costa en 1784 à Vienne, au service de Jean-Ferdinand, comte de Hardegg. De ces retrouvailles mentionnées au t. VI (p. 806 et 862), Da Ponte a donné une autre version dans ses Mémoires : « […] me promenant sur ce même Graben avec lui [Casanova], je le vois tout à coup froncer les sourcils, me quitter brusquement, puis, d’un pas précipité, s’élancer à la poursuite d’un homme qu’il saisit au collet en l’apostrophant de ces mots : “Je t’ai donc rejoint, assassin !” La foule, attirée par cette agression étrange, allait toujours grossissant. D’abord interdit, je restai un moment impassible mais, après deux minutes de réflexion, je courus à lui et, le prenant par le bras, je l’entraînai loin de la bagarre. C’est alors qu’il me fait la confidence que cet homme, qui se nommait Gioachino Costa, était ce domestique qui s’était enfui avec sa cassette et son trésor. Ce Costa, que la débauche et de mauvaises connaissances avaient achevé de perdre, était présentement dans la plus grande misère. Valet de chambre d’un grand seigneur de Vienne et cumulant avec ces fonctions subalternes le métier de poète, il était un de ceux qui m’avaient honoré de leurs diatribes pendant ma faveur sous Joseph II. Nous continuâmes notre promenade et nous le vîmes entrer dans un café, d’où bientôt sortit un garçon qui remit un billet à Casanova ; ce billet était conçu en quatre vers dont voici le sens : “Casanova, tu as volé, j’ai suivi ton exemple. Tu es mon maître, je ne suis que ton disciple. Point d’éclat ! c’est ce que tu as de mieux à faire.” Ce peu de mots produisit un grand effet ; Casanova se prit à réfléchir ; puis, éclatant de rire, il se pencha à mon oreille en me disant : “Le maraud a par ma foi raison.” Se rapprochant alors du café, il fit signe à Costa, qui vint le rejoindre, et tous deux, côte à côte, se mirent à marcher en causant aussi tranquillement que si rien ne s’était passé. Quelques instants après ils se séparèrent en se serrant la main à diverses reprises, comme deux amis intimes. Lorsque Casanova revint à moi, il avait à l’un de ses doigts un camée que je n’y avais pas encore remarqué et qui, par une coïncidence bizarre, représentait un Mercure, dieu des voleurs. Je suppose que ce camée est la seule épave qu’il aura pu recouvrer de cette ignoble escroquerie. Cette scène peint assez le caractère de l’homme pour me dispenser de tout commentaire » (op. cit., p. 209-210).
Dix ans plus tard, le prince de Ligne rencontra Costa comme il l’écrit à Casanova le 22 novembre 1794 : « Il y a quelques semaines que j’étais à Feldsberg à la chasse : et il y avait, comme de raison, le grand veneur Hardegg. Je vais le matin pour le voir dans sa chambre, il en était sorti, mais je trouve dans un fauteuil un grand nez, devant un miroir, et des yeux qui n’étaient pas faits peut-être pour être vifs et même presque spirituels, mais qui semblaient avoir été inoculés par quelqu’un qui a ceux de l’aigle et du génie. Je dis à ce grand nez : Bonjour, Monsieur Costa. Vous ne pouvez pas vous représenter son étonnement. – Comment diable savez-vous mon nom ? – Je sais plus : je sais vos aventures, vos malheurs, vos voyages, vos coups de poing avec Leduc, votre courage contre les voleurs en sortant de Cologne, etc. Il m’a cru sorcier. Je finis par lui dire, après l’avoir vu un peu embarrassé, que vous m’aviez dit beaucoup de bien de lui : de sa fidélité, valeur, esprit naissant, discrétion et attachement. C’était le moyen de lui faire dire du bien de vous : et comme j’aime à l’entendre, il m’a servi à merveille et n’a plus tari sur vos louanges. C’est ce que je fais sans être M. Costa » (Archives de Prague, 2-105).
HALLER, Albert de — Célèbre anatomiste bernois, Haller (1708-1777) fut aussi physiologue, botaniste, médecin, homme d’État et poète. Il étudia la médecine avec Boerhaave, puis s’initia à la botanique à Bâle en 1727. Il publia son poème Les Alpes en 1729, puis enseigna l’anatomie et la botanique à l’université de Göttingen de 1736 à 1753, année de son retour à Berne. En 1758 il fut nommé directeur des salines de Roche, poste qu’il occupa jusqu’en 1764, et devint membre de diverses sociétés savantes. Lorsque Casanova lui rendit visite en 1760, il était marié, pour la troisième fois, à Sophie-Amélie-Christiane, née Teichmeyer (fille d’un célèbre médecin d’Iéna), épousée en 1741. La famille comptait sept enfants, dont deux filles nées en 1742 et en 1743. Aucune n’épousa le précepteur Jacques Dick.
Aucune trace de sa correspondance avec Casanova ne subsiste, mais la Bibliothèque de Berne a conservé une lettre de Casanova à Muralt, dans laquelle il parle de sa visite à Haller. H. von Löhner l’a publiée dans l’Archivio veneto (t. XXIV, 1882) et Pierre Grellet l’a reproduite intégralement (Les Aventures de Casanova en Suisse, Lausanne, Spes, 1919, p. 95-96). En voici la traduction : « Lausanne, le 25 juin 1760. Très illustre Seigneur, Je me suis rendu à Roche et suis de retour ici aujourd’hui ; j’ai remis votre lettre à M. de Haller, et me sens si frappé du mérite incomparable d’un tel homme que je n’aurai de repos avant de vous avoir adressé mes remerciements les plus particuliers de m’avoir donné une lettre de recommandation pour ce grand philosophe. Je suis confus de m’être présenté chez lui avant midi, car je me suis trouvé dans l’obligation d’être traité magnifiquement à sa table. Si j’avais pu pressentir ce que mon peu de mérite me défendait de prévoir, je me serais rendu chez lui après le repas. Sa divine conversation est un repas si délicieux qu’on ne saurait, en conscience, désirer que cette bouche, dont la profonde érudition enchante tous ceux qui l’écoutent, se donne le temps de manger. Cela est si vrai que le savant Haller mange peu et ne boit que de l’eau, mais sa table est servie avec une largesse qui montre qu’il n’observe que pour lui-même la vertu de la sobriété. Quelle fortune ce serait pour moi de pouvoir vivre trois ans dans la compagnie d’un homme de cette trempe ! Non seulement je m’instruirais beaucoup, mais j’apprendrais à m’exprimer avec la bonne grâce, l’autorité, l’agrément et l’inimitable modestie de M. de Haller. C’est en souriant qu’il m’entretenait des choses les plus érudites et les plus savoureuses, et sa connaissance de l’Antiquité était si parfaite qu’il semblait se remémorer un temps où il avait vécu. On avait l’impression de causer avec un homme ayant vécu deux mille ans et qui avait été, fortuitement, le témoin oculaire des grands faits dont il parlait. Toutes ses questions semblaient des documents, et quand on lui répondait pour le renseigner, on avait l’impression qu’il cherchait à s’instruire, tellement sa manière était modeste. Il n’y a aucun artifice en lui : tout est nature. On lui pardonnerait aisément d’être ambitieux, mais un tel défaut est très éloigné de son caractère, et il est bien vrai que personne, je crois, ne se hasarderait à entrer en lice pour se mesurer avec lui. On fait l’éloge d’un grand homme en disant de lui qu’il a des notions de tout, mais on devrait dire de M. Haller qu’il sait tout. Il connaît tout ce que la terre a produit, et personne ne sait mieux que lui la structure de l’homme. Il connaît donc mieux que personne le divin architecte, et surtout il se connaît lui-même. Qui jamais eut au monde les bases d’une science plus grande ? Je porterai éternellement gravée dans mon cœur la mémoire de ce grand homme et me considérerai toujours comme l’obligé de ceux qui me l’ont fait connaître. Je ne lui ai adressé aucun compliment, craignant d’offenser une âme supérieure qui estime ne mériter aucun éloge. Je vous dirai encore que je n’ai cessé d’être en extase et dans l’enthousiasme. Je vous prie d’agréer mes excuses et de souffrir que je me range parmi vos admirateurs ; peut-être, avec le temps, pourrais-je mériter de ne pas compter parmi les derniers de ceux qui vous estiment. Son épouse m’a paru tout le contraire de la femme de Socrate, et sa fille m’a semblé aussi spirituelle que sage. Je vous prie d’excuser la longueur de ma lettre. Comme le portrait que j’ai tracé de ce seigneur est parfaitement conforme à l’idée que vous vous en faites, j’espère ne pas vous avoir ennuyé. En vous assurant de mon respect, je suis, de votre Seigneurie, le très dévoué et très obéissant serviteur. De Seingalt. »
La Bibliothèque de Berne a également conservé deux lettres des 16 et 19 mars 17612, dans lesquelles Muralt expose à Haller les démarches faites par Casanova, afin que le grand savant soit admis à l’Accademia dell’Aracadia : « À peine M. de Seingalt vous a-t-il proposé, que vous avez été reçu par une acclamation générale de toute l’assemblée qui espère que vous voudrez bien leur faire l’honneur d’être des leurs. […] Je dois [cette admission de Haller] à mon ami de Seingalt qui est tout-puissant en Italie et votre admirateur ; c’est lui qui m’a adressé votre patente. Il restera encore un mois à Turin et il sera bien flatté si vous lui faites l’honneur de lui écrire ; son adresse est à M. le comte de Seingalt, à poste restante à Turin » (P. Grellet, op. cit., p. 98-99).
Le jugement négatif de Haller sur Rousseau et sur son roman Julie, ou la Nouvelle Héloïse ne surprendra guère le lecteur de sa correspondance. Il écrit à Bonnet le 2 février 1761, soit un mois après sa publication : « Le roman de M. Rousseau fera plaisir. Il donne dans la caricature, mais il remue, il émeut. Il se contredit dans ses raisonnements parce qu’il s’abandonne à sa verve et qu’il écrit sans principes. » Le 8 juin 1761, il répond au médecin G. J. Zimmermann : « J’ai lu Julie. Il y a de fort beaux tableaux particuliers, le coloris en est d’une force peu commune. Point d’ordonnance générale ; le costume point observé et le poète parlant partout ; aucune variation dans les styles des personnages ; de la mauvaise morale en bien des endroits. » D’une manière générale, Haller désapprouvait les principes démocratiques de Rousseau qu’il estimait « destructeurs de tout gouvernement » (cité par P. Grellet, ibid., p. 93).
Dans l’édition de Gotha des Œuvres de Voltaire (1789, t. LX, notice préliminaire, p. 81), on trouve le mot de Voltaire sur Haller rapporté dans l’Histoire de ma vie (« Ah ah ! Il est très possible que nous nous trompions tous les deux ») : « Un étranger se présente chez M. de Voltaire et lui raconte qu’il a vu à Berne M. de Haller. M. de Voltaire le félicite sur le bonheur qu’il a eu de voir un grand homme. – Vous m’étonnez, dit l’étranger, M. de Haller ne parle certainement pas de vous de la même manière. – Eh bien, répliqua M. de Voltaire, il est possible que nous nous trompions tous les deux. » Dans les notes retrouvées à Dux, on peut lire à la fois la source de ce trait et l’identification de Casanova à l’étranger anonyme : « Dans le volume 60 p. 81 des Œuvres de Voltaire on lit la réponse que Voltaire me donna lorsque je lui ai dit que Haller ne le regardait pas comme un grand homme. On ne me nomme pas : on me désigne pour un étranger. Cela m’a fait plaisir » (Archives de Prague, 17A 50). Sur une autre fiche, il note, puis biffe (peut-être après avoir écrit le passage dans l’Histoire de ma vie) : « Volume LX, p. 81 / réponse que Voltaire me fit à propos de M. de Haller. » (16k 54). Il n’est cependant pas impossible que cette identification soit une construction a posteriori du Vénitien.
IVANOFF (pseudo-) — On a retrouvé dans les papiers de Casanova (Archives de Prague, 12-52) une note portant sur cet aventurier connu sous le nom de Charles Ivanov, qui a un temps suivi le même itinéraire que le Vénitien (Schaffhouse, Bâle, Soleure). Il s’agit de la traduction d’une ordonnance publiée en allemand, suivie d’un post-scriptum d’une main inconnue :
Gazette de Schaffhouse du 19 mars 1760, dont ci-joint l’original en allemand :
Avertissement. Le Gouvernement Imp. et Royal de Constance avertit le Public qu’un certain se soi-disant Comte Russien, nommé Charles Ivanoff, a trompé un marchand d’ici en lui fournissant une fausse lettre de change de 86 ducats, tirée de Vienne sur Venise, s’étant d’abord après esquivé. Il a passé par Fribourg-en-Brisgau pour Strasbourg, plus loin on n’en sait rien.
1o On prévient ainsi un chacun de cet aventurier, et qu’il n’est pas un Comte Russien, quoi qu’il soit titré, mais selon des avis, habitant de Danzig.
2o On prie tous les magistrats de l’arrêter, en donnant avis à notre Gouvernement militaire, on bonifiera volontiers les Frais.
Constance, 15 mars 1760.
Description du susdit Comte Charles Ivanoff.
Ce Comte Ivanoff est un grand jeune et bel garçon de 28 ans, porte en Hiver un habit de Velours noir ou de Peluche Canne Verde, de Tems en tems une Perruque brun foncé et ronde, de même que ses propres cheveux. Item une Épée d’acier à l’anglaise aussi une petite d’argent, des Boucles à Brillants qu’on a estimé ici deux mille Gouldes [gulden ou florins hollandais] soit florins : le plus souvent il est en Botte, selon des avis il doit être de Dantzig et un très grand aventurier, prend beaucoup de Tabac au nez et porte avec lui une ronde Tabatière d’Écaillé, dans laquelle il y a selon son dire le Portrait d’une Dame très connue de Paris.
P.S. Cet Ivanoff a été un couple de Jours avant cette Gazette ici, il s’en est allé pourtant un Jour avant qu’elle parût, disant à son Hôte (des trois Rois) qu’il ferait une promenade à Soleure, Berne et Granson, en attendant le Jubilée de l’Université soit de l’Académie de cette Ville. Aussitôt que cet Avertissement parut, on se mit à le poursuivre, on l’attrapa entre ici et Berne, des amis de la dernière Ville l’ont dit-on sauvé. – Pendant qu’il a été ici les premières maisons lui ont fait beaucoup d’Honneur, je l’ai côtoyé assez bien, parce que la renommée m’avait prévenu pour lui, autant que j’ai pu m’apercevoir, c’était un homme très versé dans quasi toutes les Sciences, il était grand connaisseur des Antiquailles et un personnage des mieux tournés ; on doit avoir fait beaucoup pour lui à Berne. L’on disait qu’il avait été arrêté à Versoy pour être conduit à Pétersbourg et que c’était un des Prétendants à la Succession du Trône Moscovite. Sans l’absence d’un Ami, je vous pourrais dire des plus solides Particularités, mais peut-être vous en savez le mieux ses circonstances. J’en conclus de lui que c’est un Personnage obligé à se masquer, comme bien d’autres Honnêtes Gens ; et selon une manière de penser mille fois plus estimable que ces Cœurs justes mais sans Passions et Sentiments, si les Occasions m’eussent été favorables, peut-être que j’aurai pu le servir, étant en cela au-dessus de la plus grande Façon de penser du Vulgaire.
MURALT, Johann Bernhard von — Issu d’une famille patricienne bernoise, Jean-Bernard de Muralt (1709-1780) fut membre du Grand Conseil en 1745. En 1760, il est avoyer de Thoune (dont il réforma l’administration), puis membre du Petit Conseil en 1768, et trésorier du Pays allemand de 1777 à sa mort. P. Grellet a retrouvé à la Bibliothèque de Berne une lettre de Muralt à Haller datée du 21 juin 1760 (elle est aussi répertoriée dans les Archives de Prague, cote 40-23), portant sur les circonstances du séjour de Casanova à Berne :
Monsieur mon très cher et très honoré Ami,
Nous avons eu ici pendant une couple de mois un étranger, logé à la Couronne, nommé chevalier de Seingalt, qui m’a été fort recommandé par le marquis de Gentils sur des recommandations que lui a remis en sa faveur une dame de considération de Paris. Il est parti d’ici avant-hier pour Lausanne où il s’arrêtera quelque temps, et d’où il se propose de vous faire une visite, étant envieux : 1o de vous voir, et 2o les salines. Il m’a demandé une lettre de recommandation pour vous, Monsieur et cher Ami, que j’ai été empêché d’écrire avant son départ et qu’outre cela j’ai mieux aimé vous envoyer par la poste. Cet étranger mérite que vous le voyiez et sera pour vous vraiment une curiosité, car c’est une énigme que nous n’avons su déchiffrer ici ni découvrir ce que c’est.
Il ne sait pas tant que vous, mais il sait beaucoup. Il parle de tout avec beaucoup de feu, paraît avoir prodigieusement vu et lu. On dit qu’il sait toutes les langues orientales, ce dont je ne juge pas. Il n’écrivit pour ici aucune lettre de recommandation directement pour personne. Il paraît qu’il ne voulait point être connu. Il recevait tous les jours de courrier beaucoup de lettres, écrivait tout le matin et m’a dit que c’était pour une affaire de curiosité, un plan de… [illisible] et une conception comme du salpêtre. Il parle le français en Italien ayant été élevé en Italie. Il m’a fait son histoire, trop longue pour vous la rapporter. Il vous la fera quand vous voudrez. Il me dit qu’il est un homme libre, citoyen du monde, qu’il observe les lois de tous les souverains sous lesquels il vivait. Il a mené ici une vie exactement réglée, son goût dominant, à ce qu’il m’a fait sentir, est l’histoire naturelle et la chimie ; mon cousin [Louis] de Muralt, le virtuose, qui fut fort attaché à lui et qui lui a aussi donné une lettre pour vous, s’imagine que c’est le comte de Saint-Germain. Il m’a donné des preuves de son savoir dans la Cabale, étonnantes si elles sont vraies et qui en feraient quasi un sorcier, mais je vous cite ici mon auteur, enfin bref, c’est un personnage très singulier. Il est nippé et habillé au mieux. Après vous, il veut aller dire poliment aussi à Voltaire bien des fautes qu’il y a dans ses livres. Je ne sais si un homme aussi charitable sera du goût de Voltaire ; quand vous l’aurez vu, faites-moi le plaisir de me dire ce que vous en pensez, mais ce qui m’intéressera plus, donnez-moi, je vous prie, de vos nouvelles et de votre santé, etc.
Je vous prie d’être persuadé qu’on ne peut rien ajouter au véritable attachement et à la considération distinguée avec lesquelles je fais profession d’être toute ma vie, Monsieur, votre très cher et très honoré Ami. Berne, ce 21 juin 1760. Votre très humble et très obéissant serviteur. B. D. Muralt.
MURALT, Louis de — Fils d’un conseiller de la république de Berne et cousin du précédent, Louis de Muralt (1716-1789) épousa en 1745 Sarah Favre, fille d’un membre des Deux-Cents de Genève. Le couple eut deux filles dont la plus jeune, Anne-Sarah, naquit le 31 août 1750. Muralt paraît ne s’être occupé que de belles-lettres et de sciences occultes. Il publie à Leipzig en 1757 une Histoire de Frédéric le Grand. En 1762 il fut nommé chargé d’affaires de Berne à Londres, où Casanova le retrouve fin 1763 et lui recommande l’aventurier Giacomo Passano. Le banquier Bono écrit le 10 novembre 1763 à Casanova que M. Muralt avait proposé à la marquise moyennant une lettre de crédit de 12 000 livres « un manuscrit précieux où il y avait le secret de vivre longtemps » (Archives de Prague 10N 6). Le Petit Conseil de Berne commença à enquêter sur ces affaires louches en avril 1763 et en septembre, Muralt est appelé à comparaître devant les magistrats de la ville. Il se réfugie à Calais et rentre à Berne le 10 octobre où il fut traité avec indulgence, grâce à l’influence de sa famille. Relevé de ses fonctions, il conserva ses appointements, et demeura membre du Conseil des Deux-Cents jusqu’en 1766. En 1769, Muralt achète la seigneurie de Thunstetten. Il rentre en faveur en 1787 et est nommé bailli de Zweisimmen. (P. Grellet, op. cit., p. 167).
Louis de Muralt adressa à Haller, tout comme son cousin Jean-Bernard, une lettre de recommandation en faveur de Casanova. Celui-ci la remit à Haller et en informa L. de Muralt en ces termes : « j’ai remis votre lettre à M. de Haller et me sens si frappé du mérite incomparable d’un tel homme que je n’aurai de repos avant de vous avoir adressé mes remerciements les plus particuliers de m’avoir donné une lettre de recommandation pour ce grand philosophe » (P. Grellet, op. cit., p. 95 ; Archives de Prague 40-9). Une épître en vers retrouvée à Dux (16 A 58) semble lui être adressée : « Dolce Luigi, dell’Elvezia onore […] E Figlio, è Sposo, è Padre fortunato » (« Doux Louis, honneur de la Suisse […] C’est un fils, un époux, un père fortuné »).
NATTIER, Jean-Marc — Fils d’un portraitiste, Jean-Marc Nattier (1685-1766) commença par peindre des batailles et des portraits à Amsterdam pour Pierre le Grand. Ruiné par la banqueroute de Law en 1720, il s’intègre à la cour de Lorraine et devient le portraitiste officiel de la famille royale en 1742. Casanova écrit, dans sa Critique de Bernardin de Saint-Pierre : « J’ai connu en France, il y a quarante ans, un peintre nommé Natier qui ne faisait que des portraits et qui à juste titre était devenu riche. Il avait le talent unique de saisir la ressemblance parfaite et de démontrer par la fidélité de sa copie que la dame qu’il avait peinte n’était pas laide, comme tout le monde l’avait cru jusqu’à ce moment-là, mais belle, ou jolie tant qu’on pouvait la désirer. Les femmes disaient que tous les autres peintres étaient des imposteurs et que le seul Natier était le peintre par excellence que la nature avait produit. […] J’ai vu les portraits de toutes les cinq filles de Louis XV faits par cet homme, que tout le monde croyait fort laides, mais le pinceau de Natier démontra que tout le monde se trompait et qu’elles étaient réellement belles jusqu’au droit d’inspirer l’amour aux marbres s’ils avaient eu des yeux. On voit à Versailles ces mêmes portraits, et par leur magie inconcevable Madame l’infante fut duchesse de Parme à la pomme, elle qui sans la toilette de Natier paraissait fort laide » (Archives de Prague, 28-3).
PASSANO, Giacomo — Aventurier génois mort vers 1772, portant aussi les noms anagrammatiques d’Ascanio Pogomas et de Cosimo Aspagona. Voir à l’entrée Bono les extraits de la correspondance Bono-Casanova, qui fournit la plupart des informations sur cette sorte de double maudit du Vénitien. Charles Samaran a publié des lettres de Passano à Mme d’Urfé (Jacques Casanova, Vénitien, p. 220-230), en conservant leur orthographe. Elles montrent la rancœur de leur auteur envers Casanova, surnommé « goulenoire ». Nous les reproduisons ici en respectant l’orthographe transcrite par Ch. Samaran et les éléments de description matérielle.
Lettre du 3 juillet 1763, envoyée de Lyon :
Ma adorable patronne, ne sachan trop faire de compliment, ni connoissant l’ortografe françoise, je viendrai avec la pureté de mon stile à vous faire part d’avoir reçu une lettre de Chambéri datée le 1er juillet, dans laquelle me donne avis du rosecroix. Il s’apelle le chevalier de Libusno, lequel a fait la confiance d’avoir dégià vécu deux cents année. Il ès droit comme une albarde, maigre comme un esquelette, beaucoup instruit de l’antiquité, sobre à toute preuve, jamais il fait semblant de rire. Pour moi, je croi qu’il soit Polaque, selon le nom susigné. J’ai de nouveau écrit all’ami pour faire en sorte de mieu découvrir l’affaire, é je suis persuadé qu’il ne soit un coquin comme il est Goulenoire. La probité de meurs sont opposée. L’un est portée à la sobriété, l’autre à la débauche : l’un tien son sérieus, l’autre donne dans le ridicule ; l’une vive du sien, l’autre vole cel des autres. Voilà ce que j’en pense.
J’ai veu un manuscrit dans lé main d’une personne, que son titre è : Sanctum regium Clavicule Salomonis, ou Clavicule Salomonis genuina, forcilis delucidaque declaratio. Jo Aure Caramiel. L’Arbs magique, science angelique expliqué sincèrement et sans énigme, requeillie de livre d’Agrippé, Arbatel et Pierre d’Apone et Jamblic, é de plusieur autres, avec différents secrets. La même personne tiene un talisman, que da un côté il y a le carré que je vous pouré lire le nombre qui li son. [Dans la marge est en effet collé une sorte de damier, dans les casiers duquel sont inscrits quarante-neuf chiffres.]
J’attend de vos nouvelles, é je vous souaite un oureuse séjours où vous ète, attendan votre désirable retour pour pouvoir par toujour vous donner des marques de ma fidélité et de mon obéissance.
Votre très unble et très obéissant serviteur, le comte Giacomo Passano, peintre.
[Adresse : « À Madame, Madame la marquise d’Urfé, à Montbrison en Forest. »]
Lettre du 7 juillet 1763 :
Madame, je vien de recevoir une lettre datée de Londres le 28 juin 1763. Je ne vous envoie l’original, parce que, étant écrite en gros et gran papié, vous cousteré trop, é je crois qu’un l’aye faite esprès pour mortifier ma petite bourse. Vous connoitrez mieu que moi de que il s’agit, surtout dans le dernier article, auquel vous pouriez répondre en françois. Goulenoire s’è plainte de moi auprez de monsieur Bono, banquier, concluand toujours que je morrai de rage. Avant de mourir, je voudrai avoir l’onneur de vous baiser la main é laisser mes os à ma patrie, et avec tout le respect je suis etc. comte de Giacomo Passano, peintre.
L’auteur de la lettre copiée et transmise à Mme d’Urfé n’est autre que Thérèse Imer, qui écrit à Passano une défense en règle de Casanova (transcription Ch. Samaran, ibid.) :
Monsieur, j’ai reçu deux lettres de vous adressée à madame Cornelys, une en datte le 6 juin et l’autre le 15, lesquelles mérite plus le silence que la réponce, mais j’aime à voir la fin et le but des personnes qui sont dans les deux extrémité, c’est-à-dire extrêmement bon ou extrêmement méchant. Je veux donc, avec votre permission, cartegé3 avec vous pour découvrir l’une ou l’autre qualité que je crois est en vous. Il faut véritablement, monsieur, que vous soiez très mal informé de la position de madame Cornelys, comme assurément vous le connaissez pas, car, si vous la saviez, vous ne feriez pas mention d’un mariage entre elle et M. de Seingalt. Par conséquant, comme vous m’avez promis un détail de son charactère, je vai là-dessus vous donner matière de tout ce que je connois de lui. Sachez donc que M. de Casanova a été connu de ma famille avant que je suis venu au monde, et par elle très bien reçu et chéri ; sa naissance aussi très bien connue de mon père. À l’âge de 4 à 5 ans, j’ai parvenu insensiblement à le connoître, à l’âge de 10 à 11 ans, je l’ai perdu de vue, m’étant mis à voyager. Dans l’année 45, je me suis mariée à Vienne, dans l’église de St-C [déchirure]. Dans l’année 54, je l’ai revu chez mon père, où je m’étais rendu pour faire voir mes enfants qui étoient dans leur plus tendre jeunesse. En 59, je l’ai rencontré en Hollande, où il me fit l’honneur de mille offres d’amitiez et de service. J’étois justement sur le point d’envoyer mon fils à Paris, et trouvant un tel occasion, il eut la bonté de l’emmener avec lui à Paris pour le mettre au collège que je l’avais destiné, le priant de tems en tems de me donner des nouvelles de son comportement, lequel M. de Casanova très gracieusement m’a fait part selon mon désir et selon sa généreuse promesse.
Mon fils ne m’écrivant pas si souvant comme je désirois, je me suis apperçu qu’il perdoit la tendresse qu’il devoit avoir pour sa mère, par conséquant j’ai cru qu’il étoit tems qu’il vinsent la reconnoître et lui payer ses justes devoir. Par cette même raison, j’ai priez M. de Seingalt, comme il venait à Londres, de me l’amener avec lui. L’ayant reposé à son soin, j’ai cru qu’il étoit juste qu’il me le remit tel comme il l’avoit reçu, ce qu’il a par sa grande bonté fait, et qui me donne bien du contentement d’être encore en tems de corriger ses grands defautez, et de lui donner connoissance de tout ce qu’il lui appartient, tant ici comme ailleurs.
Vous voiez donc, Monsieur, que je ne connois autre chose de M. de Casanova que des bontez, des politesses et des amitiez, lesquelles sont dues à une si longue connaissance, et je répète que je ne connois de lui que honneur et probité, et vis à vis de moi des actions (comme je ne doute à tout le monde) d’honnête homme.
Il est vrai que tous les hommes font des légèretés dans leurs vies, et ceus qui ne les font pas dans leur jeunesse lé font dans leur vielliesse, avec le malheur que quand on est vieux on les traite de sottise avec malice, mais quand en la jeunesse ont les nomment dé tours selon l’âge.
Je vous remercie de tous les avertissements que vous avez prétendeu me donner, mais croiez que je ne les prens pas comme adressés à moi.
« Il me reste à vous dire que la lettre qui a été écrite à mon fils donne des preuves assez authentiques que l’auteur est un homme qui a le malheur d’avoir un esprit rempli de malice et ennemi commun du bon sens.
N.B. Voilà de quoi me donner réponce. Ma demeure est toujours Carlisle House.
Passano poursuit sa lettre à Mme d’Urfé :
Pardonné-moi, Madame, é soiez contente de faire la réponce en français à la susdite lettre, envoié le moi et je la copierai, é je l’adresserai à la coquine. Faite moi cette grâce, vous savez le nom é les endroi é coman convaincre l’enfant, que assurément a nié de vous connoître, é le pendart de Seingalt lui a ensegné à mentir. Je vai, en attendant, à écrire en italien alla femme et à le chevalier d’industrie. Je voudrai savoir le jour de votre retour. Je sui à vos ordres.
P.-S. Je avois oublié de vous dire que Goulenoire a écrit à M. Bono que ne reviendra plus, é che paiera la calesse é sé dette avec une lettre de change.
[Adresse : « À Madame, Madame la marquise d’Urfé, à Montbrison en Forest »].
Lettre du 11 juillet 1763 :
Madame, monsieur le docteur Alfieri, de Milan, me fait savoir che le coquin de Seingalt a écrit que je me suis empoisonné, e que je suis mort.
De Turin on me fait savoir que il y ha un rabin fort savant, mais qu’il crain de être trompée, ne voulan s’exposer à dir mot, par appor à la Inquisition. Nous avons fait deux découvertes de ce côté, é j’espère réussir.
Monsieur de Maglyana, de Chambéri, vien de me faire offre de sa maison, et me donne bonne expérance dans Rosecroix. Il expère me voir aux bain proche de luy. Il a une très comode maison de campagne.
Mon estomac recomence encore à se bouleverser, é je n’ai plus de votre contrepoison. Je suive à prandre ce que me envoie le chirurgien. Peut-être que sera quelque residu du poisson. L’Apéti me serve, é je ne crain rien ; avec tou ça, je suis dan le danger.
Monsieur Bono doive envoier la note de combien d’argent a donné à Seingalt à comte dé billet d’Artois. Je serai d’avis de lui fer sequestrer, affin d’en tirer quelque partie. Qu’en dites-vous ? Le frère de cette banquier que se trouve à Milan tiene en ses main en gage la plus gran partie des byjou de Goulenoire, je pourrai aussi en aproffiter, si Madame l’estime bon ; com sa, je me rendré maître un autre foi de la bague que vous m’avez donné.
Je jugerai à propô d’écrire à M. Louis de Muralt à Londres de votre main, o faire écrire à votre nom por luy faire entendre l’affaire de l’enfant d’Altorphe, é comsa dementir le trompeur Goulenoire, que assurément a fait croire à sa coquine tout ce que luy a plu. Il vous répondra, é comsa nous averon quelque notion de l’enfant enghieusé.
Je voudrai avoir l’honneur de vous baiser la main avant que de murir, o de estre en besoin de quiter Lyon. Mon adorable patronne, vous pouvez me rendre heureux ; mais peut-être que mé crimes surpassent au point de me haïr au lieu de me rendre service.
Mille et mille excuses pour toujours je demanderai dou passé. Je suis coupable innosamment. Chatié moi avec la privation de votre aimable personne. Je le mérite. Goulenoire, dans une de ses lettres à M. Bono, m’appelle monstre. Il n’a pas raison de me donner un tel epithète. Vous, madame, que vous trouvez trompé da un misérable trompé, aves plus de raison de m’apeler monstre. É bien, je mérite la mort, et votre assassin a été mon borrò. Je quitterai le monde, é je le quitterai avec toute la rassignation é contenteman, ayan in partie coopéré à ne pas vu laisser sacrifié de ce monstre qui m’apele un monstre.
Je voudrai vous demander en grace en me écrivant de me faire le gracieus cadau dé billets que vous m’avez donnez l’année passée. Avec cette votre approbation, j’orai quelche espérance de me renre maître une autre fois de la bague che vous m’aves donnée. J’irai en Italie, je sequestrerai tout lé bijou du coquin, é je profitterai dou mien avec votre permission. Je vous ay toujours expérimentée genereuse, ne me abandonnez sur le point o de mourir o de me rendre chez moi.
Ici et ailleurs je ferai tout mon possible pour vous donner des marques de ma repentance et de mon devuuer. J’attend la sentence, ma divine patronne, é le moien de pouvoir à jammais me dire, madame, votre très umble et très obéissant serviteur.
Comte de Giacomo Passano, peintre
[Adresse : « à Madame, Madame la maquise d’Urfé, de present à Chazelle en Forets »].
Dans une lettre du 18 juillet 1763, Passano transmet à Mme d’Urfé une lettre de Louis de Muralt à la marquise datée du 3 juillet évoquant notamment l’art de prolonger la vie selon Roger Bacon, avant de poursuivre :
Madame, permetté-moi que, sur l’article de prolonger la vie, je vu dise qu’il y a della imposture. L’auteur d’un tel secret il seroit encore au monde. Peut-être qu’il y sera, ayant changé de nom. Je vien de recevoir la votre, é celon que vous me dites d’être ici mercredy au soir, je ne copieré toute la susdite lettre. Nous la lirons à votre arrivée, et avec tuot le respect que je vous doive je vous baise la main.
Comte de Passano.
[Adresse : « À Madame, Madame la marquise d’Urfé », à Souvigny]
Plus tard en 1763, Passano, dont la rage contre Casanova semble avoir diminué, abandonné par Mme d’Urfé, partit pour Livourne. Le Vénitien le retrouve à Barcelone en 1768 : d’après une lettre de Bono (Archives de Prague, 10N 1), Passano est alors responsable de l’emprisonnement de Casanova.
Sur Passano, voir également : Bruno Brunelli, Avventurieri minori del Settecento : Giacomo Passano, in Archivio Veneto, serie V, anno LXIII, Venise, 1933, p. 160 sq.
ROLL von Emmenholz, Marie-Anne-Louise (Ludovika), baronne — D’après les biographes de Casanova, elle serait la dame rencontrée à Zurich, et nommée « Madame » dans le t. V. Fille de Louis-Hugo, baron Roll, officier au régiment d’Affry, et d’une comtesse espagnole, Claire-Marie de Escalante, elle fut mariée à l’un de ses parents le 29 juillet 1760 (le 25 juin de la même année, Casanova se trouvait déjà à Lausanne). La baronne Roll von Emmenholz occupa une position mondaine importante dans la société de Lugano, où elle meurt en 1825. S’il est prouvé que Casanova l’a rencontrée en 1760 (A. Ravà, Casanova a Lugano, dans Bolletino stor. della Svizzera Ital., 1911, nos 1-6), le récit de ses aventures avec Mme de Roll, la boiteuse et la belle Dubois semble relever de la féconde imagination du Vénitien, lequel continua par la suite à recevoir des nouvelles de la baronne. On a retrouvé aux Archives de Dux une lettre du comte Brezé, datée du 15 novembre 1769 (« Votre lettre, Monsieur, m’a fait un sensible plaisir, d’autant plus que j’ai reçu des nouvelles de Mme la baronne de Roll qui était un peu incommodée lorsque je partis du Lugan ; je vous prie de ne pas manquer de lui offrir mes respects, ainsi que mes compliments à M. le Baron son époux », Archives de Prague, 4-77) et une autre du baron Roll, datée du 6 février 1770 : « Mme de Roll prend au pied de la lettre les choses obligeantes que vous lui dites, les femmes croient facilement des choses qui les flattent, et ce qui est urbain ; elle me charge de vous dire : si elle est aimable, elle le désire fort de l’être pour vous […] » (Archives de Prague, 10H 2).
SANTIS, Giuseppe (pseudo-chevalier de) — Né vers 1724 à Spolète, joueur professionnel et escroc notoire, déjà connu pour tel à Rome avant de venir chercher fortune à Paris. Dès 1756, il a affaire à la police parisienne. Les frères Calzabigi l’emploient et l’envoient dans plusieurs villes lorsqu’ils songent à établir en Allemagne une loterie semblable à celle de l’École militaire. Casanova le connaît sans doute dès cette époque, et mieux qu’il ne le dit dans l’Histoire de ma vie ; il semble avoir été victime de ses parties de jeu truquées – au-delà même de ce que tolérait l’époque, pas toujours regardante sur ce sujet – et avoir été mêlé à son incarcération au printemps 1759 : peu après un dîner avec le Vénitien, Santis fut arrêté et bientôt envoyé à Bicêtre où il resta enfermé jusqu’à l’été 1760. Voir G. Capon, Casanova à Paris, p. 460 sq., et Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 322-329.
VOLTAIRE — L’unique témoignage probable de Voltaire sur la visite de Casanova tient en quelques lignes à la fin de sa lettre à Nicolas-Claude Thieriot du 7 juillet 1760 : « Nous avons ici un espèce de plaisant, qui serait très capable de faire une façon de Secchia rapita [poème héroï-comique d’Alessandro Tassoni, 1622], et de peindre les ennemis de la raison, dans tout l’excès de son impertinence. Peut-être mon plaisant fera-t-il un poème gai et amusant, sur un sujet qui ne le paraît guère » (Correspondance, op. cit., t. V, p. 985). Le même poème de Tassoni est mentionné au chapitre VII du tome V (p. 496) de l’Histoire de ma vie.
Casanova a écrit, en 1785, une version bien différente de l’échange avec Voltaire à propos de l’Arioste : « Monsieur de Voltaire cependant qui ne s’est jamais rétracté sur le faible jugement qu’il porta sur Homère, commença à l’âge de cinquante ans à dire à tout le monde qu’il fallait respecter le Tasse, et se mettre à genoux devant l’Arioste : c’est ainsi qu’il s’est expliqué avec moi à ses délices l’année 1761 en présence de M. Tronchin ; et ayant peur que je ne crusse que son admiration était feinte, il me récita tout d’une haleine le discours que S. Jean tint au duc Astolfe très bien, et très exactement prononcé. Je lui ai dit que ce morceau était beau, mais que ce n’était pas celui qui lui avait acquis le surnom de divin. Il donna alors dans un grand éclat de rire, qu’à la vérité je ne savais comment interpréter ; mais il ne me laissa pas dans l’incertitude, car il me récita d’abord le morceau qui effectivement déclara la divinité de ce grand poète. C’est l’endroit où Roland convaincu de l’infidélité d’Angélique devient fou » (Essai de critique sur les mœurs, sur les sciences et sur les arts, § XXVI, « Poème épique », p. 95).
En 1769, Casanova publie dans la Confutazione un premier résumé de ses entretiens avec Voltaire : « Le seigneur Marie-François Arouet de Voltaire ne m’a jamais offensé ni en actes ni en paroles ; et j’assure toute l’Europe que si j’avais eu quelque raison de me plaindre de lui directement, et s’il m’avait en quelque façon injurié, je me serais fait une véritable gloire de lui pardonner, et je n’aurais jamais écrit ce que j’ai écrit, de peur que le Monde ne dise que, guidé par la rancœur et la vengeance vile et basse, j’écrivis sous la dictée de la passion. Ce Monsieur de Voltaire me reçut même honnêtement quand Monsieur de Villars-Chandieu me présenta à lui ; et précisément parce que je n’ai pas eu à me plaindre de lui, j’ai cru pouvoir dire ouvertement mon sentiment, certain que les critiques ne pourraient s’appuyer sur mon ressentiment pour m’accuser d’être un écrivain esclave de la vengeance et non pas plutôt, comme je le suis, partisan et servant de la vérité » (Suppl., III, p. 15).
Tables de conversion des monnaies européennes au XVIIIe siècle suivant l’ordre chronologique des déplacements de Casanova de 1757 à 1763
Le détail des calculs figure dans les Annexes du vol. I de cette édition, p. 1543-1544.
Paris et royaume de France
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent
approximatif en euros
Louis d’or
24 livres
24
250
Écu d’argent
6 livres
6
66
Demi-écu d’argent
3 livres
3
33
Livre ou franc (monnaies de compte)
1 livre = 20 sous
1
11
Le sou blanc désigne :
– soit le douzain (12 deniers)
– soit le dizain (10 deniers)
1 sou
0,05
0,5
Double sol (billon)
24 deniers
0,1
1
Sou ou sol (cuivre)
4 liards ou 12 deniers
0,05
0,5
Liard (cuivre)
3 deniers
0,012
0,12
Denier
Provinces-Unies (Amsterdam, La Haye)
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur
en livres
1750
Équivalent approximatif en euros
Ducat (dukaat) d’or
5,13 florins
10,5
115
Florin de Hollande
(gulden- ou guilderflorin)
20 stuyvers
2
22
Daller d’argent
16-17 stuyvers
1,6
18
Stuyver (orth. stuiver, stüber)
16 pfennig
0,1
1,1
Pfennig ou pennins
0,06
Pays allemands (Bonn, Stuttgart)
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur
en livres
1750
Équivalent approximatif en euros
Dukat
180 kreuzer
env. 10
110
Reichsthaler (= rixtdaler, richedaller)
4 shelling 8 deniers ou 100 kreuzer
5,28
55
Gulden (ou florin, monnaie de compte)
60 kreuzer
3,2
33
Groschen
3 kreuzer ou 10 pfennig
0,16
1,7
Kreuzer
4 pfennig
0,05
0,5
Pfennig
Suisse (Zurich, Berne, Soleure, Genève)
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur
en livres 1750
Équivalent approximatif en euros
Patagon
Environ 70 creutzers
3
33
Florin
60 creutzers
2,5
27
Batz
10 rappes
0,15
1,65
Creutzers
4 pennins
0,04
0,45
Rappes
1,5 pennin
0,015
0,16
Pennins (pfennig)
Royaume de Piémont-Sardaigne (Savoie, Turin)
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent approximatif en euros
Pistola di Savoia ou doppia di Piemonte
24 lires ou livres du Piémont
24-25 (1 louis)
250
Lira savoiarda ou livre de Savoie ou du Piémont (pièce d’argent)
20 soldi de Savoie
Environ 1 livre
11
Soldo di Savoia
12 denari
Environ 1 sou français
0,2
Denaro di Savoia (ou quartino)
Environ 1 liard
0,12
Duché de Toscane (Florence)
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent approximatif en euros
Gigliato ou zecchino (sequin florentin)
24 lires
Environ 10
115
Pistola fiorentina
20 lires
8,3
90
Ducato ou scudo d’oro
(écu florentin)
7 lires
Environ 3
35
Testone
2 lires ou 3 julii
0,90
10
Lire
20 soldi
0,46
5
Julio (paolo florentine)
12 soldi
0,27
3
Soldo
12 denari
0,02
0,25
Denaro
République de Gênes
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent approximatif en euros
Genovina d’oro
100 lires
Environ 67
740
Giorgino ou sequin d’or (zecchino di Genova)
13 lires et 10 soldi
9
Environ 100
Lira di Genova
20 soldi
0,67
7,4
Soldo
12 denari
0,03
0,33
Denaro
Rome et États de l’Église
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent
approximatif en euros
Sequin (zecchino romano) d’or
2 écus romains
10
110
Ecu (scudo romano) d’or
16,6 pauls (paoli)
5
55
Quartino d’or
5 pauls (paoli)
2,5
25
Testone
3 pauls (paoli)
1,5
15
Giulio ou paolo (paul)
10 baiocchi
0,5
5
Baïoque (baiocchi) en cuivre
5 denari
0,05
0,5
Denaro
Duché de Milan
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent approximatif en euros
Sequin ou zecchino (monnaie d’or)
15 lires
10-11
114
Filippo
8,5 lires
Environ 6
Environ 60
Lira milanese (monnaie d’argent)
20 soldi
0,7
6-7
Soldo
12 denari
Royaume de Naples
Noms des espèces
et des monnaies de compte
Valeur
en monnaie locale
Valeur en livres 1750
Équivalent
approximatif en euros
Once (monnaie de compte de Sicile)
60 carlins
24 (1 louis)
250
Sequin (zecchino napoletano)
18 carlins
7,2
75
Once (pièce d’or)
14 paoli
6,5
70
Ducat (ducati di regno ou del regno, pièce d’or)
10 carlins
4
42
Carlino
10 grani
0,4
4
Grano
3 quadrini
0,04
0,38
Quadrino
Lexique et règles des jeux
Divertissement favori des classes aisées qui jouent gros jeu, le pharaon et autres « jeux de commerce » occupent une place centrale dans la vie sociale de Casanova. Les cartes sont tout à la fois une ressource, une distraction, « un grand lénitif pour un homme amoureux » (voir vol. I de la présente édition, p. 940), mais aussi une activité compulsive aboutissant à des défis insensés, telle l’interminable partie de quarante-deux heures contre l’officier d’Entragues à Colmar (voir t. VI, chap. XIII voir ici).
Lexique
Biribi — « Nom d’un jeu qui a été fort à la mode, et dont les instruments sont un grand tableau ayant soixante-dix cases avec leurs numéros, et un sac contenant soixante-quatre boules qui ont autant de billets numérotés. Chaque joueur tire à son tour une boule du sac ; et si le numéro du billet répond à celui de la case du tableau sur laquelle il a mis son argent, le banquier lui paye soixante-quatre fois sa mise » (Littré).
Brelan — « Sorte de jeu de renvi, où l’on joue à trois, à quatre ou à cinq, et où l’on ne donne que trois cartes à chaque joueur. On dit à ce jeu : Avoir brelan, pour dire : Avoir trois cartes de même figure ou de même point. Avoir brelan d’as » (Acad. 1762). Règle : trois cartes sont distribuées à chaque joueur et une carte est retournée ; les joueurs misent selon la valeur estimée de leur jeu.
Capon — « Joueur rusé, fin et appliqué à prendre toute sorte d’avantage aux jeux d’adresse » (Acad. 1762). Synonyme de « Grec » (tricheur).
Cave — « Le fonds d’argent que chacun des joueurs met devant soi à certains jeux des cartes, comme au brelan, à la grand’prime. La première cave était de dix pistoles » (Acad. 1762).
Comète — Jeu de cartes qui se joue avec deux jeux de cinquante-deux cartes dont on a ôté les as. L’un des jeux est de couleur noire, l’autre de couleur rouge, et une carte est appelée « comète » (le neuf de carreau dans le jeu noir, le neuf de trèfle dans le jeu rouge).
Croupier — « Celui qui est de part au jeu avec quelqu’un qui tient la carte ou le dé » (Acad. 1762). Le croupier assiste le banquier, surveille le jeu, assure les perceptions et les paiements. Au pharaon, il est de moitié avec le banquier dans le partage des bénéfices. Il est ainsi appelé par analogie avec la personne qui monte en croupe (groppa en italien) derrière un cavalier, d’où l’orthographe « groupier » employée parfois par Casanova.
Débanquer — « Gagner tout l’argent qu’un Banquier a devant lui » (Acad. 1762).
Face — Au jeu de la bassette, on appelle face la première carte que découvre celui qui tient la banque.
Livret — À la bassette et au pharaon, main de treize cartes donnée à chacun des pontes.
Martingale — « Jouer à la Martingale, c’est jouer toujours tout ce qu’on a perdu » (Acad. 1762).
Paroli — Faire paroli, c’est miser le double de ce qu’on a joué la première fois. « On appelle Paroli de campagne un paroli qu’un joueur fait par friponnerie avant que sa carte soit venue, comme s’il avait déjà gagné » (Acad. 1762).
Piquet — Ce jeu se joue à deux avec trente-deux cartes (de l’as au 7). Le but est de réaliser les plus fortes combinaisons de cartes et d’arriver à un total de cent points. Les joueurs commencent par écarter les cartes qu’ils jugent défavorables, en prennent d’autres dans le talon et font les annonces correspondant aux meilleures séquences qu’ils ont en main. Une séquence (tierce, quarte…, huitième) est une suite de cartes de la même couleur, le nombre ne pouvant être inférieur à trois cartes. Le joueur qui ouvre les annonces énonce sa plus forte séquence par son nom et sa hauteur (par exemple, quinte au roi), l’autre répond « c’est bon » s’il n’a pas de séquence au moins égale, « égal » s’il a une séquence égale, ou « mieux » s’il en a une plus haute. Le joueur qui a la meilleure séquence en compte le nombre de points.
Ponte — « Se dit, au pharaon et à la bassette, de tout joueur différent du banquier, c’est-à-dire, qui ne taille pas » (Acad. 1762).
Quinze — Jeu de cartes « où celui des joueurs qui le premier a quinze par les points de ses cartes, ou qui en approche le plus près en dessous, gagne » (Acad. 1762).
Renvi — « Terme de certains jeux des cartes. Ce que l’on met par dessus la vade [mise]. Faire un renvi de dix louis. On le dit quelquefois au figuré en style familier pour renchérir » (Féraud).
Sonica — « Terme du jeu de la Bassette, qui se dit d’une carte qui vient ou en gain ou en perte, tout le plus tôt qu’elle puisse venir pour faire gagner ou pour faire perdre » (Acad. 1762).
Taille — « En termes de Jeu, se dit de chaque fois que le Banquier, qui tient le jeu à la Bassette ou au Pharaon, achève de retourner toutes les cartes » (Acad. 1762). Les deux cartes retournées s’appellent une « taille ».
Tailler — « Se dit en parlant de certains jeux des cartes, comme la Bassette et le Pharaon, où un seul, qu’on nomme le Banquier, tient les cartes et joue contre plusieurs » (Acad. 1762).
Trente et quarante — Jeu de cartes où « celui qui amène le plus près de trente points gagne. À trente et un, il gagne double. À quarante, il perd double » (Trévoux).
Trente et un — Même règle que le précédent : « celui qui a trente et un points en ses cartes, gagne » (Trévoux).
Tri — « Jeu de cartes. Sorte de jeu d’Hombre qu’on joue à trois : on n’y conserve de la couleur de carreau que le Roi. […] Il a été fort en vogue. On l’appelle à présent, Le vieux Tri » (Acad. 1798).
Trictrac — « Jeu qui se joue avec deux dés suivant le jet desquels chaque joueur ayant quinze dames, les dispose artistement sur des points marqués dans le tablier, et selon les rencontres gagne ou perd plusieurs points, dont douze font gagner une partie ou un trou, et les douze parties ou trous le tout ou le jeu. Il faut pour jouer au trictrac avoir quinze dames de chaque côté noires ou blanches, deux dés, trois jetons et deux fiches qui sont, comme nous l’avons dit à leur article, les marques qu’on met dans chaque trou pour compter les parties qu’on gagne. On ne joue ordinairement que deux au trictrac, et avec deux dés ; ce sont les joueurs eux-mêmes qui les mettent chacun dans leur cornet » (Encyclopédie).
Va ou vade — Mise, ce qu’on met au jeu à chaque coup. On dit « le sept et le va » pour annoncer « ce qu’on a mis au jeu, et sept fois autant » (Trévoux).
La bassette
La bassette se pratique avec deux jeux de cinquante-deux cartes entre un banquier (appelé « tailleur ») et un nombre de joueurs (appelés « pontes ») déterminé par le banquier. Celui-ci tient un jeu complet de cinquante-deux cartes, et joue seul contre les pontes qui tiennent chacun en main un jeu (ou livret) de treize cartes, allant de l’as au roi. Ces livrets sont constitués à partir du second jeu de cinquante-deux cartes, au dos différent du jeu du banquier (ce second jeu peut fournir quatre livrets de treize cartes). À la bassette, la couleur des cartes est indifférente, seule compte leur force.
Les pontes commencent par placer une carte de leur livret devant eux, face visible, en misant dessus une certaine somme. Les mises étant ainsi faites, le banquier mélange son jeu de cinquante-deux cartes et le coupe lui-même. Puis il retourne le paquet en le serrant dans ses mains de telle manière qu’il peut voir la première carte. Le banquier commence alors à tailler : il pose devant lui, faces visibles, un couple de cartes appelé « taille » qu’il dévoile aux pontes l’une après l’autre.
La première carte de la taille est pour le banquier. Le ponte qui a misé sur le même type de carte a perdu : il doit donner sa mise au banquier.
La seconde carte de la taille est pour les pontes. Le ponte qui a misé sur le même type de carte gagne.
Le banquier annonce à voix haute le résultat de la taille. Par exemple, si la taille est composée d’un dix puis d’une dame, il dit aux pontes : « Le dix perd, la dame gagne. » Si la taille est constituée de deux cartes de même force, par exemple deux valets, seul le banquier gagne par la primauté. La dernière des cinquante-deux cartes est nulle : elle ne fait gagner personne.
Un ponte qui gagne reçoit du banquier le montant de sa mise : il double donc sa mise initiale.
Le banquier qui gagne prend les mises des perdants. Pour la première des cinquante-deux cartes que l’on appelle « face », le banquier ne prend que les deux tiers de la mise des perdants.
Un ponte peut miser en cours de partie. Dans ce cas, la première carte de la taille qui suit sa mise est aussi considérée pour ce ponte comme une face. Lorsqu’un ponte perd contre une face, il est dit « facé ». Pour tenir compte de ces faces, la mise des pontes doit être un multiple de 3.
On peut miser sur plusieurs cartes du livret. Toute carte libérée de sa mise, par gain ou par perte, est reprise par le ponte et peut être réutilisée pour miser. Pour augmenter leurs chances de gagner, les pontes doivent mémoriser les cartes qui sont déjà sorties à mesure que le talon du banquier diminue.
Le banquier effectue ainsi vingt-six tailles jusqu’à épuisement de son jeu de cinquante-deux cartes. À la fin du paquet, il reprend les cartes, les mélange, les coupe et recommence à tailler comme précédemment.
Lorsque le talon du banquier est épuisé, les pontes ayant encore des mises sur des cartes doivent les laisser pour la suite de la taille.
La mise posée sur une carte est appelée « mas » (prononcer « mâsse »). Certaines manières de miser ont des appellations particulières.
La plus prudente est la petite paix : un ponte gagnant joue son gain sur la même carte en retirant sa mise. Ainsi il ne peut perdre que ce qu’il vient de gagner.
La grande paix : un ponte qui vient de gagner la petite paix laisse à nouveau son gain sur sa carte.
Plus risqué est le paroli (ou alpiou, de l’italien al più) : le ponte gagnant laisse sa mise initiale et plie un coin de sa carte pour signifier qu’il rejoue aussi son gain. S’il gagne le paroli, il emporte ainsi trois fois sa mise initiale.
Sept et le va (va désigne la mise) : après avoir gagné un paroli, le ponte laisse sa mise initiale et plie un autre coin de sa carte pour signifier qu’il rejoue tous ses gains. S’il gagne, il remporte sept fois sa mise.
Quinze et le va : après avoir gagné le sept et le va, le ponte laisse sa mise initiale et plie un troisième coin de sa carte pour signifier qu’il rejoue ses gains. S’il gagne, il remporte quinze fois sa mise.
Une manière de tricher consiste à corner sa carte à l’insu du banquier : cela s’appelle faire un paroli de campagne. Pour se garder des tricheurs, le banquier n’accepte une mise ou un paroli que si elle est clairement annoncée par le ponte sous la forme : paroli du valet. Si le banquier accepte, il répond : « Va pour le valet » ; s’il refuse, il dit : « Non va pour le valet. »
L’article le plus clair sur la bassette à l’époque de Casanova est celui de d’Alembert dans l’Encyclopédie (t. II, p. 122) :
BASSETTE, s. f. sorte de jeu de carte qui a été autrefois fort à la mode en France ; mais il a été défendu depuis, et il n’est plus en usage aujourd’hui. En voici les principales règles.
À ce jeu, comme à celui du pharaon le banquier tient un jeu entier composé de 52 cartes. Il les mêle, et chacun des autres joueurs qu’on nomme pontes, met une certaine somme sur une carte prise à volonté. Le banquier retourne ensuite le jeu, mettant le dessus dessous ; en sorte qu’il voit la carte de dessous : ensuite il tire toutes ses cartes deux à deux jusqu’à la fin du jeu.
Dans chaque couple ou taille de cartes, la première est pour le banquier, la seconde pour le ponte, c’est-à-dire que si le ponte a mis par exemple sur un roi, et que la première carte d’une paire soit un roi, le banquier gagne tout ce que le ponte a mis d’argent sur son roi ; mais si le roi vient à la seconde carte, le ponte gagne, et le banquier est obligé de donner au ponte autant d’argent, que le ponte en a mis sur sa carte.
La première carte, celle que le banquier voit en retournant le jeu, est pour le banquier, comme on vient de le dire : mais il ne prend pas alors tout l’argent du ponte, il n’en prend que les 2/3 ; cela s’appelle facer.
La dernière carte, qui devrait être pour le ponte, est nulle.
Quand le ponte veut prendre une carte dans le cours du jeu, il faut que le banquier baisse le jeu, en sorte qu’on voie la première carte à découvert : alors si le ponte prend une carte (qui doit être différente de cette première), la première carte que tirera le banquier sera nulle pour ce ponte ; si elle vient la seconde, elle sera facée pour le banquier ; si elle vient dans la suite, elle sera en pur gain ou en pure perte pour le banquier, selon qu’elle sera la première ou la seconde d’une taille.
M. Sauveur a donné dans le Journal des Savants en 1679, six tables, par lesquelles on peut voir l’avantage du banquier à ce jeu. M. Jacques Bernoulli a donné dans son Ars conjectandi l’analyse de ces tables, qu’il prouve n’être pas entièrement exactes. M. de Montmort, dans son Essai d’analyse sur les jeux de hasard, a aussi calculé l’avantage du banquier à ce jeu4. On peut donc s’instruire à fond sur cette matière dans les ouvrages que nous venons de citer : mais pour donner là-dessus quelque teinture à nos lecteurs, nous allons calculer l’avantage du banquier dans un cas fort simple.
Supposons que le banquier ait six cartes dans les mains, et que le ponte en prenne une qui soit une fois dans ces six cartes, c’est-à-dire dans les cinq cartes couvertes : on demande quel est l’avantage du banquier.
Il est visible que les cinq cartes étant désignées par a, b, c, d, e, peuvent être combinées en 120 façons différentes, c’est-à-dire en 5 fois 24 façons. Imaginons donc que ces 120 arrangements soient rangés sur cinq colonnes de 24 chacune, de manière que dans la première de ces colonnes a se trouve à la première place, que dans la seconde ce soit b qui occupe la première place, c dans la troisième, etc.
Supposons que a soit la carte du ponte, la colonne où la lettre a occupe la première place, est nulle pour le banquier et pour les pontes.
Dans chacune des quatre autres colonnes, la lettre a se trouve six fois à la seconde place, six fois à la troisième, six fois à la quatrième, et six fois à la cinquième, c’est-à-dire qu’en supposant A la mise du ponte, il y a 24 arrangements qui font gagner 2A/3 au banquier ; 24 qui le font perdre, c’est-à-dire qui lui donnent – A ; 24 qui le font gagner, c’est-à-dire qui lui donnent A ; et 24 enfin qui sont nuls. Cela s’ensuit des règles du jeu expliquées plus haut.
Or, pour avoir l’avantage d’un joueur dans un jeu quelconque, il faut :
1o. Prendre toutes les combinaisons qui peuvent le faire gagner, ou perdre, ou qui sont nulles, et dont le nombre est ici 120.
2o. Il faut multiplier ce qu’il doit gagner (en regardant les pertes comme des gains négatifs) par le nombre des cas qui le lui feront gagner ; ajouter ensemble ces produits, et diviser le tout par le nombre total des combinaisons ; donc l’avantage du banquier est ici :
(24 × 2/3A + 24 × (– A) + 24 × A) / 120 = 2/15 A
2/15A, c’est-à-dire que si le ponte a mis par exemple un écu sur sa carte, l’avantage du banquier est de 2/15 d’écu, ou de huit sous.
M. de Montmort calcule un peu différemment l’avantage du banquier : mais son calcul, quoique plus long que le précédent, revient au même dans le fond. Il remarque que la mise du banquier étant égale à celle du ponte, l’argent total qui est sur le jeu, avant que le sort en ait décidé, est 2 A ; dans les cas nuls, le banquier ne fait que retirer son enjeu, et le ponte, le sien, ainsi le banquier gagne A : dans le cas où il perd, son gain est 0 ; dans les cas facés, il retire A + 2/3 A ; dans les cas qui sont pur gain, il retire 2 A ; ainsi, le sort total du banquier, ou ce qu’il peut espérer de retirer de la somme 2 A, est :
(24 × A + 24 × 5/3A + 24 × 0 + 24 × (2A) + 24 × A) / 120 = A + 2/15 A
et comme il a mis A au jeu, il s’ensuit que 2/15 A est ce qu’il peut espérer de gagner, ou son avantage.
M. de Montmort examine ensuite l’avantage du banquier lorsque la carte du ponte se trouve, deux, ou trois, ou quatre fois, etc. dans les cartes qu’il tient. Mais c’est un détail qu’il faut voir dans son livre même. Cette matière est aussi traitée avec beaucoup d’exactitude dans l’ouvrage de M. Bernoulli que nous avons cité.
À ce jeu, dit M. de Montmort, comme à celui du pharaon, le plus grand avantage du banquier, est quand le ponte prend une carte qui n’a point passé, et son moindre avantage quand le ponte en prend une qui a passé deux fois ; son avantage est aussi plus grand, lorsque la carte du ponte a passé trois fois, que lorsqu’elle a passé seulement une fois.
M. de Montmort trouve encore que l’avantage du banquier à ce jeu est moindre qu’au pharaon ; il ajoute que si les cartes facées ne payaient que la moitié de la mise du ponte, alors l’avantage du banquier serait fort peu considérable ; et il dit avoir trouvé, que le banquier aurait du désavantage si les cartes facées ne payaient que le tiers. (O)
Le pharaon
Les principes de base et les règles des mises sont les mêmes qu’à la bassette. La taille est toujours de deux cartes, mais au pharaon le banquier dévoile les deux cartes simultanément, en plaçant la première à sa droite et la seconde à sa gauche. La carte placée à droite, appelée carte de face, fait gagner le banquier. La carte placée à gauche, appelée carte anglaise, fait perdre le banquier. La dernière carte du jeu est nulle.
Aucune carte n’est facée, pas même la première : le banquier gagnant emporte la totalité des mises. Lorsque les deux cartes d’une taille sont de même force, le banquier retire la moitié de la mise du ponte qui a joué sur ce type de carte. Le banquier perd ainsi l’avantage qu’il avait sur les paires à la bassette (où il remportait toutes les mises), mais il en regagne un autre sur les faces qui n’existent plus au pharaon.
L’article « Pharaon » de l’Encyclopédie, bien moins clair que celui de d’Alembert, cite les conclusions de Montmort :
Ainsi toute la science de ce Jeu se réduit pour les Pontes à observer les deux règles qui suivent :
1o. Ne prendre des cartes que dans les premières tailles, et hasarder sur le jeu d’autant moins qu’il y a un plus grand nombre de tailles passées.
2o. Regarder comme les plus mauvaises cartes celles qui n’ont point encore passé, ou qui ont passé trois fois, et préférer à toutes, celles qui ont passé deux fois.
En suivant ces deux règles, le désavantage du Ponte sera le moindre possible.
Introduction
- « On met une nappe sur une grande table, et une demi-heure après on vint y verser dessus une polenta énorme faite pour rassasier douze personnes, et on porta une grande casserole pleine de côtelettes de cochon » (voir ici).
- Voir à ce sujet l’introduction du premier volume de la présente édition.
- Personnage dont la première rencontre, dans la boutique parisienne de Mme Baret, est narrée dans le présent volume (voir ici).
- Dante, La Divine Comédie, L’Enfer, chant I, v. 1. Le vers est cité à propos de l’enfermement sous les Plombs dans l’Avant-propos de l’Histoire de ma fuite : « Trente-deux ans après l’événement je me détermine à écrire l’histoire d’un fait qui me surprit à l’âge de trente nel mezzo del cammin di nostra vita » (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1354). Le même vers est cité lors du récit des amours avec la Charpillon à Londres : « Tel m’a rendu l’Amour à Londres Nel mezzo del cammin di nostra vita à l’âge de trente-huit ans. Ce fut la clôture du premier acte de ma vie » (ms., t. VIII, fo 91v).
- Sur ce dernier thème, voir l’article de Michel Delon, « Casanova et le possible », Europe, no 697, mai 1987, p. 41-50.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1179 et l’analyse proposée par J.-C. Igalens dans Casanova. L’écrivain en ses fictions, Paris, Classiques Garnier, 2011, p. 345 sq.
- Voir les relations entretenues par le jeune Casanova avec les mensonges de Bettine : « Malgré cela je ressentais une espèce de plaisir à prendre pour bon argent comptant toute la fausse monnaie qu’elle m’avait débitée » (dans la présente édition, vol. I, p. 68).
- Voir dans la présente édition, vol. I, p. 779 : « Pardon, madame, je suis de là-haut », répond Casanova à la marquise de Pompadour qui lui demande s’il est de « là-bas », en parlant de Venise.
- « M. du Vernai d’un air riant et poli mit entre mes mains un cahier in folio me disant : voilà votre projet. Je vois sur le frontispice : Loterie de quatre-vingt-dix billets, dont les lots tirés au sort chaque mois ne pourront tomber que sur cinq numéros, etc., etc. Je lui rends le cahier, et je n’hésite pas un seul instant à lui dire que c’était mon projet » (voir ici).
- Tels ces 3 000 sequins perdus en quelques heures – certes payés au deux tiers par une lettre de change que le Vénitien laissera « protester », c’est-à-dire qu’il ne se souciera pas d’honorer (voir ici).
- Magnifique, selon l’Académie (1762), signifie : « splendide, somptueux en dons et en dépense, qui se plaît à faire de grandes et éclatantes dépenses, principalement dans les choses publiques. Prince magnifique ».
- Marcel Mauss, Essai sur le don, in Sociologie et anthropologie, 1950, rééd. Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2007, p. 151-153.
- « Quand je pense aujourd’hui à tous les désagréments que j’ai soufferts à Amsterdam dans le court séjour que j’y ai fait la seconde fois, tandis que j’aurais pu y vivre très heureux, je décide que nous sommes toujours la première cause de nos malheurs » (voir ici).
- Voir sur ce thème la thèse récemment publiée de Cyril Francès, Casanova. La mémoire du désir, Paris, Classiques Garnier, 2014.
- Thérèse est en outre le prénom d’un autre personnage récurrent de l’Histoire de ma vie, Thérèse Imer. Sur ce personnage et ses retours, voir les analyses de C. Francès, ibid., p. 33-53.
- Pour une analyse du thème de la reconnaissance et de l’identification dans les amours avec Henriette, voir J.-C. Igalens, Casanova, op. cit., p. 96 sq.
- « Mais je frissonne, quand je vois la jeune qui marchait précédant la vieille, lever son voile ; je vois M. M.. Il était impossible que j’en doutasse : j’étais trop obligé de la connaître » (voir ici).
- Voir dans la présente édition, vol. I, p. 1036-1037 : « Elle était surprise du prestige qui lui faisait voir partout, et en même temps, malgré qu’elle se tînt immobile, sa personne en cent différents points de vue. Ses portraits multipliés que les miroirs lui offraient à la clarté de toutes les bougies placées exprès lui présentaient un spectacle nouveau qui la rendait amoureuse d’elle-même. » Un peu plus tard, le plaisir de la duplication redouble celui de l’étreinte : « Après cela nous nous mîmes de pair devant un grand miroir droit, l’un passant un bras derrière le dos de l’autre. Admirant la beauté de nos simulacres, et devenant curieux d’en jouir, nous luttâmes en tous sens toujours debout » (ibid., p. 1056).
- M. Delon note que, pour l’Histoire de ma vie, « le problème n’est pas dans la véracité de la narration, mais dans l’effort pour échapper à la logique du temps et maintenir une logique du désir » (« Casanova et le possible », art. cit., p. 47).
- François Roustang, Le Bal masqué de Giacomo Casanova, Paris, Éditions de Minuit, 1984, p. 163. Le thème avait déjà retenu l’attention de Leonardo Sciascia : « L’utopie de Casanova » (« L’utopia di Casanova », 1979), traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano, La Nouvelle Revue française, no 337, 1er février 1981, p. 1-11.
- « Je fus extrêmement surpris lorsque j’ai vu la tête de cette enfant avec ma même physionomie » (voir ici).
- « Elle m’embrassa en me disant : Demain, mon cher Galtinarde, vous serez mon mari, et mon père. Dites aux savants d’expliquer cette énigme » (voir ici).
- Voir ici.
- F. Roustang, Le Bal masqué de Giacomo Casanova, op. cit., p. 9.
- Casanova s’y était déjà battu avec Talvis. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 887 et 888, pour les deux versions.
- Le problème de la reconnaissance entre les protagonistes d’un duel est évoqué dans un dialogue avec Schmit : « Je ne me suis jamais battu qu’avec d’honnêtes gens, et il m’est dur d’aller tuer un fripon ; ce serait l’affaire d’un bourreau. — Je sens, lui répliquai-je, qu’il est fort désagréable d’exposer ses jours contre de pareilles gens » (voir ici).
- Voir ici.
- Daniel Roche, La Culture des apparences. Une histoire du vêtement, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1989.
- « Faire une bonne figure, être dans une situation considérable, paraître beaucoup, faire beaucoup de dépense » (Acad. 1762).
- Casanova explique, dans ce volume, son goût pour le « masque » de Pierrot, celui qu’il portait lors d’une de ses plus belles nuits vénitiennes (vol. I, p. 1065 sqq., à l’époque des amours avec M. M.) : « Il n’y a pas de masque qui déguise plus que celui-là, car il cache la forme de toute la personne, ne laissant voir pas même la couleur de la peau nulle part. Le lecteur peut se souvenir de ce qui m’est arrivé il y a dix ans masqué en Pierrot » (voir ici).
- Marthe Robert, Roman des origines et origines du roman, Paris, Grasset, 1972, TEL, 1980. L’auteure oppose le roman réaliste du bâtard (héros œdipien qui part à la conquête du monde, tels Rastignac ou Vautrin dans Le Père Goriot) au roman de l’enfant trouvé, centré sur la rêverie et l’inhibition (Don Quichotte, Kafka, Melville).
- Voir l’article de Freud qui sert de base au livre de Marthe Robert : « Le roman familial des névrosés » (1909), in Œuvres complètes de Freud [OCF], Paris, PUF, t. VIII, 2001, p. 253-256.
- Il publie en 1782 Né amori né donne, violent pamphlet contre l’aristocratie vénitienne, dénonçant en particulier le parasitisme des patriciens et l’illégitimité de la transmission du titre…
- Honorine d’Userche, in Trois romans d’Isabelle de Charrière, E. Leborgne (éd.), Publications de l’université de Saint-Étienne, 2011, p. 191.
- Voir Pierre Frantz, L’Esthétique du tableau dans le théâtre du XVIIIe siècle, Paris, PUF, 1998.
- Pensons à la présence de suggestions ou d’évocations érotiques à propos des tableaux de Greuze, grand peintre pathétique, dans les Salons. Dans un chapitre du Principe de délicatesse (« Contre-pied »), Michel Delon rapproche certains aspects de la narration casanovienne et les relations de Diderot avec Greuze. Il conclut : « L’art du contre-pied est un ressort philosophique aussi bien qu’esthétique. Philosophiquement il remplace le monde des essences par celui des devenirs et des métamorphoses. Les situations évoluent, se transforment, s’inversent. […] Esthétiquement, l’allusion est préférable au discours, l’interrogation à la certitude, le prisme des possibles à la lutte simpliste du bien et du mal » (Le Principe de délicatesse. Libertinage et mélancolie au XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2011, p. 42).
- Diderot conteur et romancier, par exemple dans Les Deux Amis de Bourbonne et dans La Religieuse, construit une fiction cherchant à susciter la croyance du lecteur avant de l’inviter, dans ce cas notamment par des formes de postfaces démystificatrices, à réfléchir de manière critique à la façon dont son adhésion a pu être emportée – les enjeux de la croyance n’étant nullement abolis par la nécessité de la lucidité.
- Voir les derniers mots de Figaro et la didascalie qui concluent la scène de reconnaissance (III, 16) : « “Et vous, ma mère, embrassez-moi… le plus maternellement que vous pourrez.” / Marceline lui saute au cou » (Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, éd. Élisabeth Lavezzi, GF-Flammarion, 1999 [éd. mise à jour en 2008], p. 168). La reconnaissance parodique conduit cependant à une transformation sérieuse du personnage de Marceline : elle dénonce le sort réservé aux femmes dans la société de son temps et provoque de véritables moments d’attendrissement. La scène 16 de l’acte III joue simultanément sur la distance parodique et l’adhésion affective. Lire à ce sujet l’analyse de Pierre Frantz dans P. Frantz et Florence Balique, Beaumarchais, Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro et La Mère coupable, Neuilly, Atlande, 2004 (« Comique et pathétique : problèmes de voisinage », p. 114-116).
- Gogol, Le Révizor, trad. A. Markowicz, Arles, Acte Sud, « Babel », 2006, p. 336.
- On peut y voir une lointaine influence de Montaigne. Casanova écrit à propos des biscuits de munition croqués durant sa vie de garnison : « […] j’avais alors trente dents, dont il était difficile d’en voir des plus belles. De ces trente dents il ne m’en reste aujourd’hui que deux ; vingt-huit sont parties avec plusieurs autres outils ; mais dum vita superest bene est [tant que la vie me reste, tout est bien] » – la citation est de Sénèque (vol. I de la présente édition, p. 412).
- Lettre de Voltaire à Thieriot du 7 juillet 1760, dans laquelle il évoque probablement le Vénitien. Voir Répertoire des noms.
- Dans son Essai de critique sur les mœurs, sur les sciences et sur les arts rédigé vers 1785 (passage cité dans le Répertoire, ibid.).
- Voir vol. I, p. 1344.
- Voir la préface de 1791, vol. I, p. 1330. Pragmatique, Casanova écrit l’Histoire de ma vie en français parce qu’il sait que ses mémoires toucheront ainsi un large public cultivé et « éclairé » (ibid., p. 1329).
- René Démoris, introduction aux Mémoires de Casanova (1744-56), Paris, GF-Flammarion, 1977, p. xviii.
- Ce Croce, tricheur, escroc, faussaire, complice de Casanova, est appelé aussi Crosin (voir vol. I, p. 1530).
- Georges Benrekassa, « La double nature du Witz : les limites de la philosophie », Cahiers Voltaire, no 3, 2003, p. 132.
- Freud, L’Humour (1927), OCF, t. XVIII, 1994, p. 133-140.
- Freud cite comme mot d’esprit cynique la réponse d’un homme « à qui est remis au cours d’une réception un faire-part de décès qu’il met dans sa poche sans l’avoir lu. Ne voulez-vous pas plutôt regarder qui vient de mourir, lui demande-t-on ? Ah bah !, répond-il, l’un me convient autant que l’autre » (Actuelles sur la guerre et sur la mort, et autres textes, Paris, PUF, coll. « Quadrige », 2012, p. 45).
- Freud, L’Humour, op. cit., p. 137.
- Il répond par là aux demandes inconscientes de son lectorat. Pour une lecture d’inspiration freudienne du mécanisme humoristique et de ses manifestations dans la littérature de l’époque, voir E. Leborgne, L’Humour noir des Lumières, Paris, Classiques Garnier, 2015, à paraître.
- Ces soliloques appelés aussi « colloque avec [son] démon » (voir vol. I de la présente édition, p. 612-613) sont récurrents dans l’Histoire de ma vie : « L’homme qui a tort obtient une grande victoire, si après avoir plaidé sa cause avec lui-même, il parvient à s’en convaincre. C’est le seul bonheur dont je jouis aujourd’hui quand je converse avec moi-même » (dans le présent volume, voir ici).
Histoire de ma vie
Tomes IV à VII
Le ministre des Affaires étrangères ;
M. de Boulogne contrôleur général ;
M. le duc de Choiseul ; l’abbé de Laville ;
M. Paris du Vernai. Mon frère arrive de Dresde,
et est reçu à l’académie.
- Construction italianisante : plus même que.
- Environ 3 500 euros s’il s’agit de l’écu d’or vénitien, et presque le double s’il s’agit de l’écu d’argent français. Voir Tables de conversion des monnaies européennes au XVIIIe siècle.
- Le palais Bourbon, construit dans les années 1720, appartenait aux princes de sang et à la famille royale.
- Le portier.
- Casanova rappelle l’état d’épuisement où le met cette performance narrative au début de l’Histoire de ma fuite (voir vol. I de la présente édition, p. 1354-1355).
- Comprendre : j’ai reçu son billet.
- Deux heures après le déjeuner (relevée : « Le temps de l’après-dînée. À deux heures de relevée », Acad. 1762).
- Somme importante : environ 25 000 euros.
- Nicolò Erizzo (1722-1806), ambassadeur de Venise à Paris entre 1756 et 1760.
- Italianisme : qui ne voulant pas (influence du che italien).
- La marquise de Pompadour (1721-1764), maîtresse du roi. Les grands personnages que Casanova rencontre grâce à Bernis appartiennent au réseau d’influence de la marquise de Pompadour.
- Étienne François de Choiseul (1719-1785), protégé par la marquise de Pompadour, ambassadeur à Rome puis à Vienne. Il approche alors du sommet de sa carrière : il est nommé ministre des Affaires étrangères en 1758 et devient duc. Jusqu’à sa disgrâce en 1770, il accomplira les fonctions d’un Premier ministre auprès de Louis XV.
- Jean de Boullongne (1690-1769), contrôleur des Finances, c’est-à-dire ministre des Finances de fait, d’août 1757 à mars 1759.
- Votre Excellence.
- La Cancelleria ducale, bureau où l’on conservait toutes les lois, les décrets, etc., émis dans la république de Venise (voir vol. I de la présente édition, p. 1286).
- Joseph Pâris Duverney (1684-1770), financier riche et influent, adversaire du système de Law sous la Régence. L’un des quatre frères Pâris : fils d’un aubergiste du Dauphiné, ils firent fortune à Paris dans la finance. Comme Bernis et Choiseul, Joseph Pâris Duverney est proche de la marquise de Pompadour.
- L’École royale militaire, fondée en 1751 par Mme de Pompadour, était destinée à accueillir cinq cents jeunes gentilshommes. Elle est située au Champ-de-Mars. Pâris Duverney fut son premier intendant.
- Admirer : « Considérer avec surprise, avec étonnement ce qui paraît merveilleux » (Acad. 1762).
- Ancienne seigneurie à Nogent-sur-Marne, rachetée par Pâris Duverney qui y fit bâtir une somptueuse demeure et aménager un parc.
- Jean Pâris de Montmartel (1690-1766), le plus jeune des frères Pâris, conseiller d’État, banquier de la cour. François Poisson, considéré officiellement comme le père de la marquise de Pompadour, était un employé des frères Pâris. Charles François Paul Le Normant de Tournehem appartenait aussi au monde de la finance : il fut fermier général. Certains lui attribuaient la paternité de la marquise. Il fut son tuteur lorsque François Poisson dut s’exiler, au moment de la disgrâce temporaire des Pâris (1725). La future marquise de Pompadour épousa son neveu avant de devenir la maîtresse du roi.
- Selon l’Académie (1762 et 1798), le mot, synonyme d’entretien, « n’est guère en usage qu’au titre de certains livres. Les Colloques d’Érasme. Ou dans le style familier ». Jusqu’en 1740, l’Académie indique que le terme s’emploie « dans le burlesque ». L’emploi du mot par Casanova, s’il ne s’accompagne pas de telles connotations, peut être influencé par l’italien colloquio (entretien).
- Le jargon des financiers.
- « Carrosse qui se loue par jour ou par mois » (Acad. 1762).
- Orth. Laws. L’économiste écossais John Law (Édimbourg, 1671-Venise, 1729) persuada le Régent de créer une banque royale qui offrît à la monarchie plus d’indépendance à l’égard de ses créanciers traditionnels. Pour la financer par l’actionnariat, il mit en place son fameux « système », fondé sur l’émission massive de papier-monnaie gagé sur les échanges et les richesses, effectives ou prospectives, de la Compagnie perpétuelle des Indes. Ainsi naissent les premières « actions » indexées sur les profits escomptés des colonies américaines (Louisiane, Mississippi). Law est nommé directeur de la Banque royale en 1716 puis contrôleur général en 1720. Mais la spéculation s’emballe, alimentée notamment par les opposants au système qui vendent toutes leurs actions quand elles sont au plus haut. La banqueroute de juillet 1720 entraîne la ruine des petits porteurs (Marivaux en fit les frais) et la fuite de Law (racontée en style allégorique dans la L. 142 des Lettres persanes). Joseph Pâris Duverney, adversaire déclaré de Law, fut un acteur important – et non désintéressé – de sa liquidation.
- Sous l’Ancien Régime, directeurs de l’administration centrale des Finances. Au cours du XVIIIe siècle, ils sont entre cinq et sept.
- « Horus l’enfant » dans la mythologie égyptienne, représenté comme un enfant le doigt à la bouche chez les Grecs. Le geste est par la suite interprété comme une injonction au silence et à la discrétion.
- Fontenelle meurt le 9 janvier 1757 à cent ans moins un mois.
- Charles de Rohan, prince de Soubise (1715-1787), protégé par la marquise de Pompadour, nommé ministre d’État en 1755, reçoit le commandement des troupes envoyées par Louis XV pour aider l’Autriche au cours de la guerre de Sept Ans. Malgré un avantage numérique considérable, il est vaincu par la Prusse à Rossbach en 1757.
- Giovanni Antonio Calzabigi, né à Livourne, secrétaire à l’ambassade de Naples.
- Au XVIIIe siècle, le mot « loterie » désigne en premier lieu un tirage au sort qui attribue des lots aux billets gagnants, mais aussi la « loterie génoise » (lotto di Genova), loterie dans laquelle les joueurs choisissent les numéros sur lesquels ils veulent parier. À Gênes, cinq sénateurs étaient tirés au sort parmi les quatre-vingt-dix que comptait la République (cent vingt originellement) pour exercer le pouvoir exécutif. On pariait ainsi sur un, deux, trois, quatre ou cinq noms. Cette loterie fut légalisée en 1643 et se répandit au-delà de Gênes. Les noms des sénateurs sont alors remplacés par des numéros. Tel est le type de loterie proposé par les frères Calzabigi à l’École militaire. Casanova écrit parfois « lotterie » (possible influence de l’italien lotto). Voir dans ce volume l’article « Loterie » de l’Encyclopédie, par d’Alembert, voir ici.
- Devancé.
- La célèbre lettre de Pascal à Fermat du 29 juillet 1654 marque le début de la théorisation des « sorts » (événement aléatoire). Le calcul des probabilités appliquées aux jeux de hasard est vulgarisé par Montmort en 1708 (voir vol. I de la présente édition, p. 1554). Le XVIIIe siècle voit se multiplier les domaines d’application (problème de l’aiguille posé par Buffon, résultats des élections par Condorcet), avant de trouver une théorisation moderne avec l’Essai philosophique sur les probabilités de Laplace (1810). Casanova n’a pas de compétences mathématiques : le recours au dialogue vif et impromptu montre le savoir-faire d’un beau parleur – c’est d’ailleurs ce que Bernis et Pâris Duverney semblent attendre de lui. L’argument de la neutralité divine est un trait d’humour typique du Vénitien. Voir ici.
- Les chambres d’assurance ne couvrent les risques que du seul commerce maritime. Avec les jeux de hasard, les assurances furent au XVIIIe siècle un des champs d’application de la théorie des probabilités.
- Le castelletto est un office tenant le registre de l’ensemble des mises et chargé d’évaluer les risques de pertes pour la banque. Il permet de s’assurer qu’il n’y a pas trop d’argent misé sur un même numéro : si c’est le cas, celui-ci est déclaré « clos » et on ne peut plus miser sur lui. Voir, en annexe, Projets de loterie grammaticale.
- La suite du chapitre invite à comprendre qu’il s’agit du « conseil de l’école militaire », où Casanova expose ses vues en présence de d’Alembert (voir ici). La formulation est cependant suffisamment imprécise pour donner l’impression provisoire que Casanova pourrait s’exprimer devant le Conseil d’État, « que dans l’usage ordinaire on appelle simplement le Conseil » (Trévoux), instance plus prestigieuse et encore plus valorisante pour le mémorialiste.
- « S’entremettre, se fourrer, s’appliquer » (Trévoux).
- Des personnes capables de calculer rapidement.
- Combinaison de quatre numéros. De même, extrait : mise sur un numéro ; ambe : deux numéros ; terne : trois numéros ; quine : cinq numéros.
- « Collusion se dit de toute intelligence secrète dans les affaires pour tromper un tiers » (Trévoux).
- Dominique-Jacques de Barberie, marquis de Courteilles (1697-1768), intendant des Finances.
- Ranieri Calzabigi (1714-1795), né à Livourne, homme de lettres et d’affaires. Après des débuts de carrière laborieux à Naples, il rejoint son frère à Paris en 1750, à la suite de l’ambassadeur français. Il y édite les œuvres de Métastase. Après son expulsion, en 1761, il s’installe à Vienne. Il y rencontre Gluck, avec lequel il partage l’ambition de réformer l’opéra : il écrit les livrets d’Orfeo ed Euridice (1762), d’Alceste (1767), dont il rédige la préface en 1769, et de Paride ed Elena (1770).
- Réponse ironique. « Le principe des causes finales, écrit d’Alembert dans l’Encyclopédie, consiste à chercher les causes des effets de la nature par la fin que son auteur a dû se proposer en produisant ces effets. On peut dire plus généralement, que le principe des causes finales consiste à trouver les lois des phénomènes par des principes métaphysiques. »
- Paul-François de Galluccio, marquis de l’Hôpital (1697-1776), ambassadeur du roi de France à Naples entre 1740 et 1750, et plus tard à Saint-Pétersbourg (1757-1761).
- Vous vous en laveriez les mains.
- Construction italianisante (persuadere a : « persuader de »).
- Simone Dorcet, veuve du général Antoine Duru de Lamothe, épouse de Giovanni Antonio Cazalbigi. Elle avait hérité du privilège de commercialiser des gouttes médicinales, blanches ou jaunes (également appelées « Élixir d’or »), introduites en France par son défunt époux. Censées guérir les vapeurs, les paralysies, l’épilepsie, etc., elles avaient beaucoup de succès.
- Anne-Pétronille-Thérèse de Caussa, veuve de Jean, baron de Blanche, selon les documents consultés par G. Capon (Casanova à Paris, p. 159, n. 1). D’après la police parisienne qui la surveillait, cette aventurière installée à Paris depuis les années 1743-1746 venait de la région de Prague. Elle meurt en février 1763, à quarante-cinq ans environ.
- Louis-Basile de Bernage (1691-1767), seigneur de Saint-Maurice, Vaux et Chassy, amant de la baronne Blanche, fut prévôt des marchands de Paris.
- Le titre peut être donné à toute femme d’un président. Il ne permet pas d’identifier le personnage.
- L’épouse du violoniste Pierre Antoine Amédée Rasetti, ou Razetti.
- L’amant de Mme Razzetti était en réalité Denis-Pierre-Jean Papillon de La Ferté (1727-1794). Lui et M. de Fondpertuis, son parent, furent intendants des Menus Plaisirs jusqu’en 1762, année où leurs deux charges furent réunies et confiées au seul Papillon de la Ferté. L’intendant des Menus Plaisirs, ou Menus, dirigeait une administration chargée notamment d’organiser les bals, les fêtes, les spectacles…
- L’appartement intérieur, ou « petit appartement » du roi, ainsi que les pièces et cabinets qui lui sont associés sont un lieu d’habitation et de travail. Il se trouve au premier étage du corps central du château de Versailles. Le « grand appartement » est destiné à la représentation monarchique et aux actes officiels.
- Le premier commis des Affaires étrangères est chargé de la direction centrale des services diplomatiques et de la rédaction des dépêches. Jean-Ignace de La Ville (ou Delaville, 1690-1774), homme d’Église, diplomate, premier commis, fut également élu à l’Académie française en 1746 contre Duclos.
- Allusion à la réplique de Casanova lors de son premier séjour parisien. À la marquise qui lui demandait s’il était de « là-bas », le Vénitien écrit avoir répondu, selon les versions « Pardon, madame, je suis de là-haut » ou « Venise, Madame, n’est pas là-bas ; elle est là-haut » (voir vol. I de la présente édition, p. 779 et 774).
- Voiture de louage légère desservant les environs de Paris.
- Rue toute proche de la Comédie-Italienne (voir plan, vol. I, p. 708).
- « On dit encore, qu’Un homme est essentiel, qu’il est un ami essentiel, pour dire, que C’est un homme, un ami solide, et sur qui l’on peut compter » (Acad. 1762).
- Qu’alléguer. Emploi peu usuel.
- « On dit, Impossibilité physique, par opposition à Impossibilité Morale, et pour marquer qu’une chose est impossible selon l’ordre de la nature. On dit aussi, Certitude Physique, par opposition à Certitude Morale » (Acad. 1762, art. « Physique »).
- « On se sert de ce terme dans l’Arithmétique ; mais dans le discours ordinaire, on dit, Quatre-vingt-dix » (Acad. 1762).
- Le coût de fonctionnement de la loterie s’élève à plus de 6 millions d’euros.
- « C’est ainsi que M. Newton appelle l’Algèbre, ou calcul des grandeurs en général » (Encyclopédie, art. « Arithmétique universelle », par d’Alembert). Membre de l’Académie des sciences, d’Alembert a rédigé et actualisé les articles de mathématiques de l’Encyclopédie.
- Italianisme. Riassumare : « résumer, abréger ».
- On lit cette définition dans l’Encyclopédie (art. « Calcul »).
- Une pension de plus de 44 000 euros et un capital supérieur à 1 million d’euros.
- C’est le bureau général de la loterie, occupé par les Calzabigi. Le montant de la pension annuelle évoquée par Casanova correspond à celui qui fut accordé à Ranieri en août 1758, mais il s’agissait de la somme qu’on lui garantissait au cas où l’on déciderait de se passer de ses services. Ranieri touche cette pension après sa révocation en juin 1759. Elle est cependant supprimée en septembre 1760 : le conseil de l’École militaire estime que Ranieri aide son frère à compromettre la réputation de la loterie (Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 117 sq.).
- Casanova retire donc de cette vente plus de 100 000 euros.
- À partir de septembre 1758 et pendant toute l’année 1759, Casanova dirige un bureau de la loterie, mais plutôt rue Saint-Martin (Ch. Samaran, ibid., p. 132).
- Profit.
- Environ 440 000 euros. Le premier tirage eut lieu en réalité le 18 avril 1758.
- Voir ici. Le gagnant recevait 270 fois sa mise (Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, op. cit., p. 122).
- Six cent mille livres font plus de 6 millions d’euros. Plus bas : plus de 4 millions d’euros pour Paris. Le signe # est utilisé couramment à l’époque comme abréviation de la livre (monnaie de compte).
- Plus de 1 million d’euros.
- La recette de Casanova a été de plus de 700 000 euros. Devant payer 40 000 livres (plus de 400 000 euros) à un joueur qui a parié sur trois numéros gagnants, il est obligé d’emprunter la somme car le règlement de la loterie l’oblige à laisser la caisse en dépôt à un agent de banque la veille du tirage.
- Introduits dans le grand monde.
- Antonia Hérault, née en 1683, épouse du peintre Louis de Silvestre (1675-1760), qui dirigea l’académie de peinture de Dresde. Il rentre en France en 1748 et prend la direction de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1752.
- La galerie de Dresde, une des plus célèbres d’Europe, exposait plusieurs toiles de peintres de batailles comme G. Ph. Rugendas (1666-1742) ou J. van Huchtenbourg (1646-1733), peintre officiel du prince Eugène.
- Francesco Casanova arrive en réalité à Paris début 1758. Il est agréé en août 1761 à l’Académie, dont il est reçu membre en mai 1763 pour son tableau Combat de cavalerie.
- Environ 130 000 euros.
Fragment du quatrième tome
- Edoardo, comte Tiretta (1734-v. 1809). Selon une note de Casanova, ses aventures parisiennes seront interrompues par un duel. Il fait ensuite fortune au Bengale. Il semble avoir occupé des fonctions administratives à Calcutta.
- Italianisme : occuper (coprire) un poste.
- Les Conservatori del Monte administraient le mont-de-piété de Trévise.
- Part d’héritage dont on ne pouvait pas priver un enfant.
- Maquereau.
- Probable tour elliptique : « vous ferez bien » ou « vous ferez fortune ».
- À cause de l’attentat de Damien contre Louis XV.
- Jean Emmanuel de la Coste, célestin défroqué, est en 1757 un homme de confiance du célèbre fermier général La Popelinière (1693-1762).
- Environ 130 000 euros.
- Autour de 100 000 euros. Casanova peut donc en vendre pour 1 000 écus (6 000 livres).
- Enregistrés. Terme de procédure.
- Angélique Lambertini se prétendait nièce de Prospero Lambertini, c’est-à-dire du pape Benoît XIV, et veuve du marquis de Jouvenel. Le danseur Campioni, ami de Casanova, semble lui avoir servi de rabatteur et de protecteur. Elle était surveillée par la police, qui, en octobre 1749, lui donne trente-cinq ans.
- L’actuel quai de la Mégisserie. Orth. feraille.
- Vous ne m’offenserez pas une seconde fois de cette manière.
- L’abbé de la Coste, qui avait perdu la confiance de La Popelinière, vendit les billets d’une fausse loterie non pas de Trévoux, mais de Gemund en Souabe (Allemagne). Il fut condamné aux galères en 1760 et mourut probablement l’année suivante.
- G. Capon cite un rapport de police de 1753 selon lequel Mlle Lambertini est entretenue par M. Lenoir, « payeur de rentes de l’hôtel-de-ville, demeurant rue Tiquetonne » (Casanova à Paris, p. 177, n. 1).
- L’administration fiscale du royaume, dirigée par les fermiers généraux.
- Agacer au sens d’« Exciter par des regards, par des manières attrayantes » (Acad. 1762).
- Titulaire du fief.
- Jeu de hasard où trois cartes sont distribuées à chaque joueur et une carte est retournée. Les joueurs misent selon la valeur estimée de leur jeu. Voir Lexique et règles des jeux.
- Environ 5,4 cm.
- Possible syllepse de sens sur « séduire » : sens contextuel (être trompée par une image trop flatteuse de la condition de religieuse), mais aussi sens sexuel, explicité dans la suite de l’échange avec Casanova.
- Qui annonce du sentiment. Introduit en français en 1769 par la traduction de The Sentimental Journey de Sterne, le mot est signalé comme un « néologisme qui a l’air encore un peu précieux » par Féraud (1787).
- Elle croyait pouvoir. Possible italianisme de construction (credere di + infinitif).
- Le cadet Francesco Casanova était plus connu que Giacomo.
- De grande taille.
- « Avoir les yeux à fleur de tête, c’est avoir les yeux un peu plus avancés qu’ils ne le sont ordinairement » (Acad. 1762). Détail valorisant, indice d’harmonie du visage.
- L’identification de Mme XXX et de Mlle de la M…re reste problématique.
- La personne qui l’a arrangé. Expression figée qui s’emploie « par raillerie » (Acad. 1762).
- Mille deux cents livres : environ 13 000 euros ; 50 000 écus : plus de 3 millions d’euros.
- En vertu du testament (italianisme : in forza di).
- Et 25 m. de plus. Probable influence de l’italien.
- « Prétendre » au sens de « Croire avoir droit sur quelque chose, à quelque chose » se construit directement : « Il a prétendu le remboursement de ses avances. […] Que prétendez-vous à cela ? Je n’y prétends rien » (Acad. 1762).
- Comprendre sans doute : à servir les tricheurs.
- « Penser de » + infinitif est un archaïsme ou un italianisme de construction (pensare di + infinitif).
- Bougresse.
- Tenue de deuil moins sévère que l’on pouvait porter après la période du grand deuil ou lorsque le défunt était un parent éloigné.
- Allusion comique aux controverses théologiques sur la grâce : la « grâce suffisante » des jésuites se combine avec le libre arbitre dans l’œuvre du salut. Les jansénistes, en revanche, n’accordent pas de rôle au libre arbitre : seule la « grâce efficace » offre le salut.
- Le père de Mlle de la M…re est conseiller au parlement de Rouen : Casanova en a déduit que la jeune fille appartient à la noblesse de robe.
- La place de Grève, lieu des exécutions. Aujourd’hui place de l’Hôtel-de-Ville.
- Le mot vient du jeu de la bassette (voir Lexique et règles des jeux). Il a été « transporté […] dans la conversation, pour dire, À point nommé, justement, précisément » (Acad. 1762). Ici, il signifie plutôt « aussitôt », « sur-le-champ ».
- Casanova paie 3 louis (environ 750 euros). Il reçoit une quittance et l’engagement que le loueur lui versera 6 600 euros au cas où il ne tiendrait pas son engagement.
- La Lambertini joue seule contre les deux autres pour cette variante du piquet (voir ici) qui se pratique par équipes.
- Jeu de cartes qui se joue avec deux jeux de cinquante-deux cartes, voir la règle.
- Lire « qui » : italianisme, sous l’influence de che.
- Entre 7 500 et 10 000 euros.
- Trois livres (une trentaine d’euros).
- Le plus petit lot vaut environ 130 euros, plusieurs lots s’élèvent à 6 600 euros et le gros lot à un peu plus de 13 000 euros.
- Environ 1 500 euros.
- Officier de certaines compagnies de gardes.
- Nicolas René Berryer (1703-1762), lieutenant général de police de 1747 à 1757.
- Mal en point, en mauvaise posture. La construction est probablement influencée par l’italien (trovarsi a mal partito). Si « à mauvais parti » ne s’emploie guère, « mauvais parti » entre dans des locutions dont le sens est pertinent ici : ainsi, « lorsqu’on veut faire entendre qu’il pourrait bien arriver qu’on fît un mauvais traitement à quelqu’un, on dit, qu’On pourrait bien lui faire un mauvais parti » (Acad. 1762).
- Vingt louis : environ 5 000 euros.
- Frédéric II établit en 1710 à Meissen la première manufacture de porcelaine en Europe. Les statues mesurent environ 21,5 cm.
- Casanova rappelle la date exacte du supplice. La loterie de l’École militaire ne fut cependant autorisée que le 15 octobre 1757, et les bureaux ouvrirent en février 1758 : l’autobiographe réorganise librement la chronologie en ce début de quatrième tome.
- Louis XVI est décapité le 21 janvier 1793 et Marie-Antoinette le 16 octobre. La remarque permet de situer la période d’écriture ou de mise au net de cette partie du texte.
- Ériger la France en modèle de toutes les nations. Cependant, s’il faut comprendre que la France est prise pour modèle par toutes les nations, la construction est italianisante (influence de da).
- La référence exacte de Casanova reste problématique.
- Sur ce sujet, voir Pierre Rétat (dir.), L’Attentat de Damiens : discours sur l’événement au XVIIIe siècle, Paris-Lyon, Éd. du CNRS-Presses universitaires de Lyon, 1979, et Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975, p. 9-11.
- Les croire.
- Cérémonie (sur cet emploi italianisant, voir vol. I de la présente édition, p. 161, n. 1).
- L’établissement de Nicolas Landelle, rue de Buci, dans le quartier de la Comédie-Française, était réputé. Dans l’une des versions du premier séjour parisien, Casanova évoque une rencontre avec le fils de Landelle (voir vol. I, p. 871).
- Manquer à : « Ne faire pas ce qu’on doit à l’égard de quelqu’un ou de quelque chose » (Acad. 1762).
- Environ 10 000 euros. Le « petit paquet » est un jeu de cartes opposant le banquier aux joueurs. Après avoir misé à l’aveugle, chacun retourne la carte du dessous de son « petit paquet » et la compare avec celle du banquier. Le banquier remporte la mise lorsque sa carte est d’une valeur égale ou supérieure à celle du joueur.
- Par le milieu du corps.
- Sfregio (balafre) est masculin en italien.
- « Tricher quelque chose à quelqu’un » n’est pas une construction répertoriée. Casanova calque-t-il la construction de l’italien frodare (soustraire quelque chose à quelqu’un par la ruse, la fraude) ou celle du verbe « voler » ?
- « Mes affaires », sans connotation péjorative dans la langue classique.
- Jean Foutre, au sens de « gigolo ».
- Tour elliptique : je ne l’en aurais jamais cru capable.
- Aux circonstances. Cette expression abstraite relève de la parodie du style dévot qui caractérise la réplique.
- Italianisme de construction (riparare a).
- L’identification de ce personnage reste problématique. L’austérité au moins apparente de ce rigoriste aux idées jansénistes s’accorde mal avec la personnalité de l’abbé Jacques Desforges, auteur en 1758 d’un ouvrage favorable au mariage des prêtres, condamné par le parlement de Paris et embastillé.
- Jacques-Marie de Caritat de Condorcet, l’oncle du philosophe, est évêque d’Auxerre de 1754 à 1761. L’indication de Casanova n’est pas limpide : l’évêque d’Auxerre était un adversaire farouche du jansénisme dont son « élève » semble proche.
- Jansénius défend la thèse de la « grâce efficace » (voir ici) en se fondant sur l’œuvre de saint Augustin. Les jansénistes sont réputés pour leur austérité morale…
- De 1689 à 1770, la Comédie-Française se trouve rue des Fossés-Saint-Germain (l’actuelle rue de l’Ancienne-Comédie, non loin de l’Odéon). Voir le plan de Paris, vol. I de la présente édition, p. 708.
- Cette expression forgée par Casanova sur le modèle de « tragi-comique » ou « héroï-comique » fait écho à des catégories théâtrales : une pièce « sérieuse » est « une pièce de théâtre plus grave, par opposition à Pièce plus gaie » (Acad. 1762).
- Note marginale de Casanova, appelée par un 1) placé au niveau de « roi » : « D’Alembert a osé le corriger. J’en aurais fait de même. Quel besoin a un roi de parler latin, ne l’ayant pas appris ? » La correction apportée par d’Alembert devait porter sur le cas du premier mot, « face à face » se disant face ad faciem : on trouve par exemple cette locution dans le Vulgate. L’allusion à d’Alembert n’est pas transparente : la référence de Casanova n’est pas identifiée. En revanche, la mention de Frédéric II dans ce contexte s’interprète comme une allusion à ses amours masculines.
- Le souper est le repas du soir.
- Rue Guénégaud dans le Quartier latin, d’après l’édition de La Sirène.
- Lire vraisemblablement « que », pronom relatif (antécédent : baisers). Casanova est influencé par le che italien.
- La construction de cette phrase au discours direct est italianisante.
- Comment.
- Mlle de la M…re exprime un préjugé d’époque qui tend à nier les réalités du viol. Voir « La certitude du consentement », in Georges Vigarello, Histoire du viol XVIe-XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Histoire », 1998, p. 54-58.
- La Villette est alors un village ; il ne sera intégré à Paris qu’en 1860.
- Tour elliptique : de ne pas y manquer. Possible influence du verbe italien mancare (di non mancare : de ne pas être absent, d’être présent ; l’Accademia della Crusca [4e éd.] répertorie aussi l’emploi absolu de mancare au sens de mancar di fede : le tour signifierait alors « de ne pas manquer à ma parole »).
- Plus de 6 000 euros.
- « Mot bas et comique dont on se sert pour caresser les femmes qu’on aime, et qui veut dire : mignonne, jolie, aimable » (Trévoux).
- Charles-François Clément (v. 1720-apr. 1782), compositeur et professeur de musique. Il compose la musique de La Pipée, comédie en deux actes et en vers, mêlée d’ariettes, d’après un intermède italien, représentée en janvier 1756 par les Comédiens-Italiens. Il publie en 1758 un Essai sur l’accompagnement du clavecin qu’il complète par d’autres essais au cours des années suivantes.
- En France, l’ordre des Béguines est supprimé au XVe siècle par Louis XI. Le mot est pris au sens figuré : « nom […] qu’on donne par mépris à une Dévote superstitieuse et minutielle. Il est familier » (Acad. 1762).
- En intime : « Compère, se dit en discours ordinaire, de ceux qui sont bons amis et familiers ensemble » (Furetière).
- Vraisemblablement Jeanne-Françoise Quinault (1699-1783), retirée en 1741, qui a animé la « Société du bout du banc », célèbre salon littéraire fréquenté par Voisenon. Sa sœur aînée est aussi une ancienne actrice : Marie-Anne-Christine Quinault (1695-1791) quitte le théâtre en 1722. L’épouse de leur frère, Catherine-Marie-Jeanne Dupré, actrice également, est connue sous le nom de Quinault-Dufresne (1705-1767) ; elle se retire en 1734. La qualité de « voisine » (à la Villette, donc) reste problématique. La présence de la célèbre Jeanne-Françoise Quinault, de Voisenon et de Mme Favart peut-elle servir à donner un peu plus de lustre à la compagnie, tout en restant dans un univers où les actrices occupent une place de choix ?
- L’abbé de Voisenon (1708-1775) aurait été, selon la rumeur, l’amant de Mme Favart (Marie Justine Benoîte Duronceray, 1727-1772), ancienne danseuse, actrice et épouse de Charles-Simon Favart, qui devint en 1757 directeur de l’Opéra-Comique (voir vol. I de la présente édition, p. 817).
- G. Capon cite un rapport de police de 1766 qui décrit Mme Amelin et un M. de Chalabre comme un vieux couple de joueurs « professionnels » qui a eu deux enfants (Casanova à Paris, p. 222-223).
- Tricheur.
- Environ 2 500 euros, sur parole (italianisme : sulla parola).
- « On dit d’Un homme, qu’Il en a menti, pour dire, qu’Il a menti sur la chose dont il s’agit » (Acad. 1762).
- « Risquer la vie » est un italianisme.
- Selon G. Capon, Jean Kornmann, banquier d’origine strasbourgeoise (Casanova à Paris, p. 230).
- Bons mots ou traits d’esprit.
- Lire « sensément ». Casanova mêle le mot français et l’italien sensatamente.
- Je ne lui faisais pas raison : je ne lui rendais pas justice.
- « Faire compliment que » n’est pas une construction usuelle. Casanova est peut-être influencé par l’italien ché introduisant la cause.
- Possible influence de l’italien all’inferno (en enfer).
- Les tournures comparatives et superlatives sont souvent, chez Casanova, influencées par la syntaxe italienne.
- « Vision, chimère » (Trévoux).
- Boîte à chapeaux (italianisme forgé sur cappelliera).
- Après avoir secondé le marquis de Fénelon, l’abbé de Laville (voir ici) fut ambassadeur de France à La Haye dans les années 1740. Il fut nommé évêque in partibus (évêque sans diocèse, titulaire d’un ancien siège épiscopal situé dans une partie éloignée du monde) quelques mois avant de mourir : Casanova resserre la chronologie pour accentuer son trait d’humour noir.
- Garnier est un homme de confiance de d’Argenson dans les années 1740. Il occupe auprès de lui les fonctions de trésorier-payeur tout en faisant sa propre fortune. D’après ses ennemis – le frère de d’Argenson, en particulier –, il se serait enrichi aux dépens de son maître. Quoi qu’il en soit, il est en mesure d’acheter une charge de maître d’hôtel de la reine en 1749. D’Argenson le renvoie l’année suivante. D’après un rapport de police de 1754 (cité par Camille Piton, Paris sous Louis XV, Paris, Mercure de France, 1905-1914, t. IV, p. 83-84), M. d’Argenson aurait fait gagner beaucoup d’argent à Garnier à l’occasion des campagnes de Flandre, pendant la guerre de succession d’Autriche (1744-1748). On retrouve Garnier au chapitre IX du t. IV : Casanova lui cède sa fabrique d’étoffe, puis la vente débouche sur un procès (voir ici). Dans une version de son premier séjour parisien, Casanova rencontre le « fils unique de Garnier marchand de vin dans la rue de Seine » (voir vol. I de la présente édition, p. 872), mais il s’agit d’un homonyme.
- Ferdinando Galiani (1728-1787), l’auteur du Traité de la monnaie (1751) et des Dialogues sur le commerce des blés (1770), ne devient secrétaire d’ambassade à Paris qu’en 1759, après le voyage de Casanova à Dunkerque.
- Voir ici.
- Libre, dégagé.
- D’après le récit, nous sommes en mai 1757. Les lettres de Manon Balletti à Casanova indiquent que le voyage de Casanova à Dunkerque doit avoir commencé fin août. Les préparatifs militaires qu’il s’agit d’inspecter en secret à Dunkerque s’inscrivent dans le contexte de la guerre de Sept Ans (1756-1763). On peut trouver surprenant que Bernis et l’abbé de Laville confient à Casanova une telle mission, dont la finalité reste obscure.
- Lors de son séjour à Rome en 1771 (ms., t. X, fo 6r). Bernis y est envoyé comme ambassadeur en 1769.
- Il y avait quatre premiers gentilshommes de la chambre du roi qui servaient, chacun, une année sur quatre. « D’année » signifie donc « en exercice ». Le premier gentilhomme de la chambre est notamment chargé de fournitures importantes pour les maisons royales et de commander les habits de deuil du monarque ainsi que « tous les habits de masques, ballets & comédies, les théâtres, & les habits pour les divertissements de Sa Majesté » (Encyclopédie). À partir de 1757, les premiers gentilshommes de la chambre exercent également une autorité sur les troupes de la Comédie-Française et de la Comédie-Italienne : de là le rôle d’intermédiaire dévolu à Silvia.
- « Terme de commerce. Celui qui charge un autre d’une affaire » (Acad. 1762).
- Au singulier : l’accord se fait avec le terme plus proche. C’est un usage de la langue classique.
- François Joachim Bernard Potier, duc de Gesvres (1692-1757), premier gentilhomme de la chambre.
- L’Île-de-France était une circonscription administrative d’Ancien Régime (un gouvernement).
- Saint-Ouen, au nord-est de Paris.
- Mario Balletti, époux de Silvia. Voir vol. I de la présente édition, p. 709 (en particulier, n. 1) et suiv.
- Environ 25 000 euros.
- La « conciergerie » est ici probablement un nom d’auberge.
- Le marquis du Barail, gouverneur de Dunkerque depuis 1754.
- D’autres marques que. Construction sans doute influencée par l’italien.
- « La v[erge] ne veut pas de soucis. » Voir vol. I, p. 154.
- La suivante : la poste est ici « la maison où sont les chevaux et les voitures » (Acad. 1762).
- Aire (devenu Aire-sur-la-Lys en 1982) est alors une ville fortifiée.
- « Celui qui court la poste pour porter les dépêches » (Acad. 1762).
- D’après Ch. Samaran (éd. de La Sirène, t. V, p. 297, n. 10), il s’agit de Mathurin de Laval, lieutenant du roi à Aire entre 1755 et 1765.
- Dans la tradition issue du droit romain, le « droit des gens » est censé être commun à tous les hommes, par opposition au droit civil, propre à chaque nation. À ce titre, sous l’Ancien Régime, le « droit des gens » désigne plus précisément le droit qui s’applique aux étrangers et entre États.
- « Un homme envoyé à dessein pour porter des lettres, des nouvelles, des ordres, etc. » (Acad. 1762).
- Une certaine éthique théâtrale l’emporte sur le principe de réalité : scène très casanovienne.
- Au mot (italianisme : parola, « mot »).
- On attendrait « de moins » : possible influence de l’italien meno.
- Mauvaise plaisanterie. Le mot ne s’explique que par le passage biffé au début de la réplique de Casanova.
- On attendrait « n’en valait pas la peine » : italianisme (non valeva la pena).
- La plaisanterie est condescendante : le commandant rappelle implicitement que Casanova, roturier, ne saurait prétendre à un duel avec un noble tel que lui. De là la réplique sanglante du Vénitien, que l’autobiographe choisit de biffer, mais dont il ne supprime pas toute trace textuelle puisqu’il rappelle sa « goguenarderie ».
- « Jeu de cartes. Sorte de jeu d’Hombre qu’on joue à trois : on n’y conserve de la couleur de carreau que le Roi. […] Il a été fort en vogue. On l’appelle à présent, Le vieux Tri » (Acad. 1798).
- On attendrait « au net ». Possible influence de l’italien (in bella copia).
- Un peu plus de 1 livre (une douzaine d’euros), soit la moitié du salaire journalier d’un ouvrier ou d’un laquais.
- Les « dentelles d’Angleterre » sont en réalité fabriquées à Bruxelles. Tout cet épisode se déroule dans une zone frontalière : les commis soupçonnent Casanova de contrebande ou de fraude.
- Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais. Une livre représente environ 489 g.
- Soit une amende d’environ 13 000 euros.
- Étienne Maynon d’Invau, né en 1721, intendant depuis 1754.
- « Un Officier établi pour agir en Justice au nom de ceux qui plaident en quelque Juridiction » (Acad. 1762).
- Comprendre probablement « des lois locales », par opposition aux « lois royales » : Casanova en appelle un peu plus bas à l’autorité de Louis XV.
- Sept onces font environ 400 g. Une once vaut un seizième de livre.
- L’emploi du singulier est reconnu par l’Académie (1762), même s’il est jugé plus rare que le pluriel.
- Le mot s’emploie « par une espèce de plaisanterie, en parlant De toutes sortes de papiers et d’écrits » (Acad. 1762).
- « Transgresseur. Il n’a guère d’usage qu’en parlant de Loi, de Traité, etc. » (Acad. 1762).
- La guerre de succession d’Autriche (1740-1748).
- Les commissaires des guerres ou de guerre étaient chargés de la surveillance des troupes.
- Nom d’une auberge parisienne.
- Auguste Simon Brissard, fermier général (voir infra) à l’époque du récit, et donc chargé de la collecte des impôts.
- Le terme est encore spécifiquement juridique : requête exposée devant un juge.
- Environ 500 euros.
- Dans cette locution courante, « toucher » signifie « frapper pour faire avancer les chevaux ».
- Environ 125 000 euros.
- Louis-Hyacinthe Boyer de Crémille (1700-1768) n’est pas ministre de la Marine. En revanche, il occupe d’importantes fonctions dans l’administration militaire : il assiste le duc de Belle-Isle lorsque celui-ci est ministre de la Guerre (1757/58-1761). Il connaît fort bien les enjeux militaires de la région visitée par Casanova : auteur d’un mémoire « sur la disposition à faire pour la garnison de la frontière depuis la Meuse jusqu’à Dunkerque en temps de guerre » (1743), il est maréchal des logis de l’armée lors de la campagne de Flandre du maréchal de Saxe.
- Douze mille livres, somme équivalente aux 500 louis que touche Casanova (environ 130 000 euros).
- Tous les services du gouvernement français.
- Opprimé.
- Dans sa lettre du 9 septembre 1757 (A. Ravà, Lettres de femmes, édition française, p. 108 sq.), Silvia adresse des reproches à Casanova beaucoup plus tôt : « Votre séjour à Lille de vingt-quatre heures pour l’affaire dont vous me parlez, me paraît équivoque, et je n’ai pas bien compris si l’affaire vous regardait personnellement, ou s’il s’agissait d’une commission pour quelque ami ; en tout cas, vous avez donc été en péril, et je suis certaine qu’une telle affaire ne peut avoir été amenée que par votre grande vivacité, pour ne pas dire : par votre pétulance. Modérez-vous, mon cher Casanova, et puisque vous reconnaissez et sentez sur vous la bénédiction de Dieu dans tout cet événement, craignez qu’un jour il ne se lasse de vous secourir. » Cette aventure à Lille n’est pas évoquée dans l’Histoire de ma vie, pas plus qu’une autre à laquelle font allusion quelques mots biffés sur des notes préparatoires retrouvées à Dux : « Pédérastie avec t. à Dunkerque » (Marr 31-61).
Chapitre III
- Qui avaient un grand succès mondain. Trottoir « se dit figurément et familièrement dans ces phrases, Cette fille est sur le trottoir, pour dire, Elle est à marier ; Il est sur le trottoir, pour, Il est dans le chemin de la considération, de la fortune. On le dit aussi d’une femme dont on parle beaucoup. Elle est sur le trottoir, Elle est en vogue » (Acad. 1798). Voir vol. I de la présente édition, p. 791.
- L’actrice Jacoma Antonia Camilla (dite Camille) Veronese (1735-1768) : voir vol. I, p. 760 et 761 sq., ainsi que le Répertoire des noms du même volume, p. 1536. Casanova écrit un poème en son honneur, publié par le Mercure de France en avril 1757 : voir, dans ce volume, Vers dédiés à « Camille Véronèse ».
- Les barrières installées à l’entrée de Paris étaient destinées à la perception de l’octroi. La barrière blanche se trouvait rive droite (aujourd’hui : place Blanche, au niveau de la rue Blanche).
- Nicolas Adolphe Félicité, comte d’Égreville, né en 1731. L’aristocrate et l’actrice ne vivent pas ensemble au sens moderne, conjugal, du terme : le comte d’Égreville a installé Camille dans une « petite maison », lieu dédié au plaisir et au divertissement. Une lettre du comte d’Égreville a été retrouvée dans les papiers de Dux (Marr 8-49).
- Charles Joachim Rouault, marquis de Gamaches (1729-1773).
- Constance Simone Flore Gabrielle Rouault de Gamaches, comtesse du Rumain (1725-1781), sera une importante protectrice de Casanova. Voir ses lettres.
- Que. Syntaxe italianisante (come).
- Nicolas François Jules, comte de la Tour d’Auvergne (1720-1791).
- Rue située au niveau de la rue des Saints-Pères, intégrée au boulevard Saint-Germain au XIXe siècle.
- Note de Casanova dans la marge : « C’était la mère de l’impératrice Catherine de Russie. » Jeanne-Élisabeth de Holstein-Gottorp (1712-1760), devenue princesse d’Anhalt-Zerbst par son mariage, donne naissance à la future Catherine II en 1729. D’après le récit, nous sommes encore en 1757, la princesse d’Anhalt n’arrive à Paris que l’année suivante. Casanova concentre la chronologie ou cherche à produire un effet en plaçant un nom prestigieux dans la bouche du personnage.
- « Lieu élevé par degrés vis-à-vis du Théâtre, d’où les Spectateurs voient le spectacle plus commodément » (Acad. 1762). L’amphithéâtre est fréquenté par les spectateurs distingués.
- Comprendre « suivant ». Cet emploi d’« ensuite » n’est pas répertorié.
- À la différence du commandant d’Aire, le comte de la Tour d’Auvergne, en évoquant la possibilité d’un duel avec Casanova, confère au Vénitien une forme d’anoblissement symbolique et le reconnaît comme un égal.
- L’actuelle place de l’Étoile. Casanova s’y est déjà battu en duel avec le soi-disant chevalier de Talvis (voir vol. I de la présente édition, p. 888 sq.).
- « On dit en termes d’Escrime, Être à la mesure, pour dire, Être en distance pour parer ou pour porter un coup de fleuret ou d’épée » (Acad. 1762).
- La ligne est une unité de mesure d’Ancien Régime : 2,25 mm.
- Très instruit.
- Casanova répète un fait déjà rapporté à la fin du fragment précédent.
- Casanova représente plus bas le talisman de Salomon comme une étoile à cinq branches. L’expression « sceau de Salomon » désigne aussi souvent une étoile à six branches. Casanova endosse à nouveau les habits de magicien qui lui ont tant réussi avec Bragadin et qui vont beaucoup lui servir par la suite.
- « Terme de Chimie. Union d’un métal ou d’un demi-métal avec le mercure ou le vif-argent. On dit aussi Amalgamation » (Acad. 1762).
- Au sens de « sciences occultes ».
- Jeanne Camus de Pontcarré (1705-1775), marquise d’Urfé à la suite de son mariage avec Louis-Christophe de La Rochefoucauld, qui récupère le nom et l’héritage de la famille d’Urfé en 1724, après la mort sans enfants du frère de sa grand-mère, Joseph-Marie d’Urfé. La marquise d’Urfé est veuve depuis 1734.
- Anne d’Urfé (1555-1621) est bien un poète, mais l’épithète « fameux » fait plutôt songer à son frère Honoré d’Urfé (1567-1625), auteur de L’Astrée.
- Diane Adélaïde de Mailly, duchesse de Lauragais (1714-1769), nommée dame d’atour de la Dauphine en 1745.
- Lors de son précédent séjour parisien, Casanova a exercé ses talents de « magicien » auprès de Louise-Henriette de Bourbon-Conti, duchesse de Chartres devenue duchesse d’Orléans en 1752 (voir vol. I de la présente édition, p. 872 et 873 pour les deux versions du séjour parisien, et Répertoire, p. 1528). Est ici évoqué l’entourage proche de la duchesse : Louis-Hector Drummond, comte de Melfort (1722-1788), protecteur de Camille Veronese à l’époque où Casanova courtise Coraline, était lui-même protégé par la duchesse de Chartres (ibid., p. 760 et 761). Marie-Charlotte Hyppolyte de Campet de Saujon, comtesse de Boufflers (1724-1800), fut dame de compagnie de la duchesse de Chartres. Elle tint un salon important. Pauline Charpentier d’Ennery, baronne de Blot, fut dame d’honneur de la duchesse. Casanova évoque beaucoup plus brièvement sa rencontre avec Mme de Boufflers et Mme du Blot, et seulement dans la seconde version de son séjour parisien, « Fragment et commencement du 3e tome de mes mémoires » (ibid., p. 875). Lors d’un dialogue avec M. M., il donne la première en exemple de « la bonne compagnie de Paris » (ibid., p. 1054).
- Au niveau de l’actuelle terrasse des Feuillants.
- Nous maintenons ici le singulier du manuscrit, qui peut être le résultat d’un raccourci casanovien.
- Le quai des Théatins devient quai Voltaire en 1791.
- Godefroy-Charles-Henri de la Tour d’Auvergne, prince de Turenne, né en 1728, fils du duc de Bouillon et cousin de La Tour d’Auvergne.
- Pour les alchimistes, la transmutation des métaux en or. Les « grandes opérations » évoquées plus bas renvoient évidemment à l’alchimie.
- Probablement Claude d’Urfé (1501-1558), proche de François Ier et protecteur des arts et belles-lettres, bien qu’il ne fût pas le mari, mais le beau-père de Renée de Savoie.
- Renée de Savoie, morte en 1687, mère d’Honoré d’Urfé.
- Plus de 1 million d’euros.
- Theophrast Bombast von Hohenheim, dit Paracelse (1493-1541), fondateur d’une médecine fondée notamment sur les principes de l’alchimie.
- La panacée, censée prolonger la vie et guérir toutes les maladies.
- Cryptographie : « Art d’écrire en chiffres, et de les expliquer » (Acad. 1762).
- « Une poudre avec laquelle les Alchimistes prétendent changer les métaux en or » (Acad. 1762). La « projection » est une « opération de Chimie, qui consiste à jeter par cuillerée dans un creuset mis entre les charbons ardents, quelque matière en poudre qu’on veut calciner » (ibid.).
- « Végétation métallique artificielle, dans laquelle on voit un arbre se former & croître peu à peu du fond d’une bouteille pleine d’eau » (Encyclopédie, art. « Arbre de Diane ou Arbre philosophique, (Chim.) »). Ce phénomène chimique comparé à un « arbre » en raison de la forme produite est observé au XVIIe siècle ; il fait au XVIIIe siècle l’objet d’expériences et d’hypothèses explicatives.
- Benoît de Maillet (1656-1738) avait écrit Telliamed, ou Entretiens d’un philosophe indien avec un missionnaire français sur la diminution de la mer, la formation de la terre, l’origine de l’homme, etc., publié en 1748. « Telliamed » est l’anagramme du nom de l’auteur, ce qui ne fonctionne plus avec la graphie de Casanova.
- La réédition du Telliamed en 1755 est accompagnée d’une vie de Maillet par l’abbé Jean-Baptiste Le Mascrier.
- Nymphe dont la légende romaine fait l’inspiratrice du roi Numa Pompilius.
- Raymond Lulle (v. 1233-v. 1316), mystique et missionnaire majorquin. De nombreux ouvrages d’alchimie sont publiés sous son nom.
- Célèbre médecin du XIIIe siècle. La tradition alchimiste en a fait le maître de Lulle en la matière.
- Savant anglais du XIIIe siècle.
- Nom latin d’un savant persan, Abu Musa Djabir ibn ?ayyan (VIIIe siècle), auquel ont été attribués de très nombreux traités d’alchimie.
- Platine extrait du Pinto, rivière en Colombie. Découvert au XVIIIe siècle, le platine suscite la curiosité des savants : il est reconnu comme un métal distinct de l’argent au milieu du siècle.
- On lit à l’article « Platine » de l’Encyclopédie : « Dès l’an 1741, M. Charles Wood, métallurgiste anglais, avait déjà apporté en Angleterre quelques échantillons de cette substance ; il les avait reçus dans la Jamaïque ; on lui avait dit qu’ils étaient venus de Carthagène ; sans lui déterminer précisément l’endroit d’où la platine avait été tirée, on lui apprit seulement qu’il y en avait des quantités considérables dans l’Amérique espagnole. »
- Le nom est féminin en français au XVIIIe siècle (influence de l’espagnol platina, dérivé de plata, argent).
- Trois des quatre acides « simples » selon l’Encyclopédie, le quatrième étant le végétal (art. « Sel & sels, (Chimie & Médecine.) »).
- Mélange d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique qui a la faculté de dissoudre les métaux nobles.
- « Miroir concave, dont la surface est fort polie, & par lequel les rayons du soleil sont réfléchis & ramassés en un seul point, ou plutôt en un espace fort petit : par ce moyen leur force est extrêmement augmentée, de sorte qu’ils brûlent les corps sur lesquels ils tombent après cette réunion » (Encyclopédie, art. « Ardent (miroir) »).
- « Fourneau disposé de manière à faire avec un même feu des opérations qui exigent des degrés de chaleur différents » (Acad. 1762).
- L’arbre du Soleil, associé à l’or comme l’arbre de Diane est lié à l’argent (et à la lune via la déesse romaine), relève des rêveries alchimiques de Mme d’Urfé.
- Expression de la tradition alchimiste : les six métaux de moindre valeur (argent, mercure, plomb, cuivre, fer et étain), par opposition à l’or.
- « Les Chimistes appellent Sel fixe, Le sel qui dans les opérations chimiques demeure avec la matière terrestre sans s’évaporer, par opposition au sel volatile qui s’évapore facilement » (Acad. 1762).
- Adepte « se dit particulièrement de ceux qui croient être parvenus au grand œuvre » (Acad. 1762).
- « Nom générique donné par les Chimistes aux substances qui ont la propriété de luire comme du feu » (Acad. 1762).
- Une tradition ésotérique associe un Génie à chaque planète.
- Heinrich Cornelius Agrippa (1486-1535), auteur du De occulta philosophia.
- Comprendre « ne faisant semblant de rien ».
- Peut-être Abraham ben Gershon Trêves, cabaliste français du XVIe siècle, qui n’était cependant pas comte.
- D’après l’Hypnerotomachia Poliphili (Le Songe de Poliphile, Venise, 1499), œuvre allégorique de Francesco Colonna (v. 1433-v. 1527).
- Les noms divins que l’on ne peut, ou doit, pas prononcer.
- L’astrologie associait à chaque heure l’influence d’une des sept « planètes » qu’elle reconnaissait et qui n’en sont pas toutes (Jupiter, Mars, le Soleil, Vénus, Mercure, la Lune) et de la divinité qui lui est attachée.
- Zoroastre ou Zarathoustra, fondateur de la religion de la Perse antique, considéré comme inventeur de la magie. En 1751 (représentation en 1752), Casanova a adapté en italien Zoroastre, opéra de Rameau sur un livret de Louis de Cahusac (1749) : voir vol. I de la présente édition, p. 821 et 822.
- Artéphius, auteur d’ouvrages d’alchimie supposé avoir vécu au XIIe siècle.
- Sandivonius, médecin allemand du XVIIe siècle.
- Société secrète aux origines légendaires. Voir vol. I de cette édition, p. 668, n. 1.
- Cette incise est ajoutée dans l’interligne, d’une encre plus foncée. Elle transforme toute la fin du paragraphe en un discours rapporté qui met à bonne distance du narrateur les expressions « notre écriture sainte » ou « saint-livre ». En revanche, le moment et la vraisemblance de l’énonciation deviennent problématiques : est-ce bien le personnage de Mme d’Urfé qui a besoin d’expliquer que la « cuisse » désigne en réalité le sexe (comme le « verbe » désigne le sexe masculin) ? Les modalités du serment font aussi écho à l’épisode érotico-comique entre Casanova et La Tour d’Auvergne.
- « En Médecine, éruption signifie ou l’évacuation subite et abondante d’un liquide, tel que le sang, le pus, les vents, etc. ou la sortie des taches, pustules, boutons ou autres exanthèmes à la peau » (Acad. 1762).
- L’electrum est un alliage d’or et d’argent, mais l’alchimie appelle aussi electrum magicum un mélange des sept métaux traditionnels. Le mot est vraisemblablement employé par métonymie pour désigner un objet.
- Ce personnage n’a pu être identifié avec certitude.
- La « physique » renvoie à l’ensemble des connaissances portant sur les « choses naturelles ». Dans l’Histoire de ma vie, « physicien » est aussi employé au sens de « médecin », ce qui est archaïsant ou peut-être italianisant (voir vol. I de la présente édition, p. 30, n. 2).
- Publié en 1748, L’Esprit des lois fit l’objet de virulentes attaques (presse jésuite et janséniste, Congrégation de l’Index de Rome, Sorbonne), qui obligèrent Montesquieu à écrire une Défense de l’Esprit des lois de 1749 jusqu’à sa mort, en 1755.
- Un petit-maître est « un jeune homme de Cour, qui se distingue par un air avantageux, par un ton décisif, par des manières libres et étourdies » (Acad. 1762). D’après Ch. Samaran, Joseph-Charles-Luc-Costin Camus, comte d’Arginy (Jacques Casanova, Vénitien, p. 217, n. 1).
- « Terme générique, que les femmes emploient pour signifier les ornements de peu de valeur qu’elles ajoutent à leurs coiffures » (Acad. 1762).
- Élégance : « Manière honnête, convenable et bienséante dans les habits, dans les meubles » (Acad. 1762).
- Au sens philosophique du terme : partisan de la philosophie épicurienne. Les lignes suivantes indiquent que M. d’Arzigni ne croit guère à l’immortalité de l’âme.
- Selon Ch. Samaran (éd. de La Sirène, t. V, p. 305, n. 34), Élie Bochart de Saron, conseiller de grand-chambre au parlement. Son nom figure quelques années plus tard sur un document juridique relatif aux querelles entre Mme d’Urfé et sa fille. Il y avait aussi dans l’entourage de Mme d’Urfé un notaire nommé Caron.
- Chambre la plus prestigieuse du parlement, qui, à Paris, jugeait notamment les procès concernant les pairs de France, les crimes de lèse-majesté, etc.
- La fille de Mme d’Urfé, Adélaïde-Marie-Thérèse, qui épouse le marquis du Châtelet en 1754, est en procès avec sa mère pour une querelle financière.
- C’est-à-dire de lui donner satisfaction et de lui rendre justice.
- Nicolas-Élie de Pontcarré de Viarmes, neveu de Mme d’Urfé, conseiller au parlement de Rouen. Il épouse en 1752 une cousine, Angélique-Élizabeth Camus de Pontcarré.
- Objections et critiques adressées au roi par le parlement.
- Anne Henry, veuve de Jacques-Vincent Languet, comte de Gergy (1667- 1734), qu’elle avait épousé en 1715 et qui fut ambassadeur à Venise dans les années 1720.
- Aventurier et imposteur célèbre, dont l’identité reste mystérieuse. L’opulence qu’il affichait a fait penser qu’il pouvait être l’enfant bâtard d’une personne puissante et riche. On a notamment évoqué Marie de Neubourg, épouse de Charles II d’Espagne. On le disait parfois immortel… Ses fastes et ses talents d’imposteur fascinent durablement Casanova.
- Négligemment.
- « Mot emprunté de l’Espagnol. Écart, inégalité, manque de rapport ou de suite dans la conduite ou dans les discours » (Acad. 1762).
- Esprits associés aux éléments. Lieu commun des croyances magiques du temps.
- Casanova donne déjà ce nom à son « génie » auprès de Bragadin (voir vol. I de la présente édition, p. 509). Il l’emploiera aussi comme pseudonyme.
- Pour la méthode suivie par Casanova, voir en annexe sa lettre à Eva Frank.
Chapitre IV
- Probablement l’aîné de la fratrie, Geoffroy-Macé Camus, seigneur de Pontcarré. Orth. Pont-carre.
- Jean-Baptiste Élie Camus de Pontcarré, seigneur de Viarmes (1702-1775), père de Nicolas-Élie rencontré au chapitre précédent, fut prévôt des marchands de Paris de 1758 à 1764. Les deux frères et la sœur sont tous trois nés de lits différents.
- Nom d’un régiment d’infanterie. La Tour d’Auvergne participe à la bataille de Saint-Cast, autour de Saint-Malo, le 11 septembre 1758. Les troupes françaises repoussent un débarquement anglais. La Tour d’Auvergne est nommé brigadier en octobre.
- En relation avec les mystères de l’alchimie et de la magie. Emploi désuet lorsque Casanova écrit l’Histoire de ma vie, mais on lit toujours dans l’Académie (1798) : « Or philosophique, l’Or que prétendent faire les Alchimistes. »
- Environ 900 000 euros. La marquise d’Urfé appartient à la noblesse très fortunée.
- Environ 330 000 euros.
- « Nom que l’on a donné aux rentes créées par le Roi, & aux billets & autres papiers qui ont été introduits en différents temps dans le commerce » (Encyclopédie, art. « Effet »). Il s’agit probablement des revenus des rentes de l’Hôtel de Ville.
- La panacée prise en trop grande quantité : voir ici. C’est ainsi que Casanova fera (faussement) mourir Mme d’Urfé.
- Forme de résurrection : sens fondé sur l’idée de passage d’une essence à une autre. Le mot, d’origine théologique, renvoie dans ce contexte aux croyances magiques.
- Dans le vocabulaire des cabalistes, esprit élémentaire du feu. Voir vol. I de la présente édition, p. 17, n. 2.
- Voir ici.
- Voir ici.
- Somme équivalente aux 12 000 livres évoquées au chap. I : plus de 120 000 euros.
- Francesco Casanova épouse en 1762 Marie-Jeanne Jolivet (1734-1773), figurante des ballets de la Comédie-Italienne sous le nom de Mlle d’Alancour.
- Louis-Pierre-Sébastien Marchal de Saincy (1705-1778). L’économat est l’« administration des revenus d’un Évêché, d’une Abbaye, et autres Bénéfices pendant la vacance » (Acad. 1762), c’est-à-dire lorsque ces revenus n’ont été accordés à personne.
- Le banquier qui a organisé le mariage de Mlle de la M…re (voir ici).
- Convertir en liquidités (ce sens économique du verbe « réaliser » date du système de Law). Les liquidités manquent : il s’agit pour le gouvernement français de s’en procurer en faisant vendre discrètement par un intermédiaire ses « effets » qui n’inspirent pas grande confiance, dans le contexte de la guerre de Sept Ans. Cela suppose d’accepter une perte raisonnable : c’est le « marché honnête » évoqué par M. Corneman, qui suggère un échange avec d’autres effets plus faciles à convertir en liquidités.
- Louis-Augustin, comte d’Affry (1713-1793), envoyé extraordinaire puis ambassadeur de Louis XV auprès des Provinces-Unies (1755-1762).
- L’escompte est la remise que fait au payeur celui qui veut être payé avant l’échéance d’un effet.
- Consulter « se dit aussi de la chose sur laquelle on prend conseil. Consulter une affaire, une maladie » (Acad. 1762).
- Lire : qui en tout cas (influence de l’italien che).
- Moyennant un rabais honnête sur la transaction : la conversion de 20 millions de titres français dévalués (plus de 200 millions d’euros) en valeurs étrangères.
- La paix ne sera conclue qu’en 1763 (fin de la guerre de Sept Ans).
- Volontairement ou non, Casanova réorganise la chronologie et confond ses deux séjours en Hollande. Selon le récit, nous sommes encore en 1757. Le premier voyage de Casanova en Hollande commence en réalité à la mi-octobre 1758. Lors de ce premier séjour en Hollande (automne 1758-début janvier 1759), où il s’occupe des affaires de Mme d’Urfé, Casanova ne dispose pas de cette lettre de recommandation. Choiseul la lui procure pour son deuxième séjour entre fin septembre 1759 et février 1760. Voir les documents et les éclairages donnés par J. Rives Childs dans son Casanova, p. 144-145 et 164-167. Une lettre d’Affry à Choiseul datée du 15 octobre 1759 (voir ici) évoque ainsi Casanova en termes peu flatteurs. La lettre de recommandation lui annonce le Vénitien comme un homme de lettres, ce qui n’engage à rien et peut laisser penser que le recommandé est en effet chargé d’une mission discrète. Casanova se vante en tout cas d’être chargé de manœuvres financières. L’ambassadeur ne cache pas son scepticisme à Choiseul qui ne lèvera pas ses doutes… Même si les contacts de Casanova auprès d’importants banquiers sont avérés, son récit est donc la seule source détaillant son éventuelle « mission » au service de la France.
- Mattheus Lestevenon van Berkenroode (1715-1797), ambassadeur des Provinces-Unies à Paris. Ce passeport a été retrouvé à Dux : il est daté du 13 octobre 1758. Voir ici.
- Ce Gaétan (Gaetano), âgé de trente-cinq à quarante ans environ, s’enfuit en octobre 1760, dérobant de nombreux objets précieux : plusieurs horlogers et orfèvres qui lui ont confié la vente de leur production s’en plaignent au lieutenant de police. Sur cette affaire, voir Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 333-337. Casanova retrouve Gaetano en prison à Naples en 1770 (ms., t. IX, fo 246v).
- Témoin. Cet emploi est un italianisme.
- Voir ici.
- Suait sang et eau. Italianisme (sudare sangue).
- Goguernarder : « Faire de mauvaises plaisanteries » (Acad. 1762).
- Göteborg. La Compagnie suédoise des Indes orientales, fondée en 1731. Les activités de Casanova pour le compte de Mme d’Urfé ont été confirmées par les recherches casanovistes : voir Casanova Gleanings, X (1967), p. 17, XX (1977), p. 29, et XXI (1978), p. 9. La copie d’une quittance établie à Amsterdam le 7 décembre 1758, retrouvée à Dux, montre que Casanova reçoit 18 000 francs (près de 200 000 euros) pour le compte de la marquise d’Urfé.
- Environ 660 000 euros.
- La banque Tourton et Baur, grande firme parisienne du XVIIIe siècle, s’installe place des Victoires au milieu des années 1750.
- Tobias Boas (1696-1782), banquier à La Haye. Trois mille florins hollandais font 66 000 euros environ.
- Un yacht : « Sorte de bâtiment qui va à voiles et à rames. Les yachts sont fort en usage en Angleterre et en Hollande. (On prononce Iaque.) » (Acad. 1762).
- Nom d’une auberge réputée.
- Johann Heinrich Kauderbach (1707-1785), diplomate, représente Auguste III (1696-1763) à La Haye.
- Hanoucca, qui célèbre la victoire des Maccabées sur Antiochus IV (164 av. J.-C.). La fête dure huit jours et se déroule, selon les années, en novembre ou en décembre. La plaisanterie de Casanova peut aussi jouer sur l’existence d’une ancienne fête chrétienne célébrant les Maccabées morts en martyrs.
- Plus de 400 000 euros.
- Somme considérable. Plus de 40 millions d’euros, mais les équivalences n’ont plus beaucoup de sens pour de tels montants.
- Soit 5,13 florins (le stuyver, ou stüber, vaut un vingtième de florin). D’après l’Encyclopédie, le cours officiel est de 5 florins et 5 stuyvers pour 1 ducat, soit 5,25 florins.
- Le gain est de 0,055 florin par ducat, ce qui fait rigoureusement la somme indiquée. Cette spéculation à la Bourse de Francfort produirait le gain d’un demi-million d’euros… à condition de disposer au préalable de capitaux suffisants, privilège des riches financiers.
- Monnaie de compte. Tournois est le « nom que l’on donnait à la monnaie qui se battait autrefois à Tours, et qui était plus faible d’un cinquième que celle de Paris. Il se dit présentement des livres valant vingt sous, à la différence des livres parisis qui en valaient vingt-cinq » (Acad. 1762). Casanova convertit les 400 000 ducats en livres françaises.
- L’importante banque André Pels et fils, habituée à recevoir des capitaux français.
- Joachim Frederik Preis, secrétaire (1703) puis résident (1719) et envoyé extraordinaire de Suède (1725) à La Haye. Mort le 22 décembre 1759.
- Deux identifications ont été proposées. La recherche casanoviste identifie le plus souvent M. D. O. à Thomas Hope (1704-1779). En plusieurs endroits du manuscrit, D. O. corrige Op biffé. Thomas Hope, veuf depuis juillet 1758, était banquier et administrateur de la VOC (Compagnie hollandaise des Indes orientales). D. Hoek propose pour sa part d’identifier M. D. O. à Hendrik Danielszoon Hooft (1716-1794), qui fut bourgmestre d’Amsterdam. Sa fille Hester est née en janvier 1748 : elle avait donc onze ans en 1759. Elle meurt en 1795 (voir D. Hoek, Casanova in Holland, Zaltbommel, Europese Bibliotheek, 1977).
- Le 27 décembre. Il existe une fête maçonnique de la Saint-Jean d’hiver (saint Jean l’Évangéliste), célébrée ce jour-là. En Hollande, cette période correspond à l’anniversaire de la fondation de la Grande Loge des Provinces-Unies, en 1756, et à une importante assemblée maçonnique.
- Le baron est François de Tott (1733-1793). Issu d’une famille d’origine hongroise, militaire par sa première carrière, il fut employé à l’ambassade de France à Constantinople de 1757 à 1763. Il sera au service de l’Empire ottoman au cours de la guerre contre la Russie : il organise la défense des Dardanelles contre la flotte russe qui menace Constantinople (1770) et conseille plus généralement l’armée ottomane jusqu’à son retour en France (1776). L’aventurier André de Tott (1730-?), Tóth András en hongrois, est son frère. Sur ce personnage, voir, en hongrois, Ferenc Tóth, « Casanova magyar barátja » (Un ami hongrois de Casanova), Szombathely, Ambra, 2000.
- La « régente » Anne de Hanovre (1709-12 janvier 1759), veuve de Guillaume IV, mort en 1751.
- Lieutenant, au sens étymologique (qui tient la place d’un chef et commande en son absence). Le mot désigne primitivement un gouverneur par délégation, puis le stathoudérat tend à se confondre avec le pouvoir exécutif lui-même et le commandement de l’armée, d’une ou plusieurs provinces. En 1747, après une période sans stathouder, Guillaume IV accède au stathoudérat qui est alors unique (et héréditaire) pour l’ensemble des Provinces-Unies. Au moment du récit, le stathouder, encore enfant, est Guillaume V de Nassau-Orange (1748-1806). Il sera le dernier à occuper cette fonction, abolie en 1795.
- Philippe-Joseph, comte de Sinzendorf (1726-1788), au service de l’impératrice d’Autriche.
- Un émissaire ou un haut fonctionnaire de l’Empire ottoman.
- Comprendre « en ma présence » : construction très fréquente sous la plume de Casanova.
- Le personnage d’Iphigénie a beaucoup inspiré les dramaturges et les compositeurs, depuis l’âge classique (Rotrou, Racine, Leclerc, Desmarets et Campra) jusqu’à la fin des Lumières (Gluck, Cherubini, Goethe). La description que donne Casanova pourrait correspondre au cinquième acte de l’Iphigénie en Tauride de Claude Guimond de la Touche (1757), présentant une Iphigénie « sacrifiante », et non plus sacrifiée comme chez Racine. La même année, Favard faisait jouer La Petite Iphigénie, parodie de la grande à l’Opéra-Comique. Voir Jean-Michel Glicksohn, Iphigénie, de la Grèce antique à l’Europe des Lumières, Paris, PUF, 1985.
- Casanova pense-t-il au philosophe stoïcien Chrysippe (v. 281-208 av. J.-C.), mort de rire selon Diogène Laërce (Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, livre VII) ? L’histoire est assez différente : après avoir vu un âne manger ses figues, Chrysippe ordonne à une vieille femme de lui donner du vin pur à boire. Le spectacle qui en résulte l’aurait fait mourir de rire.
- Dans d’autres pays, en France notamment, les voitures particulières devaient céder le passage aux voitures de poste.
- Nom d’un hôtel d’Amsterdam, mais le 9 décembre 1758, Manon Balletti écrit à Casanova au Rondeel, un autre établissement ancien et distingué.
- Vin de la région du cap de Bonne-Espérance : « il y croît aussi du vin de liqueur très estimé », lit-on dans l’Encyclopédie (art. « Cap de Bonne-Espérance »).
- Orth. Bourdeau. L’Encyclopédie donne les graphies « Bourdeaux » et « Bordeaux ».
- « Espèce de jupon de toile où l’on attache de la baleine en forme de cerceaux à plusieurs étages » (Trévoux).
- Une personne favorisant les intrigues amoureuses.
- « On dit figurément, qu’Un Écrivain, qu’un Orateur, etc. bat la campagne, pour dire, qu’Il dit beaucoup de choses hors de son sujet » (Acad. 1762).
- Lire probablement « et elle m’a rendu ».
- D’après les recherches de D. Hoek (Casanova in Holland, op. cit.), il s’agit de Théophile Cazenove (1708-1762), marchand et banquier.
- Votre ancêtre. Auteur désigne « dans une généalogie l’Auteur de la race d’une maison, d’une famille, celui jusqu’auquel on remonte ; qui a été le premier qui l’a annoblie ; qui l’a fondée et rendue illustre » (Trévoux).
- L’homonyme du Vénitien lui demande s’il est un négociant en voyage : « chez vous » ne désigne plus l’hôtel de Casanova, comme dans la phrase précédente, mais son pays d’origine.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 80 (n. 2) sq., et p. 1532. Dans une lettre, Thérèse Imer date cette rencontre avec Casanova de 1759 (voir Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 222 sq.).
- Orth. Baireth (graphie d’époque). Nous modernisons toutes les occurrences en Bayreuth pour le confort de la lecture.
- Du prince souverain de Bayreuth, qui est un margraviat. Le titre de margrave a la même origine que le français « marquis » : il a d’abord été accordé aux chefs militaires responsables des marches de l’Empire carolingien.
- Le recitativo et l’aria qui lui succède (Non mi vedo che larve d’intorno) proviennent (III, 7) de Bajazet, dramma per musica, composé par Niccolò Jommeli (1714-1774) sur un livret d’Agostino Piovene (1671-1721). L’œuvre est représentée au Théâtre royal de Turin en 1754 pendant le carnaval, avec Thérèse Pompeati Imer dans le rôle d’Asteria. On trouve une copie de ce passage précis de la partition à la bibliothèque du conservatoire San Pietro a Magella de Naples (document répertorié par le projet Clori. Archivio della cantata italiana : scheda no 5788).
- Environ 800 euros.
- Angelo Pompeati, le mari de Thérèse, ne meurt qu’en 1768. Le couple était séparé depuis 1754.
- Plus de 1 300 euros.
- Comprendre « eau de Luce », « liqueur laiteuse, volatile, très pénétrante » (Encyclopédie, art. « Luce, eau de »,) que l’on donnait à respirer en cas de défaillance.
- Thérèse Imer eut trois enfants : Joseph, né en 1746, Wilhelmine Frédérike, née le 14 février 1753, et un troisième, dont la date de naissance est inconnue.
- Plus de 1 700 euros.
- Cet épisode est confirmé par la lettre de Thérèse Imer publiée par Ch. Samaran (Jacques Casanova, Vénitien, p. 223 sq.).
- Théodore-Camille, marquis de Montperny, vint à Bayreuth en 1746 au service de la margravine Wilhelmine ; il fut directeur général de la danse à la Comédie-Française de Bayreuth de 1747 à 1753, année où il mourut.
- Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), gouverneur des Pays-Bas autrichiens (ou Flandre autrichienne). Les Pays-Bas autrichiens (1713-1795) regroupent les provinces de Brabant, de Hennegau, de Namur et de Luxembourg.
- La Bourse d’Amsterdam, à l’origine consacrée aux matières premières, est ouverte dès 1611. Cet immense bâtiment enjambait le Rokin, qui était encore un canal.
- Plus de 2 millions d’euros.
- Le manuscrit porte du Casanova. Casanova a peut-être omis de corriger l’article après avoir changé le nom propre, nous conservons cependant la leçon du manuscrit.
- Huit livres et demie (une centaine d’euros), en monnaie de compte. D’après l’Encyclopédie, « un taler d’argent vaut trente-deux sols monnaie de France [1,6 livre] en Suède » en monnaie réelle (art. « Daller »).
- Casanova vend les 60 000 livres d’actions de la Compagnie des Indes que lui a confiées Mme d’Urfé (voir ici). Après déduction de la commission du changeur, il fait un bénéfice de 12 000 livres (6 %) alors qu’il s’attendait à 9 000 (5 %). Il repart donc avec une lettre de change d’une valeur de 800 000 euros environ.
- Zaandam, à une dizaine de kilomètres au nord d’Amsterdam. Casanova écrit Serdam et Cerdam, nous uniformisons.
- Environ 24 km/h (un British mile vaut 1 609 m).
- « Essayer a le sens et les régimes de tâcher. J’ai essayé de le persuader. Essayer à marcher. De vaut mieux, quand essayer a tout-à-fait le sens du verbe tâcher ; mais à est préférable quand il se rapproche de son sens propre, et qu’il signifie : faire des essais » (Féraud).
- Et les voilà lancées.
- Vers le commencement de la nuit.
Chapitre cinquième
- Comprendre « moins que ». Probable influence de l’italien meno di.
- Preuve de la dévaluation des titres de la monarchie française sur les marchés étrangers : la vente des effets royaux ne serait possible qu’au prix d’une remise importante. Celle-ci se manifeste par l’échange avec des actions suédoises achetées au-dessus de leur valeur, au prix (alors très avantageux) que Casanova a obtenu lors de la vente des actions appartenant à Mme d’Urfé.
- Magicienne de la mythologie gréco-romaine. Elle aide Jason à conquérir la Toison d’or. Lorsque le héros l’abandonne et la trahit, elle se venge en tuant la nouvelle épouse de Jason, mais aussi ses propres enfants. Avant l’épisode de l’infanticide, Médée est une figure d’héroïne exilée et de femme abandonnée. Elle donne son nom à plusieurs tragédies (Euripide, Sénèque, Corneille…). Chez Ovide, elle apparaît dans les Métamorphoses (Livre VII) et les Héroïdes (Épître XII).
- « Tempérament, constitution du corps » (Acad. 1762).
- Joseph (Giuseppe) Imer est né en 1746.
- On attendrait « en temps et lieu » : influence de la construction a luogo, e tempo en italien. Casanova ne condamne pas l’honnête dissimulation, ni même le mensonge en tant que tel, mais plutôt leur systématisation qui exclut toute autre forme de relation aux autres.
- « On dit figurément d’Un homme mystérieux et caché dans ses discours, que C’est un homme toujours boutonné » (Acad. 1762).
- La condamnation du mensonge, lorsqu’elle est formulée par Casanova, ne s’énonce pas en termes théologiques (tradition augustinienne), ce qui n’est pas une surprise, pas plus qu’elle ne se fonde sur l’idée que la véracité est un impératif moral et social absolu, comme elle l’est par exemple pour Montaigne – « En vérité le mentir est un maudit vice. Nous ne sommes hommes, et ne nous tenons les uns aux autres que par la parole » (Les Essais, Jean Céard [dir.], Paris, LGF, coll. « La Pochothèque », 2001, livre I, chap. IX, p. 91) – ou Rousseau (Rêveries du promeneur solitaire, quatrième promenade). Pour le Vénitien, la véracité vaut parce qu’elle « rend aimable », parce que, d’une certaine façon, elle séduit. Elle représente un « moyen » (possible) en vue d’une fin souhaitable.
- Comme l’a analysé Jean-Christophe Abramovici à propos de la pudeur féminine, l’absence de rougissement, qui constituait un signe de naïveté et d’innocence, est, au cours du XVIIIe siècle, de plus en plus perçue comme le propre des impudiques, devenus insensibles aux mouvements de la nature (voir Obscénité et classicisme, Paris, PUF, 2003, p. 16-28).
- Ici, la vie en société.
- La langue française possède débrutir (« Dégrossir, ôter ce qu’il y a de plus rude et de plus brut. Il se dit principalement des glaces de miroir », Acad. 1762), voire débrutissement, mais débrutisseur semble un néologisme de Casanova.
- Selon D. Hoek (Casanova in Holland, op. cit.), il s’agirait de Johan Adriaan Van der Hoeven, fils d’un ancien maire de Rotterdam. Le R semble corriger un O.
- Aventurier : « celui qui n’a aucune fortune, et qui vit d’intrigues. Ce n’est qu’un Aventurier. Ce n’est qu’une Aventurière. Cette acception est aujourd’hui la plus commune » (Acad. 1762).
- « On dit d’Un homme qui va souvent dans une maison, et qui y est comme le maître, qu’Il est le tenant » (Acad. 1762).
- Parcimonie. En 1762, l’Académie indique la graphie « parsimonie ». Le mot, dit le dictionnaire, ne s’emploie que dans le style soutenu. Casanova peut fort bien ne pas songer au mot français et forger un néologisme ressenti comme francisant à partir du latin ou de l’italien (parsimonia dans les deux cas).
- Catherine, princesse Galitzine, née princesse Cantemir. Née en 1719, mariée en 1751 avec Dimitri Mikhaïlovitch Galitzine (1721-1793), diplomate russe.
- Soit 500 louis (environ 130 000 euros).
- Voir chapitre précédent.
- Soit une demi-livre (5 ou 6 euros). « Dans les villes de commerce où il y a des Banques établies, le mot d’Agio exprime le change, ou la différence qui se rencontre entre l’argent ou monnaie de banque, et l’argent courant, ou monnaie courante et de caisse » (Trévoux).
- Presque 1 cm.
- D’après Gugitz, il y avait à Amsterdam, rue Warmaes, trois hôtels nommés Byble 1, 2, et 3.
- Dans un carré magique, la somme de chaque ligne, de chaque colonne et de chaque diagonale est égale à un même nombre. Ce type de carré figure dans la gravure de la Melancholia de Dürer.
- Le prétendu « calcul numérique » par lequel Casanova convertit une question en nombres et prétend obtenir la réponse d’une intelligence supérieure. Voir vol. I de la présente édition, p. 482 sqq. pour la pratique de la cabale auprès de Bragadin, et p. 482, n. 3 pour notre explication synthétique. On peut lire dans les annexes du présent volume la lettre du Vénitien à Eva Frank décrivant la méthode des pyramides, p. 1379.
- Jan Rijgerboos (né en 1731), fils de Cornelis Rijgerboos (1706-1743). Thérèse Imer adopte le nom de Cornelys à Londres en 1760. En 1763, Rijgerboos quitte la Hollande pour le Suriname où il meurt après 1776.
- Son employé le plus important. L’expression est métaphorique, le sens général de « ministre » (« celui dont on se sert pour l’exécution de quelque chose », Acad. 1762) n’ayant « guère d’usage que dans les choses morales », dans des locutions comme « le ministre des passions d’autrui » (ibid.).
- Les Staten Generaal : assemblée en charge des politiques communes aux sept Provinces-Unies (dans le domaine militaire et à propos de politique étrangère, par exemple).
- « Périr » peut se conjuguer avec l’auxiliaire « être » dans la langue du XVIIIe siècle, mais l’auxiliaire « avoir » est plus fréquent. En italien, perire se conjugue avec l’auxiliaire « être » (essere).
- Sombrer. La locution « couler à fond » est présentée par l’Académie (1762) comme un terme de marine, mais la construction pronominale ne semble pas usuelle : possible influence de l’italien sommegersi (couler).
- On trouve plutôt en français la graphie « musico » : « On appelle ainsi, Des lieux, dans les Pays-Bas, et surtout en Hollande, où le bas peuple, les matelots vont boire, fumer, entendre de la musique, se réjouir avec des femmes débauchées » (Acad. 1798).
- Chandelles dont on n’a pas coupé la mèche et qui éclairent mal.
- Un ducat d’or hollandais vaut 10,5 livres, soit environ 115 euros.
- À Venise, les contrade étaient des subdivisions des six quartiers (sestieri).
- Voir vol. I de la présente édition, p. 97 sqq.
- Littéralement : « ses environs » (le mot est répertorié dans l’histoire de la langue française, mais il s’agit plus probablement d’un italianisme forgé sur adiacenze).
- Trois cent mille florins font 600 000 livres (plus de 6 millions d’euros).
- Le baron de Reischach (1698-1782) était ambassadeur d’Autriche.
- Casanova ne raconte pas cette rencontre dans l’Histoire de ma vie. Charles-Étienne Pesselier (1712-1763) écrivit plusieurs comédies, dont L’École du temps, « comédie épisodique en un acte » représentée au Théâtre-Italien en 1738.
- Avec patience. Construction habituelle au XVIIIe siècle.
- Monnaie scripturale à ne pas confondre avec les billets de banque modernes, ces billets peuvent être convertis en numéraire par leur porteur à sa guise, sur simple présentation.
- L’appareil est « ce qu’on prépare pour faire une chose plus solemnellement » (Trévoux).
- Construction inusitée en français. Possible influence de l’italien egli è un danno (Accademia della Crusca, 4e éd.).
- Soit en gros la valeur de 1 000 louis d’or (environ 250 000 euros). La livre sterling est une monnaie de compte valant 20 shillings ; la guinée d’or (21 shillings) a pratiquement la même valeur que le louis d’or français. Les billets de l’échiquier sont des billets de banque au sens ancien (monnaie scripturale) émis par l’État anglais par l’intermédiaire de la banque de Londres.
- De deux autres. Construction italianisante (di altri due).
- On trouve au XVIIIe siècle « tenir à cœur » et « au cœur ».
- Trompée. Dans la langue classique, éblouir « signifie figurément, Surprendre l’esprit par quelque chose de vif, de brillant, de spécieux. Il m’a allégué tant de raisons, qu’il m’a ébloui. On se laisse souvent éblouir par l’éloquence » (Acad. 1762).
- Prime qui revient aux intermédiaires de la négociation, habituellement exprimée en pourcentage.
- Douze cent mille florins font 2 400 000 livres, soit plus de 25 millions d’euros.
- La Compagnie française des Indes orientales, fondée en 1664, reçoit le monopole du commerce avec l’océan Indien. Elle est absorbée en 1719 par la Compagnie des Indes de John Law. Elle survit à la chute du système de Law, mais elle est mise en difficulté par la guerre de Sept Ans. La Compagnie hollandaise des Indes orientales (VOC) est fondée en 1602.
- L’intendant des Finances déjà rencontré lors de l’établissement de la loterie parisienne (voir ici, et ici).
- L’histoire de ce vaisseau a joui d’une certaine notoriété dans les gazettes. L’épisode est antérieur au voyage de Casanova en Hollande : le navire était déjà à Madère le 30 janvier 1758.
- L’île du Texel, en mer du Nord.
- Associons-nous.
- Casanova ne touchera pas d’argent de la part des acheteurs : il devra négocier sa rémunération avec le seul État français.
- Italianisme forgé sur stipulare : « contracter, conclure (un contrat, un traité…) ».
- Casanova a pu assister au début des festivités de la période de carnaval en 1759, avant son départ pour Paris.
- Ce qui représente pour la monarchie une perte de 10 % sur la valeur scripturaire des titres qui est de 20 millions. 18 100 000 semble corriger 18 200 000, mais la correction apportée n’est pas nette sur le manuscrit.
- Banquier de la cour (voir ici).
- La quittance fonctionne ici comme un billet que Casanova convertit en espèces en plusieurs fois, au gré de ses besoins. Il repart avec un profit de 1 100 000 livres (plus de 11 millions d’euros).
- Étoffe de coton des Indes (graphie du XVIIIe siècle pour Masulipatnam ou Machilipatnam).
- « Figurer : aller de pair avec les gens de distinction » (Trévoux).
- Ma devise biffé. Dans un premier état de la rédaction, antérieur à la biffure, le texte était allusif : la devise n’était pas rappelée. Casanova faisait confiance à la mémoire du lecteur : la première page de l’Histoire de ma vie portait bien, dans un premier temps, la devise ici évoquée implicitement (Volentem ducit, nolentem trahit). Cette première devise est ensuite biffée et remplacée par Nequicquam sapit qui sibi non sapit (voir vol. I de la présente édition, p. 21). On peut donc dater d’un même « moment » de la reprise du manuscrit ces deux corrections : modification de la devise sur la première page, et explicitation ici de cet « axiome des stoïciens » qui n’est plus « ma devise ». Rappelons enfin que la préface de 1791 porte et glose la devise Volentem ducit, nolentem trahit (ibid., p. 1318 sq.), qui est remplacée en 1797 par Nequicquam sapit qui sibi non sapit (ibid., p. 3).
- Citation d’après Sénèque (Lettres à Lucilius, XVII-XVIII, 107, 11) : voir vol. I de la présente édition, p. 3, n. 2, p. 243 et 1318.
- Néologisme fondé sur l’italien palmare (évident, manifeste).
- Plus de 1 million d’euros.
- Plus grande que la mienne. Construction italianisante (maggiore di).
- Environ 11 000 euros.
- D’après la correspondance retrouvée à Dux, Casanova est déjà à Paris le 18 janvier 1759.
Chapitre VI
- Incapable. Néologisme forgé sur l’italien insuscettibile.
- Cette visite est cohérente avec la chronologie interne du récit : nous sommes censés être en février 1758, même si le texte ne vise pas à produire une allure de chronique qui permettrait de situer aisément et rapidement chaque événement. Elle ne peut en réalité pas avoir lieu après le « véritable » premier séjour en Hollande de Casanova (retour à Paris en janvier 1759). Depuis décembre 1758, Bernis, tombé en disgrâce, est exilé au château de Vic-sur-Aisne, en Picardie.
- Nicolò Erizzo (voir ici).
- Voltaire avait reçu ses lettres de gentilhomme ordinaire du roi en novembre 1746, grâce à la protection de d’Argenson. On lit sur une fiche retrouvée à Dux cette phrase biffée : « J’ai trouvé l’abbé de Bernis qui expédiait à Voltaire un passeport du roi qui lui donnait le titre de son gentilhomme ordinaire » (Marr 17A-54).
- La nouvelle de l’affaire réalisée par Casanova fait croître la valeur des effets français et le volume des échanges.
- Misère toute relative : 130 000 euros environ… Le discours direct illustre plaisamment le point de vue bien particulier qui est celui de la richissime marquise.
- Probablement chez Nicolas Viard, qui a ouvert en 1753, rue de Seine-Saint-Victor (actuelle rue Cuvier, dans le Ve arrondissement), une « Académie des enfants » dispensant une éducation choisie à ses quelques élèves. Son établissement avait très bonne réputation.
- Silvia meurt le 18 septembre 1758, avant le premier séjour de Casanova en Hollande. Le Vénitien arrange la chronologie ou confond les périodes.
- Anna Wynne, née Gazzini (1713-apr. 1780), est née à Leucas (ou Leucade), île de la mer Ionienne. En 1739, elle épouse Richard Wynne, qui meurt en 1751. Pour la première rencontre avec Anna Wynne, voir vol. I de la présente édition, p. 807 et 809 (version la plus tardive du séjour parisien) et p. 808 (première version). Dans la première version, Casanova donne le nom de « Winne ». Il introduit les initiales XCV dans la seconde version, où il annonce le récit qui suit.
- Anna Wynne eut bien quatre filles, mais l’une d’elles est morte en bas âge en 1750. Casanova met peut-être au nombre de ses filles une jeune Française, Toinon, qui vécut dans la famille et qui était proche de Giustiniana (voir Bruno Brunelli, Un’ amica del Casanova, Milan, Collezione settecentesca, vol. 23, 1923).
- L’emploi de l’article défini dans la locution « lit de la mort » correspond à l’usage du XVIIIe siècle : c’est la construction répertoriée par l’Académie aux XVIIIe et XIXe siècles.
- Quarante mille livres sterling, soit presque 10 millions d’euros.
- Casanova mentionne un bref passage à Padoue en 1753, en compagnie de Bragadin (voir vol. I de la présente édition, p. 931). Il n’évoque pas, en revanche, cette rencontre avec Giustiniana : le séjour padouan est expédié en quelques lignes pour faire place au début des amours avec C. C.
- Giustiniana (1737-1791) avait seize ans en 1753.
- Nom d’une paroisse de Venise : cette précision est donnée pour distinguer les différentes branches d’une famille praticienne. La liaison entre Andrea Memmo (1729-1793) et Giustiniana Wynne commence en 1753. La famille Memmo est une des grandes familles patriciennes de Venise. Casanova évoque plut tôt dans l’Histoire de ma vie son amitié avec Andrea (vol. I de la présente édition, p. 1118 sq.). Au moment de son arrestation, une rumeur prétend que la mère d’Andrea aurait convaincu le tribunal que Casanova prêchait l’athéisme à ses enfants (ibid., p. 1226). Sur Andrea Memmo, voir le Répertoire des noms, vol. I, p. 1535.
- Andrea Memmo fut nommé procurateur de Saint-Marc, plus haute dignité vénitienne après celle de doge, en 1785. Il mourut en 1793, ce qui invite à dater la mise au net de ce passage de 1797.
- Me reconnaît immédiatement. Giustiniana Wynne relate à Andrea Memmo sa rencontre avec Casanova à la Comédie-Italienne dans une lettre datée du 8 janvier 1759. Voir J. Rives Childs, Casanova, op. cit., p. 150, et, de manière générale pour tout cet épisode, le chapitre « Mademoiselle X.C.V. et machinations secrètes », p. 149-168. Si les jugements psychologiques et moraux du biographe sont datés, les documents qu’il cite éclairent précisément le déroulement des faits.
- Pension modeste. Dans sa correspondance, Giustiniana évoque l’hôtel de Hollande, dans la même rue, qui jouit d’une meilleure réputation (voir B. Brunelli, Un’ amica del Casanova, op. cit., p. 48, n. 1).
- Alexandre Le Riche de La Popelinière (1693-1762), richissime fermier général, mécène de Rameau.
- La commune de Passy a été rattachée à Paris en 1860. Le château de Passy était situé rue Basse (actuelle rue Raynouard, dans le XVIe arrondissement). Casanova ne raconte pas cette rencontre dans l’Histoire de ma vie : lors du premier séjour parisien, il n’est question que d’un « oracle » rendu à propos de Mme de La Popelinière (vol. I de la présente édition, p. 883 sq. et 884 sq. pour les deux versions).
- Silvia eut trois fils (voir vol. I, p. 709, n. 1), mais le plus jeune, Guglielmo Luigi, né en 1736, mourut avant 1757. Luigi Giuseppe est pour sa part maître de ballet à Stuttgart depuis 1757 : c’est lui que l’on surnommait « le cadet » dans la famille, et c’est à lui que Casanova pense un peu plus bas. Seul Antonio Stefano, l’ami du Vénitien, semble avoir été à Paris à cette période.
- Douze mille livres, l’équivalent du présent que lui avait fait la marquise avant son voyage en Hollande (environ 130 000 euros). Orth. florains, qui n’est pas usuelle dans le ms.
- « Sorte de toile peinte des Indes » (Acad. 1798).
- L’Angleterre interdit l’importation de dentelle au XVIIe siècle : pour contourner la loi, on y vend des dentelles fabriquées à Bruxelles sous l’appellation « dentelle d’Angleterre » ou « point d’Angleterre ». Voir ici.
- À la fin du t. IV, Casanova évoque leur rencontre à Stuttgart, où Luigi Giuseppe est en réalité déjà en 1758-1759 : voir p. 327. Le Vénitien le rencontre à nouveau à Ludwigsbourg, non loin de Stuttgart, en 1767 (ms., t. IX, fo 31r sq.). Casanova rappelle chaque fois sa vive affection pour Luigi Giuseppe, sans entrer dans les détails de leur amitié.
- « Caractère » au sens de « titre, dignité, qualité » (Acad. 1762. Par exemple : « caractère d’ambassadeur »). Casanova a jusqu’à présent été employé secrètement, ou discrètement. Choiseul lui fait miroiter une fonction officielle qui lui assurerait un statut social honorable.
- Deux cent mille florins, soit 400 000 livres, plus de 4 millions d’euros.
- Jean de Boullongne (voir ici) est remplacé le 4 mars 1759 par Silhouette.
- Plus de 6 millions d’euros.
- Pension considérable (plus de 1 million d’euros). Pour mémoire, Casanova attribue à la fort riche Mme d’Urfé une rente de 80 000 livres (voir ici), qui ne constitue pas cependant toute sa fortune.
- Mme de Pompadour a déjà fait la même plaisanterie, en souvenir du bon mot lâché par le Vénitien lors de son premier séjour parisien (voir ici).
- Au Palais de justice, sur l’île de la Cité.
- Voir ici.
- Le manuscrit ne porte pas de majuscule à « grec », mais il est probable que ce Zandiri soit né sur une île ionienne sous domination vénitienne (de même qu’Anna Wynne est « grecque »).
- Giustiniana.
- Ricardo (1744-1799) et Guglielmo (1745-1769).
- Tommaso Giuseppe Farsetti (1720-1791 ou 1792), issu d’une riche famille devenue noble en 1664. Il se consacre pour l’essentiel aux lettres : il traduit des œuvres grecques et latines en italien, écrit de la poésie et du théâtre, il s’adonne à l’érudition historique… Il devient membre de l’Accademia della Crusca en 1758.
- En passant : possible influence de l’italien (di passaggio).
- Concile qui eut lieu entre 1545 à 1563.
- Aimant dont on augmente la force d’attraction par l’application d’un morceau de fer (l’armure).
- Au Grand Trianon, à Versailles.
- Christian IV, duc de Deux-Ponts-Birkenfeld (1722-1775).
- Ayant appris à faire l’opération magique, ou alchimique (à partir de l’emploi du mot par les alchimistes pour désigner la pierre philosophale).
- Le comte Adam de Löwenhaupt qui quitta la Suède et se mit au service de la France. Ce « souper » se situe à l’époque couverte par les chapitres manquants du t. VI (p. ici sqq.)
- Giuseppe est né à Vienne, et pas à Bayreuth.
- Visionnaire « se dit figurément, De celui qui a des idées folles, des imaginations extravagantes, des desseins chimériques » (Acad. 1762).
- L’enquête de Ch. Samaran (Jacques Casanova, Vénitien, p. 292 sq.) a démontré l’exactitude des souvenirs et la précision des évocations de Casanova à propos de sa maison de campagne. Les archives citées placent cette maison « faubourg de la Petite-Pologne, à la Petite-Pologne près de la Chasse Royale, rue et chemin de Mousseaux, barrière de la maison du Belair » (voir ici). Le faubourg de la Pologne, au nord-ouest de la ville, correspondait à peu près aux environs actuels de la gare Saint-Lazare. La « petite Pologne » semble désigner plus spécifiquement un regroupement de maisons situées aux abords de la barrière de Paris. Casanova a vraisemblablement loué la maison pour l’année 1759 et il ne l’utilise sans doute que jusqu’au moment où il se sent menacé à Paris (octobre).
- Il s’agit sans doute d’un autre nom de la barrière de la Pologne.
- Probable nom d’une guinguette du faubourg.
- Antoine, duc de Grammont (1722-1801), beau-frère de Choiseul.
- La maison était en réalité surnommée « Cracovie en Belair ».
- De son vrai nom Marin Leroy, marchand de fruits enrichi.
- Environ 25 000 euros.
- D’après une lettre de Manon Balletti (1er octobre 1759), elle s’appelait Mme Saint-Jean.
- « Le bal de l’Opéra […] est réputé très beau, quand on y est écrasé : plus il y a de cohue, et plus on se félicite le lendemain d’y avoir assisté. […] Les filles entretenues, les duchesses, les bourgeoises sont cachées sous le même domino, et on les distingue […] » (Mercier, Tableau de Paris, chap. CCXLII, « Bal de l’Opéra », Mercure de France, 1994, t. I, p. 606-607). Toujours d’après Mercier, les bals ont lieu pendant le carnaval deux fois par semaine, de 23 heures à 7 heures.
- Costume de bal masqué consistant en une robe flottante avec un capuchon. Par métonymie, personne qui porte ce costume.
- Droit de l’épouse survivante sur les biens de son mari.
- La croix de commandeur de l’ordre de Malte, dont les vœux excluent le mariage.
- « On paie 24 livres pour deux enragés. Afin d’épargner ses chevaux, on prend des enragés. L’animal tout en sueur attend à la grille ; il est maigre, efflanqué. On ne nourrit ces chevaux qu’avec du foin, de sorte qu’ils sont toujours échauffés » (Mercier, Tableau de Paris, chap. DCLXXVI, « Les enragés », éd. cit., t. II, p. 505).
- Environ 2 200 euros.
- La chenille est « un tissu de soie velouté, qui imite la chenille, et dont on se sert dans les broderies et dans d’autres ornements » (Acad. 1762). Sortir en chenille semble relever de l’élégance décontractée. Voir vol. I de la présente édition, p. 834.
- Un poème français intitulé Le Phénix, épître de Jacques Casanova à Mme Thérèse Campioni a été retrouvé à Dux (Marr 16A-41). Casanova semble avoir adressé ce poème ou des pièces sur la même idée à diverses personnes. Voir ici.
- Le pronom est sous-entendu : on pourrait l’appeler Phénix.
- Selon B. Brunelli (Un’ amica del Casanova, op. cit.), Giustiniana Wynne n’est pas, à cette date, retournée en Angleterre depuis son premier séjour (1751-172).
- Nouveau cas de prophétie autoréalisatrice. Casanova rappelle les pouvoirs de la croyance et la porosité entre le possible et l’actuel. D’autre part, cette explication de l’aliénation par les modèles culturels illustre un cas de don-quichottisme au féminin. Rousseau en a donné un autre exemple avec Sophie, lectrice passionnée du Télémaque, au livre V de l’Émile.
- Faut-il interpréter cette citation comme une forme de persiflage ou de mot d’esprit ? Le sens d’âme pour âme n’est pas irrecevable, mais dans le Lévitique (XXIV, 18), l’injonction reddet animam pro anima concerne celui qui a tué un animal et qui est dans l’obligation de le remplacer. Dans ce contexte, animam pro anima peut se traduire par « une vie pour une vie », mais on trouve au XVIIIe siècle des traductions plus concrètes encore qui prennent anima dans le sens d’« animal », par exemple « il rendra une bête pour une bête »…
- Farsetti meurt en 1793, ce passage est donc vraisemblablement remanié en 1797.
- Le philosophe Jean Pic de la Mirandole (Giovanni Pico della Mirandola, 1463-1494) a écrit une critique de l’astrologie divinatrice (Disputationem adversus astrologiam divinatricem, première édition posthume en 1496).
- Cette formule quasi proverbiale (si influunt, non cogunt ou astra inclinant, sed non cogunt…) se trouve dans les ouvrages qui envisagent les relations entre l’influence des astres et le libre arbitre de l’homme, notamment pour critiquer les prétentions de l’astrologie divinatrice.
- Casanova a déjà brièvement évoqué celle qui va devenir une importante protectrice : voir ici.
- Charles Yves le Vicomte, comte du Rumain et marquis de Coëtanfao (1684-1770), toponyme breton déformé plus bas en « Cotenfau » par Casanova.
- Constance Gabrielle Bonne (1747-1783) et Constance Paule Flore Émilie née en 1749.
- Louis Alexandre de Polignac (1742-1768) épouse la fille aînée de Mme du Rumain en 1767.
- Elle embrassait les intérêts de ses amis. Sens classique de « s’intéresser ».
- Environ 1,79 m.
- Quelle que soit l’identité exacte de ces trois femmes, Casanova désigne explicitement une noblesse mondaine (« la bonne compagnie ») avant tout soucieuse de se divertir. La princesse de Chimay peut être Gabrielle-Françoise de Beauvau (morte en 1758), veuve du prince de Chimay, ou sa belle-fille, née Madeleine-Charlotte Le Peletier de Saint-Fargeau. Les deux autres personnages pourraient être Marguerite-Delphine de Valbelle et Louise-Françoise-Gabrielle de Roncherolles
- Tout ce qui entoure ma situation.
- Locution très répandue que l’on trouve chez Horace : Stultorum incurata pudor malus ulcera celat (« Chez les gens déraisonnables, la mauvaise honte cache des plaies qui restent sans soin », Épîtres, I, 16, v. 24, p. 108).
- L’église et le couvent des Grands-Augustins se trouvaient sur le quai qui porte aujourd’hui le même nom. Le couvent des Petits-Augustins était dans l’actuelle rue Bonaparte, à l’emplacement de l’actuelle École nationale supérieure des beaux-arts. Le couvent des Augustins-Déchaussés, enfin, se trouvait dans l’actuelle rue Notre-Dame-des-Victoires (à l’emplacement de l’église du même nom).
- Enceinte de quatre mois.
- Les recherches casanovistes de Charles Henry, Gaston Capon et Charles Samaran, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, ont mis à jour des documents judiciaires à propos de cette affaire d’avortement. Voir Ch. Henry, Revue historique, Paris, 1889, p. 311-316 ; G. Capon, Casanova à Paris, op. cit., p. 381-392 ; Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 154 ; et J. Rives Childs, Casanova, p. 157 sq. D’après la déposition de la sage-femme, la grossesse de Giustiniana est, en février 1759, plus avancée que ce qu’écrit Casanova.
- F. L. Mars (Casanova Gleanings, II, p. 23), se fondant sur la correspondance entre Giustiniana Wynne et Andrea Memmo, avance que l’enfant n’était pas du patricien. Giustiniana aurait donc eu intérêt à lui dissimuler sa grossesse.
- Le 27 février. Selon la déposition de la sage-femme, la consultation a eu lieu entre le 9 et le 12 février ; selon celle du dénonciateur Castelbajac, vers le 19 ou 20 février.
- Madornale signifie « énorme » en italien. Le soulignement laisse penser qu’il s’agit moins d’un néologisme italianisant que de l’emploi volontaire du mot italien présenté et inséré comme tel dans le texte.
- La sage-femme Reine Demay habitait en réalité rue des Cordeliers (actuelle rue de l’École-de-Médecine). Elle avait une trentaine d’années. Voir G. Capon, Casanova à Paris, op. cit.
- L’avortement clandestin revient ainsi à 125 000 euros environ.
- Lire probablement « tâtée ».
- En faisant appel à ses sentiments.
- Maintenir en vigueur.
- Femme romaine mentionnée par Macrobe dans les Saturnales (II, 5, 10).
- Macrobe, ibid., II, 5, 9 (voir l’édition introduite, traduite et annotée par Charles Guittard, Les Belles Lettres, 1997, p. 170). Macrobe attribue le bon mot cité à Julie, fille d’Auguste, et à Populia une autre repartie : « Eh oui, ce sont des bêtes », aurait-elle dit à propos des femmes qui assimilent sexualité et procréation.
- L’investissement se monte à plus d’un demi-million d’euros, la dépense hebdomadaire à plus de 12 000 euros.
- Soit 1,2 livre, environ une dizaine d’euros. Le salaire moyen d’un ouvrier est d’environ 2 livres.
- Construction italianisante (avvicinarci a : « s’approcher de »).
- Approximation ou réorganisation chronologique : le procès concernant Giustiniana a lieu en mars 1759, La Popelinière se remarie en juillet.
- Louis de Castelbajac, marquis gascon (les Catelbajac étaient seigneurs de Pommaret, non loin de Toulouse), vivotait à Paris, et sa réputation était exécrable. Il avait déjà été signalé à l’attention de la justice pour une affaire de vol.
- « Commissaire au Châtelet, ou simplement Commissaire. Officier de Police » (Acad. 1762).
- Le procureur est « Un Officier établi pour agir en Justice au nom de ceux qui plaident en quelque Juridiction » (Acad. 1762).
- Telle nuit. L’emploi de l’article défini est un probable calque de l’italien (la tale notte).
- Sa déposition date de mars 1759.
- Assigné.
- Officiers de justice en charge des procès criminels. L’enquête évoquée par Casanova date d’avril 1759.
- Magistrat qui dirige les services de police. C’est une fonction très élevée. Louis de Sartine (1729-1801) était devenu lieutenant criminel en 1755, il est nommé lieutenant général de police en novembre 1759. Il le reste jusqu’en 1774.
- En dehors de la procédure.
- Jean de Vauversin, avocat au parlement.
- « Le lieu où se gardent les Registres, où l’on expédie les Sentences, les Arrêts qui ont été rendus » (Acad. 1762).
- Comprendre sans doute « qui avait lâché l’avocat contre moi ». Possible influence d’une construction italienne du type « che mi aveva lanciato contro ».
Chapitre VII
- « C’est un nom qu’on donne souvent aux confections, antidotes et électuaires, quoiqu’on ne le dût donner qu’aux compositions molles, dans lesquelles entre l’opium qui leur a donné son nom. C’est en général un remède interne diversement composé de poudres, de pulpes, de liqueurs, ou de miel, réduits en consistence molle, et propre à être enfermée dans des pots » (Trévoux).
- 1,9 g environ.
- Chaude-pisse. « Espèce de maladie qu’on appelle autrement gonorrhée. Le mot de chaude-pisse a quelque chose d’obscène » (Trévoux).
- Herman Boerhaave (1668-1738), célèbre médecin et chimiste hollandais, évoque l’aroph dans ses Elementa chemiae (1732). Il affirme que l’aroph est le nom donné par Paracelse au safran par contraction d’aroma philosophorum, périphrase qui fait référence à sa couleur dorée. Il est suivi par l’Encyclopédie (art. « Safran »). Selon le dictionnaire de Trévoux (6e éd., 1771), ce qu’on appelle aroph de Paracelse « ce sont des fleurs préparées avec beaucoup d’art, d’une manière chimique, par la sublimation de la pierre hématite & du sel ammoniac, en parties égales ; ou ce mot ne signifie autre chose que du safran & du pain humectés de vin, & renfermés dans un vaisseau bien exactement fermé, pour être distillés, après avoir séjourné quelques jours dans de la fiente de cheval ».
- « Terme de Physique. Ce qui sert à conduire, à faire passer plus facilement. Le vin est un bon véhicule pour ce remède. Ce bouillon servira de véhicule aux poudres que vous devez prendre » (Acad. 1762).
- Italianisme forgé sur le faux ami replicare, « répéter ».
- Remède qui opère en étant appliqué sur la partie du corps qu’il faut traiter.
- Remède propre à une action bien déterminée.
- « Le safran du Gâtinais et d’Angleterre passe pour le meilleur du monde, et on le préfère, avec raison, à l’oriental » (Encyclopédie, art. « Safran »).
- Érudition « signifie aussi, Remarque, recherche savante, curieuse. Voilà une érudition très recherchée, mais mal placée » (Acad. 1762).
- Ce qui mettra à l’épreuve ma parole. « On appelle pierre de touche, ce qui fait connaître l’humeur, l’intérieur d’une personne, par allusion à une pierre noire qui fait connaître la bonté de l’or qu’on y fait toucher » (Trévoux).
- Les concerts de Passy étaient renommés. Jusqu’en 1753, c’est Rameau qui les organise. Les concerts privés chez La Popelinière participent de manière significative à la vie musicale du temps. Au livre VIII de ses Confessions, Rousseau raconte comment il fit chanter son premier opéra, Les Muses galantes, chez le fermier général (septembre 1745).
- À l’époque où se déroule l’affaire de l’avortement, Silvia ne vit plus.
- Probablement le chanteur Pierre de La Garde (1711-1792), maître de musique des enfants de Louis XV et compositeur de la chambre du roi. La voix de basse-taille correspond au registre du baryton.
- Le mot peut désigner plusieurs vêtements qui enserrent le corps depuis le cou jusqu’à la ceinture : corps de robe, de jupe, ou encore « corps rembourré, pour cacher les défauts de la taille » (Acad. 1762). Orth. cors.
- « Remontrer à quelqu’un » + proposition complétive est une construction ordinaire dans la langue du XVIIIe siècle. Le verbe dénote une explication doublée d’un reproche ou d’un avertissement.
- « On dit, Réduire quelqu’un à la raison, le réduire à son devoir, et simplement, Le réduire, pour dire, Le ramener par force à la raison, le ranger à son devoir » (Acad. 1762).
- Italianisme (in assenza di : « en l’absence de »).
- Métaphore chimique : distillant mon esprit (pour en tirer le meilleur). Expression plusieurs fois employée dans l’Histoire de ma vie.
- « On appelle Rossignol, Certain instrument dont se servent les Serruriers pour ouvrir toutes sortes de serrures » (Acad. 1762).
- Lui confier notre secret.
- Construction influencée par l’italien come (così… come : « aussi… que »).
- En ordre. La construction « être à l’ordre » est probablement influencée par l’italien, où ordine peut se construire indifféremment avec les propositions in ou a dans plusieurs locutions : selon l’Accademia della Crusca (4e éd.), on construit ainsi indifféremment mettere a ordine ou in ordine ; bene in ordine ou ad ordine, etc.
- « Mot tiré de l’anglais. Espèce de casaque plus longue et plus large qu’un justaucorps, et dont on se sert dans les temps de gelée, de pluie, et surtout à cheval » (Acad. 1762).
- Italianisme (all’oscuro : « dans l’obscurité »).
- Aussitôt après l’acte.
- Le mot est encore spécialisé : « celui qui fait certaines opérations de Chirurgie » (Acad. 1762).
- « Conception d’un fœtus, lorsqu’il y en a déjà un dans le ventre de la mère » (Acad. 1762). Cette croyance est déjà contestée par la médecine du temps. Jaucourt note dans l’Encyclopédie (art. « Superfétation ») que « l’expérience & la théorie se réunissent à faire regarder la superfétation comme impossible, ou du moins si difficile à imaginer, que les meilleurs physiciens en nient généralement l’existence ».
- « On dit proverbialement qu’Un homme a la puce à l’oreille, pour dire qu’il est inquiet touchant le succès de quelque affaire » (Acad. 1762).
- Le Concert spirituel avait lieu dans le palais des Tuileries à l’occasion des fêtes religieuses où l’Académie royale de musique, qui jouissait d’un privilège, ne jouait pas.
- Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772), violoniste et compositeur, du côté du parti français lors de la querelle des Bouffons, dirige l’orchestre du Concert spirituel de 1755 à 1762.
- Le texte a été édité : Claude-Henri de Fusée de Voisenon, Les Israélites à la montagne d’Oreb, poème pour le Concert Spirituel, mis en musique par M. De Mondonville, Paris, chez les frères Estienne, 1758. D’après le Mercure de France (avril 1758, p. 171 sq.), le Concert spirituel a joué ce poème mis en musique le 14 mars 1758. Une nouvelle fois, le mémorialiste réorganise la chronologie en mêlant les années 1758 et 1759. Casanova évoque très brièvement le poème de Voisenon dans des notes retrouvées à Dux, tantôt en affirmant avoir écrit des vers lyriques que son ami aurait ensuite « imités » (au sens positif du terme) et embellis en français, tantôt sans s’accorder le moindre rôle dans sa conception.
- Probable déformation casanovienne de la locution « se mettre en quatre », présentée comme figurée et familière par l’Académie (1762). Peut-être s’agit-il d’un effet d’oralité.
- Marie-Anne-Françoise de Noailles, comtesse La Marck, sœur du duc de Noailles (1719-1793). Le manuscrit porte « madame de la Marque », les deux dernières lettres étant biffées.
- Louis César de la Baume Le Blanc, duc de La Vallière (1708-1780), se fait construire un château à Montrouge, au sud de Paris, au début des années 1750. Voisenon y allait en effet souvent : le surnom d’« évêque de Montrouge » semble lui avoir été donné par Voltaire après 1755.
- Jean-Frédéric Herrenschwand (1715-1796 ou 1798), médecin suisse, disciple de Boerhaave.
- Le Cercle, ou la Soirée à la mode, comédie épisodique en un acte et en prose, par Antoine-Alexandre-Henri Poinsinet (1735-1769), fut représentée à la Comédie-Française le 7 septembre 1764 et publiée l’année suivante. On a parfois voulu reconnaître dans le médecin de la pièce le Dr Lorry, médecin très mondain.
- D’après B. Brunelli, il s’agit d’un couvent de bénédictines à Conflans-l’Archevêque, village situé au confluent de la Seine et de la Marne, aujourd’hui inclus dans la commune de Charenton-le-Pont. Selon le même auteur, l’abbesse serait Eustachie de Mérinville (Un’ amica del Casanova, op. cit., p. 110 sqq.). Elle était alliée aux Soubise et aux Rohan, ce qui explique la remarque de Casanova sur son rang de « princesse » un peu plus loin.
- Religieuse employée aux œuvres serviles du monastère.
- Faire ses dévotions et communier.
- L’Académie (1762) accepte à la fois désirer de faire et désirer faire. Elle rappelle que la première construction est plus fréquente. C’est au siècle suivant que l’Académie expose une nuance de sens entre les deux constructions, « désirer de » + infinitif s’employant à propos d’« un désir dont l’accomplissement est incertain, difficile, ou indépendant de la volonté » (Acad. 1835).
- Porte orientale de Paris près de la Bastille. Elle est démolie vers 1778.
- Au sens d’« accord », d’« union de plusieurs personnes qui conspirent, qui tendent à une même fin » (Acad. 1762).
- D’après B. Brunelli, Giustiniana s’enfuit le 5 avril, à 6 h 30 du matin. C’est plus tôt que ce qu’écrit ici Casanova (le dimanche de Quasimodo est le premier dimanche après Pâques, fête célébrée le 15 avril en 1759).
- Possible influence de l’italien (strizzandogli l’occhio).
- Voir vol. I de la présente édition, p. 815.
- Des recherches minutieuses.
- Voir vol. I, p. 883 et 884 (n. 4), selon la version du premier séjour parisien. Le maréchal de Richelieu et l’épouse de La Popelinière se retrouvaient grâce à un passage aménagé dans une cheminée. Lorsque le fermier général le découvrit, il se sépara de sa femme.
- La Popelinière épouse le 31 juillet 1759 la jeune Marie-Thérèse de Mondran (1737-1824), issue d’une famille non pas bordelaise, mais toulousaine. Les capitouls étaient, à Toulouse, les magistrats municipaux. La fonction était prestigieuse.
- Le fils de La Popelinière (Alexandre-Louis-Gabriel) naquit en mai 1763, six mois après la mort de son père.
Chapitre VIII
- Nouvel aménagement de la chronologie. En 1759, Bernis est déjà tombé en disgrâce. Il a été nommé cardinal en septembre 1758 (il n’est donc plus abbé) et a reçu l’ordre de partir en exil au château de Vic-sur-Aisne à la fin de la même année.
- Boulogne.
- Locution juridique employée à propos d’une donation faite du vivant du donateur.
- Boulogne est en poste jusqu’en mars 1759, puis Étienne de Silhouette (1709-1767), protégé de Mme de Pompadour, lui succède. Il est renvoyé en novembre.
- Employé au sens de « publier, promulguer » (une loi), le verbe est un italianisme forgé sur emanare.
- Benoît XIV meurt le 3 mai 1758. Son successeur, Clément XIII (Carlo Rezzonico, 1693-1769), est élu le 6 juillet. Dans une note retrouvée à Dux, Casanova note bien que l’élection de Clément XIII a eu lieu pendant l’été 1758. Il aménage ici la chronologie.
- Allusion au renversement des alliances consécutif au traité de Versailles de 1756. Amorcé par Kaunitz (1711-1794), ambassadeur d’Autriche en France jusqu’en 1753 puis chancelier de l’impératrice Marie-Thérèse, le rapprochement des deux pays fut négocié du côté français par Bernis : la France et l’Autriche signent un traité entraînant un retournement du système traditionnel des alliances en Europe, où elles s’opposaient : la politique du cardinal de Richelieu (1585-1642), en particulier, avait visé à renforcer la puissance de la France au détriment des Habsbourg.
- Clément XIII a été évêque de Padoue de 1743 à 1758.
- Bernis meurt en novembre 1794. Cette partie du texte (rédaction ou mise au net) peut donc être datée de 1795.
- Le prince de Soubise, protégé de Mme de Pompadour, commandait les troupes françaises envoyées en soutien à l’Autriche lors de l’accablante défaite de Rossbach en 1757 (voir ici). Il est malgré tout désigné pour commander l’armée française au début 1758.
- De provoquer sa chute.
- Emprunté à l’anglais, le mot « club », qui désigne un groupement de personnes et plus spécifiquement une société politique, apparaît en français fin XVIIe-début XVIIIe siècle. Son adoption et sa diffusion plus larges sont cependant associées à la période révolutionnaire : la remarque de Casanova est sarcastique. « Club » entre dans le Dictionnaire de l’Académie en 1798, avec son sens politique : « Mot emprunté de l’Anglais, pour signifier la réunion, les assemblées de plusieurs personnes, à certains jours fixes, pour s’entretenir des affaires publiques. »
- Le Sopha, roman libertin de Crébillon fils (1742) qui valut un bref exil à son auteur. Rentré en grâce, Crébillon sera nommé censeur royal de la Librairie en 1759, grâce à l’appui de la Pompadour.
- « Terme burlesque. Nom que l’on donne à Jupiter en badinant, & dans le style burlesque » (Trévoux).
- « Pièce de toile que l’on met autour du cou par ornement, et qui s’appelle autrement Rabat […]. On appelle familièrement les Ecclésiastiques, Petits collets, Gens à petit collet, à cause qu’ils portent un collet plus petit que les autres » (Acad. 1762).
- Louis de Bourbon-Condé (1709-1771), comte de Clermont (il s’agit de Clermont-en-Argonne), abbé de Saint-Germain-des-Prés depuis 1737. Malgré son statut d’abbé, il obtient du pape l’autorisation de porter les armes, ce qui explique le vers. Il dirige des opérations militaires pendant la guerre de Sept Ans.
- Ces vers, à quelques différences près et sans les « clés », sont également cités par Barthélemy Moufle d’Angerville dans sa Vie privée de Louis XV, Londres, J.P. Lyton, MDCCLXXXI (t. III, p. 174) : « Aux cieux tout a changé de face, / Plutus est devenu coquet, / Vénus au conseil a pris place, / Jupin opine du bonnet, / Mercure endosse la cuirasse, / et Mars est en petit collet ! » L’auteur explicite le vers sur Plutus, dieu latin de la richesse, en expliquant que Boulogne avait grand soin de sa toilette.
- Horace, Épodes, 2, v. 1. Citation complète : Beatus ille, qui procul negotiis, / ut prisca gens mortalium […], « Heureux celui qui, loin des affaires, /comme la race des mortels aux anciens âges […] » (Horace, Odes et Épodes, p. 205).
- Bernis vécut en effet à Rome de 1769 jusqu’à sa mort, en 1794. Il ne fut cependant pas ambassadeur jusqu’à la fin de ses jours, puisqu’il ne se rallia pas à la Révolution et refusa de prêter serment à la Constitution civile du clergé.
- Orth. Monmorenci. D’avril 1756 à décembre 1757, Rousseau séjourne à l’Ermitage, près de la forêt de Montmorency, avec Thérèse Levasseur et sa mère. Puis, jusqu’en juin 1762 (condamnation de l’Émile et exil forcé), il loge à Mont-Louis, propriété d’un notable de Montmorency. De mai à août 1759, il est l’hôte du maréchal de Luxembourg dans son petit château de Montmorency, détruit en 1792. Le récit de cette visite, dont la réalité historique ne peut guère être prouvée, se fonde sur des lieux communs de l’antirousseauisme. Rapide et anecdotique, il ne doit pas faire oublier l’influence de l’auteur des Confessions sur l’écrivain de l’Histoire de ma vie.
- Dans les Confessions (deuxième partie, livre X), Rousseau évoque deux visites du prince de Conti. Il n’y est pas question d’un dîner avec Thérèse Levasseur. Dans une note retrouvée à Dux, Casanova écrit que le prince de Conti lui aurait un jour proposé d’aller rendre visite à Rousseau, sans donner aucun autre détail.
- Deuxième occurrence, dans ce bref récit de l’opposition entre « distinction » et « singularité ». Se singulariser « ne s’emploie guère qu’en mauvaise part » (Acad.1762).
- Le u et le v pouvant se confondre, « vasseur » est, au o près, une anagramme de « Rousseau ».
- Comédie de Françoise de Graffigny, représentée le 29 avril 1758. La pièce fut un échec et chuta au bout de quatre représentations. Mme de Graffigny ne meurt qu’en décembre 1758.
- Les Lettres d’une Péruvienne, roman paru en 1747, et Cénie, pièce de 1750 d’une structure assez proche des drames de Diderot, sont les deux œuvres qui ont rendu célèbre Mme de Graffigny.
- Vittoria Rezzonico, née Barbarigo, meurt le 29 juillet 1758 à Padoue.
- « Faire des armes » signifie « s’exercer à escrimer » (Acad. 1762), et s’emploie aussi au sens de « se battre », en particulier à l’épée.
- Malgré l’indéniable tropisme nobiliaire de Casanova, la phrase est ironique. Voir la remarque de l’Encyclopédie sur l’héraldique, cette « science vaine et ridicule des armoiries » (De Jaucourt, art. « Héraldique (art) »).
- À main levée.
- Désapprobation.
- Johann Nepomuk Franz Borgias, comte de Clary et Aldringen (1728-1778). Les Clary-Aldringen sont une grande famille de la noblesse de Bohême, qui fait alors partie de l’empire d’Autriche.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 658, n. 3 et p. 665 sqq. pour son portrait par Casanova (« Bavois aimait les femmes, le jeu, et la dépense, et étant pauvre les femmes étaient sa principale ressource », p. 667).
- Casanova évoque plusieurs fois ce personnage dans l’Histoire de ma vie. Il en parle à nouveau dans l’un des chapitres perdus du t. VI (voir chap. X,). L’adaptation de Laforgue évoque alors le « fameux Fayet ». On n’a pas trouvé trace de chirurgien portant ce nom à l’époque évoquée par Casanova. Il y avait en revanche trois Faget nommés « maîtres chirurgiens » en 1729, 1730 et 1739. L’un d’eux, Jean Faget (v. 1700-1762), était en effet célèbre et soignait de grandes familles françaises. L’identification reste problématique : d’après son récit, Casanova rencontre à nouveau ce Fayet peu de temps avant de séjourner à Londres (1763-1764), ville où il reçoit une lettre de lui (voir ici). Or cet épisode est ultérieur à la mort de Jean Faget.
- Le château de Teplitz (aujourd’hui Teplice, en République tchèque) est le siège de la famille. Celle-ci est divisée en plusieurs branches : l’ami de Casanova n’est pas l’héritier du château.
- Casanova le retrouve en Pologne lors de son séjour de 1765-1766. Il évoque à nouveau sa manie du mensonge.
- Au jus.
- « Pilau » en français : « Riz cuit avec du beurre, ou de la graisse et de la viande. Le pilau est la nourriture ordinaire dans le Levant » (Acad. 1762). L’Encyclopédie précise sa préparation : « Ce [que les Turcs] appellent pilau, est un riz sec, moelleux, qui se fond dans la bouche, et qui est plus agréable que les poules et les queues de mouton avec quoi il a bouilli. On le laisse cuire à petit feu avec peu de bouillon sans le remuer ni le découvrir, car en le remuant et en l’exposant à l’air, il se mettrait en bouillie. »
- Le riso in cagnoni, préparé avec du beurre et du fromage.
- Olla potrida, mélange de viandes mijotées, plat espagnol évoqué dès la préface parmi les « mets au haut goût » affectionnés par Casanova (voir vol. I de la présente édition, p. 12).
- On trouve plusieurs références au « beurre de Vambre » ou « de Vambres » dans des dictionnaires ou des traités de cuisine du XVIIIe siècle. Il s’agit sans doute d’un toponyme désignant une ferme ou un lieu-dit non loin de Paris.
- Liqueur de cerise produite à Zadar (Zara en italien), en Dalmatie (Croatie).
- Nulle part de meilleur. Construction italianisante.
- « On dit figurément et familièrement, d’Un homme considérable dans son état, dans son corps, que c’est un Matador » (Acad. 1798).
- Plus de 1 million d’euros par an. Cette rente correspond aux revenus de la noblesse très fortunée.
- L’épisode de la manufacture n’est pas directement confirmé par des documents d’époque. Deux entreprises comparables sont attestées au Temple à la fin des années 1750, mais le nom de Casanova n’est pas cité à leur sujet. L’une est établie à l’hôtel de Guise : Casanova ne figure pas parmi les associés. L’autre, créée en 1758, est fondée par un certain « Étienne Scotti ». Présenté comme étranger et ancien officier, il escroque son bailleur de fonds, Nicolas-Séraphique Fayolle : il lui fait croire qu’il dispose d’un secret pour peindre sur soie avec des couleurs prétendument indélébiles qui ne résistent pas à l’eau. Casanova s’invente-t-il un rôle dans des entreprises qu’il a pu par ailleurs connaître de près ou de loin ? Cela lui permettrait de donner une justification assez honorable à des ennuis judiciaires qui auraient une origine plus compromettante. Ch. Samaran (Jacques Casanova, Vénitien, p. 302-315) ne partage pas ce point de vue et pense que Casanova avait pu mener un tel projet sans que l’on en ait retrouvé la trace. Il relève aussi que « Scotti » est le nom de parents parmesans de Casanova. Lui-même y voit une coïncidence, mais le goût de Casanova pour les pseudonymes a pu faire naître une autre hypothèse, périlleuse, selon laquelle le Vénitien et l’ancien officier étranger ne feraient qu’un. Casanova a plus vraisemblablement joué un rôle dans l’établissement ou la gestion de la manufacture Scotti. La mention du nom « Scotti » dans un procès intenté par Garnier – personnage et procès que l’on trouve dans le récit de Casanova – va dans le sens de cette hypothèse. Les biographes récents ne s’accordent pas sur la question. J. Rives Childs, pour sa part, ne met pas en doute le récit du Vénitien. Des notes retrouvées à Dux (17a 54), très elliptiques, peuvent se rapporter à la manufacture (« Fabrique, sérail, médecin banqueroute » et « filles, louis 360, domestiques 150, loyer 125, meubles 200, métier 50, étoffes 10 800 »).
- Fondé par les chevaliers de l’ordre du Temple au XIIe siècle, l’enclos du Temple se situait au niveau de l’actuel square du Temple et de la mairie du IIIe arrondissement. Il était encore entouré d’une enceinte et jouissait de privilèges fiscaux qui le rendaient attractif pour l’installation d’une manufacture, notamment l’exemption des droits de corporation. Il servait aussi d’asile aux débiteurs incapables de payer leurs dettes. L’enclos du Temple appartient alors au prince de Conti en sa qualité de grand prieur de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui est entré en possession de l’enclos après la dissolution de l’ordre des Templiers. Orth. temple avec minuscule. Voir le plan.
- Environ 65 000 euros.
- Au sens de « parts ». Le sou représentait le vingtième d’une livre et l’on disait couramment « avoir un sou dans une affaire » ou « y être pour un sou » pour signifier que l’on en possédait 5 %.
- Étoffe de soie à gros grains fabriquée à Tours. Voir ici.
- « Espèce d’étoffe faite ordinairement de poil de chèvre, et mêlée de laine, de soie, etc. » (Acad. 1762).
Chapitre IX
- L’expression renvoie littéralement à la position surplombante du juge. Elle s’oppose ici à la rencontre plus informelle entre les deux hommes.
- « On appelle Ajournement personnel, Une assignation donnée à quelqu’un à comparaître en personne, pour répondre sur les faits dont il est accusé » (Acad. 1762).
- Que l’on désignait dans les pièces du procès.
- Environ 75 000 euros.
- Casanova définit le mot à l’occasion de la confusion provoquée par un italianisme forgé sur savoiardo, qui désigne un biscuit : « ces commissionnaires qui se tiennent au coin des rues pour servir le public » (voir vol. I de la présente édition, p. 788).
- Au sud-ouest de l’actuel IIIe arrondissement, entre le boulevard Sébastopol et la rue Saint-Martin. La rue porte toujours ce nom.
- Selon B. Brunelli, l’enfant naît début mai.
- La sage-femme, Reine Demay, est arrêtée le 20 avril 1759 et remise en liberté le 4 mai.
- Une prison est aménagée sur l’emplacement de l’ancien château de Bicêtre au début du XVIIIe siècle.
- Vauversin est encore avocat à sa mort, en 1775.
- Ce procès n’est pas encore fini lorsque Casanova quitte Paris à l’automne 1759.
- D’après B. Brunelli, Giustiniana quitte le couvent vers la fin juin et part de Paris le 18 juillet.
- Ch. Samaran a retrouvé ce certificat (publié par F. L. Mars, Casanova Gleanings, V, p. 21 sq.).
- Le 5 novembre 1761, Giustiniana Wynne épouse l’ambassadeur d’Autriche à Venise, le comte Philipp Joseph Rosenberg-Orsini (1691-1765) (voir H. Watzlawick, Casanova Gleanings, XVI, p. 14).
- Casanova retrouve Giustiniana à son retour à Venise, en 1774. Elle s’y est elle-même établie en 1770, après un séjour en Carinthie où elle avait suivi le comte Rosenberg. Après son veuvage, Giustiniana Wynne se tourne vers les lettres et y obtient quelque succès, notamment avec son roman Les Morlaques (1788). Casanova et Giustiniana échangent encore des lettres en 1782.
- Lors du séjour en Angleterre (1763-1764).
- Fare punto (cesser, s’arrêter ou mettre un terme) est une locution italienne.
- Silvia meurt en réalité en septembre 1758.
- « Sur les Vaisseaux et sur les Galères, il y a un Officier qu’on appelle l’Écrivain, qui tient registre de ce qui est dans le Vaisseau, et de tout ce qui s’y consomme » (Acad. 1762).
- Aujourd’hui Jakarta, en Indonésie.
- D’après une lettre de Manon Balletti, Casanova quitte Paris vers la fin septembre 1759.
- Un comptable au service d’Emmanuel-Maurice de Guise-Lorraine, duc d’Elbeuf (1677-1763).
- L’employé qui tient les registres.
- Ancienne rue de Paris, qui longeait la place du Carrousel à l’est, entre la galerie du Louvre et la rue Saint-Honoré.
- M’adapter. Casanova paraît se figer et s’éteindre. La nature de la compagnie y est sans doute pour quelque chose, quoique le Vénitien soit habitué à fréquenter des milieux très divers. La nature même de la scène, un mariage bourgeois, n’est-elle pas aussi en cause ?
- Prouvaires. La rue porte toujours ce nom (Ier arrondissement).
- Le peintre Raphaël. Graphie italianisante : Raffaelo.
- Dangereuse. Sens classique du mot, que l’on trouve par exemple chez Corneille (Suréna, V, 3 : « La tendresse n’est point de l’amour d’un héros ; / Il est douteux pour lui d’écouter les sanglots »).
- Plus de 6 000 euros.
- Une soixantaine d’euros.
- Au pluriel, le mot « signifie compliments, recommandations » (Acad. 1762). Casanova lui dit quelques mots aimables sans s’arrêter.
- Orth. ferluquets. « Homme léger, frivole et sans mérite. » Le mot appartient au style familier (Acad. 1762).
- Pour ouvrir la porte de la voiture.
- Le pantalon, qui couvre de la taille aux pieds, s’oppose à la culotte qui s’arrête aux genoux et se porte avec des bas.
- Le verbe « déchausser » s’emploie pour les bas (Acad. 1762). Son utilisation à propos du pantalon tient peut-être à la perception de cette pièce comme un vêtement double : à la fois culotte et bas.
- Au sens probable de « faire plaisir », « contenter ».
- Le bénéficiaire d’un billet à ordre est payé à une date convenue entre les parties.
- Environ 66 000 euros.
- Cette construction est probablement influencée par l’italien impedire (la sua salute gli impedisce di…).
- Saint-Germain-l’Auxerrois, près du Louvre.
- Le palais marchand est le nom courant des boutiques qui se trouvent dans l’enceinte du Palais de justice (voir La Galerie du Palais de Corneille, acte IV).
- Publilius Syrus (85-43 av. J.-C.), Sentences, p. 6-7.
- Éléments de parure.
- Comprendre probablement « on l’éclaircira après-demain ».
- Composition qui imite le diamant et différentes pierres précieuses. Au XVIIIe siècle, on écrit plutôt « stras » en français, mais la graphie employée par Casanova se rencontre aussi. La majuscule rappelle ici que cette composition « tire son nom de celui qui en est l’inventeur » (Acad. 1762), le joaillier strasbourgeois Georges Frédéric Strass (1701-1773).
- Il s’agit en réalité de Marie-Anne-Geneviève Augspurgher, dite « la Charpillon » (v. 1746-1777), qui joue un rôle important dans la vie de Casanova lorsqu’il la retrouve en Angleterre (1763-1764). Lors de leurs retrouvailles, telles que les narre Casanova, elle se souvient parfaitement de cette scène (ms., t. VIII, chap. IV, fo 70v).
- D’aussi bonne heure qu’il lui plairait. Possible italianisme de construction (tanto… quanto).
- Sur la fiche préparatoire retrouvée à Dux où il est également question d’amours masculines à Dunkerque, on lit cette phrase biffée : « Mon amour du giton du duc d’Elbeuf » (Marr 31-61).
- L’ordre des mots « fin or » n’est pas surprenant au XVIIIe siècle, même si l’usage semble changer à cette époque. L’Académie de 1762 donne la locution « fin or » pour illustrer l’emploi de « fin » au sens d’« excellent en son genre ». En revanche, l’Académie de 1798 indique « or fin ».
- Casanova semble construire « rassurer » comme « assurer ».
- Des billets émis par le fermier général Mézière, c’est-à-dire très fiables, d’une valeur de 55 000 euros chacun. On se souvient que la dot de la jeune fille était de 6 000 livres : le présent de Casanova est très important.
- Casanova retrouve « La Baret » lors de son séjour (1764-1765) en Russie, à Saint-Pétersbourg, sous le nom de « L’Anglade », maîtresse de l’ambassadeur de Pologne (t. VIII, chap. XII, fo 194). La Baret meurt en novembre 1765 de la petite vérole (lettre du comte de Bilistein à Casanova datée du 25 novembre, retrouvée à Dux).
- Voir ici.
- La construction prépositionnelle est possible, mais elle ne semble pas appropriée (« On dit, Signer à un contrat ; et alors il ne se dit ordinairement que Des témoins, ou de ceux qui y signent par honneur », Acad. 1762).
- « Un acte que fait un Sergent pour assigner, ajourner, saisir, etc. » (Acad. 1762).
- Appel, contestation de la décision.
- Me racheter, au sens probable de « rétablir ma réputation ». Néologisme forgé sur le verbe vénitien realdirse, ce qui, au moment d’évoquer la réparation de l’image sociale, est riche de sens.
- « On dit fig. et fam. Souffler à quelqu’un un emploi, une charge, etc. pour dire, Lui enlever un emploi, une charge, etc. à quoi il s’attendait. On se sert du même verbe dans la même figure, en diverses autres occasions » (Acad. 1762).
- L’assignation est l’ordre de comparaître devant le juge.
- « Par défaut de » + infinitif n’est pas une construction courante. Casanova développe-t-il le sens juridique de « défaut » (« Manquement à l’assignation donnée. Faire défaut. Donner un défaut. Juger un défaut. Condamner par défaut », Acad. 1762) ?
- Orth. fore l’évèque. Fort-l’Évêque, ancien siège de la juridiction épiscopale, devient prison royale en 1674. Au temps de Casanova, on y enferme en particulier les prisonniers pour dette. Casanova est arrêté le 23 août 1759, mais pour une autre raison. Ch. Samaran (Jacques Casanova, Vénitien, p. 355 sq.) a retrouvé dans les archives judiciaires des pièces qui éclairent des affaires sur lesquelles Casanova reste discret. J. Rives Childs résume celle qui conduit le Vénitien en prison : « L’autre mandat concerne un chèque de 2 400 livres tiré le 20 novembre 1758 par Henry de la Haye en faveur de Genovini, endossé par Casanova, transféré par Genovini à Mercier & Sandrin et par eux à Louis Petitain. Casanova refusant de payer lorsqu’il y est condamné judiciairement, il est arrêté le 23 août 1759 sur sollicitation de Petitain et emprisonné au For-L’Évêque. Il n’en sort qu’après avoir remboursé Petitain, le 25. Ce même jour, Casanova dépose une plainte affirmant que la lettre de change n’avait jamais été endossée par lui. Le 4 septembre, Petitain se présente avec une lettre de change de 11 890 livres, apparemment signée par lui mais qu’il prétend être un faux de Casanova » (Casanova, p. 162). Le Vénitien est inquiété par une autre accusation, à propos « d’une lettre de change de 2 400 livres tirée sur Casanova, le 11 avril 1759, par son frère François, en faveur de Carlo Genovini et endossée par Charles-Henry Oberti. En mai, Jacques et François étaient assignés ensemble par Oberti. Le 3 août 1759, à l’expiration du délai accordé, Casanova assignait à son tour Oberti pour le paiement d’un chèque de 3 000 livres, daté du 23 mars 1759, établi par un certain Châtellereau en faveur de Casanova et ostensiblement endossé par Oberti. Celui-ci plaide que sa signature a été contrefaite, bien qu’une lettre de sa main en reconnaisse expressément la validité » (ibid.). Casanova quitte Paris peu après le 19 septembre 1759, peut-être pour éluder les conséquences que ces affaires pourraient avoir. Une rumeur circule un temps, qui a sans doute son origine dans la correspondance entre Giustiniana Wynne et Andrea Memmo : Casanova aurait été condamné à la pendaison, il se serait (encore) enfui de prison pour y échapper. En réalité, le Vénitien quitte Paris librement (juste à temps, peut-être…). Ordre est donné de l’arrêter en décembre 1759, plusieurs mois après son départ, pour le conduire à la Conciergerie et l’interroger sur l’affaire Oberti. L’opinion de la bonne société semble avoir été favorable à Casanova, contre Oberti : le Vénitien conserve à cette époque l’amitié de banquiers importants et la confiance de Choiseul qui le recommande le 29 septembre 1759 au comte d’Affry, ambassadeur à La Haye. Les crimes reprochés à Casanova étaient considérés comme particulièrement graves et infâmants : ces amitiés s’expliqueraient mal si les soupçons n’avaient pas pesé sur Oberti.
- Francesco ne se marie qu’en 1762.
- « Décréditer » est aujourd’hui sorti d’usage, mais il s’emploie au XVIIIe siècle où il « signifie figurément : Faire perdre à quelqu’un la considération, l’autorité, l’estime où il était » (Acad. 1762).
- Déposerait en garantie. Le soulignement marque le caractère familier ou spécialisé de cet emploi.
- Casanova fut remis en liberté le 25 août 1759.
- « Une espèce de bonnet rond de velours noir, qui est bordé par en haut d’un large galon d’or, et que le Chancelier de France et les Présidents des Parlements portent aux jours de cérémonie pour marque de leur Dignité. C’est de là qu’est dérivé le nom qu’on leur donne de Présidents à mortier » (Acad. 1762).
- « Tous les habitants d’un même État, d’un même pays » (Acad. 1762).
- Formule elliptique. Les rentes perpétuelles ou rentes sur l’hôtel de ville étaient assignées sur les revenus des fermes, des tailles, et semble-t-il des autres contributions indirectes, comme les taxes sur les biens ou droits d’octrois. On peut supposer que la caution déposée par Mme d’Urfé est constituée de parts de rentes d’un montant de 100 000 livres (plus de 1 million d’euros).
- Le mot est « quelquefois substantif en parlant De matière criminelle, ou de procédure criminelle. Tirer une affaire au criminel. Il n’est pas tant en peine pour le criminel que pour le civil » (Acad. 1762).
- La Comédie-Française et la Comédie-Italienne.
- En réalité, Casanova conserve la Petite Pologne après son départ de Paris, en septembre 1759. Il y installe Manon Balletti, qui va souffrir des commérages que son emménagement engendre. Elle écrit au Vénitien de la Petite Pologne fin octobre 1759 (voir ici) et quitte sans doute la maison peu de temps après.
- Rueil, à l’ouest de Paris.
- La guerre de succession d’Autriche (1740-1748).
- M’en empêcher. Possible influence de l’italien impedire : che non me lo poteva impedire.
- Tour elliptique.
- Une lettre de recommandation datée du 29 septembre 1759 a été retrouvée à Dux.
- Auprès des Staten Generaal (assemblées chargées des politiques communes aux sept Provinces-Unies) ou d’un groupe de financiers.
- Voir dans le présent chapitre.
- En décembre, Casanova est en Hollande : il quitte Paris fin septembre-début novembre.
- De l’esprit, où Helvétius (1715-1771) développe des thèses sensualistes et matérialistes, est publié en 1758 et condamné par la Sorbonne et le parlement en 1759. Helvétius devra se rétracter publiquement.
- Anne-Catherine Helvétius, née Ligniville (1722-1800). Elle tint un important salon littéraire et philosophique.
- Faux raisonnement.
- Je n’ai jamais connu. Possible influence de l’italien (non ho conosciuto un uomo più naturalmente modesto…).
- Nom d’un hôtel bruxellois.
- Dans les textes du XVIIIe siècle, « le Mordick » ne désigne pas uniquement le village de Moerdijk, mais aussi le Hollands Diep, bras de rivière du delta du Rhin et de la Meuse. Casanova doit le traverser en bac pour aller de Bruxelles à La Haye.
- Les armées hanovriennes sont opposées à la France lors de la guerre de Sept Ans, l’électeur de Hanovre étant aussi roi d’Angleterre.
- Nom d’une prestigieuse famille italienne.
- On attendrait « depuis ». Possible influence de l’italien dopo.
- Casanova n’évoque pas de séjour à Vicence vers 1743, pas plus qu’il ne relate cette rencontre.
- Le titre, la qualité, la dignité d’ambassadeur. D’Affry avait d’abord eu le titre de ministre plénipotentiaire (depuis 1755). Il devient ambassadeur en janvier 1759.
- Allusion à l’arrêt du 21 octobre 1759 ordonnant la suspension du remboursement des capitaux de tous les emprunts ayant cours. La guerre de Sept Ans est très largement financée par l’emprunt et, à l’automne 1759, les caisses sont vides : la France suspend ses paiements en espérant que les retombées de la « subvention générale » (une augmentation de la fiscalité lancée par Silhouette, qui s’efforce de la faire porter sur les plus riches) lui permettent de le reprendre.
- Le séjour de Saint-Germain se serait déroulé entre février et avril 1760. La rencontre entre les deux aventuriers se situerait alors début février 1760, juste avant le départ de Casanova.
- Déformation de « Heiduques » : « Fantassin Hongrois. On donne ce nom en France à certains domestiques qui sont vêtus à la Hongroise, et qui portent la livrée de leurs maîtres » (Acad. 1762).
- Devancé.
- Louis-Ernest de Brunswick-Wolfenbüttel (1718-1788), duc de Courlande, feld-maréchal du Saint Empire romain germanique et des Provinces-Unies.
Chapitre X
- Casanova précise son nom un peu plus loin : sir James Walpole. Le nom est fameux en Angleterre : sir Robert Walpole est l’équivalent d’un Premier ministre de 1730 à 1742. Son fils, Horace Walpole, est un lettré célèbre, auteur en 1764 du Château d’Otrante. Rien ne permet de dire si sir James Walpole appartient à la même famille.
- Le « sentiment d’amitié » ne provient pas d’une correspondance et d’une force d’attraction naturelles ou plus ou moins mystérieuses entre les deux hommes (la sympathie) : il est provoqué par le charme et la conversation de sir James Walpole.
- Graphie alors courante pour le whist, jeu de cartes qui se joue à quatre, soit deux contre deux, soit trois et un mort (comme au bridge).
- Primiera, « prime » en français, jeu de cartes où chaque joueur a une main de quatre cartes. Celui qui a les quatre couleurs gagne la prime.
- La construction « Il vous triche » est donnée en exemple par les éditions du Dictionnaire de l’Académie française aux XVIIIe et XIXe siècles.
- Plus de 5 000 euros.
- Voir ici.
- Défaite française au cours de la guerre de Sept Ans (1er août 1759).
- Lors du séjour en Russie de 1764-1765 (ms., t. VIII, chap. XIII, fos 216r-216v). Il prête alors 500 roubles à Casanova.
- Tricheur.
- « Un homme envoyé à dessein pour porter des lettres, des nouvelles, des ordres » (Acad. 1762).
- D’après Gugitz, auberge située dans un quartier malfamé.
- Émanciper « lorsqu’il est joint avec le pronom personnel, signifie figurément, Se donner trop de licence, sortir des termes du devoir, ne pas garder les mesures nécessaires et convenables à l’état où l’on est » (Acad. 1762).
- William Anne Keppel, comte d’Albemarle (1702-1754), fut ambassadeur d’Angleterre à Paris.
- Louise Gaucher, actrice connue sous le nom de Lolotte (?-1765).
- Voir vol. I de la présente édition, p. 806 et 807 pour les deux versions du séjour parisien. Il n’y a pas de duchesse de ce nom. Selon G. Capon, Casanova évoque Hélène-Louise-Henriette Delapierre de Bouziers, épouse de Jean-Henri-Louis Orry de Fulvy.
- Le mariage de Louise Gaucher et Antoine Ricouart d’Hérouville (1713-1782) a eu lieu en 1757.
- Célèbre maison close parisienne (voir vol. I, p. 766 sq. et 767 sq. pour les deux versions de la visite de Casanova).
- Comprendre probablement que Casanova montre le dessous de quatre doigts, le pouce étant replié : geste conventionnel signifiant une menace physique.
- Scheveningen, à l’époque simple village à proximité immédiate de La Haye.
- Sans doute faut-il comprendre que Casanova lui a donné de l’argent. Le Vénitien n’évoque pas cette rencontre lors de son séjour en Pologne (1765-1766).
- Casanova pense à Marc Guillaume Alexis Vadier (1736-1828), originaire de l’Ariège, député aux États généraux et à l’Assemblée constituante, député à la Convention en 1792. Il y siège avec les Montagnards. Il préside le puissant Comité de sûreté générale. Il est très douteux qu’il s’agisse de la même personne.
- Nouvelle allusion à l’arrêt du 21 octobre 1759 (suspension du remboursement des emprunts).
- 5,4 cm.
- « Supériorité d’autorité, de crédit, de considération, etc. » (Acad. 1798).
- Je lui avais donné du crédit et de l’autorité.
- S’il ferait bien de vendre à perte ses valeurs françaises plutôt que de risquer un défaut de paiement.
- Silhouette démissionne en novembre 1759. Henri Léonard Jean Baptiste Bertin (1720-1792) lui succède.
- Antoine Saby (v. 1717-apr. 1778), aventurier dont Casanova croise plusieurs fois la route. Le Vénitien n’a pas raconté leur première rencontre à Dresde. Il le retrouve en 1765 à Varsovie en compagnie d’une jolie femme : Saby y est joueur et tricheur professionnel (t. VIII, fo 229r). L’année suivante, les deux hommes se rencontrent vraisemblablement à Dresde, où Saby aurait prêté 100 ducats de Hollande à Casanova : l’épouse abandonnée par le prétendu chevalier écrit en 1778 au Vénitien pour lui demander le paiement de ce billet, laissé par son mari de passage. Dans la même lettre, elle évoque une rencontre entre Casanova et Saby à Venise en 1776-1777 (lettre publiée par Aldo Ravà dans Lettres de femmes à Casanova, Paris, Michaud, 1912, p. 146 sq. Voir aussi Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 329 sq.).
- Johann-Carl Freiherr Wiedau, aventurier avec lequel Casanova aura un démêlé l’année suivante à Cologne (février 1760) : Wiedau se prétend en possession d’une reconnaissance de dette, que le Vénitien refuse d’honorer, et le fait arrêter. Casanova conteste la dette mais choisit d’éviter la prison en s’en acquittant. À la même époque, le chevalier de Talvis, de passage à Cologne, témoigne à la fois contre Casanova et contre Wiedau. Le Vénitien porte cependant plainte à son tour contre Wiedau : il est lavé de tout soupçon par les autorités de Cologne, qui entament une procédure contre le calomniateur en juin 1760. Le Vénitien ne narre pas cet épisode dans l’Histoire de ma vie. À son sujet, voir F. W. Ilges, Casanova in Köln, Cologne, P. Gelhy, 1926 et J. Rives Childs, Casanova, p. 173 sq.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 888-889/885-887 puis p. 922 sqq./925 sqq.
- Comptant, et non sous forme de billet.
- Les treize cartes distribuées à chacun des pontes au pharaon (voir Lexique et règles des jeux).
- Plus de 11 000 euros. Cent louis = 25 000 euros.
- Sous forme de jetons ou de fiches qui symbolisent l’argent joué.
- Jan Rijgerboos, l’ami de Thérèse Imer : voir ici.
- Mille livres, plus de 10 000 euros.
- Italianisme fréquent dans l’Histoire de ma vie : en vertu de.
- Au sens non spécialisé de « recherche exacte que l’on fait de quelque chose » (Acad. 1762).
- « Risquer, exposer à la fortune, exposer au péril » (Acad. 1762).
- Nævus, grain de beauté.
- En ma faveur. Probable italianisme de construction (a mio favore), même s’il peut aussi s’agir d’une construction archaïsante et poétique en français.
- Comprendre qu’il perd de sa force, se relâche, s’affaiblit (lâche « signifie figurément, Qui manque de vigueur et d’activité. Cet ouvrier est lâche au travail. Les grands chevaux sont ordinairement plus lâches que les petits », Acad. 1762).
- Toute la cargaison lui appartient, il n’a pas pris d’associé dans cette affaire.
- Par des pirates qui s’empareraient de la cargaison.
- Une centaine d’euros.
- L’île ionienne de Zante, alors sous domination vénitienne.
- Orth. boucanner. « Boucaner se dit dans le style comique et satirique, de ceux qui fréquentent les lieux de prostitution et de débauche » (Trévoux).
- Soit respectivement presque 700 euros et environ 450 euros.
- Extrait d’un vers d’Horace : Atque adfigit humo divinae particulam aurae (« Et rive au sol cette parcelle du souffle divin [l’âme] »), Satires, II, 2, v. 79, p. 136-137.
- La construction « tant… comme » est italianisante.
- Cent ducats font 525 florins, soit plus de 60 000 euros.
- Nous conservons ici la minuscule du manuscrit : « On ne le met point ici comme un nom de Nation, mais parce qu’on s’en sert quelquefois pour signifier Un fanfaron, un hâbleur » (Acad. 1762).
- Le verbe « disparaître » peut se conjuguer avec les deux auxiliaires : « Qui a pris l’argent qui était sur cette table ? Je n’ai fait que tourner la tête, il est disparu, il a disparu » (Acad. 1762).
- Voir vol. I de la présente édition, p. 361-362.
- L’ambassadeur de Venise à Constantinople.
- Lire « qui » (influence du che italien).
- Une centaine de livres, environ 1 000 euros.
- La loge « La Bien Aimée » (créée en 1735) que Casanova a visitée le 30 novembre 1759. Il signe le livre des visiteurs en s’accordant un titre très douteux : Giacomo Casanova de la loge de S. Andrée grand inspecteur de toutes les loges de France à Paris. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, cette loge était tout à fait ouverte à la visite des francs-maçons étrangers, contrairement à ce qu’avance Casanova (voir Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècle, Paris, Belin, 2002, p. 94). Orth. bourguemaîtres.
- Les phrases rituelles qui signifient l’ouverture de la loge seront prononcées en français.
- Les clés censées permettre de déchiffrer la pyramide : comme le note Casanova, elles ne servent qu’à accroître le décorum de l’opération magique. Celle-ci consiste à donner l’illusion que l’opérateur décode un message envoyé par une intelligence occulte grâce à des calculs savants et des procédures rigoureuses, alors que Casanova manipule les chiffres pour aboutir au texte de son choix. Voir ici.
- Émotion.
- Leurs Hautes Puissances, titre des États généraux hollandais.
- Sa Majesté très chrétienne.
- Possible néologisme, probablement forgé sur le latin inquisitus (celui que l’on recherche, ou sur lequel on enquête).
- Plus de 2 millions d’euros.
- « Expliquer se dit des déclarations que l’on fait de ses sentiments, de ses pensées » (Trévoux).
- Une imitation. Emploi elliptique du mot « composition » : après son invention au XVIIIe siècle, le « strass » est désigné comme une « composition » mêlant du verre jaune de plomb et du cristal de roche ou du verre blanc et qui imite le diamant.
- Emden (nord-ouest de l’Allemagne).
- La dernière lettre de Manon retrouvée à Dux est encore tendre et date du 7 février 1760 (voir ici). La lettre de rupture n’a pas été retrouvée.
- L’Académie royale d’architecture, fondée par Colbert en 1671. Jacques-François Blondel (1705-1774), architecte et professeur, auteur notamment de L’Architecture française (1752-1756) et d’articles pour l’Encyclopédie, y est reçu en 1755. Le mariage eut lieu le 29 juillet 1760.
- Le 27 décembre (voir ici).
- Cette graphie de « cabillaud » n’est pas propre à Casanova. On la trouve, par exemple, dans la Relation des côtes d’Afrique appelées Guinée de Nicolas Villaut (Paris, chez Denys Thierry, 1669, p. 337).
- Eau-de-vie.
- Elle me donnait mon congé. Bailler : « Donner, mettre en main, livrer. Ce verbe n’est plus guère en usage dans le discours ordinaire ; mais en termes de Pratique » (c’est-à-dire en langage juridique) (Acad. 1762).
- Orth. deux cent. On a retrouvé quarante-deux lettres écrites de Manon, mais pas celles écrites par Casanova. Voir ici.
- Nudité « signifie en termes de Peinture, Une figure nue, et s’emploie communément au pluriel. Ce Peintre se plaît à faire des nudités » (Acad. 1762).
- Aussi libre que. Construction italianisante.
- Les événements rapportés par le récit doivent en réalité se situer début 1760.
Chapitre XI
- Une héroïde est une « épitre en vers, composée sous le nom de quelque Héros ou personnages fameux » (Féraud), sur le modèle des Héroïdes d’Ovide qui les attribue à des héroïnes. La traduction française des cinq lettres d’Héloïse et Abélard (XIIe siècle), parue en 1697, connaît un large succès tout au long du XVIIIe siècle, comme le prouve le titre du roman de Rousseau, La Nouvelle Héloïse (1761). L’époque du récit (1760), l’emploi du singulier et la référence au genre de l’héroïde laissent penser qu’il s’agit ici de la Lettre d’Héloïse à Abailar, libre traduction par Charles-Pierre Colardeau (1758) d’un poème de Pope (1716).
- Tous ceux qui ont de grandes connaissances en anatomie. Italianisme de construction (sapere di).
- Ablatif pluriel du substantif latin conus, « cône ». Probable référence à un livre sur les cônes (De conis liber) ou sur les coniques : il pourrait s’agir de la traduction latine d’un ouvrage célèbre du mathématicien grec Apollonios de Perga (IIIe siècle av. J.-C.).
- Le Saint Empire germanique.
- Ces bonnes relations entre Casanova et d’Affry ne correspondent pas à ce que l’ambassadeur écrit à Choiseul après sa rencontre avec le Vénitien : le diplomate exprime au contraire sa perplexité, voire une certaine hostilité. Voir ici sq.
- Voir ici.
- Soit 200 000 livres, plus de 2 millions d’euros.
- Die Herrnhuter, du nom du village et de la communauté d’Herrnhut à Zeyst, près d’Utrecht. Il s’agit d’un groupe religieux issu du piétisme, d’abord mené par le comte de Zinzendorf (1700-1760).
- « Piquer des deux, C’est pousser un cheval en lui appliquant l’éperon des deux côtés » (Acad. 1762).
- Cette leçon de prudence lui sera dispensée par sir Auguste Hervey lors de son séjour à Londres en 1765 (ms., t. VIII, fo 15v).
- Possible confusion avec une auberge à Spa où se trouvaient plusieurs établissements au nom proche.
- François de Lastic (1729-1794), fils de Madeleine-Hélène Camus de Pontcarré, sœur de Mme d’Urfé.
- L’emploi du masculin est archaïsant.
- Paul-François de Torcy (v. 1690-1761), commandant de Cologne depuis 1757, lieutenant général depuis 1758, meurt à Bonn en rejoignant son poste à Nancy.
- François-Marie de Fouilleuse, marquis de Flavacourt (1708-1763), maréchal de camp depuis 1744.
- Les places disposées sur la scène du théâtre.
- Attaché militaire représentant l’Autriche auprès des Français.
- Antoine-Marie de Malvin, comte de Montazet (1711-1768), devient lieutenant-général en 1760. Il sera gouverneur de Saint-Malo.
- Maria Ursula Columba de Groote (1734-1768), épouse du bourgmestre Franz Jakob Gabriel de Groote (1721-1792).
- Dans ce contexte, « un correspondant qui s’est chargé de l’achat ou du débit de quelques marchandises » (Acad. 1762).
- Le terme s’emploie à propos « des poèmes ou autres ouvrages d’esprit » (Acad. 1762).
- Cheval légendaire aux pouvoirs surnaturels qui apparaît dans de nombreux textes depuis le XIIe siècle, et notamment dans le Roland furieux de l’Arioste, cher à Casanova. Bayard (Baiardo) est la monture de Renaud (Rinaldo).
- L’image appartient à une tradition iconographique inspirée par une chanson de geste, Renaud de Montauban, ou chanson des Quatre fils Aymon. Renaud, Alard, Richard et Guichard combattent Charlemagne.
- Bradamante est la sœur d’Orlando, Ricciardetto son frère.
- Charles Eugène Gabriel de la Croix, marquis de Castries (1727-1801), participe aux campagnes de la guerre de Sept Ans et est fait lieutenant général en 1758. Il sera nommé secrétaire d’État à la Marine en 1780.
- Clemens-August von Wittelsbach (1700-1761), Électeur de Cologne et archevêque.
- Le comte Marco Vérità (v. 1705-1774), issu de la noblesse véronaise, est de longue date au service de la famille de l’Électeur.
- Plus de 60 000 euros. Le ducat d’or est une monnaie « qui a cours en Allemagne, en Hollande, en Hongrie, presque dans tous les états de l’Europe » (Encyclopédie, art. « Ducat »).
- Sur tous ces termes, voir Lexique et règles des jeux. L’expression de Casanova semble cependant elliptique : le paroli consiste normalement à jouer le double de ce qu’on a misé la première fois. La paroli paraît ici désigner la carte gagnante, qui rapporte à Casanova l’équivalent de sa mise. Ou bien faut-il comprendre, en supposant que le texte est très elliptique, que le Vénitien gagne puis fait paroli (il double sa mise initiale en laissant ses gains en jeu), faisant ainsi sauter la banque lorsque sa carte sort à nouveau au tour suivant ?
- On prenait position pour la contredanse, « danse vive et légère, qui a ses figures propres, et où plusieurs personnes dansent ensemble » (Acad. 1762).
- Ordre hospitalier et militaire allemand fondé au XIIe siècle. Clément-Auguste en est grand maître depuis 1732.
- Maximilien III Joseph, Prince-Électeur de Bavière de 1745 à 1777.
- Voir ici.
- Voir le préambule de l’Histoire de ma fuite, dans le vol. I de la présente édition, p. 1353-1355.
- Danse du Frioul en vogue à Venise (voir vol. I, p. 383, n. 3). Ces deux femmes peuvent être des danseuses italiennes au service de l’Électeur, amateur de réjouissances vénitiennes.
- De plus violente. Construction italianisante.
- Brühl, dont l’Électeur a fait un lieu de séjour privilégié en y édifiant le château d’Augustusburg et, dans son parc, celui de Falkenlust.
- D’après la suite du texte, il s’agit du duc de Deux-Ponts, soit Christian IV (voir ici). Mais d’après Gugitz, ce serait plutôt Frédéric de Deux-Ponts-Birkenfeld (1724-1767) qui passa quelques jours à Mannheim en février 1757 : il serait ici fait référence à une fête donnée près de Bonn par un diplomate français, à laquelle ce prince assista.
- Lui obéir (italianisme construit sur obbedire).
- Construction inhabituelle du verbe, employé au sens de « donner des indications [à quelqu’un] », déjà rencontrée cependant dans l’Histoire de ma vie (vol. I de la présente édition, p. 475, n. 2).
- Au responsable de l’office, de l’intendance, dans la maison où Casanova organise la partie de plaisir.
- « Somptueux en dons et en dépense, qui se plaît à faire de grandes et éclatantes dépenses, principalement dans les choses publiques » (Acad. 1762).
- Plus de 20 000 euros.
- L’ambigu est un repas où l’on sert les différents plats en même temps. Il « tient de la collation et du souper » (Acad. 1762). Mangeaille « se dit aussi dans le style familier, de ce que mangent les hommes » (ibid.).
- Les vins du Rhin et le tokay.
- Le verbe « se dit proprement de l’argent, ou de quelque autre chose qu’on serre dans sa poche avec quelque sorte d’empressement, d’avidité […]. Empocher des fruits, des truffes, des confitures. Il n’est que du style familier » (Acad. 1762).
- La pièce brève qui ouvre la représentation théâtrale.
- Possible allusion à l’enfermement sous les Plombs, mais aussi référence aux origines roturières de Casanova, qui utilise probablement un pseudonyme à particule. Le général renvoie Casanova à ses origines, à une identité préétablie, pour le rabaisser. Le Vénitien ne cesse de chercher à déjouer ce type d’assignation.
- Grande ville peu peuplée et « mal bâtie » (Acad. 1762).
- Voiture à deux places.
- Orth. sentinele. On attendrait le féminin. D’après Littré, le masculin se rencontre parfois en poésie.
- Pour être inscrit sur la liste des visiteurs qui sont venus s’informer de la santé du général.
- Autant que (probable influence de l’italien tanto… quanto).
- Il s’agit d’une femme issue de la noblesse. Elle appartient à une communauté religieuse dont la règle n’a rien de strict et jouit d’un bénéfice ecclésiastique. Son statut ne lui interdit pas d’assister à un bal.
- « On dit figurément et adverbialement, De bricole, par bricole, pour dire Indirectement » (Acad. 1762), par analogie avec la balle jouée avec un rebond sur les murs de côté au jeu de paume ou la boule de billard rebondissant sur les bandes.
- Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767), fille d’Auguste III, roi de Pologne et Électeur de Saxe, épouse du Dauphin Louis, fils de Louis XV.
- Le prince François-Xavier de Saxe (1730-1806), fils d’Auguste III, adopte le nom de « comte de Lusace » quand il entre au service de la France en 1758.
- Comprendre « l’autre frère », qui est duc de Courlande : il s’agit du troisième fils d’Auguste III, Karl Christian Joseph (1733-1796), duc de Courlande de 1758 à 1763.
- Ernst Johann né Bürhen et devenu comte de Biron (1690-1772), d’humble naissance, doit son ascension à la faveur d’Anna Ivanovna, nièce de Pierre le Grand, dont il fut l’amant. Veuve de Frédéric Guillaume Kettler, duc de Courlande, elle monte sur le trône de Russie en 1730. Lorsque la lignée des Kettler s’éteint, le comte de Biron est fait duc de Courlande (1737). À la mort de l’impératrice russe, en 1740, il est banni en Sibérie, mais il est bientôt rappelé. Catherine II lui rend le duché en 1763. Il le conserve jusqu’en 1769, le laissant alors à son fils.
- Équipage « se dit du train, de la suite, mulets, chevaux, carrosses, valets, hardes, etc. » (Acad. 1762).
- Lire « le comté ». L’emploi du féminin est un probable italianisme : contea est féminin.
- Tsarine. Graphie usuelle au XVIIIe siècle.
- Toute cette prétendue mise au point est en réalité très imprécise. L’anecdote ne concerne ni le dernier Kettler, duc de Courlande (Ferdinand, 1655-1737), ni le comte de Biron. C’est le père du futur comte, Karl Bürhen, qui sauva l’équipage de son maître Alexandre Kettler (1658-1686), frère de Ferdinand. S’agit-il d’une erreur de Casanova ou de montrer qu’il flatte à outrance le général, qui lui en sait gré ?
- Tibulle (et les auteurs du corpus tibullanium), Élégies, III, 19, v. 6, texte établi et traduit par Mac Ponchont, Les Belles Lettres, 2007, p. 188.
- Lire « qu’à l’âge ».
- Arioste, Roland furieux, XI, str. 67 à 69, t. II, p. 17-18. Le texte de Casanova présente quelques légères différences de ponctuation et quelques rares différences de graphie avec la leçon de cette édition. Casanova donne une version latine d’un des vers (le parti che solea coprir la stola) plus tôt dans l’Histoire de ma vie (voir vol. I de la présente édition, p. 94 : quas insternebat stola).
- Au sens faible de « séparation » : elle n’était pas dans la situation qui poussait son mari à ne pas partager son lit.
- Du tabac à priser.
- Kettler part pour Paris après la mi-mars. Il y rencontre M. de Bausset, résident français à Bonn alors en congé. Peut-être par vengeance, Kettler accuse Casanova d’être mêlé à une « terrible conspiration » et se propose d’aider à l’arrêter. M. de Bausset transmet par écrit ces informations au duc de Choiseul qui semble ne leur avoir accordé aucune importance (F. W. Ilges, Casanova in Köln, op. cit., et J. Rives Childs, Casanova, p. 176).
- Possible influence italienne pour cette construction (me l’hanno impedito).
- Casanova passe en réalité un peu plus d’un mois à Cologne. Il arrive vers le 7 février et se rend à Stuttgart vers le 20 mars. Dans le récit qu’il vient de faire, il passe sous silence son arrestation et les ennuis que lui valurent les accusations de Wiedau (voir ici).
- Sans doute le banquier Johann-Martin Frantz. Casanova était aussi protégé par un notable nommé M. de Francken.
- Frédéric Louis de Scampar, prieur de Saint-Kunibert et chanoine à la cathédrale de Cologne. Il meurt en 1783.
- La danseuse Luisa Toscani, fille d’Isabelle, est engagée à la cour de Wurtemberg depuis le 3 juin 1757. C’est une des favorites du duc. Elle a passé quelque temps à Paris en 1758.
- Gaetano Apolino Baldassare Vestris (1729-1808), né à Florence, élève de Dupré, premier danseur à l’Académie royale de musique de Paris en 1751. Il est renvoyé en 1754, puis réengagé l’année suivante. Il étudiera auprès de Noverre dont il contribue à diffuser l’œuvre en Europe.
- Casanova n’évoque pas cette première rencontre dans l’Histoire de ma vie.
- Charles-Eugène, duc de Wurtemberg (1728-1793), réputé pour son goût des plaisirs.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 140, n. 1, et p. 1306.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 517 (n. 1 et 2). Mme Valmarana y est présentée comme la protectrice de la future « Binetti ». Casanova, qui évoque une liaison d’une quinzaine de jours avec la Binetti, veut probablement dire qu’il l’a aidée à se lancer dans le monde.
- Voir ici et ici.
- Les Vulcani étaient une famille d’acteurs qui, comme la mère de Casanova, avaient appartenu, avant la guerre de Sept Ans, à la compagnie de l’Électeur de Saxe, roi de Pologne.
Tome cinquième
Chapitre premier
- Après la défaite des Français à Minden (1er août 1759) contre les Anglais et les Prussiens, les Wurtembergeois furent battus à Fulda le 30 novembre 1759. Cette année marqua un tournant dans la guerre de Sept Ans. D’après un « traité de subsides » signé en 1752, le duché fournissait 12 000 soldats à la solde de la France, son allié catholique. Cette situation fait écrire aux auteurs du pamphlet La Pure Vérité que le monarque « tient sous les armes 12 000 beaux hommes, et n’a pas 1 200 bons Soldats : il se fait détester de ses troupes, sans s’en faire craindre » (La Pure Vérité, par une Société d’honnêtes gens instruits de tout ce qui regarde la Cour et les États de Wurtemberg, suivi de sa réfutation : La Vérité telle qu’elle est [par J. Uriot], Stougard [Stuttgart], C.-F. Cotta, 1765, Lettre VI, p. 99).
- Charles-Eugène fit bâtir un nouvel opéra de 1750 à 1758. Féru de spectacles, il introduisit la comédie française en 1757 (jouée au Lusthaus-Theater), le ballet en 1758 et l’opéra bouffe en 1766, ce qui greva encore plus le budget du duché.
- Le maître de ballet Jean-Georges Noverre (1727-1810), auteur des Lettres sur la danse et sur les ballets (Lyon, Aimé Delaroche, 1760), se mit au service de Charles-Eugène de 1760 à 1767. Il fit ensuite carrière à Vienne, Milan, puis à Paris jusqu’en 1780. « Lorsque Noverre arriva à Stuttgart, le peuple était bien loin d’imaginer qu’un homme d’aussi petite taille lui mangerait plus d’argent que l’armée de 12 000 hommes […] » (La Pure Vérité, p. 179-180).
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1306. Le texte du pamphlet La Pure Vérité présente ainsi la maîtresse en titre dans la lettre consacrée au libertinage du prince : « la Sultane favorite fut une Danseuse. C’était la femme d’un Mr. De l’Entrechat, Vénitienne de naissance, ainsi que son digne époux » (ibid., p. 145).
- Congédiée. Probable italianisme forgé sur le verbe giubilare, qui peut avoir le sens de « renvoyer ». Ce sens n’est cependant pas encore répertorié par l’Accademia della Crusca au XVIIIe siècle. Charles-Eugène fit venir la Gardella de Munich à Stuttgart en février 1757.
- Le mot exaltation « n’a guère d’usage que pour signifier L’élévation du Pape au Pontificat » (Acad. 1762).
- « On dit figurément Culbuter un homme, pour dire : le ruiner, détruire sa fortune » (Acad. 1762).
- Le Reichskammergericht (chambre impériale), tribunal suprême de l’Empire romain germanique, siégeait à Wetzlar de 1693 à 1806.
- Fille de Friedrich, margrave de Bayreuth (de 1735 à 1763) et de sa première épouse, Wilhelmine, sœur de Frédéric II, Élisabeth-Friederike-Sophie de Bayreuth épousa Charles-Eugène en 1748 et le quitta en 1756.
- D’après Gugitz, le duc avait refusé une audience sollicitée par la duchesse au sujet du renvoi d’une femme de chambre indiscrète. La Pure Vérité se fait l’écho de ces querelles ducales et domestiques.
- Niccolò Jommelli (1714-1774), compositeur napolitain, nommé Kapellmeister du duc de Wurtemberg en 1753. Il composa une vingtaine d’opéras pour les cours allemandes. Son librettiste favori était Métastase.
- L’Opéra comptait à Stuttgart en 1760 trois castrats : Francesco Bozzi, Ferdinand Mazzanti et Francesco Guerrieri. Le célèbre Giuseppe Aprile (1738-1814) ne vint à Stuttgart qu’en 1763.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 470-471. Andreas Georg Johann Maria Kurz (1718-apr. 1774), violoniste allemand marié à Venise en 1740, était engagé depuis 1754 au théâtre de la cour de Wurtemberg.
- Catherina Kurz était une danseuse célèbre de la cour wurtembergeoise.
- Louis-Joseph, second fils de Silvia. La même expression a été employée à son propos (voir ici et ici).
- Friedrich Meinhard, baron Ried (Rüdt) de Collenberg, ministre plénipotentiaire et ambassadeur autrichien de 1758 à 1761.
- Le château de Ludwigsburg, édifié au début du XVIIIe siècle.
- Voir ici et ici.
- Plus de 1 million d’euros.
- Officiellement, « les jeux de Hasard qui ruinaient les particuliers étaient prohibés » (La Vérité telle qu’elle est, p. 298), mais le pamphlet La Pure Vérité dénonce les maisons de jeu et « les brelans dont son Altesse donne la manutention à ses Aides de Camp et à ses Domestiques » (éd. cit., p. 225).
- M’abordent d’une manière résolue. Italianisme forgé sur affrontare qui peut avoir ce sens.
- « Demande succincte par écrit, pour obtenir justice, grâce, faveur, etc. » (Acad. 1762).
- Frédéric-Samuel de Montmartin, ministre de 1758 à 1773.
- Me traduisit. C’est le premier sens du verbe « interpréter » indiqué par le Dictionnaire de l’Académie (1762).
- « On appelle Information, en matière criminelle, ce qui s’appelle Enquête, en matière civile » (Acad. 1762).
- Presque 100 000 euros.
- D’après les dépêches de Ried conservées aux Archives d’État de Vienne, le duc quitta Stuttgart le 1er avril 1760 et y revint le 16 mai. Le traquenard des officiers contre Casanova dut se passer au mois de mars.
- Certifier, établir avec certitude, à partir du sens juridique du verbe impersonnel conster signifiant « être évident, être certain » (Acad. 1762). Casanova emploie le verbe en ce sens au vol. I de la présente édition, p. 167.
- Mis aux enchères. Encan : « Vente publique de meubles, qui se fait par autorité de Justice, et par un Sergent, qui les adjuge au plus offrant et dernier enchérisseur » (Trévoux).
- Violente émotion, sans connotation sexuelle. « Terme de Médecine. C’est une impétuosité, ou un mouvement vif et rapide du sang, ou des esprits, comme lorsque les esprits animaux se précipitent violemment dans les nerfs » (Trévoux).
- Au sens probable de « je finirais l’affaire à l’amiable ». Accommoder « se dit en parlant des affaires qu’on termine à l’amiable, et des personnes que l’on met d’accord. […] S’ils ne s’accommodent, ils se ruineront en procès » (Acad. 1762).
- Le titre exact est « chef de la police », c’est celui qu’adopte Casanova plus bas en biffant le mot président.
- Soit une somme supérieure à la dette de Casanova.
- Ma cassette. Sens rare du mot, non répertorié dans les dictionnaires. Voir vol. I de la présente édition, p. 397, n. 3.
- Le comté de Furstenberg, autre micro-État allemand, est situé à la frontière sud du duché de Wurtemberg : le fugitif s’y trouvera hors d’atteinte de la justice ducale. Voir la carte, ci-contre.
- Sans doute faut-il comprendre « bourbiers ».
- « Clôture d’un champ faite avec des branches d’arbre, pour en fermer l’entrée aux bestiaux » (Acad. 1762).
- À l’arrêt. Cet emploi de l’adjectif « ferme » est probablement influencé par l’italien fermo, au sens d’« arrêté ».
- Le 2 avril 1760 était un mercredi et non un lundi, jour de l’évasion. Or le lundi 31 mars, le duc se trouvait encore à Stuttgart. Casanova a manifestement fait coïncider le jour de sa naissance avec celui où il reprend sa liberté.
- Waldenbuch sur l’Aich, à une quinzaine de kilomètres au sud de Stuttgart, sur la route de Tübingen qui traverse la forêt de Schöntuch.
- En sûreté.
- Les courroies qui lient les étriers à la selle.
- Le service régulier de chevaux de relais à l’usage des voyageurs ne fut généralisé en Suisse qu’après 1830, mais il y avait des chaises de poste sur les grandes routes.
- Hôtellerie célèbre depuis le XVe siècle, propriété de la famille Ott, fermée en 1918. Mozart et Goethe y séjournèrent.
- Cette aspiration à l’ataraxie fait partie des principes philosophiques de l’épicurisme.
- Le couvent d’Einsiedeln (que Casanova orthographie Einsidel), fondé au Xe siècle, fut reconstruit de 1704 à 1718. L’église collégiale fut bâtie sur les dessins du moine Kaspar Moosbrugger de 1719 à 1735.
- Ses sornettes.
- Une lettre papale.
- Charge séculière suprême de l’abbaye d’Einsiedeln. En 1760 le chancelier était Thomas Fassbind (1755-1763).
- De Einsiedler, « ermite » en allemand. Casanova glose le nom plus bas.
- Les abbés de Maria-Einsiedeln furent nommés princes du Saint Empire romain par l’empereur Rodolphe de Habsbourg en 1274, sans avoir ni siège ni droit de vote à la Diète. L’interlocuteur de Casanova est Nicolas II (Sébastien) Imfeld, né en 1694, nommé prince-abbé en 1734.
- Lorette (ou Laurette) est « une ville de l’État de l’Église, en Italie (Lauretum). Elle est dans la Marche d’Ancone, à cinq lieues de la ville de ce nom, et fort près de l’embouchure du Musone, dans le golfe de Venise. Cette ville, située sur une colline, est bien fortifiée, et a un Évêché ; mais ce qui la rend célèbre, c’est la fameuse chambre dans laquelle on dit que la Bienheureuse Vierge conçut le Sauveur du monde. Cette chambre, selon l’histoire, fut transportée par les Anges de Nazareth en Dalmatie, de là à Venise, de Venise dans le champ d’une Dame du Diocèse de Récanati, nommée Lorette, dont elle a pris le nom […]. L’on y va en pèlerinage de tous les endroits de l’Europe, et on l’a fort enrichie par les présents qu’on y fait » (Trévoux).
- Marotte « se dit figurément et familièrement de l’objet de quelque affection violente et déréglée » (Acad. 1762).
- Colorer « signifie figurément : Donner une belle apparence à quelque chose de mauvais » (Acad. 1762).
- Clément-Auguste de Bavière. Voir ici.
- Son Altesse Électorale. Voir ici.
- Il s’agit du Lexicon universale historico-geographico-chronologico-poetico-philologicum (Bâle, 1668, 2 vol. in-fo) par Johann Jakob Hofmann (1635-1706).
- « Regret d’avoir offensé Dieu, causé par la crainte des peines » (Acad. 1762). La contrition, « terme de Théologie, est la véritable douleur que sent un pénitent dans le regret qu’il a d’avoir offensé Dieu, causé par un pur amour de Dieu, et par la seule considération de sa bonté, sans faire réflexion sur la crainte des supplices que le péché mérite. Les Docteurs tiennent que la contrition suffit pour obtenir de Dieu miséricorde, dans les occasions où on ne peut pas faire une confession sacramentale, et qu’en cela elle diffère de l’attrition » (Trévoux).
- « Celui ou celle qui a fait les vœux par lesquels on s’engage dans un Ordre Religieux après le temps du Noviciat expiré » (Acad. 1762).
- « Attendre à » a le sens de « Différer ou cesser de faire une chose jusqu’à l’arrivée d’une personne, jusqu’à ce qu’une autre chose ait lieu, jusqu’à un certain temps. Pour partir, attendez au jour, attendez à la belle saison […]. J’attends à partir qu’il fasse moins chaud » (Acad. 1762).
- Mathieu Ott, chef de la corporation des hôteliers, député au Grand Conseil et capitaine de cavalerie, mort en 1766.
- L’hôte de Casanova serait Jean-Henri d’Orelli (1715-1785), membre du Petit Conseil et directeur du Commerce en 1760, élu bourgmestre de Zurich en 1778. Jacques Pestalozzi fut membre du Grand Conseil en 1767.
- Apologistes ennuyeux. Prôneur : grand parleur « qui vante, qui publie le mérite de quelqu’un » (Trévoux).
- Les yeux saillants.
- Un charme, un enchantement.
- Soit 27 cm.
- Pour la forme, « parce qu’on ne peut pas s’en dispenser » (Acad. 1762).
- Coiffure en chignon. Le catogan est un « nœud qui retrousse les cheveux et les attache près de la tête. Cette dénomination, qui ne se trouve pas dans les anciens dictionnaires, est dérivée de Cadoghan, général anglais au service de la reine Anne, mort en 1726 » (Littré).
- Peut-être une déformation de la locution « galons du Système » (en référence à la banqueroute de Law) désignant des galons dorés d’un seul côté, pour des raisons d’économie.
- Au XVIIIe siècle la ville de Soleure (Solothurn), proche du lac de Bienne et du canton de Neuchâtel. L’influence culturelle française était due à la présence des ambassadeurs de France et aux habitants qui étaient au service de la monarchie.
- « Toile ou dentelle qu’on attache par ornement à l’ouverture d’une chemise au-devant de l’estomac » (Acad. 1762).
- Ces deux vers grecs ne se trouvent pas chez Euripide mais dans des anthologies dont les versions latines abondent. Ils sont cités notamment par Lesage à la fin du t. III de Gil Blas (1724, L. IX, chap. X) : « Nous nous verrons bientôt dans notre hameau ; et je veux en y arrivant écrire sur la porte de ma maison ces deux vers latins en lettres d’or : Inveni portum. Spes et Fortuna valete ! / Sat me lusistis ; ludite nunc alos ! (« Vous m’avez assez joué ; jouez-en d’autres maintenant ! », éd. R. Laufer, GF-Flammarion, 1977, p. 462). Tage E. Bull (cité par G. Gugitz, éd. de La Sirène, t. VI, p. 306) signale que cette épigramme, « qui n’a rien à voir avec Euripide, figure dans l’Anthologie palatine (IX, 49) : Ελπις χαἱ σὑ τὐχη μἐγα χαριρετε » ; il mentionne d’autres sources du XVIe siècle et conclut en disant que « Casanova a sans doute pris cette épigramme au tombeau de Pétrarque », puisque le distique a été inscrit sur un des quatre piliers qui portent le sarcophage de Pétrarque à Acqua sous la forme : Inveni requiem : Spes et Fortuna, valete ; / Nil mihi vobiscum est, ludite nunc alios.
- Le nom biffé est de Rol, écrit aussi de Rolle. Les casanovistes pensent qu’il s’agit de Marie-Anne-Louise (Ludovika), née baronne de Roll (voir Répertoire).
- L’aîné, prénommé Antoine, engagea plus tard le philosophe allemand Fichte comme gouverneur de ses enfants (1788-1790).
Chapitre II
- Écorcher : « Exiger plus qu’il ne faut ; faire payer trop cher. Hôtellerie où l’on écorche les gens » (Féraud).
- L’hôtellerie Aux Trois Rois fut ouverte en 1610. De 1739 à 1765, le propriétaire était Jean-Christophe Imhof.
- Anne-Théodore Chevignard, chevalier de Chavigny (1687-1771), diplomate envoyé comme ambassadeur à Londres en 1732 et en Suisse de 1753 à 1762 (voir Répertoire).
- L’ordre des Rose-Croix.
- « Jouer au passe-dix, c’est jouer à trois dés, et parier que les trois ensemble passeront dix points. Il faut pour cela qu’il y ait deux dés qui marquent autant l’un que l’autre. Quand ils marquent tous trois également, cela s’appelle rafle » (Trévoux).
- D’après un document retrouvé à Dux, Casanova mit en gage chez ce marchand zurichois plusieurs effets dont le reçu donne le détail : « Je soussigné promets que d’abord qu’on m’aura remis quatre vingt louis d’or de France par ordre de M. le Chr. de Seingalt, je donnerai à celui qui me comptera l’argent un habit bleu doublé d’hermines avec veste de satin blanc brodé et culottes, plus un habit, veste et culottes velours de quatre couleurs, un manchon de guipure, un étui à cure-dent de vernis de martin garni en or, deux chemises mousseline garnies à petites manchettes de dentelle, une paire de manchette de dentelle de point d’Angleterre, une bague cachetée sous ses armes, un cachet Hercule, un autre cachet Galba, un autre figurant un biga [char à deux chevaux] Romain, un cachet à deux faces figurant deux têtes, autre cachet boussole d’un côté, tête de l’autre. Un petit soufflet d’or, un berloque d’or figurant deux jambes, un berloque figurant trois tours, un flacon cristal de Roche monté en or émaillé, une boîte à bonbon cristal de Roche montée en or, un buis d’or, un couteau à lame d’or et d’acier, une aiguille [à coiffer] d’un améthyste entouré de petit carat, un tire-bouchon d’or. Tous ces effets existants en mes mains. Fait à Zurich ce 24 avril 1760. J. Escher, à Berg » (Marr 4-119).
- Un nonce est un ambassadeur du pape. Le comte d’Affri, issu du canton de Fribourg, était ambassadeur de France à La Haye (voir ici et ici).
- D’après l’éd. Brockhaus-Plon, la coutume du Kiltgang (de l’ancien allemand Chwilti : soir), appelé Fensterln en Bavière, consiste en une nuit d’épreuves que les jeunes filles accordaient à leur amoureux : les couples pouvaient ainsi s’assurer de leurs qualités physiques respectives avant de s’engager au mariage (C. Mainers, Briefe über die Schweiz [Lettres sur la Suisse], Cotta, 1791, t. III, p. 113).
- L’auberge de la Couronne était une hôtellerie connue, bénéficiant de privilèges spéciaux, située à côté de la demeure patricienne de la famille de Roll et de l’église de Saint-Ours (P. Grellet, Les Aventures de Casanova en Suisse, Lausanne, Spès, 1919, p. 29).
- Choiseul était ministre des Affaires étrangères depuis décembre 1758. Voir ici.
- L’expression désigne la Maison de France ou Ambassadorenhof (cour des ambassadeurs), située dans l’ancien couvent franciscain de Soleure.
- Béatrix de Choiseul-Stainville (1730-1794) était la sœur du ministre Choiseul. Elle épousa le duc Antoine-Charles de Gramont en 1750.
- Chavigny n’avait été ambassadeur de France à Venise qu’en 1750 et 1751.
- De me traiter avec déférence, de me prodiguer toutes les marques de distinction. Construction italianisante forgée sur un emploi de usare (usaremi cortesia, usarmi premure).
- Comme son égal.
- Le vis-à-vis est une voiture à deux sièges (voir vol. I de la présente édition, p. 255).
- « Jeu d’hombre qu’on joue à trois, et où l’on ne garde en carreau que le roi » (Littré).
- Le liard est une monnaie de cuivre valant un quart de sou. Vingt sous font 1 livre.
- De leur faire part du secret.
- Carogne : « On appelle ainsi, bassement et par injure, une méchante femme, une femme débauchée » (Féraud).
- Réagissant aux attaques de plus en plus agressives de Fréron contre les encyclopédistes dans L’Année littéraire, Voltaire écrit en peu de temps Le Café ou l’Écossaise, comédie par M. Hume, traduite en français (titre de la pièce publiée), jouée avec succès au Théâtre-Français le 26 juillet 1760. C’est donc une pièce toute récente que créent à Soleure ces comédiens amateurs suisses qui avaient pu se procurer l’édition des Cramer, les éditeurs genevois de Voltaire. L’action se passe dans un café londonien. Fréron y est peint sous les traits de Frélon, journaliste hargneux, délateur, calomniateur, mais il n’a pas le rôle principal. L’héroïne est Lindane, belle Écossaise et fille (disparue) du Seigneur Monrose, exilé politique condamné à mort par le père de Milord Murray. Pour compliquer les choses, Milady Alton (même caractère odieux que Frélon, décliné au féminin) aime Murray qui aime Lindane. Tout finira heureusement par la grande scène de reconnaissance du père et de la fille, et par la grâce de Monrose obtenue par Murray, lequel pourra enfin épouser sa belle après avoir sauvé la tête de son père.
- Le théâtre de société, joué par des amateurs (dans tous les sens du terme), est une des formes les plus hautes de l’élitisme cultivé par la « bonne compagnie » : y être invité est le signe d’une reconnaissance sociale essentielle au Vénitien qui n’a pas de statut fixe.
- « Brocard, mot piquant contre quelqu’un » (Acad. 1762).
- Voltaire se plaisait à jouer dans son théâtre de société : voir ses lettres à Albergati-Capacelli, reproduites dans le Répertoire des noms, voir ici.
- Le pathétique de l’indignation et de l’horreur domine dans la tirade de Lindane, et non le mépris : « Vous savez quelle haine a toujours divisé nos deux maisons ; votre père a fait condamner le mien à la mort ; il m’a réduite à cet état que j’ai voulu vous cacher ; et vous son fils ! vous ! vous osez m’aimer » (Voltaire, L’Écossaise, V, 3, éd. J. Goldzink, Paris, GF-Flammarion, 2004, p. 367).
- Texte exact : « Je vous adore, et je le dois » (ibid.). Casanova rejouera la même scène, en italien, avec Véronique, à Gênes en 1761 (voir ici).
- Les rejouer. Italianisme forgé sur replicare (« répéter », « rejouer »).
- Le nom Casanova est biffé et surchargé par celui de Seingalt. C’est la première fois que Casanova emploie ce nom : plusieurs hypothèses, plus ou moins convaincantes, ont été émises sur ce pseudonyme qui comporte le même nombre de lettres que son patronyme. De manière très casanovienne, la question du pseudonyme apparaît de façon graduée, d’abord dans le discours des autres : à Cologne, le général éméché disait de l’aventurier qu’il ne convenait pas de le « traiter en prince » (voir ici), ici un patricien complaisant le dote d’un titre usurpé. La justification ne viendra que plus tard dans la bouche du Vénitien, lorsqu’il expliquera avec beaucoup d’humour l’invention de ce nom devant le bourgmestre d’Augsbourg (voir ici sq.).
- « Médicament propre à faire éternuer. Il y a des sternutatoires doux, et de violents. Les premiers sont la bétoine, la sauge, la marjolaine, le tabac, etc. Les violents sont l’euphorbe, l’ellébore blanc, la pyrèthre » (Trévoux).
- Le plus curieux ou le plus attentif. Féraud signale que l’adjectif « spéculatif » tend à remplacer à cette époque le mot « spéculateur » (utilisé plus bas par Casanova) pris au sens de « celui qui observe, médite ».
- L’adjectif « excitatif » s’emploie essentiellement en contexte médical.
- Johann Friedrich Herrenschwand, exerçant à Morat, médecin ordinaire du roi de Pologne de 1763 à 1773. Voir ici.
- Un rendez-vous pour une consultation.
- Une évacuation de sang ou d’humeur liée à l’excitation des nerfs, la septième paire étant située dans la région lombaire (du latin lumbalis). La référence aux lombes et le remède prescrit (les bains froids) figurent dans l’article « Songe vénérien » de l’Encyclopédie (par Jaucourt).
- Probablement un lapsus de Casanova : c’est sans doute la veuve Mme F… qui met en garde Casanova contre les dangers de la solitude et les tentations onanistes.
- Les gardes suisses étaient un corps d’élite appartenant à la maison militaire du roi de France, remontant à Louis XI. Choiseul a porté le titre de colonel-général des Suisses et Grisons de 1762 à 1770.
- Probablement dans les jardins ou dans les environs du château de la Muette, non loin du bois de Boulogne, que Louis XV fait reconstruire au début des années 1740. Le cousin s’appelait François-Joseph, baron Roll d’Emmenholz, et était second sous-lieutenant dans les gardes suisses (P. Grellet, Les Aventures de Casanova en Suisse, op. cit., p. 51).
- Factum : « (On prononce Facton). Exposition du fait d’un procès, et des raisons d’une des Parties » (Acad. 1762).
- Sans doute un lapsus pour « son frère » (Choiseul était le frère de la duchesse de Gramont).
- Cet échange épistolaire, mentionné à nouveau lors de la visite aux Délices (p. 492), est vraisemblablement inventé. Même s’il a logé chez l’ambassadeur lors de son passage à Soleure en août 1758 (Voltaire, Correspondance, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, p. 186-194), Voltaire n’a jamais été en correspondance suivie avec Chavigny dont il avait une piètre opinion à cette époque. Voir le Répertoire des noms.
- François-Claude Chevalier, marquis de Chauvelin (1716-1773), fut ambassadeur à la cour de Sardaigne de janvier 1754 à octobre 1765.
- En 1755, Voltaire acheta, sous le prête-nom de Robert Tronchin, la propriété de Saint-Jean qu’il baptisa Les Délices, aujourd’hui devenue le musée Voltaire à Genève.
Chapitre III
- Jeu de cartes. « Espèce de jeu d’Hombre qui se joue à quatre » (Acad. 1762).
- « On dit familièrement : venez demain manger de ma soupe, pour dire : venez dîner avec moi » (Féraud).
- Voir vol. I de la présente édition, p. 1026, n. 3.
- Soit 96 livres (1 000 euros environ). C’est le triple du salaire moyen d’un domestique en France.
- « Bonne » est le nom familier qu’on donne à une gouvernante.
- La Côte, rivage du lac de Neuchâtel appartenant au canton de Vaud, célèbre pour ses vins.
- Mme d’Hermenches, née Louise de Seigneux, avait épousé en 1754 David-Louis, baron de Constant de Rebecque, seigneur d’Hermenches. Elle joua dans les théâtres de société de Voltaire à Monriond. Séparée de son mari, elle mourut le 15 décembre 1772.
- D’après les recherches casanovistes, il s’agirait d’Elizabeth Montagu, née Robinson (1720-1800), femme de lettres anglaise qui séjourna à Windsor en 1757.
- Me menaçant de consomption. Cette maladie est associée à l’air britannique : consomption « signifie aussi certaine espèce de phtisie fort ordinaire en Angleterre, qui consume et dessèche le poumon, les entrailles, et toute la substance du corps » (Acad. 1762).
- Animal aquatique au corps mou, souvent confondu avec le poulpe.
- D’une manière peu favorable.
- Il est de bon ton de mépriser les romans. Si les années 1740-1760 marquent un apogée de la littérature romanesque anglaise (Richardson, Henry et Sarah Fielding, Eliza Haywood, Charlotte Lennox, Smollett), les lectures de Mme Dubois restent essentiellement philosophiques (elle citera Locke plus loin).
- Sans réplique.
- Meuble s’emploie pour signifier « tout ce qui sert à garnir, à orner une maison, et qui n’en fait point partie » (Acad. 1762).
- Reprise du célèbre paradoxe de la matière pensante, véritable scie matérialiste du siècle (Locke, Essai sur l’entendement humain, IV, 3, 6, trad. Coste, éd. Ph. Hamou, Le Livre de poche, 2009, p. 796). Voir aussi la Préface de l’Histoire de ma vie (vol. I de la présente édition, p. 14).
- On dit « donner à quelqu’un l’étrenne de sa barbe quand on s’en fait embrasser après s’être rasé » (Acad. 1762).
- Louis-Jules Barbon Mancini-Mazarini, duc de Nivernois (1716-179), fut ministre plénipotentiaire de France à la cour d’Angleterre pour les négociations de paix de septembre 1762 à mai 1763. Paul-François Galucci de l’Hospital, marquis de Châteauneuf, fut ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire à la cour de la tsarine Élisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand (1741-1762), de juillet 1757 à février 1761.
- Périphrase pour désigner la cour d’Angleterre.
- François-Claude marquis de Chauvelin (1716-1773) fut ambassadeur à la cour de Sardaigne de 1754 à 1765. Nommé lieutenant général en 1749, maître de la garde-robe du roi en 1765, il prit part à l’expédition de Corse de 1768.
- Voir ici.
- Orth. agréé. Poème attribué à l’abbé Philippe de Chauvelin (1714-1770), frère du marquis susnommé, en forme de sept épigrammes de sept quatrains sur les sept péchés, évidemment personnifiés par sept femmes. Une copie a été retrouvée à Dux sous le titre Loterie des sept péchés capitaux (Marr 29) ainsi que sa traduction en dialecte vénitien I Sette Capitali, canzone (Marr 16 a 40). Le 30 juin 1758, Voltaire écrivait à d’Argental : « J’ai vu enfin les sept péchés mortels de M. de Chauvelin. C’est le plus aimable damné du monde. Je le remercie du huitième péché mortel qu’il veut faire en disant à qui vous savez combien je lui suis attaché, etc. » (Correspondance, éd. cit., t. V, p. 163).
- « On appelle familièrement Partie carrée une partie de divertissement faite entre deux hommes et deux femmes » (Acad. 1762). L’expression est ici employée dans un sens élargi puisqu’il y avait trois hommes et une femme.
- Voir ici.
- « Annonce » est au masculin dans la phrase. Italianisme formé sur annuncio, substantif masculin.
- Ne la réclamèrent pas. Italianisme de construction (Domandare di qualcuno) déjà rencontré dans le vol. I (p. 278, n. 2).
- La lune se lève au sud.
- Femme méchante et emportée. Megæra, fille de la Nuit et de l’Achéron (fleuve des Enfers), est l’une des trois Furies (Virgile, Énéide, L. XII, v. 846).
- Le fleuve des Enfers dans la mythologie latine. « On dit que son eau était extrêmement froide, et si rongeante, qu’elle donnait la mort à ceux qui en buvaient, ou qui mangeaient des poissons qu’elle nourrissait » (Trévoux).
- L’eau des Carmes (aqua Carmelitarum), ou eau de mélisse, était utilisée comme cordial.
- Elle se déshonorerait en révélant son impudicité.
Chapitre quatrième
- Chiffre rond et grossi, d’après les casanovistes : cette infection serait la huitième selon von Notthafft, la septième (sur onze au total) selon J.-D. Vincent (Casanova, la contagion du plaisir, Paris, Odile Jacob, 2011). Tout comme la vérification de l’identité des personnages cités dans l’Histoire de ma vie, le nombre et la nature des maladies vénériennes de Casanova ont suscité des enquêtes minutieuses depuis les publications du Pr von Notthafft (Sexuelle und Geschlechtskrankheiten in Casanovas Memoiren, Dermatologische Wochenschrift, nov. 1913, no 46, p. 1339-1351, et no 47, p. 1366-1383) et les articles du Dr John D. Rolleston (Medical Interest of Casanova’s Memoirs, Londres, Bale and Danielson, 1917, trad. fr. La Médecine et les médecins, La Sirène, vol. VIII, Paris, 1929, p. IX-XII ; Sexology and Veneral Diseases in Casanova’s Memoirs, Londres, 1917, trad. fr. dans Le Progrès médical, 8 mars 1919).
- Expression théologique : l’indulgence plénière est la rémission de tous les péchés, accordée par l’Église.
- La tradition casanoviste voit dans cette phrase l’un des indices permettant de penser que Casanova avait une activité d’agent secret : il resterait discret à son propos, mais elle expliquerait une partie des déplacements qui sont les siens à cette époque.
- Au chant II de l’Odyssée, Athéna (assimilée à Minerve dans la mythologie latine) se présente à Télémaque, fils d’Ulysse, sous les traits du vieillard Mentor, pour lui dispenser de sages conseils. Fénelon exploite cette situation pour composer son roman d’apprentissage Les Aventures de Télémaque (1699), un des plus grands succès de librairie du XVIIIe siècle.
- Se flatter : « Tromper en déguisant la vérité, ou par faiblesse, ou par une mauvaise crainte de déplaire » (Acad. 1762).
- Smerdies, Bathyllus et Cleobolus sont des éphèbes dont la beauté fut louée par les poètes lyriques de Samos, le plus connu étant Anacréon (560-478 av. J.-C.). Bathyl est le « grand mignon » du poète grec, précise Belleau dans sa traduction en vers français des Odes d’Anacréon, publiée en 1556 (Ode IX : « La colombelle et le passant », éd. G. Demerson, Paris, Champion, 1995, p. 88). Casanova a aussi pu lire la version d’Henri Estienne qui a publié le texte grec et sa traduction latine en 1554.
- Empester : « Infecter de peste, de mal contagieux » (Acad. 1762).
- « Illusion par sortilège, fascination » (Acad. 1762).
- On a retrouvé à Dux un brouillon de cette réponse, écrit sur la même feuille qu’un poème consacré à Cambon, réformateur des finances françaises : « Ce qui me faisait agir était un vrai prestige, mais je le chérissais. Voici la lettre que je lui ai écrite parfaitement imbu du projet de ma bonne : L’impudence de votre lettre est aussi surprenante que les trois nuits que vous avez passées pour vous convaincre que votre noir soupçon était bon fondé. Sachez… : ce n’est pas moi qui a joui de votre carcasse » (Marr 16 C 16).
- « Terme de Médecine et de Chirurgie. Action, mouvement par lequel le sang s’extravase, sort de ses vaisseaux ordinaires » (Trévoux).
- Quelqu’un d’autre. Italianisme forgé sur qualcun altro.
- D’une telle façon… qu’il aurait mérité.
- « On dit figurément Filer une intrigue, une scène, une reconnaissance, etc. pour dire : les conduire progressivement et avec art » (Acad. 1798).
- Les « fleurs blanches » sont le nom commun de la leucorrhée : « On donne vulgairement ce nom à tout écoulement, à tout flux, qui se font par la voie des menstrues, de matière différente du sang et du pus. […] Il n’y a que la gonorrhée, c’est-à-dire la chaudepisse proprement dite, de cause virulente, ou le flux prostatique, avec lequel on puisse les confondre » (Encyclopédie, art. « Fleurs blanches », par le médecin d’Aumont). L’expression est utilisée métaphoriquement par Casanova pour désigner l’infection.
- Adage attribué à Marc Aurèle par Sterne dans son ouvrage posthume Le Koran (trad. fr., 1775).
- Vers de Virgile : […] subeunt morbi tristisque senectus (La vieillesse nous glace et la mort nous moissonne), Géorgiques, III, v. 67, trad. J. Delille, Gallimard, coll. « Folio », 1997, p. 218.
- Tisane de salpêtre utilisée comme remède contre les gonorrhées virulentes (voir vol. I de la présente édition, p. 568, n. 2).
- Absurde, vide de sens.
- Fortuite.
- Mot omis sur le manuscrit, nous le restituons.
- Métaphore du jeu de dés : traduction libre du proverbe latin « Alea jacta est ».
- L’emploi de l’auxiliaire « être » est un italianisme.
- Vive avec. « Convivre » est un néologisme formé sur le verbe italien convivere.
- À quelle occasion. Ces retrouvailles ne sont pas racontées dans la suite de l’Histoire de ma vie.
- Avoyer ou avoyé : « Avoué. Magistrat de quelques villes. Ce mot est en usage pour signifier un Magistrat des villes Suisses » (Trévoux). Le château de Thoune servait de résidence au maire de Berne. Bernard de Muralt, nommé avoyer en avril 1760, écrivit le 21 juin de la même année une lettre à Albert de Haller : il y parle d’un séjour du « chevalier de Seingalt » à Berne, qui aurait duré deux mois (voir le Répertoire).
- Sur les deux joues.
Chapitre cinquième
- Cette image appartient à la représentation de l’Orient au temps de Casanova, et plus largement aux XVIIe et XVIIIe siècles : « Le Grand Seigneur jette son mouchoir à celle de ses Sultanes qu’il veut favoriser » (Fur., art. « Mouchoir »).
- Incarnat (adj. et subst.) : « Espèce de couleur entre la couleur de cerise et la couleur de rose » (Acad. 1762).
- À l’époque de rédaction de l’Histoire de ma vie, le mot figure prend, comme c’est le cas dans cette page, le sens moderne de « visage » (non encore répertorié par Féraud en 1787), et non plus le sens classique de « forme extérieure du corps ».
- Voir au chapitre suivant la réflexion sur l’attrait qu’exerce « une belle figure de femme » (voir ici).
- L’écu d’argent vaut 6 francs (une soixantaine d’euros).
- Les bains de la Matte ou Lammat étaient réputés pour être des maisons de débauche dans la partie basse de la ville, sur l’Aar.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 1099-1101.
- Ménade : « Bacchante, femme en fureur, qui chez les Païens célébrait les Orgies, ou fêtes de Bacchus » (Trévoux).
- Soit 48 livres, ou 8 écus (environ 500 euros).
- Virgile, Énéide, I, v. 203, t. I, p. 13. Le vers comporte l’adverbe forsan au début.
- En compagnie d’hommes et de femmes. Cette tournure apparaît à la fin du siècle, elle n’est pas répertoriée avant Littré.
- Fortuné-Bartholomé de Felice (1723-1789), éditeur et imprimeur de l’Encyclopédie française d’Yverdon. Il fut d’abord professeur de physique à l’université de Naples, puis il trouva refuge à Berne où il se convertit à l’Église réformée.
- Le lettré est le savant, celui qui a étudié, « qui a des lettres, de l’érudition » (Féraud). Le littérateur est « l’homme de Lettres », le docte « qui explique, qui commente les Auteurs » (Trévoux) : il est critique, grammairien, journaliste. « On peut avoir de la littérature sans être ce que l’on appelle un savant », écrit Voltaire dans l’article « Littérature » des Questions sur l’Encyclopédie.
- Frédéric-Samuel Schmidt (1737-1796) se distingua dans l’archéologie. En 1762, il fut nommé professeur d’antiquités à l’université de Bâle, puis, en 1764, directeur de la bibliothèque et du cabinet des médailles du margrave Charles-Frédéric de Baden-Burlach.
- Des différents coquillages.
- Probablement Élie Bertrand, naturaliste suisse, pasteur à Berne de 1744 à 1765 et auteur d’un Dictionnaire éryctologique ou Dictionnaire universel des fossiles (Avignon, 1766).
- Rose-Marie de Wurstemberger était l’épouse de Marc-Charles-Frédéric Sacconay (1714-1778), membre du Conseil des Deux-Cents de Berne, gouverneur de Payerne et colonel de milice.
- Les lois somptuaires suisses inspirées par la Réforme au XVIe siècle.
- Durant les trois semaines (tour italianisant).
- Herman Boerhaave s’était intéressé à la fabrication de l’or. Il n’en fallait pas plus pour lui attribuer après sa mort la découverte de la pierre philosophale : « On soutient que le fameux Boerhaave aurait possédé le secret de faire de l’or », écrit W. L. Wekhrlin dans ses Faits remarquables de Vienne (Denkwürdigkeiten von Wien, 1777, p. 123, notre trad.).
- « Ours » se dit Bär en allemand. Selon une légende populaire, le duc Berthold V de Zähringen aurait fondé la ville au XIIe siècle à l’endroit où il aurait tué un ours, lequel figure depuis sur l’écusson cantonal. La ville possède une fosse aux ours depuis le XVIe siècle.
- Zurich était le premier canton selon un décret de 1361 émis par la chancellerie impériale.
- Horace, Odes, III, 29, v. 16, p. 258-259.
- Les artisans grisons domiciliés en Vénétie ne furent bannis officiellement qu’en 1766, après l’expiration du traité d’alliance et d’amitié de 1706 avec le canton suisse, mais ils étaient maltraités par les corporations locales.
- Elle avait expliqué. Construction inhabituelle qui semble mêler « se déclarer » (au sens de « s’expliquer ») et « déclarer que ».
- Bube : « Petite élevure, pustule qui vient sur la peau » (Acad. 1762).
- Marie-Anne Moufle de la Tuilerie avait épousé en 1745 Aymar-Félicien Boffin, marquis de la Saône (ou Sône) en Dauphiné, capitaine au régiment des gardes françaises. Elle apportait une dot considérable de 210 000 livres. Elle mourut peu après son mari, le 21 janvier 1772, dans son hôtel de la place Louis-le-Grand (aujourd’hui place Vendôme). De ses cinq enfants, un seul survécut, Noël-Félicien, né en 1750.
- « Le lait répandu ou épanché ne forme pas une maladie particulière qui ait ses symptômes propres ; il est plutôt la source d’une infinité de maladies différentes, d’autant plus funestes qu’elles restent plus longtemps cachées, et qu’elles tardent plus à se développer : c’est un levain vicieux qui altère sourdement le sang, et imprime aux humeurs un mauvais caractère, et qui prépare ainsi de loin, tantôt des ophtalmies, tantôt des ulcères, quelquefois des tumeurs dans différentes parties ; chez quelques femmes des attaques de vapeurs, dans d’autres une suite d’indispositions souvent plus fâcheuses que des maladies décidées » (Encyclopédie, art. « Lait »).
- « [Un] Médecin empirique ou substantivement un Empirique [est] un médecin qui ne s’attache qu’à l’expérience, et ne suit pas la méthode ordinaire. Empirique, se prend souvent pour charlatan » (Féraud).
- Le marbre utilisé dans l’Antiquité, extrait des carrières près de Marmara, dans l’île grecque de Paros (archipel des Cyclades). Phidias (Ve siècle av. J.-C.) est le plus célèbre sculpteur de la Grèce antique.
- Le pasteur Jean-Pierre-Daniel Mingard de Lausanne. Son fils était Jean-Isaac Samuel, né en 1739.
- Archaïsme : « offre » n’est masculin que chez les auteurs anciens (Marot, d’Aubigné). Voir ici.
- Casanova écrit le nom Lausanne de plusieurs façons, que nous conservons pour d’éventuels effets de signifiant.
- Louis de Muralt-Favre, cousin de Bernard, avait épousé en 1745 Sarah Favre. Le Grand Conseil à Genève, magistrature de deux cents hommes, siégea de 1526 à 1798.
- D’après les biographes, il s’agirait de Marguerite de Muralt-Favre, née vers 1747, fille aînée de Louis. Elle avait une sœur plus jeune, prénommée Anne-Sarah, née en 1750.
- L’identité de ce personnage nommé Rosebury est incertaine : on a proposé John Ker, 3e duc de Roxburghe, bibliophile célèbre (1740-1804), ou Neil-Primerose, 3e comte de Rosebery (P. Grellet, Les Aventures de Casanova en Suisse, op. cit., p. 43).
- Ceci est confirmé par la lettre de Bernard de Muralt à Haller du 21 juillet 1760, reproduite dans le Répertoire des noms, p. ici.
- Le mot « bailli » désigne un magistrat en Suisse. Haller habita le château de Roche (canton de Vaud) lorsqu’il fut nommé à la direction des salines de Bex (bailliage d’Aigle, au sud de Montreux) de 1758 à 1764. C’est là qu’il reçut Voltaire, H.-B. de Saussure et Casanova.
- « Feu sacré » ou « feu Saint-Antoine » est le nom vulgaire de l’érysipèle : « Maladie qui vient sur la peau, causée par des humeurs piquantes, d’ou il naît une inflammation ardente » (Trévoux).
- En 1763, après l’épisode de la Charpillon et le dressage du perroquet (ms., t. VIII, fo 113r).
- Herrenschwand habitait le château de Greng, près de Morat (P. Grellet, Les Aventures de Casanova en Suisse, op. cit., p. 78).
- La bataille de Morat eut lieu le 22 juin 1476. L’ossuaire qui se trouvait à Merlach, près de Morat, avait été rebâti en chapelle en 1755.
- La date 1576 (?) est biffée et corrigée. Cette inscription est rapportée dans l’article « Morat » de l’Encyclopédie par Jaucourt qui la juge « singulière ». Pour les Suisses, l’inscription n’était sans doute pas insultante, mais avec son sens de l’humour noir, le Vénitien peut trouver ironiquement cruel que les vainqueurs fassent parler des vaincus laissant un monument à leur défaite…
- Morat fut assiégé et détruit pour la première fois en 1033-1034 ; il devint le quartier général dans la guerre des Bernois et des Savoyards contre Fribourg (XIVe siècle) et fut assiégé une troisième fois par Charles le Téméraire en 1476.
- Plusieurs passages des Essais de Montaigne peuvent illustrer cette maxime où le terme savoir a un sens proche d’« expérience ». Ainsi la critique du faux savoir dans l’essai « Du pédantisme » : « Il ne faut pas attacher le savoir à l’âme, il l’y faut incorporer : il ne l’en faut pas arroser, il l’en faut teindre ; et s’il ne la change, et méliore son état imparfait, certainement il vaut beaucoup mieux le laisser là » (I, 24, Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 2001, p. 215).
- Voir ici.
- Date improbable d’après les biographes : le Vénitien a quitté Berne le 19 juin 1760 et rendu visite à Haller le 25 juin 1760, d’après une lettre de Casanova à Muralt (voir le Répertoire).
- Chaude-pisse cordée : « nom vulgaire de la blennorragie dans laquelle il se forme une sorte de corde par la violence de l’inflammation » (Littré).
- Construction probablement influencée par l’italien scamparla, « échapper à une situation dangereuse » (l’ho scampata : « je l’ai échappé belle »).
Chapitre VI
- Haller mesurait 1,95 m.
- Le corps humain.
- Le médecin Giovanni Battista Morgagni (1682-1771), professeur d’anatomie, et Giulio Pontedera (auteur d’un Compendium tabularum botanicarum, publié en 1718) enseignèrent à Padoue où Casanova avait fait ses études.
- « Manière et façon de parler latine, qui dépend du tour qu’on donne aux phrases, des expressions et des mots dont on se sert » (Trévoux).
- À la manière de Pindare, poète lyrique grec (521-441 av. J.-C.). Casanova fait allusion au grand poème épique de Haller Die Alpen (1728).
- Il s’agit en réalité de la troisième femme de Haller, qu’il avait épousée en 1741. Il avait plusieurs filles, dont deux nées en 1742 et en 1743 (voir le Répertoire).
- Le Bernois Jacques Dick (1742-1776), pasteur à Spiez puis à Bollingen (P. Grellet, Les Aventures de Casanova en Suisse, op. cit., p. 89).
- C’est le scénario même de la première partie de La Nouvelle Héloïse que vient de lire Casanova, d’après ce qu’il affirme plus loin, au prix d’une distorsion de la chronologie. Le canton de Vaud jouxte celui du Valais, cadre du roman de Rousseau.
- Albrecht von Haller a écrit plus de deux cents ouvrages de médecine, de botanique, de poésie. La citation ne se trouve pas dans ses Opuscula pathologica (Lausanne, 1755, in-8o de 300 p., comportant des Sectionnes cadaverum morbosorum), ni dans ses Opuscula sua anatomica de respiratione… (Göttingen, 1749, in-8o de 360 p.). Il peut s’agir d’une citation que lui attribue le mémorialiste, plaçant ainsi dans la bouche d’une autorité philosophique du siècle une réfutation du dualisme âme-corps, en accord avec ce qu’il affirme au seuil de son œuvre autobiographique (voir vol. I de la présente édition, Préface, p. 9).
- Horace, Odes, III, 2, v. 26-28, p. 164-165.
- « De loin c’est quelque chose, et de près ce n’est rien » (La Fontaine), note Casanova dans la marge gauche. C’est le vers final de la fable « Le Chameau et les bâtons flottants » (Fables, IV, 10).
- Haller avait étudié à Leyde chez Boerhaave en 1725 ; l’année suivante, il y fut nommé docteur.
- Et plus grand chimiste qu’Hippocrate (italianisme de construction).
- Vers-adage de l’école de Salerne, devenu proverbe dans plusieurs pays. Medicamen est un mot du latin médiéval (medicamentum en latin classique).
- Cette correspondance n’a pas été conservée. H. von Löhner a retrouvé une lettre de Casanova à Muralt datée de Lausanne, le 25 juin 1760, dans laquelle il rapporte sa visite à Haller (voir le Répertoire des noms).
- Haller mourut à Berne le 12 décembre 1777, dans sa soixante-dixième année.
- Le sens de la phrase reste problématique.
- Cette phrase pose un problème de chronologie. Le roman de J.-J. Rousseau Julie, ou la Nouvelle Héloïse n’est mis en vente qu’en janvier 1761. Or, d’après la correspondance de Casanova, sa visite à Haller se situe fin juin 1760. Les propos qu’il lui attribue ici restent cependant conformes à ceux que le savant tiendra ultérieurement au sujet de la Julie (voir les extraits de lettres de Haller à Bonnet et au Dr Zimmermann cités dans le Répertoire des noms).
- C’est exactement ce qu’écrit Rousseau dans la préface de son roman, mais il n’en tire pas la même conclusion que Haller : « Quant à la vérité des faits, je déclare qu’ayant été plusieurs fois dans le pays des deux amants, je n’y ai jamais ouï parler du Baron d’Étange, ni de sa fille, ni de M. d’Orbe, ni de Milord Édouard Bomston, ni de M. de Wolmar. J’avertis encore que la topographie est grossièrement altérée en plusieurs endroits ; soit pour mieux donner le change au lecteur ; soit qu’en effet l’auteur n’en sût pas davantage » (Rousseau, Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, 1961, p. 5).
- Laure chantée par Pétrarque (voir ici). La phrase pose un problème de leçon et d’interprétation. Le « n’ » est suscrit devant « avait », d’une encre plus épaisse et avec une lettre beaucoup plus volumineuse. Cette correction semble moins la réparation d’un oubli dans la relecture de la page qu’une inflexion de sens lors d’une étape différente de la correction du manuscrit. Le sens sexuel de « rendre heureux » devient alors contradictoire avec ce qu’affirme plus loin Casanova au sujet de l’amour platonique de Pétrarque pour Laure (p. ici).
- Casanova était à Lausanne le 25 juin 1760 (voir sa lettre à Muralt citée dans le Répertoire).
- Un petit débat. Probable italianisme fondé sur le faux ami quistione (ou questione), au sens de « dispute », « débat ».
- Bercei est la transcription italienne du nom suisse Bercher. Il s’agit ici de David de Saussure (1700-1767), baron de Bercher et Bavois (deux fiefs de la famille de Saussure).
- Qui (influence de l’italien che).
- Indirectement. Voir ici.
- Cette dame, qui avait joué dans les pièces de Voltaire, était une fille du baron Constant de Rebecque et la femme du marquis Gentil de Langallerie, fils naturel du landgrave Guillaume VIII de Hesse.
- La tragédie Alzire, ou les Américains (1736), un des grands succès de Voltaire.
- Avant de s’installer aux Délices près de Genève, Voltaire avait loué la « jolie campagne » de Montriond en 1755, puis en 1757 une maison face au lac à Lausanne même, rue du Grand-Chêne. Il y faisait jouer ses pièces par la société lausannoise, qu’il trouvait moins rigoriste que les Genevois : Zaïre, L’Enfant prodigue, Zulime, ainsi que l’opéra de Pergolese La serva padrona. Voltaire passa son dernier hiver à Lausanne en 1759.
- Charles James Fox, le « fameux » adversaire de Pitt, n’avait que onze ans en 1760. Il doit s’agir plutôt de son frère aîné Stephen, né en 1744.
- Il s’agirait de Louise-Élisabeth de Sacconay, née en 1744, et rajeunie par Casanova selon son habitude (P. Grellet, Les Aventures de Casanova en Suisse, op. cit., p. 115).
- Casanova écrit le mot italien deforme au lieu du mot français correspondant « difforme ». Pulcrum (ou pulchrum) signifie « beau », et formosum « bien conformé ». Ce sont deux antonymes de difforme (« laid, défiguré, qui choque la vue, qui n’a pas la figure, ou les proportions qu’il devrait avoir », Féraud).
- Sphinge, ou sphinx : « Monstre fabuleux que les Poètes ont feint avoir été engendré par Typhon, et que Junon le fit naître pour se venger des Thébains. Il avait la tête de femme, des ailes d’oiseau, les griffes d’un lion, et le reste du corps fait en forme de chien » (Trévoux).
- Allusion au discours de Socrate sur la beauté (Platon, Phèdre, éd. D. Babut, trad. L. Mouze, Paris, Le Livre de poche, 2007, p. 246-252, 249d-252b).
- La surface des corps.
- Cette rencontre n’est pas racontée lors du premier séjour parisien. Reçu en 1718 à l’Académie royale de peinture en tant que peintre d’histoire, J.-M. Nattier (1685-1766) mena une carrière de peintre de portraits à partir de 1729. Voir le jugement de Casanova sur ses portraits dans sa Critique de Bernardin de Saint-Pierre (Archives de Dux), reproduit dans le Répertoire des noms.
- Les filles de Louis XV, que Casanova jugeait « laides » lors de son séjour à Fontainebleau (voir vol. I de la présente édition, p. 781).
- Environ 9 km.
- On relèvera la parenté de formulation avec une phrase de la préface de 1797 : « Me rappelant les plaisirs que j’eus je me les renouvelle » (voir vol. I, p. 8). Le personnage expérimente ici, partiellement, les relations entre mémoire et jouissance que l’autobiographe présente comme l’une des raisons d’écrire sa vie.
- Soit 44 km.
- Je lui ai laissé choisir le lieu.
- L’inscription se trouvait sur une plaque de bronze sur la façade même de l’hôtel de ville : Quum anno 1535 profligata romani antichristi tirannide… Elle commémorait l’établissement de la Réforme à Genève.
- Auberge fameuse de Genève, située dans l’actuelle rue du Rhône, sur la rive gauche, à 1 km environ des Délices.
- Date improbable : Casanova écrivit de Lausanne une lettre à Muralt datée du 25 juin, et il affirme n’avoir passé que quinze jours dans cette ville.
- Après le départ d’Henriette durant l’hiver de 1749-1750 à Genève, le Vénitien découvrait la même inscription sur les vitres (voir vol. I, p. 652).
- Peut-être Robert Tronchin, banquier et ami de Voltaire. Voir ici.
- Soit 150 000 livres, environ 1,5 million d’euros.
- Charles-Barthélémy de Villars-Chaudieu (1735-1773) était alors brigadier des gardes suisses à Montpellier (P. Grellet, Les Aventures de Casanova, op. cit., p. 124). Il avait épousé Louise-Élisabeth de Sacconay (voir ici).
- D’après G. Haldenwang (Casanova à Genève, Paris, D’Hartoy, 1937), il s’agirait d’Anne-Marie May, orpheline née en 1731, qui épousa à une date inconnue Gabriel de Vatteville (Wattenwyl). Casanova l’aurait alors rajeunie de neuf ans.
- Que la mère du Christ ait conçu auditu seu per aures était une croyance que certains enthousiastes français d’Augustin avaient pu attribuer au Père de l’Église, sans qu’on en trouve trace dans ses ouvrages.
- L’Annonce faite à Marie par l’ange Gabriel du mystère de l’Incarnation, selon la religion chrétienne.
- Voir t. VI, p. 912 sqq.
Chapitre VII
- « On dit figurément, Livrer chance à quelqu’un, pour dire : Défier, provoquer quelqu’un à la dispute » (Acad. 1762). Expression empruntée au jeu de dés.
- Épisode omis dans le t. III qui couvre l’année 1753. Casanova mentionne un comte Bonomo Algarotti, marchand et banquier, frère de l’écrivain (vol. I de la présente édition, p. 539 et 1092). Francesco Algarotti (1712-1764), musicien, polygraphe, fut conseiller de Frédéric II qui lui confia des missions diplomatiques (ibid., p. 17), avant de s’établir en 1756 à Bologne. Il rendit visite à Voltaire à Cirey en 1735, qu’il impressionna d’abord par sa culture et sa connaissance de Locke et de Newton.
- Algarotti publia son Il Neutonianismo per le dame, ovvero Dialoghi sopra la luce e i colori à Venise en 1737. Le livre fut traduit en français l’année suivante par Duperron de Castera sous le titre : Le Newtonianisme pour les dames, ou Entretiens sur la lumière, sur les couleurs et sur l’attraction.
- Il Neutonianismo per le dame, publié en in-4o, comporte une dédicace d’Algarotti « al Signor Bernardo di Fontenelle » : l’auteur y avoue sa dette à l’égard des Entretiens sur la pluralité des mondes. Le jugement de Voltaire fut sévère : « livre charmant, par cela même que le livre est d’une physique peu recherchée et que rien n’y est traité à fond » (Lettre à Berger, 14 mai 1738, Correspondance, éd. cit., t. I, p. 1137).
- Le dernier ouvrage d’Algarotti, Viaggi in Russia, venait de paraître à Venise en 1760. Une seconde édition révisée, intitulée Saggio di Lettere sulla Russia, paraîtra à Paris en 1763. Dans les lettres qu’il adresse à l’auteur (en août et septembre 1760), Voltaire réclame cet ouvrage qu’il souhaite consulter pour son Histoire de l’Empire de Russie sous Pierre le Grand (seul le tome Premier était paru à Genève chez Cramer en 1759 ; le second tome sera publié en 1762).
- Même jugement exprimé dans la Préface de l’Histoire de ma vie, vol. I de la présente édition, p. 17.
- Tite-Live était natif de Padoue (Patavium). Voir ibid.
- Domenico Lazzarini da Moro (1668-1734), écrivain mort à Padoue quelques mois après que Casanova fut mis en pension dans cette même ville (vol. I, p. 35), ce qui rend l’affirmation suspecte.
- Ulisse il Giovane fut publié à Padoue en 1720. Lazzarini écrivit aussi une comédie, La Sanese, publiée à Venise en 1734.
- L’abbé Antonio Conti (1677-1749), patricien vénitien, poète et dramaturge, écrivit quatre tragédies romaines (Lucio Giunio Bruto, Marco Bruto, Il Cesare, Druso), publiées en un seul volume à Florence en 1751. Durant son séjour à Londres en 1715, il avait fait la connaissance de Newton. Il avait publié en 1744 une traduction en vers italiens de la Mérope de Voltaire.
- Mon guide de voyage. Itinéraire : « Mémoire de tous les lieux par où l’on passe pour aller d’un Pays à un autre, et quelquefois aussi des choses qui sont arrivées à ceux qui en ont fait le chemin […]. Il n’est guère d’usage que lorsqu’on parle de certains voyages anciens » (Acad. 1762).
- Voltaire écrit à l’abbé Saverio Bettinelli (1728-1808), critique littéraire italien et ancien jésuite, le 18 décembre 1759 : « Je fais grand cas du courage avec lequel vous avez osé dire que Dante était un fou, et son ouvrage un monstre ; j’aime encore mieux ce monstre que tous les vermisseaux appelés Sonetti qui naissent et qui meurent par milliers dans l’Italie, de Milan jusqu’à Otrante » (Correspondance, éd. cit., t. V, p. 724-725).
- Personnage légendaire de l’Attique tué par Thésée, Procuste étendait ses victimes sur un lit de fer et leur coupait les pieds lorsqu’ils dépassaient du lit, ou les faisait tirer au moyen de cordages jusqu’à ce qu’ils en atteignissent la longueur.
- Voltaire avait écrit en 1726 dans son Essai sur la poésie épique (chap. VII) : « Le Tasse eût eu plus de raison d’avouer, qu’il était jaloux de l’Arioste, par qui sa réputation fut si longtemps balancée, et qui lui est encore préférée par bien des Italiens. Il y aura même quelques lecteurs qui s’étonneront que l’on ne place point ici l’Arioste parmi les poètes épiques. Il est vrai que l’Arioste a plus de fertilité, plus de variété, plus d’imagination que tous les autres ensemble ; et si on lit Homère par une espèce de devoir, on lit et on relit l’Arioste pour son plaisir. Mais il ne faut pas confondre les espèces. Je ne parlerais point des comédies de l’Avare et du Joueur en traitant de la tragédie. L’Orlando furioso est d’un autre genre que l’Iliade et l’Énéide. On peut même dire que ce genre, plus agréable au commun des lecteurs, est cependant très inférieur au véritable poème épique. Il en est des écrits comme des hommes. Les caractères sérieux sont les plus estimés, et celui qui domine son imagination est supérieur à celui qui s’y abandonne. Il est plus aisé de peindre des Ogres et des Géants que des Héros, et d’outrer la nature que de la suivre » (Œuvres complètes de Voltaire, éd. U. Kölving, Oxford, Voltaire Foundation, 1996, t. 3B, p. 453-454).
- La source de Voltaire était en 1726 la Vita di Torquato Tasso (1621) de Giovanni Battista Manso, marquis de Villa, premier biographe du Tasse.
- Le jugement de Voltaire sur l’Arioste a considérablement évolué depuis 1726, comme il l’avoue dans article « Épopée » des Questions sur l’Encyclopédie (1772) : « Je n’avais pas osé autrefois le [l’Arioste] compter parmi les poètes épiques ; je ne l’avais regardé que comme le premier des grotesques ; mais en le relisant je l’ai trouvé aussi sublime que plaisant ; et je lui fais très humblement réparation » (Œuvres complètes de Voltaire, éd. N. Cronk et C. Mervaud, Oxford, Voltaire Foundation, t. 41, 2010, p. 173). Il l’a en effet réhabilité dans son Essai sur les mœurs (éd. de 1761) : « Si l’on veut mettre sans préjugé dans la balance l’Odyssée d’Homère avec le Roland de l’Arioste, l’Italien l’emporte à tous égards, tous deux ayant le même défaut, l’intempérance de l’imagination, et le romanesque incroyable. L’Arioste a racheté ce défaut par des allégories si vraies, par des satires si fines, par une connaissance si approfondie du cœur humain, par les grâces du comique, qui succèdent sans cesse à des traits terribles, enfin par des beautés si innombrables, en tout genre, qu’il a trouvé le secret de faire un monstre admirable » (éd. R. Pomeau, Paris, Classiques Garnier, 1990, t. II, chap. CXXI, p. 169-170).
- Cette plaisanterie figure à la suite du même article « Épopée » des Questions : « Il est très vrai que le pape Léon X publia une bulle en faveur de l’Orlando furioso, et déclara excommuniés ceux qui diraient du mal de ce poème. Je ne veux pas encourir l’excommunication » (ibid.).
- Les chants 34 et 35 du Roland furieux racontent le voyage d’Astolphe (paladin anglais, cousin de Roland et de Renaud) au paradis où il est accueilli par l’évangéliste Jean. Ils vont tous deux sur la Lune récupérer la fiole contenant le bon sens de Roland devenu fou.
- Par moi-même (italianisme).
- Le vers suivant dit : « les pactes et conventions sont si fragiles » (Arioste, Roland furieux, chant XLIV, str. 2, v. 1, t. IV, p. 241).
- Cette adaptation (Voltaire parle d’une « imitation ») figure dans l’article « Épopée » des Questions sur l’Encyclopédie.
- Possible italianisme forgé sur recitazione (interprétation d’un acteur), mais le sens de narration de hauts faits convient aussi dans ce contexte épique.
- Fille de la sœur de Voltaire, Marie Louise Mignot (1712-1790) avait reçu une éducation musicienne et lettrée. Elle épousa en 1738 le commissaire de la guerre Denis et reçut de Voltaire une dot de 30 000 livres. Devenue veuve, Mme Denis partagea la vie de son oncle à partir de 1745, devenant ainsi « la compagne de [s]a retraite et de [s]a vie heureuse » (Lettre de Voltaire de 1757). Les deux amants s’échangeaient des billets en italien, la lingua dell’amore, comme l’appelait l’heureux oncle.
- Mme Denis feint de ne retenir que le sens théologique du mot « apothéose » (déification, réinterprétée en termes chrétiens), et non l’expression « faire l’apothéose » au sens moderne de « faire un puissant éloge » (c’est dans ce sens que l’emploie Casanova, p. 1062). L’Académie ne donne pas ce sens en 1762, et dans son Dictionnaire de 1798, cet emploi est présenté comme une hyperbole. L’interlocutrice puriste (tout comme son oncle) relève par son mot d’esprit faussement naïf que cet emploi figuré de « faire l’apothéose » n’est pas admis dans la langue et tourne en ridicule l’expression. Le cadre mondain révèle ainsi, sous les « plaisanteries » de bon ton, la constante affirmation d’une « culture dominante » sur les peuples « dominés », au nom d’une idéologie de la « pureté » de la langue française. Voir notre introduction.
- L’édition définitive du Roland furieux de 1532 contient quarante-six chants. Une édition posthume en cinquante et un chants paraît en 1545 chez Manutius, à Venise, dirigée par Virgilio Ariosto, fils de l’auteur. Les cinq chants supplémentaires sont des fragments d’une nouvelle épopée restée inachevée. Andrea Barotti publia à Venise en 1772 cette édition augmentée, précédée d’une vie de l’Arioste.
- Dans une version antérieure de l’épisode, écrite vers 1785, c’était Voltaire, et non le Vénitien, qui récitait d’une traite toutes les strophes (Essai de critique sur les mœurs, § XXVI, reproduit dans le Répertoire des noms, voir ici).
- Le texte originel porte : Poi ch’allargare il freno al dolor puote, / (Che reste solo senza altrui rispetto).
- Arioste, Roland furieux, chant XXIII, str. 122, v. 1-4, t. III, p. 56.
- Roland vient d’apprendre que Médor, simple soldat blessé et soigné par Angélique, princesse chinoise aux pouvoirs magiques, fut aimé d’elle et l’épousa.
- Giovanni de’ Medici (1475-1521) fut nommé pape en 1513 sous le nom de Léon X. Il fut un protecteur des poètes et des artistes (Michel-Ange, Raphaël)… et la cible de Luther.
- Le vers de l’Arioste dit : ch’ebbe già buono odore, or putia forte (Roland furieux, chant XXXIV, str. 80, v. 6, t. III, p. 360). L’image de la montagne parsemée jadis de fleurs odorantes (buono odore) exhalant à présent une forte puanteur est une métaphore de la donation constantinienne, origine de la puissance temporelle des papes. D’après ce faux document datant du VIIIe siècle, l’empereur Constantin Ier dit « le Grand »(286/287-337) aurait cédé la ville de Rome à Sylvestre II (pape de 314 à 335).
- Rodomont, roi d’Alger, découvre dans une petite chapelle Isabelle, princesse de Galice, accompagnée d’un ermite, tous deux conduisant la dépouille de son amant Zerbin. Le sarrasin s’irrite de la décision d’Isabelle de se retirer du monde et des remontrances du « loquace ermite » : il finit par lui arracher la barbe et le lancer dans les airs (chants XXVIII et XXIX du Roland furieux). L’Arioste donne ensuite plusieurs versions de la fin de l’ermite.
- C’est-à-dire le jour du jugement dernier. Ce vers ne se trouve pas au chant XXIX mais au chant XXIV (str. 6, v. 4, t. III, p. 61), à propos des bergers tués par Roland devenu fou (le texte originel porte : Ch’al). Le mot forse (« peut-être ») est choquant selon la doxa catholique : la Résurrection, le jour du jugement, sont alors ramenés à de simples hypothèses.
- On n’a pas conservé de lettres de Voltaire à Chavigny. Son opinion sur le diplomate suisse était assez négative à cette époque, d’après ses lettres à Ferriol (Correspondance, éd. cit., t. V, p. 138 et t. VI, p. 904).
- Depuis le XIIIe siècle, il y avait à Genève quatre syndics élus annuellement qui présidaient à tous les autres collèges, en qualité de surintendants des biens et des intérêts de la commune. Selon Haldenwang, il s’agirait ici de Michel Lullin de Châteauvieux (1695-1781), agronome suisse qui exerçait les fonctions de « seigneur scolarque » (commis à la police des livres) en 1759. Voltaire lui écrivit en septembre 1760 (Correspondance, éd. cit., t. V, p. 1092 et 1099) pour désavouer le violent libelle Dialogues chrétiens, ou préservatif contre l’Encyclopédie par M. V. Le patriarche de Ferney y montre la stratégie convergente des prêtres catholiques et protestants, tout en soutenant la position des encyclopédistes.
- De mise. Le quinze est un jeu de cartes « où celui des joueurs qui le premier a quinze par les points de ses cartes, ou qui en approche le plus près en dessous, gagne » (Acad. 1762).
- Probable mot d’esprit sur le double sens d’« artifice », typique de l’humour noir de Casanova : Tronchin fait vivre artificiellement son patient et use pour cela de son art (son industrie, son habileté, voire sa ruse). Voir plus bas le descriptif de la cure. Le duc Honoré-Armand de Villars (1702-1770), « indigne fils » du célèbre maréchal (selon Marmontel), fit quatre séjours chez Voltaire entre 1756 et 1762. Tronchin disait de son patient : « Le duc de Villars est plus vieux que moi, quoique plus jeune. Il a des convulsions de Saint-Médard, à le faire canoniser par les Jansénistes. Il souffre héroïquement : il a dans les maux plus de courage que son père. Il y a bien des sortes de courage » (J. Hervez, La Cour et la ville sous Louis XV d’après les mémoires de Casanova, Paris, A. Michel, 1910, p. 259).
- La « dent blanche » est l’ancien nom du mont Blanc.
- Voltaire ouvre l’article « Dante » des Questions par ce jugement lapidaire : « Vous voulez connaître le Dante. Les Italiens l’appellent divin ; mais c’est une divinité cachée ; peu de gens entendent ses oracles ; il a des commentateurs, c’est peut-être encore une raison de plus pour n’être pas compris. Sa réputation s’affermira toujours, parce qu’on ne le lit guère. Il y a de lui une vingtaine de traits qu’on sait par cœur : cela suffit pour s’épargner la peine d’examiner le reste. » Il affirme pourtant son admiration pour le « monstrueux poème » de La Divine Comédie dans sa lettre à Bettinelli de 1759 (voir ici). Voltaire conclut les deux pages qu’il consacre à Pétrarque dans son Essai sur les mœurs en déclarant que « son génie a été surpassé depuis par l’Arioste et par le Tasse » (t. I, chap. 82, p. 765). Il apprécie tout aussi peu Homère : « Ses dieux sont ridicules aux yeux de la raison, mais ils ne l’étaient pas à ceux du préjugé ; et c’était pour le préjugé qu’il écrivait », écrit-il au sujet de l’Illiade (art. « Épopée » des Questions, Œuvres complètes de Voltaire, éd. cit., t. 41, p. 155).
- Membre d’une importante famille patricienne de Genève, Théodore Tronchin (1709-1781) obtint son grade de docteur à Leyde en 1730 et exerça à Amsterdam jusqu’en 1754. Il fut appelé en 1766 à Paris comme premier médecin de la famille du duc d’Orléans. Il s’y fit le courageux propagandiste de l’inoculation et eut une clientèle très étendue dans la haute société. Trois Tronchin de la branche cadette firent carrière dans la banque, conseillèrent Voltaire pour ses placements et furent souvent invités chez lui.
- Forme ancienne de « pulmonaire ».
- Un crocheteur est « un Portefaix qui transporte des fardeaux sur des crochets » (Trévoux).
- Casanova rapporte la même anecdote sur les cures de Tronchin dans la Confutazione (t. II, p. 182).
- Le duc de Villars n’avait alors que cinquante-huit ans.
- Les plaies non soignées se seraient infectées.
- La Somme théologique que Thomas d’Aquin (1226 ?-1274) écrivit à la fin de sa vie.
- Le Seau enlevé, poème comique de Tassoni (1565-1635) publié en 1624 (voir vol. I de la présente édition, p. 148, n. 1). Il est cité dans le témoignage probable de Voltaire sur la visite de Casanova, sa lettre à Nicolas-Claude Thieriot du 7 juillet 1760 : « Nous avons ici un espèce de plaisant, qui serait très capable de faire une façon de Secchia rapita, et de peindre les ennemis de la raison, dans tout l’excès de son impertinence. Peut-être mon plaisant fera-t-il un poème gai et amusant, sur un sujet qui ne le paraît guère » (Correspondance, éd. cit., t. V, p. 985).
- Casanova écrit « ecclipser », par analogie avec la graphie italienne ecclissi. Il ne s’agit vraisemblablement pas ici d’un infinitif substantivé, mais plutôt d’une coquille pour « éclipses ».
- Tassoni réfute le système copernicien dans ses Dieci libri di pensieri diversi (1620).
- Dans les Considerazioni sopra le rime del Petrarca, Modène, 1609-1611.
- Lodovico Antonio Muratori (1672-1750). Voir vol. I de la présente édition, p. 148, n. 1.
- Horace, Épîtres, II, 1, v. 63 (« Parfois la foule voit juste ; il est des cas où elle a tort »), p. 154.
- La poésie macaronique mêle les langues latine et moderne. Elle tire son nom du poème Macaronea de Tifi degli Odasi (mort en 1492). Le représentant le plus illustre de ce genre poétique est Girolamo Folengo (1491-1544) sous le nom de Merlin Cocai. Voir vol. I, p. 184.
- Plus de 1 million d’euros. Sa longévité exceptionnelle et son habileté financière ont permis à Voltaire (qui s’était fait toute une clientèle de grands seigneurs) d’amasser une considérable fortune. D’après les comptes de son banquier Jean Robert Tronchin, il possédait 456 000 livres d’actifs en 1758. L’année de sa mort, il touchait 230 000 livres de rentes (environ 2,5 millions d’euros, mais les équivalences à ce niveau de revenus sont hasardeuses).
- Installés à Genève, les frères Gabriel et Philibert Cramer furent à partir de 1754 les principaux imprimeurs de Voltaire, dont ils publièrent trois éditions d’« œuvres complètes » (la dernière en 40 vol. en 1775), et tous les ouvrages récents (à l’exception de certains pamphlets, comme La Guerre civile de Genève). Selon les termes du contrat passé avec les Cramer, Voltaire renonçait à ses droits d’auteur mais pouvait disposer d’autant d’exemplaires qu’il désirait. On a conservé une correspondance de près de neuf cents lettres et billets, principalement adressés à « caro Gabriele ».
- Probable italianisme sur tanto, « très ».
- Orth. Babilone. Autre intervention dans la chronologie : La Princesse de Babylone fut écrit et publié en 1768, et non en 1760.
- Selon Haldenwang (Casanova à Genève, op. cit., p. 103), il s’agit de Pemette-Élisabeth de Fernex (née en 1730), de Marie, sa sœur (née en 1732), et de Jeanne-Christine de Fernex, leur cousine (née en 1735), descendantes d’une maison noble ruinée qui tirait son nom de la terre de Fernex (ou Ferney) que Voltaire acheta en 1758.
- Poème érotique de Jean-Baptiste-Joseph Villaret de Grécourt (1683-1743), chanoine de Saint-Martin à Tours (Œuvres, Paris, 1747) : « Marc une béquille avait / Faite en fourche, et de manière / Qu’à la fois elle trouvait / L’œillet et la boutonnière. / D’une indulgence plénière / Il crut devoir se munir, / Et courut, pour l’obtenir, / Conter le cas au Saint-Père, / Qui s’écria : Vierge Mère, / Que ne suis-je ainsi bâti ! / Va, mon fils, baise, prospère, / Gaudeant bene nati. »
- Girolamo Folengo est aussi connu avec le prénom de Teofilo.
- Doblon de a ocho, monnaie d’or espagnole valant environ 20 livres françaises (plus de 200 euros). Voir vol. I de la présente édition, p. 297.
- Agostino, comte Paradisi (1736-1783), érudit et poète, fut secrétaire perpétuel de l’Académie de Mantoue, préfet des études et ministre de la Justice à Reggio.
- Le marquis Francesco Albergati Capacelli (1728-1804), érudit bolonais, traducteur de Voltaire, fut en correspondance suivie avec lui à partir de 1758. Comme son père avant lui, Albergati était quaranta (sénateur héréditaire) de Bologne. Nommé en 1738, à dix ans, il fut investi de l’office en 1751 et devint gonfaloniere di giustizia en 1753. Le mot quaranta désignait le Sénat bolonais et le titre de ses membres (qui étaient en effet cinquante).
- Enigma est masculin en italien.
- Albergati écrivait des comédies en collaboration avec Goldoni (1707-1793), qu’il fit découvrir à Voltaire en 1760. Voir les extraits des Mémoires de Goldoni et des lettres de Voltaire dans le Répertoire des noms, p. ici.
- Les mortadelli de Bologne étaient considérés comme les meilleurs saucissons d’Italie.
- Tragédie de Voltaire créée chez l’auteur en 1759, puis à la Comédie-Française en 1760, éditée l’année suivante à Paris et Genève. Dans l’édition Cramer de Tancrède, il y a une Lettre de Voltaire au marquis Albergati Capacelli, sénateur de Bologne, datée du 23 décembre 1760.
- Albergati fit construire un théâtre dans sa villa à Zola Predosa, à mi-chemin entre Bologne et Bazzano.
- Albergati a surtout traduit avec Agostino Paradisi (1736-1783) des pièces françaises, publiées sous le titre Scelta di alcune eccellenti tragédie francesi (Liège [Modène], 1764-1768). Il ne publia ses propres comédies qu’à partir de 1768.
- À Bâle, les horloges avançaient de une heure jusqu’en 1791. L’origine en serait un événement historique (pour empêcher une trahison, un magistrat informé à temps aurait fait avancer les horloges) ou une coutume remontant au concile de Bâle (1431).
- Le Conseil des Dix comprenait les dix sénateurs du Grand Conseil, le doge et ses six conseillers (voir vol. I, p. 108, n. 3).
- Vide. L’adjectif s’emploie habituellement au sens figuré pour parler d’une bouche édentée.
- Voltaire trouvait dans les comédies morales, comiques et réalistes du dramaturge italien une confirmation de ses propres théories sur la nécessaire modernisation du répertoire théâtral.
- Invité par l’infant duc de Parme en 1756 à écrire des drames pour le théâtre ducal, Goldoni reçut le titre de « poète du duc de Parme », assorti d’une pension annuelle de 700 livres jusqu’à sa mort (E. Bocchia, La Drammatica a Parma, Parme, 1913, p. 152). Voltaire écrit à Albergati le 1er mai 1761 : « Je vois avec peine en ouvrant le livre, qu’il s’intitule, poète du duc de Parme ; il me semble que Térence ne s’appelait point le poète de Scipion ; on ne doit être le poète de personne, surtout, quand on est celui du public. Il me paraît que le génie n’est point une charge de cour, et que les beaux-arts ne sont pas faits pour être dépendants » (Correspondance, éd. cit., t. VI, p. 367-368).
- Puissance, « en termes de Philosophie, se dit quelquefois de ce qui est opposé à Acte, et qui peut se réduire en acte. Un gland est un chêne en puissance » (Acad. 1762). Goldoni avait étudié le droit romain à Pavie, Udine et Modène. Nommé docteur utriusque juris au barreau de Venise en 1731, il exerça à Venise les fonctions de consul de Gênes de 1741 à 1743.
- Selon le De Patria Homeri d’Allatius (1640), Kymae, ville natale d’Homère, aurait refusé de lui accorder une pension.
- Trait d’esprit récurrent chaque fois que Voltaire présentait le jésuite Antoine Adam (1705-apr. 1786). Le mot est rapporté par Bachaumont et il est cité par Casanova dans le Scrutinio del libro Éloges de M. de Voltaire par différens auteurs et la Confutazione (voir le Répertoire des noms).
- Trictrac, « jeu fort commun en France, qui se joue avec deux dés, suivant le jet desquels chaque joueur ayant quinze dames les dispose artistement sur des pointes marquées dans le tablier, et selon les rencontres, gagne ou perd plusieurs points, dont douze font gagner une partie, et les douze parties le tour ou le jeu » (Trévoux).
- On trouve une phrase semblable dans des traductions de l’époque du Paedagogus, traité écrit en grec par Titus Flavius Clemens (IIe-IIIe siècle) dit Clément d’Alexandrie, traduit en latin en 1551 à Florence. Dans le chapitre intitulé « Avec quelle bienséance il faut se comporter dans le bain », il tonne contre les bains mixtes, car les hommes et les femmes doivent se mettre nus les uns devant les autres : « ils semblent qu’en quittant leurs habits, ils se dépouillent de tous les sentiments de la pudeur » (Livre III, chap. V). Ce trait remonte à Hérodote : le prince Candaule veut convaincre Gygès de la beauté de sa femme et lui dit d’essayer de la voir nue. Gygès lui répond qu’un esclave ne doit pas voir sa souveraine nue, et qu’une femme se dépouille de sa pudeur quand elle enlève sa chemise (Histoires, Livre I, partie VIII, éd. P.-E. Legrand, Paris, Les Belles Lettres, 1993, t. I, p. 18).
- Ce sens de « conflit » (choc, combat) qui porte la métaphore érotique est donné comme vieilli par l’Académie (1762) et par Féraud.
- Elle ne le montra pas.
- Dans le Scrutinio del libro Éloges de M. de Voltaire, cet échange est rapporté très différemment.
- Retentissant échec de Jean Chapelain (1595-1674), qui publia son épopée La Pucelle en 1656, après vingt ans de gestation. Maître des pensions littéraires et médiocre poète, Chapelain devint la cible de satiristes comme Boileau (Chapelain décoiffé, 1665).
- Voltaire s’occupa pendant trente ans de sa Pucelle d’Orléans avant d’en publier en 1762 une version officielle en vingt chants. Cette vaste épopée parodique de plus de 8 000 vers est typique de la veine voltairienne héroï-comique : détournement du merveilleux chrétien, dénonciation du pouvoir de l’Église à travers la peinture de moines fanatiques et lubriques, beau héros providentiel, etc. En 1735, à Cirey, il avait fait présent d’un chant à Algarotti. Les éditions clandestines, désavouées par Voltaire qui craignait l’utilisation que ses ennemis pouvaient faire de sa Pucelle, furent brûlées en place de Grève à Paris en 1757. Casanova écrit dans le Scrutinio que « le poème de la Pucelle est une cochonnerie » (voir ici).
- En 1750, à Paris, Casanova avait récité devant Crébillon sa traduction du Rhadamiste et Zénobie en vers blancs (voir vol. I de la présente édition, p. 730-731).
- Pier Jacopo Martelli ou Martello (1665-1727) avait créé le vers de quatorze syllabes imitant l’alexandrin français, repris ensuite par Goldoni et Chiari (voir vol. I, p. 1121). Ses Opere en sept volumes ont été publiées à Bologne en 1729-1733.
- Martello expose cette théorie, qu’il applique surtout à la tragédie, dans son traité Del verso tragico (1709).
- Le e que nous appelons « muet » se prononçait effectivement dans la diction ancienne.
- Tancrède, tragédie politique dédiée à la marquise de Pompadour, créée le 3 septembre 1760 au Théâtre-Français par Mlle Clairon et Lekain. Des amours contrariées d’Ariodant et de Ginevra, racontées au cinquième chant du Roland furieux, Mme de Fontaines avait fait le sujet de sa nouvelle historique Histoire de la comtesse de Savoie (1726), pour laquelle Voltaire avait écrit une épître en vers. L’intrigue, pathétique à souhait (l’amant combat pour sauver l’honneur et la vie de sa maîtresse qu’il croit en même temps coupable d’infidélité), est située dans la Sicile du XIe siècle, les « Républicains » de Syracuse (une oligarchie, comme celle qui gouverne Venise) s’opposent à un sénat despotique qui opprime le peuple.
- Horace, Satires, I, 10, v. 74, p. 112-113.
- Cette phrase est une citation textuelle de l’Examen important de Milord Bolingbroke, ou le Tombeau du fanatisme (1767), violent pamphlet contre les religions révélées, dont Casanova reprend d’amples passages dans ses Dialogues entre le philosophe et le théologien (Archives de Prague, Marr 1-3). L’édition Kehl des Œuvres de Voltaire était entrée dans la bibliothèque du comte de Waldstein en 1790.
- On connaît la méfiance de Voltaire pour la démocratie : « Le pire des états, c’est l’état populaire » (incipit de l’article « Démocratie » des Questions, 1771). Il écrit dans l’Essai sur les mœurs en 1756 : « La beauté du gouvernement d’Angleterre, depuis que la chambre des Communes a part à la législation, consiste dans ce contrepoids [à l’aristocratie], et dans ce chemin toujours ouvert aux honneurs, pour quiconque en est digne […]. » Et il ajoute après 1775 : « mais aussi le peuple étant toujours tenu dans la sujétion, le gouvernement des nobles en est mieux affermi, et les discordes civiles plus éloignées. On n’y craint point la démocratie, qui ne convient qu’à un petit canton suisse, ou à Genève » (éd. cit., t. II, p. 75).
- Sans doute une allusion aux leçons de vertu politique que Joseph Addison, partisan des opinions libérales des whigs, place dans son Caton en 1713. Le vertueux républicain y dénonce jusqu’à la mort la tyrannie du dictateur César, vainqueur de la bataille de Pharsale.
- Cette phrase figure dans le De Cive (1647) de Hobbes (1588-1679), paru sous le titre Du Citoyen dans la traduction française de Sorbière en 1649. On peut douter si le Vénitien se réfère à cet ouvrage fondateur de la pensée politique du philosophe anglais : il ne convoque que des philosophèmes hobbesiens ou des lieux communs en forme de dictons sur le rôle du tyran (contenir le déchaînement de violence du peuple). Dans le texte du De Cive, Hobbes oppose l’état de nature à l’état de droit : « Dans un état civil, où le droit de vie et de mort et le droit d’infliger toutes les peines physiques sont entre les mains de l’État, on ne saurait accorder ce droit de tuer un particulier. Et l’État n’a pas besoin, pour punir quelqu’un, d’exiger qu’il s’engage à faire preuve de patience, mais seulement que d’autres ne le défendent pas. […] Enfin, un pacte de non-résistance nous oblige à choisir de deux maux présents celui qui semble le plus grand. Car une mort certaine est un plus grand mal que le combat. Or il est impossible de ne pas choisir de deux maux le moindre. Donc, par ce pacte, nous serions tenus à l’impossible, ce qui est impossible avec la nature des pactes » (chap. II, § 18, éd. Ph. Crignon, Paris, GF-Flammarion, 2010, p. 119).
- Le mémorialiste donne sa réponse à des questions posées par l’article « Superstition » du Dictionnaire philosophique : « Jusqu’à quel point la politique permet-elle qu’on ruine la superstition ? Cette question est très épineuse ; c’est demander jusqu’à quel point on doit faire la ponction à un hydropique, qui peut mourir dans l’opération. Cela dépend de la prudence du médecin. Peut-il exister un peuple libre de tous préjugés superstitieux ? C’est demander : Peut-il exister un peuple de philosophes ? » (éd. O. Ferret, Paris, Classiques Garnier, 2008, p. 372). Ces dernières répliques opposant liberté et superstitions sont nourries de réminiscences voltairiennes : on se reportera aux articles « Fanatisme » ou « Gouvernement » : « S’étant toujours plaints de la cour de Rome, ils [les Anglais] en ont entièrement secoué le joug honteux, tandis qu’un peuple plus léger l’a porté en affectant d’en rire, et en dansant avec ses chaînes » (« Gouvernement », Questions sur l’Encyclopédie, Œuvres complètes de Voltaire, éd. cit., t. 42A, p. 132-133).
- Adaptation du vers d’Horace cité plus haut (p. 497).
- Référence au chapitre intitulé « De la liberté que Don Quichotte donna à des malheureux que l’on emmenait contre leur gré où ils ne voulaient pas aller » (Cervantès, Don Quichotte, I, XXII, trad. A. Schulman, Points-Seuil, 1997, t. I, p. 231).
- « VENISE. Et, par occasion, de la liberté. Nulle puissance ne peut reprocher aux Vénitiens d’avoir acquis leur liberté par la révolte ; nulle ne peut leur dire : Je vous ai affranchis, voilà le diplôme de votre manumission. Ils n’ont point usurpé leurs droits comme les Césars usurpèrent l’empire, comme tant d’évêques, à commencer par celui de Rome, ont usurpé les droits régaliens ; ils sont seigneurs de Venise (si l’on ose se servir de cette audacieuse comparaison) comme Dieu est seigneur de la terre, parce qu’il l’a fondée » : ainsi commence l’article « Venise » des Questions sur l’Encyclopédie, qui est une apologie de « l’indépendance soutenue par la force ». Toutefois, dans son Essai sur les mœurs de 1756, Voltaire avait relevé le défaut de l’oligarchie vénitienne : « De tous les gouvernements de l’Europe [au XVe siècle], celui de Venise était le seul réglé, stable et uniforme. Il n’avait qu’un vice radical qui n’en était pas un aux yeux du Sénat : c’est qu’il manquait un contrepoids à la puissance patricienne, et un encouragement aux plébéiens. Le mérite ne put jamais dans Venise élever un simple citoyen comme dans l’ancienne Rome » (Essai sur les mœurs, chap. LVI, éd. cit., t. II, p. 75). Dans sa Confutazione (t. II, p. 208), Casanova reproche à Voltaire d’avoir résumé l’histoire du gouvernement vénitien en six mots : tutto per noi, nulla per voi (« tout pour nous, rien pour vous »). La même citation est reprise dans le Scrutinio (éd. B. Rosada, Venise, Ed. Univ., 1999, p. 41).
- « On dit Demeurer sur la bonne bouche pour dire : demeurer sur ce qu’il y a de meilleur et de plus exquis dans un repas » (Acad. 1762).
- Ce bon mot de Voltaire a été rapporté dans la Correspondance littéraire (mars 1773), l’interlocuteur étant présenté comme un Anglais. Dans les papiers de Dux figure cette note : « Dans le volume 60, p. 81 des œuvres de Voltaire, on lit la réponse que Voltaire me donna lorsque je lui ai dit que Haller ne le regardait pas comme un grand homme. On ne me nomme pas. On me désigne comme un étranger. Cela m’a fait plaisir » (Marr 17A 50). Casanova se réfère à l’édition de Gotha, où on peut lire au volume 59 (consacré à la correspondance), à la suite d’un échange épistolaire entre Haller et Voltaire daté de 1755, la notice suivante : « Un étranger se présente chez M. de Voltaire, et lui raconte qu’il a vu à Berne M. de Haller. M. de Voltaire le félicite sur le bonheur qu’il a eu de voir un grand homme. Vous m’étonnez, dit l’étranger, M. de Haller ne parle certainement pas de vous de la même manière. Eh bien, répliqua M. de Voltaire, il est possible que nous nous trompions tous les deux » (Gotha, 1789, t. 59, p. 81).
- Allusion à la Confutazione (1769) et au Scrutinio del libro Éloges de M. de Voltaire (Venise, 1779).
- Zoïle d’Amphipolis, rhéteur et critique du IVe siècle av. J.-C., jaloux de la réputation d’Homère. Par antonomase, « ce nom a passé comme en proverbe parmi les Savants, qui appellent ainsi un mauvais critique, un envieux » (Trévoux).
- Casanova resserre la chronologie de son séjour à Genève.
- Elle boit à ma santé.
- Neuf cent soixante livres, soit plus d’un millier d’euros. L’argent blanc désigne les pièces d’argent par opposition aux pièces d’or (les écus d’argent, par exemple). La pistola di Savoia, dite aussi doppia di Piemonte, était une monnaie d’or valant 24 lires de Piémont (jusqu’en 1786), soit environ la valeur de 1 louis d’or français (autour de 250 euros).
- Plus grande que (italianisme).
- La source.
- Les biographes ont identifié un Charles, comte des Armoises, mort le 9 décembre 1778 sans enfants, qui fut conseiller d’État du duc Léopold de Lorraine et précepteur de ses fils. Il eut pour successeur Antoine-Bernard des Armoises, officier supérieur au service impérial, marié depuis 1727 à Anne de Beauveau. Il mourut également sans enfants vers 1762. Cette absence de descendance laisse supposer une part d’invention chez Casanova, qui pose à cet endroit de l’Histoire de ma vie un jalon essentiel dans la représentation de l’inceste.
Chapitre VIII
- Le courrier est « celui qui court la poste pour porter les dépêches » (Acad. 1762).
- Tous les jeux de cartes où il y a un banquier.
- Giovanni Antonio I Turinetti, marquis de Priero et Pancalieri (1687-1753), fut ambassadeur impérial à Venise de 1747 à sa mort. Son fils Gian-Antonio II, marquis de Prié et Pancalieri (1717-1781), passait pour un des plus riches et des plus magnifiques seigneurs du royaume de Savoie. Son train de vie dispendieux et ses désordres le ruinèrent dès la fin des années 1760. Il entretint une correspondance suivie avec Casanova entre 1762 et 1772 (Archives de Prague, 14F 1 à 14), publiée dans les Casanova Gleanings (I, 1958, p. 1-18). Voir G. Gugitz, Giacomo Casanova und sein Lebensroman…, p. 323 sq.
- Le comte Joseph Scarnafigi fit une carrière de diplomate au service du royaume de Sardaigne. Il fut ambassadeur à Lisbonne en 1765, à Londres, à Vienne, puis de 1777 à 1782 à Paris où il meurt en 1788.
- Allusion au défi de Mme Z, lancé p. 514 : « Gageons le souper ; mais je veux voir. » Casanova est gai à table et soupe en effet : il est normal qu’elle s’acquitte de la gageure.
- Trois cents sequins vaudraient plus de 30 000 euros, 1 000 sequins plus de 100 000 euros.
- Nom donné en Italie à une monnaie d’or portugaise frappée depuis 1722 valant 4 escudos, ou un demi-doublon, soit 1 pistole d’or d’Espagne (environ 10 livres, une centaine d’euros).
- Qu’il s’engagera à payer pour la banque pour un montant de 200 louis (4 800 livres, plus de 50 000 euros). « Dans les Jeux où on joue de l’argent, on dit, Faire bon, pour dire : S’engager à payer toute la somme qu’on pourra perdre » (Acad. 1762).
- Voir vol. I de la présente édition, p. 1160-1161.
- Le couvent de M. M. à Murano appartenait à l’ordre des Augustines de l’Annonciade céleste.
- La locution « en contenance », inusitée en français, est probablement influencée par l’italien (andare in contegno, stare in contegno).
- Le piquet est un jeu qui se joue à deux avec trente-deux cartes (voir les règles). On dit plutôt Jouer un cent de piquet pour dire : « jouer une partie de cent points au piquet » (Acad. 1762).
- Le couvent des Dames Annonciades à Chambéry se trouvait au faubourg Montmélian, d’après Y. du Parc (« Une thébaïde savoyarde pour Casanova », Casanova Gleanings, XV, p. 18-28).
- « Enflure causée en quelque partie du corps par les eaux qui se forment et qui s’épanchent » (Acad. 1762)
- Dépensés en vain, dilapidés. Possible influence de l’italien gettare pour cet emploi.
- Les deux sources thermales sulfureuses jaillissent de la colline orientale à laquelle la ville est adossée. Il n’y avait pas encore en 1760 le grand édifice des bains construit par Vittorio-Amadeo en 1782, mais seulement des grottes taillées dans le roc.
- Soit environ 10 000 livres (plus de 100 000 euros).
- Croupier (celui qui se tient derrière le banquier pour l’assister au jeu). Voir vol. I, p. 397, n. 2.
- Le ponte gagnant qui joue paroli laisse sa mise initiale et plie un coin de sa carte pour signifier qu’il rejoue aussi son gain. S’il gagne le paroli il emporte ainsi trois fois sa mise initiale. Il annonce sept et le va si, après avoir gagné un paroli, il laisse sa mise initiale et plie un autre coin de sa carte pour signifier qu’il rejoue tous ses gains. S’il gagne, il remporte sept fois sa mise. Il dit quinze et le va lorsqu’après avoir gagné le sept et le va, le ponte laisse sa mise initiale et plie un troisième coin de sa carte pour signifier qu’il rejoue ses gains. S’il gagne il remporte quinze fois sa mise (voir Lexique et règles des jeux, voir ici).
- Il s’agit probablement de Giuseppe-Giacinto Zappata, nommé en 1768 maître-auditeur à la Cour des comptes de Turin (F. L. Mars et Y. du Parc, « Casanova chez les Lyonnais », Casanova Gleanings, VI, p. 30).
- Fox n’est pas mentionné dans le séjour londonien de 1763.
- Huit mille livres du Piémont font 333 pistoles du Piémont, soit 833 sequins (presque 100 000 euros) d’après la conversion donnée par Casanova lui-même (voir ici).
- Convulsée ou frappée d’une apoplexie (« Maladie qui attaque le cerveau, et qui ôte tout à coup le mouvement et le sentiment », Acad. 1762). Graphies probablement influencées par les adjectifs italiens convulsa et apopletica (le mot s’écrit avec un seul t au XVIIIe siècle d’après l’Accademia della Crusca).
- Castoréum : « Terme de Pharmacie. C’est une matière enfermée dans des poches que le castor a vers les aines, et qu’on a prises faussement pour ses testicules. […] On s’en sert dans la léthargie, apoplexie, vertige, tremblements, suffocations des femmes, et dans plusieurs autres occasions » (Trévoux). Voir vol. I de la présente édition, p. 29.
- Errhin ou errhine : « Terme de Pharmacie (Errhinae). Remèdes qu’on prend par le nez pour purger les humidités du cerveau. Il y en a en poudre, comme la bétoine, le tabac, la marjolaine, l’iris, le laurier rose, l’ellébore blanc et l’euphorbe. […] Les errhines sèches, et faites seulement de poudres, sont appellées proprement, sternutatoires. » (Trévoux)
- Me fait revenir de mon étonnement.
- Construction calquée sur l’italien incorrere in, encourir quelque chose ; incorrere nella scomunica : encourir l’excommunication.
- L’emploi de ce verbe connote une menace. « Fulminer » est un terme de droit canon qui signifie « Vérifier, exécuter une Bulle ou autre Rescrit de la Cour de Rome » (Trévoux). Au sens figuré il prend le sens de « S’emporter, invectiver contre quelqu’un avec menaces » (Acad. 1762).
- « Montre qui répète l’heure qu’elle marque, ou qu’elle a sonné, quand on tire une petite corde, ou qu’on pousse un petit ressort » (Acad. 1762).
- Une manière de tricher consiste à corner sa carte à l’insu du banquier sans annoncer sa mise : cela s’appelle faire un paroli de campagne.
- Jeu de cartes où « celui qui amène le plus près de trente points gagne. À trente et un, il gagne double. À quarante, il perd double » (Trévoux).
- De bien le recevoir, lui faire des démonstrations d’amitié.
- Voir vol. I de la présente édition, p. 645.
- Je lui ferai honneur.
- La roue du « tour d’abandon » construit dans les murs des hôpitaux depuis le XVIIe siècle pour y déposer – généralement la nuit – les enfants illégitimes.
- Le soldo di Savoia, monnaie de cuivre, a quasiment la même valeur que le sou français. Dix sous font environ 5 euros.
- L’emploi de l’auxiliaire « être » est un italianisme (conjugaison normale de riuscire).
- Les miroirs.
- Soit une mise de 1 louis sur chacune des cartes du livret que reçoit le joueur.
- « Excommunication majeure : Qui retranche entièrement de la Communion de l’Église, et de toute communion avec les Fidèles. Excommunication mineure : Qui interdit seulement l’usage des Sacrements » (Acad. 1762).
- Quelle coïncidence.
- Italianisme forgé sur imperscrutabile, « insondable ».
- N’osa me répliquer. Probable influence de la polysémie du verbe replicare en italien, qui signifie à la fois « répliquer » et « répéter ».
- Lire « qui ».
- Rendons-lui hommage.
- Dans le traité De ira (De la colère), Sénèque conseille de ne pas s’exaspérer pour des futilités et cite l’exemple extrême du sybarite Mindyridès qui « se plaignit plusieurs fois qu’il avait mal au cœur d’être couché sur des feuilles de rose pliées » (Entretiens, II, XXV, 2, éd. P. Veyne, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 1993, p. 143). Ce mot typique de la mollesse attribuée aux habitants de Sybaris (ancienne ville d’Italie) est extrapolé par Fontenelle qui fait dire à Smindyride (autre nom de Mindyridès) : « Cet Amant et ce Conquérant [Alexandre], et généralement presque tous les Hommes, quoique couchés sur des Fleurs, ne sauraient dormir, s’il y a une seule feuille pliée en deux. Il ne faut rien pour gâter les plaisirs. Ce sont des Lits de Roses, où il est bien difficile que toutes les feuilles se tiennent étendues, et qu’aucune ne se plie ; cependant le pli d’une seule suffit pour incommoder beaucoup » (Nouveaux dialogues des morts, éd. J. Dagen, Paris, STFM-Didier, 1971, p. 124).
- Lit de repos orné d’un baldaquin garni de frange, de glands et de rideaux retroussés au-dessus du dossier et du chevet (une gravure figure dans l’Encyclopédie à l’art. « Tapissier », planche VI).
Chapitre IX
- Saint Louis de Gonzague (1568-1591), jésuite célébré pour la pureté de ses mœurs, devint patron de la jeunesse lors de sa canonisation en 1726. Saint Antoine, franciscain, était le patron de Padoue, canonisé en 1232.
- La surprise s’explique par le contraste avec la tenue austère de la religieuse. Le basin est une « Étoffe de fil de coton quelquefois mêlé avec du fil de chanvre », la batiste une « Espèce de toile très-fine » (Acad. 1762).
- « Clairet » au masculin « ne se dit proprement que du vin rouge, à la distinction du blanc » (Acad. 1762).
- L’identification du tableau est problématique. Casanova évoquait la Madeleine du Corrège à propos de la pose érotique de la « première M. M. » (vol. I de la présente édition, p. 1059, n. 3). L’essentiel réside dans le jeu d’échos et de reflets entre différents épisodes marqués par un libertinage partagé à l’écart des contraintes sociales ou religieuses.
- Lire probablement « consommé ». Ce n’est pas la seule occurrence de cet emploi. Nous conservons ici le mot casanovien en raison de l’effet de sens qu’il produit.
- L’enchaînement.
- Par laquelle elle se disait déshonorée.
- Des Armoises a pour consigne de laisser tricher les dames tant que les mises restent faibles.
- Le vélin est une « peau de veau préparée, qui est plus délicate et plus unie que le parchemin » (Acad. 1762).
- Huit pouces font presque 22 cm.
- Dans les romans de chevalerie, le « caparaçon » désigne les housses ornées, les armures et les harnois dont on recouvrait les chevaux dans les tournois et les combats.
- Casanova appelle ces préservatifs par leur nom anglais condons dans l’épisode vénitien de M. M. et C. C. (vol. I de la présente édition, p. 1054). Le chirurgien Daniel Turner en recommandait l’usage dans son traité Syphillis, a Practical Dissertation on the Venereal Disease (Londres, 1717). Voir Ph. K. Wilson, Surgery, Skin and Syphilis: Daniel Turner’s London (Amsterdam et Atlanta, Rodopi, 1999).
- Douze louis font 288 livres, soit plus de 3 000 euros.
- Écrit d’abord sir, corrigé en ser. Transcription phonétique de la formule de salutation : How do you do Sir?
- « Elle fut saisie d’horreur voyant ses seins éclaboussés par mon âme détrempée en gouttes de sang », écrivait Casanova au sujet de M. M. (vol. I, p. 1056).
- Casanova était à Chambéry fin 1762, d’après les lettres de Bono datées des 17 et 31 décembre 1762 (Archives de Prague, 10 N 2 et 10 N 7), ainsi que celles de Pernon du 31 décembre (11 D 3) et de Prié du 11 décembre (14 F 1). Toutes ces lettres sont adressées à « M. le chevalier de Seingalt (ou Saint-Galt), à Chambéry ».
- Voir ici
- « On dit qu’Une femme a le bras, la main, la gorge faits au tour, pour dire qu’elle les a parfaitement bien faits » (Acad. 1762).
Chapitre X
- François-Léonard, baron de Valanglard, était capitaine du régiment de Polignac (milice Lorraine) en garnison à Grenoble, d’après P. Thévenon (« Séjour de Casanova à Grenoble », Casanova Gleanings, VIII, p. 21).
- Précocement disparue à vingt-quatre ans, peu après son mari qui en avait soixante-dix. Agnès-Marie d’Urfé, duchesse d’Estouteville (1732-1756), avait épousé en 1754 Paul-Édouard Colbert, comte de Creuilly et duc d’Estouteville (1686-1756).
- Sans doute à La Tronche, village qui au XVIIIe siècle jouissait d’une grande renommée pour ses villas magnifiques et ses « fastes bachiques », selon Georges Cucuel (Casanova nel Delfinato, Rivista d’Italia, XXII, 1919, 2, p. 91).
- Ratafia, liqueur dont la fabrication rendait Grenoble célèbre. La recette grenobloise fut inventée en 1743 par Mathieu Tesseire (1689-1769), d’après P. Thévenon (« Séjour de Casanova à Grenoble », Casanova Gleanings, VIII, p. 23).
- Le visnat, ou vichnak, est une variété d’hydromel de cerises. Casanova louait « l’excellent hydromel » qu’il a bu chez Josouff Ali lors de son séjour à Constantinople en 1743 (vol. I de la présente édition, p. 370).
- L’addition. La carte est le « mémoire de la dépense d’un repas chez un Traiteur » (Acad. 1762).
- Les bougies sont une marque de distinction aristocratique, les chandelles sont utilisées par le peuple.
- Le chocolat était vendu sous forme de pain de cacao. Pour préparer un chocolat, on doit râper le cacao en poudre, le mélanger avec de la cannelle et du sucre, verser le tout dans une chocolatière avec un œuf frais entier. Puis « on mêle bien le tout avec le moulinet, on le réduit en consistance de miel liquide ; sur quoi ensuite on se fait verser la liqueur bouillante (eau ou lait, suivant la fantaisie) pendant qu’on fait rouler soi-même le moulinet avec force, pour bien incorporer le tout ensemble. Enfin on met la chocolatière sur le feu, ou au bain-marie dans un chaudron plein d’eau bouillante ; et dès que le chocolat monte, on en retire la chocolatière ; et après avoir fortement agité le chocolat avec le moulinet, on le verse à diverses reprises et bien moussé dans les tasses. Pour en relever le goût on peut avant que de le verser y ajouter une cuillerée d’eau de fleur d’orange, où on a fait dissoudre une goutte ou deux d’essence d’ambre » (Encyclopédie, art. « Chocolat », par Diderot).
- Le même banquier turinois nommé voir ici.
- Mille sept cents louis font 40 800 livres, soit environ 450 000 euros.
- Refrain d’un monologue du Joueur de Régnard (1696) : « Que ton sort est heureux ! Allons, saute, marquis ! » (IV, 10), également cité par Arlequin à la fin du Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux (1730).
- Revenu médiocre (un peu plus de 20 000 euros) : on peut parler de revenus bourgeois à partir de 5 000 livres de rentes.
- Je prends du bon temps. Possible construction de la locution familière « se donner du menu », de même sens.
- Selon des travaux casanovistes, Mme Morin serait en réalité Mme Borel.
- Autre nom de l’astrologie, cet « art chimérique, suivant les règles duquel on croit pouvoir connaître l’avenir par l’inspection des Astres. Comme le public confond quelquefois l’Astronomie avec l’Astrologie, on les distingue en donnant à l’Astrologie l’épithète de Judiciaire » (Acad. 1762).
- Fille d’un greffier des insinuations ecclésiastiques, Anne Roman-Coppier (1737-1808) devint une des maîtresses de Louis XV, qui la nomma baronne. Sa sœur Marie-Madeleine Roman-Coppier était femme d’un conseiller auditeur à la Chambre des comptes du Dauphiné. Elle fut à Paris maîtresse d’un fermier général, tenancière d’une maison de jeu, entremetteuse et maquerelle sous le nom de Mme Varnier.
- Née en 1737, Mlle Roman avait vingt-trois ans en 1760, et non pas dix-sept.
- Quadrille : « Jeu de cartes entre quatre personnes, imité du Jeu de l’Hombre, dont on observe la plupart des règles, mais qui en a quelques-unes qui lui sont particulières, et qui se trouvent imprimées dans l’Académie des Jeux (1725) ». Au jeu de l’Hombre, « on donne neuf cartes à chacun, et celui qui joue doit faire cinq levées, ou quatre, lorsque les cinq autres sont partagées, en sorte que l’un des deux autres en ait deux, et l’autre trois » (Trévoux).
- « Manière vaine et cavalière de prononcer le nom de Monsieur en l’abrégeant » (Trévoux).
- « On dit qu’un homme a servi d’un plat de son métier, quand il a fait quelque tour d’adresse, quelque fourberie. On le dit aussi en bonne part, quand quelqu’un a fait quelque présent, ou a apporté quelque chose de la nature du métier dont il se mêle » (Trévoux).
- Neuf louis font 216 livres (environ 2 300 euros).
- Que (italianisme).
- Avec un air d’amitié. Construction italianisante (con l’aria di un’amicizia).
- Le signalement de cet aventurier qui se faisait appeler Charles Ivanov, recherché pour escroquerie, a paru dans la Gazette de Schaffhouse datée du 19 mars 1760 et a été recopié par Casanova (voir le Répertoire des noms).
- Une boule projetée hors de la table du billard.
- Boucles de souliers ou de jarretières, signe ostensible de richesse (voir vol. I de la présente édition, p. 1014).
- Emploi métaphorique du mot « dépouille » qui désigne ordinairement « la peau de certains animaux. Reliques et Dépouilles ont le même sens, mais non pas le même emploi. Le premier ne se dit que des Corps Saints : le second n’est en usage qu’en Poésie » (Féraud).
- Expression désignant la fille d’un cousin germain ou d’une cousine germaine du père ou de la mère.
- Jean-Pierre Moret de Bourchenu, marquis de Valbonnais (1651-1730), fut conseiller au parlement de Grenoble, premier président de la Chambre des comptes du Dauphiné, conseiller d’État et membre de l’Académie des inscriptions. Il publia en 1722 des Mémoires sur le Dauphiné et une Histoire du Dauphiné que Casanova avait peut-être lus avant d’entreprendre son voyage.
- Les éphémérides « sont des tables calculées par des Astronomes, qui marquent l’état du ciel tous les jours à midi ; c’est-à-dire, le lieu où à midi se trouvent toutes les Planètes : et ce sont ces tables qui servent à dresser les horoscopes, ou thèmes célestes, à marquer les éclipses, les conjonctions et aspects des planètes, etc. » (Trévoux). Les plus célèbres étaient La Connaissance des temps et des mouvements célestes (1679).
- Dans l’Icosameron, Édouard annonce la naissance d’un héritier royal par l’intermédiaire d’une voix mystérieuse : « Le royal couple, disait la voix, n’ira pas mécontent à la retraite de la paix éternelle » (t. IV, p. 106). Casanova théorise à cette occasion le recours à l’équivoque par les faux prophètes.
- La Maintenon vivait avec ses parents à la Martinique en 1645 ; son père, Constant d’Aubigné, étant mort en 1647, elle rentra en France avec sa mère.
- Sens et construction classiques de « confiner » : « Être situé proche les confins d’un pays. La France confine avec l’Espagne » (Acad. 1762).
- Voir ici : Casanova attribue à Pic de la Mirandole cet adage qui se trouve sous d’autres formes (Astra inclinant, non nécessitant) dans le Coelestis Physiognomonia (1603) de Giambattista della Porta (1538-1615) ou dans les ouvrages de Kepler (1571-1630).
- Voir ici.
- Il s’agit ici non de la tante mais de la sœur aînée de Mlle Roman, Mme Marie-Madeleine Varnier, née Roman-Coppier, entremetteuse en relation avec Lebel, pourvoyeur de Louis XV (rôle tenu par le valet Saint-Quentin dans le premier séjour parisien, vol. I, p. 857 sq.). C’est au café de Foy et au café de la Régence, situés près du Palais-Royal, que se retrouvaient les joueurs d’échecs parisiens.
- Les 50 doublons valent environ 40 000 euros (voir vol. I, p. 297).
- Si (influence de l’italien si).
- C’est-à-dire sur la bouche : indication sur l’appartenance maçonnique de Mme Morin. Le Mops-Orden (ordre du Carlin), institué en 1740 par Clément-Auguste, électeur de Cologne, en réaction à la bulle du pape Clément XII contre les francs-maçons, admettait des femmes. Il s’étendit en Allemagne, en France et en Hollande. L’abbé Pérau avait publié en 1745 L’Ordre des Francs-Maçons trahi, et le Secret des Mopses révélé.
- De vous faire affront.
- Ernst Johann de Biron fut exilé en Sibérie en 1740 (voir ici). Il eut deux fils : Pierre (1724-1800) et Charles (1728-1801) que Casanova retrouvera en 1764 à Berlin.
- « En parlant de pierreries, on dit Pierre fine, par opposition à Pierre fausse » (Acad. 1762). Les pierres étamées sont enduites d’étain fondu. « Rose » renvoie prioritairement à la couleur, mais « rosette » peut désigner la forme (les diamants « rosettes » sont des pierres « taillées en facettes par dessus, et dont le dessous est plat », Acad. 1762).
- Romans-sur-Isère, entre Valence et Grenoble.
Chapitre XI
- En descendant l’Isère, puis le Rhône.
- Que.
- Trente louis font 720 livres, environ 8 000 euros.
- L’hôtel de Saint-Omer.
- Cet emploi d’« affiche » au masculin est inhabituel.
- Les deux sœurs Rosalie et Marguerite Astrodi (ou Astraudi) jouaient depuis 1744 à la Comédie-Italienne (d’après les frères Parfaict, Dictionnaire des théâtres de Paris, Paris, 1756, t. I, p. 319, et J. A. Jullien, Histoire anecdotique et raisonnée du théâtre italien, Paris, 1769, t. VI, p. 225), mais Casanova ne les mentionne pas durant ses séjours parisiens.
- Soit 2 livres (une vingtaine d’euros).
- Selon une correspondance du commandant de Nice avec le sous-secrétaire d’État de l’Intérieur à Turin, l’homme « à figure ignoble » serait un aventurier se faisant appeler le « baron Stuard [ou Tuard] de Frisot ». La « belle étrangère » serait Marie Anne Constance Louise de Grefs, fille d’un avocat de la ville d’Aix-la-Chapelle, enlevée de la maison paternelle par le « baron » dont le père ne voulait pas pour gendre. À Nice, « la Stuart » se présenta comme la fille du comte de Loo de Limirtsch, près d’Aix-la-Chapelle (F. L. Mars, « Casanova à Antibes, Nice et Menton : la belle Stuard identifiée », Casanova Gleanings, II, p. 5-14).
- La célèbre source de la Sorgue se trouve près du village de Vaucluse.
- Lettres de recommandation.
- Voir ici. La femme chantée par Pétrarque fut associée à Laure de Noves (1308-1348), fille d’Audibert, qui épousa, en 1325, Hugo de Sade. Pétrarque l’aurait vue en 1327 dans l’église de Sainte-Claire à Avignon, d’où il partit en 1337 pour s’établir à Vaucluse. Voltaire cite l’ode à la fontaine de Vaucluse, qu’il traduit en vers croisés, dans son Essai sur les mœurs (t. I, chap. LXXXII, p. 764-765).
- Gregorio Salviati (1722-1794) avait été nommé vice-légat d’Avignon le 9 avril 1760, la ville appartenant toujours aux États pontificaux jusqu’en 1791. Grand seigneur aimant le luxe et les fêtes, il fut nommé cardinal par Pie VI en 1777.
- « On dit qu’Un homme est frais de quelque chose, pour dire qu’Il en a la mémoire récente » (Acad. 1762).
- Deux louis font 48 livres, soit 16 écus de 3 livres (appelés aussi « petits écus »), environ 500 euros.
- « D’une manière convenable à ce qui se doit, selon la raison, selon les formes. Il ne se dit guère qu’en termes de Pratique » (Acad. 1762).
- Le pont Saint-Bénezet, dont l’origine remonte à l’époque gallo-romaine, relie les deux rives du Rhône entre Avignon et Villeneuve. Il ne reste que trois des dix-huit arches.
- Vin renommé provenant de Tain, dans la Drôme.
- Un guide instruit. On donne le nom de « cicérone » « à ceux qui font voir aux étrangers les curiosités d’une Ville » (Féraud).
- En 1760, le capitaine de la garde suisse au palais portait effectivement ce nom.
- Soit une taille de 1,96 m. Rachitis : « Maladie qui consiste principalement dans la courbure de l’épine du dos, et de la plupart des os longs, dans des nœuds qui se forment aux articulations, et dans le rétrécissement de la poitrine » (Acad. 1762).
- Se préparer, s’habiller correctement. Expression influencée par la locution italienne mettersi in ordine, « s’apprêter », « se préparer », « s’arranger ».
- L’Isle-sur-la-Sorgue, au pied du plateau de Vaucluse, à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Avignon.
- Confusion géographique probable : Apt est situé à 25 km à l’est de Fontaine-de-Vaucluse, sur la route de Forcalquier.
- Pétrarque, Canzoniere, 126, v. 1-3, p. 188-189.
- Leone Allacci (1586-1669), helléniste et médecin, écrivain politique et historien prolifique, fut professeur et bibliothécaire à Rome. Originaire de Chio, il a publié sous son nom latinisé d’Allatius un livre sur sa patrie, qui était associée à celle d’Homère : Leonis Allatii De Patria Homeri. Leonis Allatii Natales (Lyon, Durand, 1640).
- Arqua, Arquato, bourg de Lombardie où Pétrarque s’établit vers 1368 et où il mourut en 1374.
- « À son visaige cler, mort belle estoit de voir » (trad. S. Bourgoin), Pétrarque, « Triomfo della morte », chap. I, v. 252, Les Triomphes, éd. G. Parussa et E. Suomela-Härmä, Genève, Droz, 2012, p. 154.
- Déclaration contradictoire avec la correction de la page 467.
- Pétrarque était natif d’Arezzo.
- Orth. bout. Nous interprétons cette graphie comme la déformation de « but » influencée par une prononciation italianisante. Casanova écrit ailleurs « de bout en blanc » pour « de but en blanc ».
- Gian-Giacomo Grimaldi (1705-1777) fit carrière dans l’armée autrichienne. Nommé doge de Gênes de 1756 à 1758, il partagea ensuite son temps entre Venise et Padoue (L.-T. Belgrano, Aneddoti e ritratti casanoviani, Turin, 1889).
- Voir ici.
- Pour dégrafer le corset.
- « Non-Conformistes, en amour, c’est la même chose que Sodomite » (Trévoux).
- Qui (influence du che italien).
- « Voilà de la façon que les personnes qui s’aiment véritablement se baisent, en lançant amoureusement la langue entre les lèvres de l’objet qu’on chérit » : c’est ainsi que sœur Angélique définit « cet abrégé de la souveraine volupté » qu’est le « baiser à la florentine » (3e entretien de La Religieuse en chemise de Chavigny de la Bretonnière [autre titre : Vénus dans le cloître], éd. J. Sgard, Presses universitaires de Saint-Étienne, 2009, p. 140).
- Même sens que « non-conformiste » ci-dessus.
- Le chevalet est « un morceau de bois fort mince, qui sert à tenir élevées les cordes d’un violon, d’une viole, d’un luth, d’un clavecin, et des autres instruments à cordes » (Acad. 1762).
- « On dit aussi figur. et famil. d’Une personne qui demeure confuse et interdite, qu’Elle est demeurée capot. On le dit aussi d’Une personne qui se voit frustrée de son espérance » (Acad. 1762).
- Empila deux traversins (voir vol. I de la présente édition, p. 259).
- Minerve (Athéna), déesse vierge que Vulcain (Héphaïstos) essaya en vain de violer. Possible allusion à Prométhée qui voulut lui aussi violer Minerve : ce mythe est réinterprété au siècle des Lumières dans le sens d’un dépassement des limites de l’intelligence humaine.
- Votre feinte, votre dissimulation.
- Le Vénitien retrouvera la Stuard dans les Ardennes (voir ici).
- Dans la mythologie gréco-latine, Ganymède est un jeune homme à la beauté éblouissante enlevé par Zeus (Jupiter) qui en fait l’échanson des dieux et son amant.
- Pancarte peut désigner « toute sorte de papiers, de patentes » (Trévoux).
- Voir le Répertoire des noms.
- La prévention (ici favorable : c’est une sorte de compatriote que rencontre le Vénitien).
- Mécontent (emploi rare).
- L’écrivain désigne ici celui qui apprend à écrire.
- « On dit familièrement Mettre un homme au pied du mur, pour dire : le mettre hors d’état de reculer, et le forcer à prendre un parti » (Acad. 1762). C’est l’expression qu’on attendrait plutôt que « entre deux murs », non répertoriée.
- Tridentinum Concilium, dernier concile visant à réformer l’Église catholique (1545-1563).
- Il savait un peu d’arithmétique (de l’italien abbaco : « table de calcul »).
- En Espagne, l’expression « vieux chrétien » s’oppose à « nouveaux chrétiens », les Maures et les juifs convertis au catholicisme (appelés aussi par mépris marranes).
- Le parlement d’Aix, un des douze parlements de province sous l’Ancien Régime.
- L’auberge des Treize Cantons, hôtellerie suisse située au XVIIe siècle près de la cathédrale.
- Un valet de louage.
- Probablement le théâtre Vacon, ouvert en 1738, dans la rue du même nom.
- Lieu surélevé vis-à-vis de la scène (voir vol. I de la présente édition, p. 738, n. 3).
Chapitre XII
- Dans une note de la Confutazione, Casanova évoque un « monsieur de Forbin, chevalier de Malte », rencontré à Marseille en 1763 (t. II, p. 193).
- Essaye. Italianisme formé sur provare : « éprouver, essayer, tester ».
- Soit 6 livres, somme trop modique pour se loger correctement.
- Vingt sous font 1 livre.
- « Suivant l’Acad., [œuvre] est masculin au singulier dans le style soutenu : Un si grand œuvre » (Féraud).
- Jeu de cartes. Gentil a le sens d’« aimable », « poli », « galant ».
- Montre à répétition (voir ici).
- Soit 120 livres, environ 1 300 euros.
- « Terme de Marine. Lever l’ancre. Il ne se dit que des galères et des bâtiments de bas-bord. Dès que l’escadre eut appareillé, les galères serpèrent » (Acad. 1762).
- Ou « six sous blancs » : pièces de billon blanc de très petite valeur (1 sou) appelées dizain (10 deniers) ou douzain (12 deniers).
- Quitta son air renfrogné. Le verbe « défrogner », formé sur l’ancien français « froigner » (qui a donné « renfrogner »), est répertorié dans le Dictionnaire de la langue du XVIe siècle de Huguet. Il apparaît dans la tragédie de Mathieu Clytemnestre (1583) : peut-être un souvenir des leçons de Crébillon père ?
- Le sens de cet adjectif est problématique.
- Fin 1763 : voir t. vii, p. 1134, où elle est qualifiée de « femme d’esprit et intrigante ». D’après J. Rives Childs, Mme Audibert tenait un salon de jeu à Marseille.
- Des petites sèches (en latin sepia). Probables déformations de seppiolline et de supion.
- M. Gabius Apicius, célèbre gastronome vivant sous les règnes d’Auguste et de Tibère. Tacite le désigne comme « le riche et prodigue Apicius » (Annales, IV, 1, éd. C. Salles, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014, p. 554).
- Extrait d’un vers d’Horace, Mors ultima linea rerum est (« La mort marque la ligne où tout finit », Épîtres, I, 16, v. 79, p. 110), déjà cité dans l’Histoire de ma vie (vol. I de la présente édition, p. 1123).
- Former des ornements par des nœuds serrés les uns contre les autres, au moyen d’une navette, sur un cordon de fil ou de soie.
- La ville fortifiée de Toulon, d’une importance stratégique capitale, avait été menacée en 1744 par les flottes espagnole et anglaise pendant la guerre de succession d’Autriche. « Cette ville, quoiqu’assez grande et maritime, n’est pas cependant peuplée, excepté de couvents de religieux et de religieuses. Les prêtres de l’oratoire y ont le collège, et les jésuites un séminaire. Le port de cette ville est un des plus connus, des plus vastes, et des meilleurs de l’Europe. Il est destiné aux vaisseaux de guerre ; et les galères qui étaient à Marseille y sont à présent. L’arsenal est à une des extrémités du quai. Le parc de l’artillerie renferme tout ce qui est nécessaire en ce genre » (Encyclopédie, art. « Toulon », par Jaucourt).
- Métaphore empruntée au vocabulaire de la joaillerie. « On dit Monter un diamant, pour dire : le mettre en œuvre, assembler les pièces les unes avec les autres » (Acad. 1762).
- Le port de Villefranche est situé à quelques kilomètres au nord de Nice, dans la baie du cap Ferrat. Nice était alors « capitale du comté du même nom, avec une bonne citadelle, un évêché suffragant d’Embrun, et un sénat qui est comme démocratique. […] Le duc de Berwick la prit en 1706 ; elle fut rendue par le traité d’Utrecht au roi de Sardaigne. Les Français la reprirent en 1744, et l’ont rendue par le traité d’Aix-la-Chapelle » (Encyclopédie, art. « Nice », par Jaucourt).
- L’Anglais Paterson était lieutenant général au service du roi de Sardaigne et gouverneur de Nice entre 1752 et 1763.
- Soit 120 000 livres, plus de 1 million d’euros.
- Jean-Antoine Ramini, avocat anobli en 1727, mort en 1770 d’après F. L. Mars (« Casanova à Antibes, Nice et Menton : la belle Stuard identifiée », Casanova Gleanings, II, p. 9).
- Gros moustiques.
- Soit à peu près 500 livres françaises, environ 5 500 euros.
- L’auberge de Santa Marta près de Santa Fede, dans le voisinage de l’Annunziata.
- Faire avec elle les travaux de lingère.
- Il y avait alors à Gênes trois théâtres : le Teatro del Falcone (opéra-comique, comédie et fêtes de cour), le Teatro Sant’Agostino (opera seria et opera buffa), et le Teatrino dellie Vigne (opéras, comédies, spectacles de marionnettes), d’après A. Pescio (Settecento genovese, Milan, Collezione Settecentesca, XVIII, 1922, p. 132) et L. T. Belgrano (Delle feste e dei giuocchi dei Genovesi, Archivio storico italiano, 3e série, t. XV, 1872, p. 717 sq.).
- Grasseyer : « Parler gras, prononcer certaines consonnes, et principalement les r avec difficulté. Cette femme grasseye agréablement » (Acad. 1762).
- Lancé en 1765 par l’Académie des inscriptions, le Journal des savants est le plus ancien périodique français paraissant dans la langue vernaculaire, et le premier à avoir bénéficié d’un comité de rédaction spécialisé. Hebdomadaire puis mensuel à partir de 1724, il connut un succès européen. Le Mercure galant, mensuel fondé en 1672 par Donneau de Visée, était devenu depuis 1723 le Mercure de France. Destiné au public mondain, il a façonné le style et la forme du journal moderne. Des écrivains prestigieux y collaborèrent, comme Marivaux, Rousseau, Raynal et Marmontel.
- « Les parures de pierreries que les femmes attachent aux boucles qu’elles portent à leurs oreilles » (Acad. 1762).
- Ou mezzaru, étoffe orientale (provenant ici de Pékin) portée sur la tête et croisée sous le menton.
- Le mot cendal existe en provençal. C’est un fichu traditionnel porté par les Vénitiennes (zendado ou zendale).
- Mantille : « espèce de grand fichu à trois pointes, dont celle de derrière est arrondie. On les fait ordinairement de velours, ou de drap écarlate, bordées d’un galon ou d’une broderie d’or » (Trévoux).
- Personnage non identifié, probablement inventé, d’après les casanovistes de l’édition de La Sirène, qui se fondent sur quelques pages biffées retrouvées à Dux (U 29 4). Voir Variantes du tome VI.
- Son heure de visite.
- San Pier d’Arena, ou Sampierdarena, faubourg de Gênes où étaient situées les villas des riches familles génoises.
Tome sixième
Chapitre premier
- Voir ici.
- Banque très connue.
- Monnaie d’or florentine qui portait la fleur de lis des armes de Florence (giglio). Même valeur que le sequin vénitien (environ 115 euros).
- Autre banquier réputé. Casanova dispose respectivement de 700 000 euros et de plus de 1 million d’euros.
- Voir ici.
- Grimaldi, ancien doge de Gênes (1756-1758), appartenait à ce titre à la Camera, chambre chargée des Finances.
- La compagnie de Pietro Rossi, acteur et directeur de troupe vénitien (1720-après 1778), jouait au théâtre Sant’Agostino de Gênes. Si Pietro Rossi fut apprécié dans le rôle de Freeport, sa troupe jouait l’imitation de L’Écossaise due à Goldoni : on ne sait rien de la traduction de Casanova.
- Les éditions de 1762 et de 1798 de l’Académie témoignent d’un glissement de sens. En 1762, une situation, au théâtre, désigne « des changements subits qui surviennent dans l’état des personnages ». Selon l’édition de 1798, « situation » « se dit, en parlant des pièces de Théâtre, de l’Épopée, des Romans, d’un moment de l’action qui excite l’intérêt d’une façon marquée ». Les deux sens peuvent ici fonctionner.
- Voir ici.
- « Bien vêtu, bien meublé, […] qui a en abondance toutes ses aises et toutes ses commodités » (Acad. 1762).
- Fille de Pierre le Grand et de Catherine Ire, tsarine de 1741 à 1762.
- Muse de la comédie.
- Chez Voltaire : « Je vous adore, et je le dois » (L’Écossaise, V, 3, éd. J. Goldzink, Paris, GF-Flammarion, 2004, p. 367).
- Que le public en voulut cinq autres représentations. Réplique : italianisme forgé sur replica au sens général de « répétition », ou au sens théâtral de « représentation ».
- De lynx.
- La Piazza Banchi doit, sans surprise, son nom, depuis le Moyen Âge, à la présence de banques.
- Casanova le nomme aussi Paretti, nom sans doute fictif (voir ici).
- « Transaction, accord, convention. Il se dit principalement en matières Ecclésiastiques » (Acad. 1762).
- Maison privée dédiée au divertissement et au plaisir.
- Dans le milieu des affaires. Place : « se prend aussi quelquefois absolument pour Le lieu du Change, de la Banque ; le lieu où les Banquiers, les Négociants s’assemblent dans une ville, pour y traiter des affaires de leur commerce, de leur négoce » (Acad. 1762).
- Surprise « se dit aussi d’une tromperie, d’une supercherie ; d’une chose qu’on a fait contre l’ordre, ou sur la confiance d’autrui » (Trévoux).
- Ronger mon frein (Casanova calque l’italien mordere il freno).
- Plus de 20 000 euros.
- Novice. Casanova écrit aprentif, graphie vieillie à la fin du XVIIIe siècle, mais indiquée par l’Académie jusqu’en 1740.
- Grimaldi est né en 1705.
- Construction italianisante forgée sur l’emploi de usare.
- Probable accord avec le terme le plus proche, conformément à une licence de la langue classique.
- Casanova livre dans ces lignes sa propre interprétation de l’obsession antivoltairienne qui traverse ses œuvres (voir par exemple la Confutazione [1769], notamment en son Supplimento, et le Scrutinio del libro Éloges de M. de Voltaire par différens auteurs [1779]).
- Voir ici.
- Citation correcte : « Vetabo, qui Cereris sacrum volgarit arcanae, sub isdem sit trabidus [Je défendrai que l’homme qui aura divulgué les rites de la mystérieuse Cérès habite sous les mêmes poutres que moi] », Horace, Odes, III, 2, v. 26-28, p. 164-165.
Chapitre II
- Salope : « Mal-propre en son manger, en ses habits, en son logement » (Trévoux).
- Possible influence de la locution « être après » (Féraud : « On disait autrefois, être après à ou de, pour signifier, être occupé à ou de »).
- Carré de coton imprimé servant de voile. Pièce typique de la région génoise.
- Dans la Rome ancienne, prêtresse de Vesta, vouée à la chasteté. « Les Romains donnaient ce nom à des Vierges consacrées à la Déesse Vesta ; et parmi nous ce terme signifie : Une femme, une fille d’une chasteté exemplaire » (Acad. 1762).
- Petit bâtiment étroit et long, à voile et à rames.
- Environ 9 km (milles romains).
- Muscat de Lunel, vin doux produit dans l’Hérault.
- Martial, Épigrammes, I, 57, t. I, p. 33.
- Qu’il l’ait fécondée. Italianisme (rendere feconda : « féconder »).
- Accord avec le terme le plus proche.
- Plus de 350 000 euros.
- Recommandations. Italianisme forgé sur raccomandazioni.
- Indirectement. Voir ici.
- Environ 4 500 euros (sequin de Gênes).
- Sans négocier. Capituler : « Parlementer, traiter de la reddition d’une Place […], entrer en traité sur quelque affaire, sur quelque démêlé, venir à un accommodement » (Acad. 1762).
- Terme d’origine médicale. Absterger signifie « Nettoyer. Il se dit des plaies, des ulcères » (Acad. 1762).
- Accessoire auquel Casanova a plusieurs fois recours dans ses mises en scène de mage. Voir l’épisode du trésor de Césène (dans la présente édition, vol. I, p. 578).
- Remède propre à guérir un mal particulier. Orth. spicifique.
- Sur ce thème, voir la préface de 1797 dans la présente édition, vol. I, p. 5.
- Brute : « animal privé de raison » (Acad. 1762).
- Allusion aux querelles de l’époque de Dux. Il a été proposé de reconnaître dans ce « sot voisin » le Dr O’Reilly, médecin près de Dux, avec qui Casanova eut des controverses.
- Environ 9 000 euros.
Chapitre III
- Voir ici.
- Pietro Chiari (1711-1785) fait un portrait à charge de Casanova dans La commediante in fortuna (1755). Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1529.
- Voir Répertoire des noms.
- Le manuscrit de la Chiareide se trouve à la Biblioteca Estense (Modène). L’œuvre n’a pas été imprimée.
- Le soulignement indique-t-il que le mot est prononcé en français par Passano ? Casanova signalerait alors l’italianisme de son compatriote (felicità au sens d’« à-propos », de « pertinence »).
- Italianisme forgé sur filastrocca (discours long et diffus, litanie).
- Chiari entendait être le rival de Goldoni dans le paysage dramatique vénitien.
- Imbécile, idiot. « Viédase : Terme injurieux qui n’est pas obscène, comme plusieurs s’imaginent ; car il ne signifie autre chose que visage d’âne, vu qu’on disait autrefois vis pour visage, et de vis d’ase on a dit par corruption viedase » (Furetière). Au XVIIIe siècle, le mot n’est pas répertorié par l’Académie.
- La censure empêche d’imprimer tout ce que l’on veut (la presse désigne « la machine par le moyen de laquelle on imprime sur des feuilles de papier », Acad. 1762).
- Une dizaine de centimètres.
- Les relations entre Louis de Muralt et Passano sont notamment confirmées par une lettre à Mme d’Urfé reproduite par Ch. Samaran (Jacques Casanova, Vénitien, p. 228 sq.). Voir Répertoire des noms.
- Un fragment d’une autre rédaction de ce passage subsiste dans les archives aujourd’hui conservées à Prague. Voir Variantes.
- Strapontin. « Quelques-uns disent Estrapontin » (Trévoux).
- Maria Maddalena Morelli (1727-1800), reçue à l’Académie de l’Arcadia vers l’âge de vingt ans sous le nom de Corilla Olimpica : poétesse reconnue, en particulier pour son talent d’improvisatrice.
- Les italiques signalent peut-être l’origine italienne d’un verbe récemment passé en français. Quoique son introduction soit plus ancienne, il n’est répertorié par l’Académie qu’en 1798 : « Faire sans préparation et sur-le-champ, des vers sur une matière donnée. Les Italiens improvisent beaucoup. Ce mot est emprunté de l’Italien. »
- Louche (du latin strabus).
- Ce mot semble être un néologisme de Casanova.
- Dans le quartier du Ponte alla Carraia.
- Établissement renommé où descendaient les voyageurs distingués.
- L’Accademia della Crusca entend veiller à la pureté de la langue, à distinguer le bon grain de l’ivraie, en italien la farine du son (crusca).
- Au sens propre, « faire figure », c’est-à-dire « Faire une bonne figure, être dans une situation considérable, paraître beaucoup, faire beaucoup de dépense » (Acad. 1762).
- Giovanni Roffi, acteur apprécié sous le masque d’Arlequin, associé à la troupe de Francesco Berti, puis directeur de théâtre à Florence.
- Probablement au sens de « jouer » (la comédie). Italianisme (recitare : jouer – pour un acteur).
- Pietro Pertici, d’abord acteur-chanteur très apprécié d’opera buffa. À partir des années 1750, acteur comique tout aussi estimé, en particulier par Goldoni.
- Le célèbre Teatro della Pergola, construit au milieu du XVIIe siècle.
- La syntaxe de Casanova butte une nouvelle fois sur une proposition subordonnée relative, ce qui débouche sur une rupture de construction.
- Voir dans la présente édition, vol. I, p. 298 sqq. et p. 1524. On lit dans une note conservée à Dux : « Thérèse que j’avais quittée à Rimini il y avait déjà dix-[sept] huit ans », et : « J’allais étant plus curieux de savoir les suites que cette entrevue devait avoir que tout ce qui devait lui être arrivé dans [dix-sept ans] [seize ou] dix-huit ans, qui me paraissait alors un siècle » (Marr U 29 4 ; voir Variantes).
- Dix-sept ans après l’avoir quittée.
- Une illusion. « Illusion par sortilège, fascination » (Féraud).
- D’après un rapport de surveillance des autorités florentines, Casanova portait le pseudonyme Cav. Sangalli, puis Cavaliere Santacrux (J. R. Childs, « New lights on Casanova’s activities in Florence, 1760 », Casanova Gleanings, III, p. 20-25).
- Selon toute vraisemblance dans une œuvre fondée sur Artaserse, livret de Métastase (1729). Mandane est fille de Xerxès qui a été assassiné par Artaban. Sœur d’Artaxerxès, futur roi de Perse, que visent les machinations d’Artaban, elle est enfin amoureuse d’Arbace, le fils d’Artaban. Une dizaine d’œuvres lyriques se fondent sur ce livret avant 1750. Aucune ne semble avoir été représentée à Florence en 1760. Hugo von Hofmannsthal a utilisé l’histoire de cette rencontre entre Casanova et Thérèse pour sa pièce Der Abenteurer und die Sängerin (L’Aventurier et la chanteuse, Berlin, 1899).
- Action « se dit plus particulièrement de tout ce qui regarde la contenance, le mouvement du corps, et les gestes de l’Orateur ou de l’acteur » (Acad. 1762). Le récitatif désigne le récitatif obligé : « sorte de chant qui n’est point assujetti à la mesure, et qui doit être débité » (ibid.). Voir vol. I de la présente édition, p. 748.
- Nom fictif.
- « Rendre ses devoirs » signifie habituellement « rendre visite ». La locution semble employée au sens de « pour vous servir ». Ce n’est pas l’usage.
- « S’informer à quelqu’un » est une construction régulière au XVIIIe siècle. Elle est encore répertoriée par l’Académie au XIXe siècle.
- Accoler : « Jeter les bras au cou de quelqu’un en signe d’affection. Il me vint accoler. Ils s’accolèrent avec grande amitié » (Acad. 1762).
- « Situation » est ici à comprendre dans son sens théâtral (changement subit dans l’état des personnages ou moment de l’action excitant un intérêt marqué) : c’est bien la scène de retrouvailles entre un père et sa fille jouée par Thérèse qui est une situation pathétique – chacun des mots ayant son sens dramatique fort –, et non pas la situation « réelle » de Casanova et de l’actrice, cette rencontre de hasard entre deux anciens amants qui relève d’un romanesque à la tonalité différente. L’Histoire de ma vie s’écrit à la croisée de telles catégories littéraires et esthétiques, ou à la faveur de leur vacillement fécond. Voir Introduction.
- Ce masculin concentre italianisme et effet de sens. I fratelli, en italien, peut signifier « frère(s) et sœur(s) », le masculin étant employé pour désigner toute la progéniture (garçons et filles) d’un même couple. Mais on se souvient que Casanova vient d’indiquer que Thérèse est « un ange qui n’a aucun sexe » et qu’il l’a aimée lorsqu’elle était encore l’ambivalent(e) Bellino-Thérèse.
- Au sens classique et esthétique d’intéresser : « émouvoir, toucher de quelque passion » (Acad. 1762).
- Monnaie d’or de Naples. Thérèse a fait fortune : plus de 2 millions d’euros.
- Marianna Corticelli (1747-sans doute 1773), danseuse d’origine bolonaise. Dans l’Histoire de ma vie, Casanova la fait mourir en 1763. D’autres sources et la correspondance même du Vénitien montrent qu’il n’en est rien : Casanova reçoit la nouvelle de sa mort par le comte de La Pérouse dans une lettre datée du 15 décembre 1773 (Archives de Prague, 14 C 8 ; Casanova Gleanings, II, p. 23).
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 241 sqq.
- Tous personnages rencontrés à l’époque où Casanova entre au service du cardinal Acquaviva, à Rome. Voir notamment dans la présente édition, vol. I, p. 248 (première mention de la marquise G., Caterina Gabrielli, et de son « serviteur », le cardinal S. C., sans doute Prospero Sciarra Colonna) et p. 251 (rencontre avec Barbaruccia, fille du maître de langue).
- Le terme peut désigner la diction, mais aussi l’organisation du discours (Féraud fait la distinction suivante en citant Trublet : « Serré, concis, précis. (Syn.) On est concis, en employant le moins de mots qu’il est possible ; on est précis en employant le mot propre, ou celui, qui rend exactement notre idée ; on est serré en retranchant les propositions intermédiaires, les mots et les phrases synonymes. L’Ab. Trublet »).
- Le duc de Castropignano, protecteur de Thérèse, mourut en 1758 (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 342).
- Bartolomeo di Capua, prince della Riccia (1716-1792).
- Ducats de regno. Plus de 800 000 euros.
- Pendant la foire de l’Ascension à Venise, les théâtres étaient ouverts et les masques autorisés.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 227.
- Le duc épouse Vittoria Guevara, fille du duc de Bovino, en 1755. Leur fils, Marzio Domenico, naît en 1758.
Chapitre IV
- Les flatteurs. « On dit proverbialement, que L’on gratte une personne où il lui démange, pour dire, qu’On lui parle d’une chose qui lui plaît » et, par dérision, « de deux personnes qui se flattent l’une l’autre, que Ce sont deux ânes qui se grattent » (Acad. 1762).
- « Étendre par les Épisodes. Épisodier une action. Quand le Poëte a composé sa Fable, son sujet, et qu’il a imposé le nom à ses personnages, il doit l’episodier par ses circonstances » (Acad. 1718). Féraud indique à la fin du siècle : « Étendre par des épisodes. Trév. Épisodier une action. L’Acad[émie] ne met pas ce mot. »
- Francisco de Almada Mendoza, ambassadeur du Portugal, commandeur de l’ordre de Malte.
- On attribua aux Jésuites l’attentat contre le roi du Portugal (3 septembre 1758). Le Portugal demanda au pape le pouvoir de punir les Jésuites, mais Clément XIII protégea l’ordre, provoquant une rupture entre les deux États. Les Jésuites sont chassés du Portugal en septembre 1759, l’ambassadeur Almada quitte Rome le 7 juillet 1760, pour n’y revenir qu’en 1769.
- Sebastião José de Carvalho e Mello (1699-1782), nommé secrétaire d’État à l’époque du tremblement de terre de Lisbonne (1755), comte d’Oeiras depuis 1759, il devient en 1770 marquis de Pombal. C’est l’homme fort de la monarchie portugaise.
- L’Inquisition est le tribunal suprême vénitien, institué pour protéger les secrets d’État. Son pouvoir s’est ensuite étendu. C’est lui qui a condamné Casanova à être enfermé sous les Plombs. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 31, n. 2.
- « À titre de signifie aussi : en qualité de, ou sous prétexte de » (Féraud).
- Cette correspondance n’a pas été retrouvée.
- Antonio Botta-Adorno (1688-1774) occupe en Toscane une fonction d’administrateur au service de l’Autriche depuis 1757.
- Le traité de Vienne (1738) entérine des accords entre la France et l’Autriche relatifs à la session de la Lorraine à Stanislas Leszczynski. En échange, François, duc de Lorraine et époux de Marie-Thérèse d’Autriche depuis 1736, reçoit la Toscane qui passe sous domination autrichienne.
- Érasme, Les Adages, 4042, V, I, 42, p. XXX.
- Très probable déformation d’un toponyme espagnol (ou transcrivant le u espagnol) : Orihuela, dans la province d’Alicante, où, selon des guides de voyage du XVIIIe siècle, l’on produisait des tabatières en bois de térébinthe.
- Lui.
- Dans sa loge.
- Monnaie romaine valant environ 15 euros.
- Gênes est prise le 5 septembre 1746 par les Autrichiens commandés par le marquis Botta-Adorno (guerre de succession d’Autriche). Mais le peuple se révolte : les Autrichiens sont chassés le 5 décembre.
- Élisabeth Petrovna (1709-1762), fille de Pierre le Grand, accède au pouvoir grâce à une révolution de palais (novembre 1741), aidée par la garde impériale qu’exaspérait l’influence prussienne sur la Russie. Botta-Adorno fut impliqué dans un complot contre la tsarine.
- Environ 1,63 m.
- Mes lettres, mon courrier. Probable influence de l’italien posta (le courrier).
- Dans la comédie italienne, jeu de scène physique ou verbal.
- Mignon, giton (la langue française a emprunté le mot à l’italien bardascia).
- Les amours masculines.
- Sir Horace Mann (1706-1786), envoyé à Florence en 1738 en qualité de chargé d’affaires, devient résident en 1740, envoyé extraordinaire en 1765 et plénipotentiaire en 1782. Il demeure à Florence jusqu’à sa mort. On le trouve parmi les souscripteurs de la traduction de l’Iliade publiée par Casanova.
- Mot d’esprit forgé sur l’italien virtuosa : « vertueuse » et « virtuose ».
- La galerie du palais des Offices.
- Le congrès d’Augsbourg, proposé par la France et ses alliées pour négocier la paix, n’eut finalement pas lieu. Il n’y eut de congrès qu’en 1763, à Hubertsbourg.
- Diplomate, ambassadeur.
- Cépage italien noir et vin rouge doux.
- Plus de 5 500 euros.
- Pour les stoïciens, le monde obéit à un enchaînement nécessaire de causes qui s’appelle aussi « destin ».
- Iturus est le participe futur de eo, « aller ». En latin, le participe futur peut avoir une simple valeur temporelle, mais il peut aussi indiquer une inclination ou une forme de nécessité. Iturus se traduit ainsi par « sur le point d’aller », « disposé à aller », mais aussi « destiné à aller ».
- Possible déformation allusive d’une lettre de Cicéron à Varron (Fam., IX, 4) : quapropter, si venturus es, scito necesse esse te venire : sin autem non es[t], ?d??at?? est te venire (« par conséquent, si tu t’apprêtes à venir, sache qu’il est nécessaire que tu viennes ; sinon c’est qu’il est impossible que tu viennes »), Correspondance, p. 38.
- Citation d’après l’Énéide, III, v. 395. Voir dans la présente édition, vol I, p. 138-139 (n. 1).
- Dans la philosophie scolastique, le couple a parte ante/a parte post désigne l’éternité telle que peut se la représenter l’homme : dans le passé et dans l’avenir. Le fatalisme ici évoqué par Casanova se fonde sur la représentation d’un enchaînement causal qui ne laisse pas de place au libre arbitre. Graphie : à parte ante.
- Chiquenaudes.
- Un peu moins de 700 euros.
- Néologisme de Casanova, forgé sur le modèle de « bâtonner », peut-être sous l’influence de bastonatore, en italien.
- Environ 7 000 euros.
- Lucca : république située entre le duché de Modène et celui de Toscane (voir carte).
- Voir Répertoire des noms.
- Veiller à. Surveiller à quelque chose est une construction usuelle au XVIIIe siècle.
- Sa Majesté Impériale.
- « CASSIUS LONGINUS (Lucius) a vécu dans le VII. siècle de Rome. C’était un juge si redoutable par son inflexible sévérité, que l’on appelait son tribunal l’écueil des accusés » (Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, t. I, 2e éd., Rotterdam, 1702, p. 825).
- Probablement mi-décembre 1760.
- En réalité l’Albergo di Londra, dirigée par Rolland. Ville de Paris est le nom d’une autre auberge que Rolland ouvrit à Rome en 1770 et où Casanova logea en 1771.
- « Espèce de rubis qui a beaucoup d’éclat, et est d’un rouge foncé » (Acad. 1762).
- Thérèse Rolland (1744-1779), future épouse de Giovanni Battista (Jean) Casanova, avec lequel elle aura huit enfants.
- Via della Vittoria, près de la place d’Espagne, chez le peintre Mengs qui héberge Giovanni depuis 1752.
- Anton Raphael Mengs (1728-1779), nommé premier peintre de la cour de Saxe en 1749, travaille à Rome tout au long des années 1750, puis à Madrid (1761). Pendant la guerre de Sept Ans, Mengs ne reçut plus de pension : il resta à Rome où il devint en 1754 professeur à l’Académie capitoline, fondée par Benoît XIV. Le peintre partageait le goût de Winckelmann pour l’art des Anciens et jouissait de son vivant d’une très grande réputation.
- Cette formule qui n’est pas sans ironie rappelle que Frédéric-Auguste, roi de Pologne sous le nom d’Auguste III depuis 1733, est aussi et principalement Électeur de Saxe, où il résidait. Pendant la guerre de Sept Ans, il en est chassé de Saxe par les troupes prussiennes.
- Place de la Minerve.
- La mère de Donna Lucrezia. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 241 sq.
- Malgré la « partie de Tivoli » : voir dans la présente édition, vol. I, p. 261 sqq., p. 270, en particulier : « Le feu de la nature rendit Angélique sourde à toute douleur : elle ne sentit que la joie de satisfaire à son ardent désir. »
- Antonio Agostino Giorgi (1711-1797), chargé d’une chaire de théologie par Benoît XIV. Voir dans la présente édition, vol. I, p. 228.
- Voir dans la présente édition, vol. I, p. 228 et 239.
- Francesca Gherardi (1709-1778), veuve du comte Ranuccio Cherofini (ou Cherufini) depuis 1757. Elle entretenait une relation intime avec le cardinal Alessandro Albani (1692-1779) et tenait un salon réputé, fréquenté notamment par Winckelmann et Mengs.
- Vittoria, née vers 1742, et Maddalena, née en 1747.
- Les ouvrages de Johan Joachim Winckelmann (1717-1768) sur l’art des Anciens, des Réflexions sur l’imitation des œuvres grecques dans la sculpture et la peinture (1755) jusqu’à l’Histoire de l’Art de l’Antiquité (1764), ont une influence considérable en Europe. En 1760, Winckelmann est protégé par le cardinal Alessandro Albani : il le conseille notamment dans ses acquisitions d’antiquités. Converti au catholicisme en 1754 pour faciliter sa carrière, Winckelmann ne reçoit pas les ordres mineurs. Cela ne l’empêche pas de s’habiller en abbé lors de son séjour à Rome, à partir de 1755. Il meurt en juin 1768, assassiné par un homme qui essayait de le voler – Casanova se trompe donc ici un peu dans la chronologie.
- Une ordonnance papale.
- Possible influence d’ardire, en italien (masculin), à moins que Casanova ne pense éviter ainsi un hiatus.
- « On dit, Noter, pour dire, Marquer en mauvaise part. […] Dans cette même acception, on dit, Noter d’infamie » (Acad. 1762).
- Sur sa rencontre avec l’abbé de Voisenon, voir vol. I de la présente édition, p. 818-819.
- La villa Albani, qui était alors hors de la ville, près de la Porta Salaria, fut construite entre 1747 et 1758.
- Mengs était chevalier de l’ordre de l’Éperon d’or (voir p. 746-747).
- « On dit, Être après quelque chose, être après à faire quelque chose, pour dire, qu’On y travaille actuellement » (Acad. 1761). Mengs peignit le plafond de la galerie de la villa Albani de 1760 à 1761.
- Carlo Rolland, d’abord loueur de voitures puis aubergiste à Rome.
- Giovanni Battista Casanova épouse Thérèse Rolland en mai 1764. Le couple part à Dresde la même année. Leur premier enfant est baptisé en décembre 1765.
- Sens probable : très bon connaisseur (« On dit, proverbialement, d’un homme qu’il est grec dans une affaire, pour dire qu’il y est habile et profond ; et de celui qui n’y est pas fort habile ; qu’il n’y est pas grand grec », Féraud).
- Mauvais connaisseur dont se moque Horace dans une de ses Satires (II, 3, p. 143-175).
- Vers d’Horace : Agros Attalicis condicionibus (Odes, I, 1, v. 12, p. 2). Attale est le nom générique des rois de Pergame dont la richesse était passée en proverbe.
- Le mot a un sens laudatif : « Qui est de grand travail » (Acad. 1762).
- Mengs meurt en 1779 à cinquante et un ans.
- « Juridiction de Rome, composée de douze Docteurs Ecclésiastiques, nommés Auditeurs de Rote, et pris dans les quatre Nations d’Italie, France, Espagne et Allemagne. Il y en a huit Italiens ; savoir, trois Romains, un Toscan, un Milanois, un Boulonois et un Vénitien ; un François, deux Espagnols et un Allemand » (Acad. 1762). Zuane Cornaro (1720-1789) fut nommé auditore di Rota en 1756 et cardinal en 1778. Casanova l’a connu dans sa jeunesse. Il l’a également rencontré à Bologne peu après avoir quitté l’habit ecclésiastique et s’être composé un uniforme militaire de caprice. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 340.
- Domenico Passionei (1682-1761). Il est à la tête de la Bibliothèque vaticane depuis 1755.
Chapitre V
- Quelqu’un d’autre. Italianisme (qualcun altro).
- « On dit, Faire main basse, pour dire, Ne donner point de quartier, passer au fil de l’épée » (Acad. 1762).
- Le cardinal Fortunato Tamburini (1683-1761).
- « Action par laquelle un Cardinal, ou quelquefois le Pape même déclare en plein Consistoire, qu’un tel sujet nommé à un Évêché par son Souverain a toutes les qualités requises » (Acad. 1762).
- Littéralement, le terme « capitulaires » s’applique à un document divisé en chapitres. Employé comme substantif, le mot désigne des édits des rois et empereurs carolingiens qui publient des mesures législatives et administratives. Chez Casanova, le mot semble désigner un journal, ou des notes prises au jour le jour. Ces « capitulaires » n’ont pas été retrouvés.
- Clément XII, favorable aux Jésuites, meurt en 1769. Après sa mort, les adversaires de la Compagnie sont renforcés, et Clément XIV finit par l’interdire en 1773.
- Oratio funebris in Principem Eugenium (Vienne, 1737). Édition italienne : Orazione in morte di Francesco Eugenio principe di Savoia (Padoue, 1737). Passionei compose cette oraison en 1736 lors de sa nonciature à Vienne (1731-1738).
- Ou pandectes : « recueil des décisions faites par les anciens Jurisconsultes Romains, auxquelles Justinien qui les fit compiler, donna force de loi. On nomme aussi ce Recueil, Le Digeste » (Acad. 1762).
- Muralt-Favre.
- Winckelmann eut accès à la riche bibliothèque du cardinal Passionei, mais il semble avoir refusé de devenir son bibliothécaire, emploi qu’il occupa en revanche auprès des cardinaux Archinto et Albani.
- Le palais papal (aujourd’hui palais du Quirinal). Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 263.
- Clément XIII avait été évêque de Padoue de 1743 à 1758.
- Diminutif vénitien de Girolamo (et nom du protagoniste de deux comédies de Goldoni). Friedrich Noack (Deutsches Leben in Rom 1700-1900, Stuttgart-Berlin, 1907, p. 361) l’identifie à Giovanni Righetti, originaire de Venise, scopatore qui habitait via Gregoriana près du palais Tomati.
- Cà est l’abréviation vénitienne pour casa, employée à propos de palais. Clément XIII appartient à la famille Rezzonico, d’origine lombarde, devenue patricienne à Venise à la fin du XVIIe siècle. La famille Rezzonico achète et fait achever entre 1751 et 1756 un palais sur le grand canal resté en travaux. Le palais abrite aujourd’hui le Museo del settecento veneziano.
- Trinité-des-Monts, ou Trinità dei monti, église dominant la place d’Espagne.
- La Bibliothèque apostolique vaticane.
- Giovanni Righetti et sa femme Maria, née Serena, avaient au moins trois filles et un fils : Francesca, née entre 1734 et 1738 ; Teresa, née en 1739 ; Elisabetta, née en 1740 ou 1741 ; Giacomo, né entre 1744 et 1746.
- Environ 11 000 euros s’il s’agit d’écus d’or romains.
- Selon F. Luccichenti (« Mariuccia, Saggio di identificazione », L’Intermédiaire des casanovistes, III, p. 17-22), Mariuccia se nommait en réalité Lucia Angela De Franceschi. Née en 1734, elle habite en 1760 via Paolina. En février 1761 elle épouse Nicola Lucidi, douanier à Rome.
- Cédule : « Écrit, billet sous seing privé, par lequel on reconnaît devoir quelque somme » (Acad. 1762).
- Mise sur un seul numéro sans condition.
- Mise sur un seul numéro sous condition qu’il soit tiré en cinquième rang.
- Theresia Concordia Mengs (1725-1806), sœur aînée de Raphaël Anton, peintre en miniatures, épousa le peintre Anton von Maron (1731-1808) en 1765.
- Poète grec (seconde moitié du VIe siècle-milieu du Ve siècle av. J.-C.) dont le nom est associé à la poésie amoureuse.
- Horace, Satires, II, 3, v. 325, p. 174-175.
- Bathylle, ou Batyllos, jeune homme aimé par Anacréon. Voir ici.
- Bougres.
- Maecenas, ou Mécène en français (69-8 av. J.-C.), proche d’Auguste, protecteur des lettres, notamment de Virgile et d’Horace.
- Smerdies, éphèbe célébré par Anacréon. Voir ici.
- Alvise Giovanni Mocenigo (1701-1778).
- Plus de 80 000 euros.
- L’abbé Alfani (1715-1798) vendait des antiquités, souvent fausses.
- Deux cent mille livres (ou lires) de Venise représentant environ 1 million d’euros. C’est à peu près le double s’il s’agit de livres françaises. Dix mille écus : environ 350 000 euros s’il s’agit de l’écu vénitien (550 000 euros s’il s’agit de l’écu romain, et 660 000 de l’écu d’argent français). Trente mille florins d’Amsterdam font plus de 600 000 euros. Même si ces équivalences sont approximatives, il ressort de ces comptes que Casanova est alors riche à millions.
- Célèbre sculpteur grec (IVe siècle av. J.-C.).
- « Ordre Religieux institué par Saint François de Paule, environ l’an 1440, qui voulut enchérir sur l’humilité des Frères Mineurs, en s’appellant Minime » (Trévoux).
- Une cinquantaine d’euros.
- Environ 150 euros.
- Sequins romains. Environ 11 000 euros.
- À l’époque le plus grand théâtre de Rome, près de la place d’Espagne. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 291.
- Réchauffée. Échauffer s’emploie dans ce sens au XVIIIe siècle : « Donner de la chaleur. Échauffer la chambre » (Acad. 1762).
- Un camérier est un « officier de la chambre du Pape » (Acad. 1762).
- Créé par Pie IV en 1559 pour récompenser des catholiques méritants, l’ordre de l’Éperon d’or n’est plus guère estimé au XVIIIe siècle : largement répandu et facile à acheter, il a perdu son prestige.
- Un protonotaire apostolique est un officier du Saint-Siège qui reçoit et administre des actes administratifs. Extra urbem : en dehors de Rome. Il s’agit ici d’un titre honorifique : « En France, Protonotaire est Une simple qualité que le Pape donne, et qui n’a aucune fonction » (Acad. 1762).
- Épître aux Hébreux, IX, 22 (texte de la Vulgate).
- « D’un rouge très-vif et très-foncé » (Acad. 1762). Casanova semble mêler deux usages, la croix de l’ordre étant soit suspendue au cou par une chaîne d’or, soit attachée à la boutonnière par un ruban ponceau.
- Lire « qui ».
- L’ordre de l’Éperon d’or était aussi connu sous le nom d’« ordre de la Milice dorée ». Le titre de « comte du palais de Saint-Jean-de-Latran » pouvait être accordé avec l’ordre de l’Éperon d’or. Il s’agit ici d’un ordre et d’un titre pontificaux qui n’engagent pas à grand-chose, alors que le titre de « comte palatin » dans le Saint Empire romain germanique, s’il a bien la même origine étymologique, est associé à la souveraineté sur un territoire.
- Zoroastre (1749), opéra de Rameau sur un livret de Louis de Cahusac. Casanova en a donné une adaptation italienne. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 822. L’anecdote de Casanova est sans fondement, même si Cahusac mourut « fou » à Charenton.
- Auguste Alexandre, issu de la grande famille polonaise des Czartoryski, était palatin de la Russie rouge, partie de la Pologne (on disait aussi « Russie polonaise » au XVIIIe siècle).
- Drogue « se dit des choses de peu de valeur qu’on veut mettre en commerce » (Trévoux). Le mot est repris au t. VII, p. 977.
- Selon A. Huebscher et F. Luccichenti, Gaetano Costa n’épousa pas une fille de Giovanni Righetti, mais Serafini Badini à Rome en 1768 (« Alcune notizie inedite su Gaetano Costa », L’Intermédiaire des casanovistes, I, p. 15-17).
- L’éruption commença le 2 décembre 1760 et dura une semaine. La construction « menacer une éruption » est influencée par l’italien (minacciare est transitif direct).
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 221 sqq. sur ce séjour napolitain.
Chapitre VI
- Carlo Caraffa (1734-1765), duc de Maddaloni (ou Matalona).
- 30 km.
- Lelio Caraffa, l’oncle du duc, meurt en 1761. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 227 sq. : Lelio Caraffa propose à Casanova de forts appointements pour qu’il devienne le précepteur du duc, mais le Vénitien décline l’offre car il désire retourner à Rome. Don Lelio Caraffa lui procure une lettre de recommandation adressée au cardinal Acquaviva.
- Vittoria Guevara.
- Italianisme de construction : non mi ha degnato di une sguardo, « elle n’a pas daigné me regarder ».
- Hautaine.
- Le Teatro San Carlo, inauguré en 1737.
- Charles de Bourbon, roi de Naples et des Deux-Siciles depuis 1738, devient roi d’Espagne en 1759, sous le nom de Charles III. Il cède alors le royaume de Naples à son troisième fils, Ferdinand (1751-1825).
- Il s’agit probablement de représentations de gala liées à l’arrivée au gouvernement du nouveau roi.
- Saint dont la cathédrale de Naples conserve des reliques.
- Duègne : « Nom emprunté de l’Espagnol, qui signifie Gouvernante, ou vieille femme chargée de veiller à la conduite d’une jeune personne » (Acad. 1798).
- Au XVIIIe siècle, les dix vers suivants sont plusieurs fois attribués à La Fontaine, sans mention de source précise : « Aimons, foutons, ce sont plaisirs / Qu’il ne faut pas que l’on sépare ; / La jouissance et les désirs / Sont ce que l’âme a de plus rare. / D’un vit, d’un con et de deux cœurs / Naît un accord plein de douceurs / Que les dévots blâment sans cause. / Amaryllis, pensez-y bien : / Aimer sans foutre est peu de chose, / Foutre sans aimer, ce n’est rien. »
- Ambigu « est une collation mêlée, et où l’on sert la viande et le fruit ensemble » (Trévoux).
- Environ 25 000 euros (sequins de Naples).
- Les treize cartes distribuées au pharaon et à la bassette.
- Une quarantaine d’euros.
- En habit de fête, de gala. Construction influencée par l’italien (in gala).
- Orth. rat. « Nom que l’on donne à plusieurs sortes d’étoffes croisées, fort unies, et dont le poil ne paraît point, faites les unes de laine, les autres de soie » (Acad. 1762). M. M. porte « un habit de velours ras couleur de rose » qui fait l’admiration de Casanova (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1037).
- Le prince de Saint-Nicandre (San Nicandro), gouverneur du jeune roi.
- Le Teatro dei Fiorentini, construit en 1618, doit son nom à l’église voisine, San Giovanni dei Fiorentini.
- Lire « que ». Nouvel exemple d’hésitation sur l’emploi des pronoms relatifs et la construction des propositions relatives.
- La célèbre fontaine de Neptune, œuvre de Michelangelo Naccherino et Pietro Bernini. Elle change plusieurs fois de place avant d’être installée strada Medina en 1638, puis d’être à nouveau déplacée.
- « Étoffe de fil de coton quelquefois mêlé avec du fil de chanvre, semblable à de la futaine, mais plus fine et plus forte » (Acad. 1762).
- Le Sopha de Claude Prosper Jolyot de Crébillon (1742), roman libertin basé sur l’argument des Métamorphoses d’Apulée : un homme voit son âme transportée par métempsychose dans un sofa et il fait le détail des couples qu’il a accueillis.
- « Figurément et familièrement, en parlant d’Une grande perte qu’un homme a faite au jeu, on dit, qu’Il a fait une étrange lessive, une furieuse lessive » (Acad. 1762).
- La construction « fiancer quelqu’un » au sens de « lui promettre mariage en présence du prêtre » est courante au XVIIIe siècle.
- En lettres de change ou en billets au porteur.
- J’ai remporté tout l’argent de la banque. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1550.
- Donna Margherita Caracciolo del Leone (1723-1802), épouse de Don Pompeo Piccolimini d’Aragona, prince della Vale.
- Colline au nord-ouest de la baie de Naples.
- Plus de 400 000 euros (ducats de Naples).
- Quitta la partie (Féraud : « le chapelet se défile, ou s’est défilé : la société se dissout, ou s’est dissoute »).
- Pièces d’or de Naples : autour de 2 500 euros.
- Ville de Campanie où Charles III de Bourbon fait construire un palais et aménager un parc (travaux commencés en 1752).
- La terre rapporte 25 000 euros par an.
- « Passer des contrats, faire des contrats et autres actes publics » (Acad. 1762).
- Plus de 200 000 euros.
- Frère aîné de l’abbé Galiani (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 224).
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 237, n. 1 (selon J. Rives Childs, Castelli est un nom fictif).
- L’existence réelle de cette fille – et donc la nature même de l’épisode qui va suivre – a fait débat chez les casanovistes. On lit sur un papier retrouvé à Dux : « J’ai eu un fils de une fille de D. Lucrezia » (Marr U16k 45). La rature a été interprétée comme l’indice d’une élaboration fictive ou mensongère, l’oubli ou l’erreur sur le sexe de ce personnage n’étant pas jugé vraisemblable. On s’est aussi avisé que figlio, en italien, peut signifier « enfant », sans précision du sexe. L’essentiel tient à la nature d’un texte qui se tisse dans un dialogue constant avec la philosophie et les fictions du siècle : les faits vécus lui sont un matériau parmi d’autres et, dans le cas des relations avec « Leonilde », vraisemblablement secondaires. Voir l’Introduction.
- Tu dois être mise dans la confidence. Italianisme (mettere qualcuno a parte di un segreto : confier un secret à quelqu’un).
- La scène toute théâtrale renvoie moins à la tragédie qu’au drame, genre de l’inceste évité grâce à la scène de reconnaissance qui rétablit l’ordre familial et fait couler des larmes d’attendrissement (voir le dénouement du Père de famille). Le silence et la stase qui suivent, comme l’intérêt des spectateurs, sont aussi à rapprocher du théâtre (voir l’Introduction).
- On trouve, au XVIIIe siècle, de sang rassis ou de sens rassis.
- Lire « cette précipitation », « cette hâte ». L’emploi de « précipice » dans ce sens surprend.
- Voir ici.
- En 1761, le carême commença le 4 février.
- « Abymer […] signifie figurément : perdre et ruiner entièrement » (Acad. 1762).
- Le masculin peut venir de l’italien allarme – ce qui est paradoxal car ce nom masculin provient de la locution all’arme (aux armes) où arme est un substantif féminin…
- Pétrarque, Canzoniere, I, 4 (Quand’era in parte altr’uom da quel ch’i sono), p. 4-5.
- Cela situe le départ de Naples vers le 25 janvier 1761.
Chapitre VII
- Francolise et Sainte-Agathe (Sant’Agata) étaient deux postes successives sur la route de Naples à Rome, séparées de 8 milles environ (presque 12 km).
- Lire « que ».
- Comprendre sans doute « de taille réglementaire, habituelle » (Littré : « De mesure conforme à la mesure fixée légalement »).
- « On dit, Coucher sur la dure, pour dire, Coucher sur la terre, sur le plancher, ou sur des planches » (Acad. 1762).
- Pièce de bois à l’avant de la voiture, à laquelle on attache les chevaux.
- Au grand galop. Locution probablement influencée par l’italien (carriera : allure, galop).
- Voir ici. Ferdinando Galiani fut secrétaire du comte de Cantillana, ambassadeur napolitain, de 1759 à 1769.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 224.
- Horace, Épîtres, II, 1, v. 9-10. Voir dans la présente édition, vol. I, p. 87.
- 135 km. La « poste » désigne à la fois les relais et la distance entre eux. En France, une poste : 2 lieues (9 km). Entre Rome et Naples, on trouvait une poste à peu près tous les 8 milles (12 km).
- Probable déformation de Garigliano, poste suivante sur la route entre Sant’Agata et Rome. Le Garigliano est aussi un cours d’eau qui a longtemps marqué la frontière sud des états pontificaux.
- Soufflet en italien. « Une espèce de petite calèche, dont le dessus se replie en manière de soufflet » (Acad. 1762).
- Plus de 20 000 euros.
- Piperno, poste entre Terracina et Rome.
- Terracina, dans le Latium.
- Course de chevaux qui avait lieu à Rome à l’époque du carnaval. Celui-ci était moins long à Rome qu’ailleurs en Italie : il se déroulait pendant les huit jours précédant le mercredi des Cendres. En 1761, il eut lieu du 27 janvier au 3 février.
- Voiture à quatre roues et à quatre places dont la double capote était mobile.
- Le Corso, grande artère qui était le centre du carnaval.
- « Raillerie satirique, ainsi nommée, à cause d’une vieille statue mutilée qui est à Rome, appelée Pasquin, et à laquelle on a accoutumé d’attacher ces sortes de satires » (Acad. 1762).
- En France, ruban de l’ordre du Saint-Esprit. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 774, n. 2.
- Jacques-Daniel O’Brien, lord vicomte de Tallow et comte de Lismore, (1736-apr. 1794), sert dans les armées espagnole puis française. Il entre en 1766 au service de l’Électeur de Bavière.
- Élisabeth O’Brien (probablement v. 1710-1787), devenue comtesse de Lismore après son mariage avec l’ambassadeur de Jacques III à Paris. Elle reste en France lorsque son mari rejoint son souverain à Rome, où il meurt en 1759. La comtesse passe pour être la maîtresse de Saint-Albin, archevêque de Cambrai, dès 1749.
- Charles de Saint-Albin (1698-1764), fil bâtard de Philippe d’Orléans et d’une danseuse d’Opéra. Archevêque de Cambrai depuis 1723.
- Jacques François Édouard Stuart (1688-1766), fils du roi Jacques II d’Angleterre, détrôné par la Glorieuse Révolution de 1688. Ses partisans, dont était le père du vicomte Tallow, le nommaient Jacques III.
- Le Teatro Tordinona, construit à l’emplacement d’anciennes prisons, rive gauche du Tibre, en face du Saint-Ange. Inauguré en 1670, détruit à la fin du XVIIe siècle et reconstruit en 1733.
- Antoine-Alexandre-Henri Poinsinet (1735-1769), littérateur dont la pièce Le Cercle (1764) eut du succès. Excessivement naïf, désireux d’obtenir la reconnaissance de Palissot et de ses amis antiphilosophes, il devient la victime favorite de leurs plaisanteries, bientôt connues sous le nom de « poinsinetades » ou de « mystifications » : on fait par exemple croire à Poinsinet qu’il a été nommé gouverneur du fils d’un prince qui n’a pas d’enfant, qu’il a été rendu invisible par un magicien, etc. Cette pratique, qui marqua les esprits, est notamment rapportée par Grimm dans la Correspondance littéraire et par Mercier dans le Tableau de Paris (1782) et la Néologie (1801).
- Poinsinet se noie dans le Guadalquivir en 1769.
- Ordre de chevalerie fondé à la fin du XVIIe siècle par Joseph-Clément de Bavière, Électeur de Cologne.
- Guiseppe Tartini (1692-1770).
- Ordre de chevalerie français très prestigieux, fondé à la fin du XVIe siècle.
- Peut-être Philippe Gabriel Maurice de Hénin-Liétard, prince de Chimay (1736-1804).
- « Abandonnement à l’impudicité » (Acad. 1762).
- Banquier parisien (voir ici). Il s’agit de plus de 2 millions d’euros.
- Refusée. Protester une lettre de change : « Faire un acte par lequel on déclare à celui sur qui la lettre de change est tirée, que faute de l’avoir acceptée ou payée dans le temps préfix, lui et son correspondant seront tenus de tous les préjudices qu’on en pourra recevoir » (Acad. 1762).
- Palestrina, à une trentaine de kilomètres de Rome.
- Selon Helmut Watzlawick, aucune fille de Giovanni Righetti ne portait ce nom. Une d’elles s’appelait Teresa et épousa Gaetano Marsili en 1764.
- Trastevere, sur la rive droite du Tibre.
- Francesco Borghese est mort en 1759. Il s’agit sans doute de Scipione Borghese (1734-1782), nommé cardinal en septembre 1770 : Casanova confondrait ici les événements de 1761 et sa visite à Rome en 1770-1771 (voir F. Luccichenti, « Francesco o Scipione II ? », L’Intermédiaire des casanovistes, IV, p. 31-33).
- Sans doute un corset.
- La ritournelle, le refrain.
- Depuis la fin du XVIIe siècle, les femmes n’avaient pas le droit de paraître sur scène dans les états pontificaux.
- Mettre un terme à cette coutume, ou interdire cette opération (la castration) ; le sens médical de « manœuvre » (terme de chirurgie et d’obstétrique) n’est cependant pas attesté par les dictionnaires du XVIIIe siècle.
- Marcantonio Nicolò Borghese (1730-1800), prince de Sulmona et Rossano à partir de 1763, sénateur de la République romaine en 1798. Casanova ne relate pas leur précédente rencontre.
- « S’abâtardir, ne suivre pas la vertu, les bons exemples de ses Ancêtres. Il se construit avec la préposition de. Il a dégénéré de la valeur de ses aïeux. Dégénérer de ses ancêtres. Dégénérer de la piété de ses pères » (Acad. 1762).
- La condamnation de la vanité et de l’amour-propre est ainsi abandonnée au profit d’une réflexion sur l’efficacité morale de l’amour de soi.
- Giovanni Vincenzo Antonio Ganganelli (1705-1774) devient pape en 1769 sous le nom de Clément XIV.
- Théâtre installé dans l’ancien palais de la famille Capranica, à proximité de l’église Santa Maria in Aquiro, et inauguré en 1679. On y donnait des opéras-bouffes et des comédies : Goldoni rapporte dans ses Mémoires qu’on y jouait ses pièces.
- Pulcinella, personnage type de la commedia dell’arte.
- En billet ou écriture de banque. La différence entre argent de banque et argent courant, ou agio, est ordinairement de 5 % (Encyclopédie, art. « Agio »).
- Il y a aux Archives de Prague (Marr 12/95) une lettre de recommandation du cardinal Francesco Albani adressée au nonce à Vienne. Casanova a pu en recevoir une autre destinée au nonce en Toscane.
- Bernardino Onorati, nonce à Florence.
- Dans une lettre à Casanova (24 février 1761), Mengs regrette que sa lettre n’ait pas produit l’effet souhaité (Marr 4/136).
- Plusieurs pierres gravées en relief sont attribuées à Sostrate de Chio (IVe siècle av. J.-C.), statuaire, élève de Pythagore de Regium.
- Mathieu Maty (1718-1776), né à Montfort, près d’Utrecht. Il fut l’élève de Boerhaave à Leyde. Il s’établit à Londres en 741, où il travaille comme médecin. Il fut sous-bibliothécaire (1763), puis bibliothécaire en chef (1772) au British Museum, fondé en 1753. Ardent partisan de l’inoculation. Rédacteur du Journal britannique de 1750 à 1755.
- Monnaie de compte. Presque 80 000 euros.
- Auberge réputée où descendaient la plupart des étrangers.
- Guillaume-Léon, duc du Tillot (1711-1774), Premier ministre du duché de Parme et de Plaisance depuis 1759. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 597.
- Nom d’un coteau et d’un village à une dizaine de kilomètres de Florence.
Chapitre VIII
- Un peu moins de 60 km.
- C’est-à-dire dans les États pontificaux.
- La poste de Scaricalasino (Monghidoro, en Émilie-Romagne) sur la route entre Florence et Bologne.
- Voir fin du t. VII, p. 1254 sqq.
- Casanova dut arriver à Modène vers le 20 février 1761.
- Répéter. Italianisme forgé sur replicare.
- Chef de la police qui, à Modène, est aussi gouverneur de la ville.
- Le fréquente.
- Jean-foutre.
- Testagrossa mourut vers 1762. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 909 (n. 1) pour la première rencontre avec ce personnage.
- L’auberge de la poste.
- Première évocation de ce pseudonyme par le narrateur. Le texte progresse par petites touches : Casanova va bientôt développer son argumentaire en faveur de la pseudonymie. Voir ici.
- J’ai demandé à voir M. d’Antoine (italianisme forgé sur domandare di). M. d’Antoine : François-Antoine d’Antoine-Blacas (ou Placas), qui a reconnu Henriette à Parme (voir, dans la présente édition, t. I, p. 646).
- Michel Dubois-Châtellerault (1711-1776). Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 632.
- Technique pour frapper la monnaie. Jusqu’alors la monnaie avait été frappée à Venise avec un marteau. La mission de Dubois à Venise a eu lieu plus tôt (1755-1756). Il fit imprimer un petit ouvrage à ce sujet : Gravures représentant les différentes machines servant à la fabrication des Monnayes au Balancier, construites à Venise pour le service de la Sérénissime République (Parme, 1757).
- Cordonner (terme de numismatique) : refouler le métal sur le contour du flan d’une monnaie.
- Allusion à un oracle delphique qui avait recommandé aux habitants de Camerina, en Sicile, de ne pas assécher un marais proche de leur ville. Pour lutter contre une épidémie, les habitants désobéissent et provoquent la chute de la ville, rendue vulnérable aux assauts ennemis. Si Virgile fait très allusivement référence à l’oracle dans l’Énéide (III, 700-701, p. 102 : « Camerine apparaît dans les lointains, que les destins ont figée pour toujours »), ses commentateurs latins explicitent la prophétie et narrent ses suites, leur assurant une large diffusion. L’anecdote est lue comme une mise en garde contre le risque de provoquer des conséquences fâcheuse que l’on aurait évitées en s’abstenant d’agir.
- Venise dépend de Byzance jusqu’au IXe siècle.
- Somme considérable, qu’il s’agisse d’écus vénitiens (plus d’1,5 million d’euros), romains (plus de 2,5 millions d’euros) ou français (près de 3,5 millions d’euros)…
- Il semble que Costa ait servi Johann Joseph Frantz de Paula, comte de Hardegg (1741-1808), et son fils Johann Ferdinand, né en 1773.
- Voir Répertoire des noms.
- Orth. biribis. Jeu très en vogue au XVIIIe siècle, il se jouait avec un tableau à cases numérotées, et des boules portant des numéros correspondants. Voir ici et Lexique et règles des jeux.
- Voir ici.
- Jeu qui se joue avec deux dés. Voir ici et Lexique et règles des jeux.
- Voir ici.
- Voir ici.
- Environ 11 500 euros.
- « Celui qui court la poste pour porter les dépêches » (Acad. 1762) : en tenue d’équitation, donc.
- Vénus Callipyge (aux belles fesses).
- Voiture haute, à quatre roues, légère et découverte, à deux sièges parallèles, pour quatre personnes.
- On attendrait, en français, « la mienne » (mon inclination). Probable calque de la syntaxe italienne (per convincervi che il mio non è stato un capriccio…).
- Giuseppe Giacinto Zappata, banquier de Turin.
- Plus de 40 000 euros.
- Me masturber (du pseudo-latin manstuprare).
- Gioacchino Argentero, marquis de Brézé (1727-1796). Une lettre du marquis à Casanova, datée de 1769, se trouve dans les Archives de Prague (4-77). Le marquis s’y réjouit de bientôt voir Casanova à Turin.
- Paolo Baretti. Sept lettres de lui ont été retrouvées dans le Fonds Casanova (10U 1 à 3, 11H 3 à 6). Elles sont amicales et traitent d’affaires pécuniaires et mondaines.
- La danseuse Teresa Mazzoli. Secrètement mariée avec le chevalier Raiberti, qui ne le reconnut que sur son lit de mort.
- Carlo Adalberto Flaminio Raiberti (1708-1771), premier commis puis secrétaire d’État aux affaires du royaume de Sardaigne, dont Turin est la capitale. Il y a trois lettres de lui dans le fonds Casanova (14H 1 à 3), écrites en 1765 et 1769.
- Gaspare Francesco Antonio Gastaldi, comte de Trana (vers 1732-1802). Trois lettres de Trana se trouvent dans le fonds Casanova (F. L. Mars, « Lettres des frères Trana à Casanova », Casanova Gleanings, XIV, p. 22-26).
- Sans doute apparentée à une branche de la famille des Sclopis.
- Dentelle de soie.
- « Colifichet, babiole, chose de néant, ou de peu de valeur » (Acad. 1762).
- La bauta ou bautta, capuchon de soie noire garni de dentelles noires serrant étroitement la tête et tombant jusqu’à la taille. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 518.
- Le Caffè del Cambio, fondé en 1711.
- Environ 250 euros.
- Au mois.
- Vittoria Cheruffini, née vers 1742. Elle épouse en 1764 Giuseppe Lepri, qui a fait fortune dans les affaires. Un procès oppose bientôt les deux époux. L’opération évoquée par Casanova semble liée à ce procès : elle eut lieu en juin 1769. Lepri meurt en juin 1774. On prête à Vittoria Cheruffini plusieurs aventures amoureuses, certaines avec des castrats.
- Gian Giacomo Marcello Gamba (1738-1817), comte de la Pérouse (della Perosa) à partir de 1758 à la suite de l’acquisition du comté par sa mère. Franc-maçon, ami de Casanova, souscripteur de son Iliade et de l’Icosameron.
- Les juifs de Turin, qui vivaient au XVIIIe siècle dans le ghetto, devaient se signaler par le port d’un ruban jaune.
- Environ 70 000 euros.
- Qui m’ordonnait de me présenter devant la police.
Chapitre IX
- Le vicaire, ou surintendant de la police, était nommé par le roi. Il remplissait des fonctions administratives et judiciaires. Depuis 1759, cette charge est confiée au comte Francesco San Martino d’Agliè (?-1781). D’après les recherches de Gugitz et la correspondance de Casanova, cette expulsion eut lieu plus tard, en novembre 1762, lors du second séjour du Vénitien à Turin.
- Plus de 1 million d’euros.
- Charles-Emmanuel III de Savoie (1701-1773), roi de Sardaigne, duc de Savoie et prince du Piémont depuis 1730.
- Giuseppe Osorio (ou Ossorio) Alarcòn (1697-1763), diplomate d’origine sicilienne, fut ambassadeur de Sardaigne en Angleterre (1735) puis en Espagne. Il est alors secrétaire d’État aux Affaires étrangères du royaume de Sardaigne.
- Lord Stormont : David Murray, comte de Mansfield et « viscount Sormont » (1726-1796), diplomate anglais, ambassadeur auprès de la cour de Saxe (1759-1761), nommé ministre plénipotentiaire au congrès d’Augsbourg, qui n’eut finalement pas lieu.
- Le commandant de Lyon. Casanova rencontra chez lui l’homme qui le fit devenir franc-maçon. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 696 et 701.
- Voir ici.
- Dans les lettres des frères Trana est évoquée une affaire que des Armoises eut au café du Commerce ; son adversaire n’était pas le comte Scarnafis, mais un « marquis Birague », probablement Francesco de Birago San Martino (voir F. L. Mars, « Lettres des frères Trana à Casanova », Casanova Gleanings, XIV, p. 25).
- Giuseppe Ponte de Scarnafigi ou Scarnafis (?-1788), diplomate, ambassadeur du roi de Sardaigne à Lisbonne, Londres, Vienne puis Paris.
- Le Mont-Cenis.
- Environ 8 cm.
- L’enfant de Mlle Roman naît le 13 janvier 1762. « Grosse en » est un italianisme.
- Charles Joseph Mayan (v. 1721-1782), originaire de Turin ; vers 1750, secrétaire du gouvernement de Savoie à Chambéry. Une lettre conservée dans le Fonds Casanova (4-99), datée de 1770, témoigne de son amitié pour le Vénitien. Voir Y. du Parc, « Une thébaïde savoyarde pour Casanova », Casanova Gleanings, XV, p. 18-28.
- Mme Varnier était la sœur de Mlle Roman.
- Tout comme le motif des amours entre religieuses, le sous-entendu érotique de cette phrase relève d’une veine philosophique et littéraire que Casanova connaissait parfaitement. Voir, par exemple, Chavigny de la Bretonnière, Vénus dans le cloître, ou la Religieuse en chemise, 1682.
- Lire « nous nous séparâmes ».
- Par un corset.
- « Chasteté » (Acad. 1762).
- Présenta le flanc à la grille.
- Que. Italianisme (più… di).
- Il est possible que Casanova mêle les souvenirs de 1761 et de la période qui suivit son expulsion de Turin en novembre 1762.
- Où (calque du che italien).
- Hôtel célèbre depuis le milieu du XVIIIe siècle, dans le quartier de l’Hôtel-de-Ville.
- Le nom de rue Saint-Esprit semble avoir été donné à une voie plus généralement appelée rue des Vieilles-Garnisons. Elle se trouvait à l’emplacement des actuels bâtiments de l’Hôtel de Ville.
- Probable rite cabalistique consistant à répandre dans l’air un parfum.
Chapitre X
- Les chapitres X à XIII manquent dans le manuscrit depuis le XIXe siècle : ils n’ont pas été rendus par Laforgue à l’éditeur Brockhaus. Pour la continuité du récit, nous donnons le texte de Laforgue (1826, vol. 8, chap. I à IV) tout en respectant le découpage en tomes du manuscrit. On n’oubliera pas cependant que, pendant quatre chapitres, on ne lira pas directement Casanova, mais son adaptateur. Nous indiquons en note les informations complémentaires contenues dans la traduction de l’édition Schütz (Brockhaus, 1825, vol. 7, chap. X à XIII) des mêmes chapitres, antérieure au travail de Laforgue : c’est la seule autre source actuellement disponible. On pourra lire en annexe la retraduction intégrale par Laurent Cantagrel de la traduction allemande du XIXe siècle. Sur ces deux versions, voir la Note sur l’établissement du texte.
- Nom probablement forgé par Casanova.
- L’assemblée des députés des Provinces-Unies.
- Voir ici.
- Château près du bois de Boulogne, bâti sur l’ordre de François Ier à partir de 1528. Démoli à la fin du XVIIIe siècle.
- Mme d’Urfé a perdu une fille, Agnès-Marie, née en 1732 et morte en 1756. La chronologie prêtée par Casanova à Mme d’Urfé est fantaisiste : dans ce contexte, faut-il vraiment s’en étonner ?
- À cette époque, Casanova n’a pu rendre visite qu’à son seul frère, car Francesco ne se maria qu’en juin 1762. Le Vénitien mêle peut-être deux visites.
- La danseuse Marie-Jeanne Jolivet, épouse de Francesco, ne mourut qu’en juillet 1773.
- Allusion au second mariage de Francesco (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1527).
- Dans Schütz : « elle habitait rue de Richelieu en face des jardins du Palais Royal ».
- Exemple d’énoncé problématique : rien de comparable de figure dans la traduction allemande. S’agit-il d’une remarque de Casanova gommée par le traducteur allemand ou d’un ajout de Laforgue, qui n’hésitait pas à intervenir de cette manière sur le texte du Vénitien ?
- Pour tout ce paragraphe, même remarque qu’à la note précédente. On en est réduit aux hypothèses, mais ce passage, truffé de termes et de tournures que l’on ne trouve pas chez Casanova, sent son Laforgue à plein nez. On lit dans la traduction allemande un mot d’esprit plus court, plus incisif, plus casanovien : « M. de Choiseul était un ministre dont la discrétion se limitait aux affaires de la plus haute importance ; mais presque rien ne lui paraissait important » (retrad. L. Cantagrel).
- George Montagu-Dunk, duc d’Halifax (1716-1771), développa les colonies anglaises. Il entra au Cabinet en 1757.
- L’accouchement de Mlle Roman n’eut lieu que le 13 janvier 1762.
- Autre exemple de cas où le texte Schütz est sans doute préférable : « On me trouve heureuse, me dit-elle, tout le monde envie mon sort ; mais on ne peut se dire heureux que quand on sent son bonheur. »
- « Épingles au pluriel, signifie figurément : ce qu’on donne à des servantes d’hôtellerie pour les services qu’elles ont rendus. Donnez quelque chose pour les épingles des filles » (Acad. 1762).
- « Celui qui dit ou fait des bagatelles » (Littré).
- Marie Leszczynska ne meurt qu’en 1768.
- Anne-Marie-Christine Vanloo (1704-1783), épouse du peintre Carle Vanloo, qui avait fait un portrait de Silvia Balletti.
- Voir ici.
- Environ 65 000 euros.
- Confusion avec un séjour ultérieur à Paris (janvier 1762 ?) : l’enfant de Manon naît le 19 novembre 1761. Il meurt le lendemain. Son deuxième enfant naît en 1765.
- En 1761, les Blondel habitent rue de la Harpe. Ils emménagent au Louvre en 1767. Manon dut quitter cet appartement après la mort de son mari, en 1774.
- Le mariage eut lieu en 1767.
- Voir ici.
- Confusion probable avec le séjour de 1767. Camille (voir ici et, dans le vol. I de la présente édition, p. 1536) meurt en juillet 1768.
- Le comte de la Marche offrit à Coraline (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1536) le marquisat de Silly en 1761. Le fils de Coraline portait le nom de M. de Vauréal, et pas de Montréal.
- Antonio Stefano (Antoine-Étienne) Balletti est l’un des plus proches amis de Casanova. Il a quitté le théâtre en 1759 à la suite d’un accident sur scène qui ne lui permettait plus de jouer. Mario Balletti, son père, mourut en 1762 : nouvelle confusion entre plusieurs séjours parisiens.
- Rivière de Lydie, célèbre dans l’Antiquité pour les paillettes d’or qu’elle charriait.
- Pièce représentée en 1764. Voir ici.
- Voir ici.
- Une danseuse de l’Opéra nommée Florence.
- Source sur l’Hélicon en Béotie, associée aux Muses et à l’inspiration.
- André Morellet (1727-1819), encyclopédiste, ardent défenseur des philosophes. En 1760, il répond à Palissot et aux antiphilosophes par une Préface de la comédie des Philosophes, ou la Vision de Charles Palissot qui l’envoie à la Bastille (juin-juillet 1760).
- Plus d’un demi-million d’euros.
- La Dazenoncourt, danseuse figurante à l’Opéra. Elle dansa notamment, en 1749, dans le Zoroastre de Rameau (livret de Cahusac, plus tard adapté en italien par Casanova). Un rapport de police de 1756 indique qu’elle a entretenu une liaison avec le duc d’Orléans (C. Piton, Paris sous Louis XV, op. cit., t. V, p. 76).
- Schütz : « dont j’avais essayé en vain de faire la connaissance avant mon deuxième voyage en Hollande ; elle était accompagnée d’une jeune fille qui m’était totalement inconnue ».
- Choisy-le-Roi (nom qui date de l’acquisition du château par Louis XV).
- « Grivoise se dit d’une vivandière, ou d’une autre femme d’armée qui est d’une humeur libre et hardie » (Acad. 1762). L’emploi du mot semble bien peu casanovien.
- Escroc notoire, employé par les Calzabigi lorsqu’ils veulent diffuser la loterie militaire. Casanova le connaît probablement depuis 1757. Voir Répertoire des noms.
- Cet aventurier portugais est cité comme complice de Santis dans des actes judiciaires (voir Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 323).
- Schütz : « à mon hôtel, rue du Saint-Esprit ».
- Schütz : « L’hôtelier fit atteler quatre chevaux de louage à ma voiture ; je partis d’un trot rapide et le lendemain soir, j’étais à Châlons. Deux jours plus tard, j’arrivai à Strasbourg et je descendis à l’hôtel du Corbeau où je trouvai Desarmoises avec mon Espagnol. »
- Catherine Renaud, danseuse, apparaît dans la liste des figurantes du ballet de Dresde depuis 1753 sous le nom de Marianne Reneaud. Elle retourne à Paris en 1757. Elle meurt à Dresde en 1806.
- Pendant la guerre de Sept Ans, Zanetta se réfugie à Prague. La cour de Saxe, en fuite, ne verse plus les pensions.
- Schütz : « Les voyages de nuit n’étaient pas du goût de la Renaud : elle appréciait fort les plaisirs qui s’offraient à elle quand, après un bon souper, elle allait se coucher à moitié ivre. Bacchus allumait parfois sur l’autel de Vénus des flammes à ce point inextinguibles que j’étais obligé de m’écrier : Dors ! mais dors donc ! »
- On trouve, dans la Confutazione, diverses allusions anecdotiques au séjour de Casanova à Augsbourg (I, p. 259 sq. ; III, p. 249 et 251).
- Célèbre auberge ouverte en 1731.
- Schütz : « J’allai voir le banquier Carli pour lequel Zappata m’avait remis une lettre de crédit à Turin ».
- Schütz : « Carli me donna une lettre de crédit pour Schmidtmaier ».
- D’après la liste des étrangers de l’Augsburger Zeitung de 1761, Casanova arrive à Munich le 22 juillet 1761. Il y est mentionné : « Chevalier Saint-Gall avec une parente [c’est sans doute la Renaud], et trois domestiques » (Gugitz).
- Francisco de Almada e Mendonça, diplomate portugais.
- De la cour de Saxe, plus exactement. Voir chap. précédent.
- Britannique.
- Hubert de Folard (1709-1799).
- Maximilien III Joseph (1745-1777), Électeur de Bavière depuis 1745.
- Maria-Antonia Walburgis (1724-1780), sœur de l’Électeur de Bavière et épouse de l’Électeur de Saxe. Pendant la guerre de Sept Ans, le couple quitte Prague et se réfugie à Munich (1760-1763). L’Électrice ne sera « douairière » (veuve jouissant du bien que lui a laissé son défunt époux) qu’en 1763.
- Peter August, musicien, mari de Maria Maddalena Antonia Stella Casanova (1732-1800).
- Giuseppe d’Afflisio (1722-1788), joueur et escroc, faux-monnayeur notamment. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 331, n. 6.
- Frédéric-Michel de Deux-Ponts-Birkenfeld (1724-1767), à la tête de l’armée palatine pendant la guerre de Sept Ans.
- Inguinal : « Terme de Chirurgie. Ce mot est employé pour signifier : tout ce qui concerne l’aine » (Acad. 1762).
- Casanova évoque ce médecin en des termes élogieux dans la Confutazione (t. II, p. 183). Le comte de Lamberg l’évoque comme un homme d’esprit mais sans grand courage dans une lettre à Casanova datée du 18 août 1767. Il fait en revanche son éloge (funèbre) dans la lettre du 14 mars 1789 (sur cette correspondance, voir ici).
- Une résine végétale présentée en grains ou les grains d’une espèce de chiendent. Autre sens possible de « manne » : « La manne d’encens n’est autre chose que les miettes ou les petites parties qui se sont formées de la collision des grumeaux d’encens, par le mouvement de la voiture ou autrement » (Encyclopédie).
- Voir le récit de cette fuite par Da Ponte, Répertoire des noms.
- Le mariage de la Renaud avec Böhmer, joaillier de la Couronne, a lieu en 1768. En 1796, elle épouse en secondes noces son associé, Paul Bassenge.
- Mme de la Motte, une aventurière aidée par Cagliostro, persuade le cardinal de Rohan qu’il peut regagner la faveur de la reine en servant d’intermédiaire dans l’achat d’un collier hors de prix que les joailliers de la Couronne, Böhmer et Bassenge, cherchent à vendre depuis plusieurs années. Le cardinal achète le collier à crédit et le remet à Mme de la Motte, qui s’enfuit avec le butin. L’affaire est découverte lorsque les joailliers s’enquièrent du paiement auprès de Marie-Antoinette. Le scandale est considérable et ternit l’image d’une cour qu’elle montre coutumière des dépenses les plus folles. L’affaire se déroule entre 1784 et 1786.
- Bodissoni écrit cependant à Casanova le 8 juin 1768 : « J’ai entendu avec plaisir la rencontre avec la Renaud, elle sera été surprise de voir des pendus à se promener tranquillement à Paris, combien de mauvaises langues il y a dans ce monde ! » (Marr 10M-7).
- Schütz : « Ma cuisinière Lise ».
- Rue du Bac.
- René de Savoie, comte de Tende (1473-1525), arrière-grand-père de la marquise.
- Prison pour dettes. Santis (voir Répertoire des noms) fut envoyé à Bicêtre, en 1759-1760, mais il n’y a pas de document à propos d’une incarcération en 1761.
- Le comte Maximilien Joseph de Lamberg, né à Brünn (aujourd’hui Brno, en République tchèque) en 1729, issu de la famille des Steiermark. Voyageur, homme de lettres et de cour, il est notamment l’auteur du Mémorial d’un mondain (1774). Il fut un ami très proche de Casanova.
- Joseph de Hesse-Darmstadt (1699-1768), élu prince évêque d’Augsbourg en 1740.
- En 1761, le comte de Lamberg est veuf. Sa première épouse meurt en 1755, et il ne se remarie qu’en 1763. Casanova doit ici mêler les souvenirs de deux séjours à Augsbourg (1761 et 1767).
- Schütz : « J’y fis entre autres la connaissance du baron de Selenthin, capitaine prussien qui recrutait alors des soldats à Augsbourg et que je revis trente ans plus tard sur ses terres, à la frontière de la Bohême. » Cette première rencontre date plus vraisemblablement du séjour de 1767, comme en témoigne une lettre du baron de Sellentin à Casanova, à Dux, datée de septembre 1791 (Marr 12/7). Le baron, qui s’est établi en Saxe, près de la frontière de la Bohême, évoque sa rencontre avec Casanova vingt-quatre ans plus tôt, c’est-à-dire en 1767.
- Voir « Mon cher Casanova ». Lettres du comte Maximilien Lamberg et de Pietro Zaguri, patricien de Venise à Giacomo Casanova, édition, présentation et notes de Marco Leeflang, Gérard Luciani et Marie-Françoise Luna, avec la collaboration de F. Luccichenti et H. Watzlawick, Paris, Champion, 2008.
Chapitre XI
- Séminaire fondé en 1563 près de l’église San Cipriano, à Murano, aujourd’hui détruite. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 145 sqq.
- Domenico Bassi (v. 1724-1774), acteur et entrepreneur de théâtre.
- Schütz : « douze ans ». Il s’agit de Marianna Bassi (1749-1769), qui fut actrice, chanteuse et danseuse.
- Schütz porte une leçon plus convaincante : dem berühmten Scharlatan Cosmopolito (« le célèbre charlatan Cosmopolito »). Casanova fait allusion à un imposteur qui sévissait sous ce pseudonyme. Celui-ci fit notamment parler de lui à Venise en 1753 en vendant un élixir de longévité et un remède miraculeux.
- Schütz : « La conclusion de son récit fut qu’il voulait se rendre d’ici à Venise où il espérait que la fortune lui sourirait sur le théâtre de San Cassiano pendant le carnaval. »
- Préparation médicinale que l’on fait remonter à l’Antiquité et dont la composition complexe nécessitait de très nombreux ingrédients. Il en existait plusieurs variantes, et la « thériaque vénitienne » était particulièrement réputée.
- Deux florins font une soixantaine d’euros ; 4 gros ou Groschen valent environ 7 euros.
- Plus de 1 600 euros.
- Schütz : « On fit venir du papier et de quoi écrire, et je rédigeai deux actes : l’un formulait mon engagement à l’égard de Bassi, en tant que chef de la troupe ; l’autre, que tous les acteurs signèrent, contenait les conditions auxquelles je m’engageais. »
- Un ducat vaut plus de 100 euros.
- Andrea de Bollo, d’origine génoise, agent secret et diplomate au service de Gênes puis de la Pologne.
- Sans doute une aventurière qui se faisait passer pour un certain comte de Thanis (peut-être était-elle d’ailleurs comtesse de Thanis), et qui semble avoir été démasquée en 1763.
- Il y avait deux bourgmestres à Augsbourg, l’un catholique, l’autre protestant.
- Plus d’1,5 million d’euros.
- Casanova écrit dans Scrutinio del libro Éloges de M. de Voltaire (1779) : « L’alphabet a vingt-trois lettres à la disposition du caprice de ceux qui l’apprennent et qui désirent, au gré de leur calcul, accoupler huit ou dix de ces lettres pour former un nom quelconque. Tous nous en sommes les maîtres absolus et en opérant ainsi nous ne violons aucune loi, nul ne peut crier à l’usurpation » (éd. cit., p. 19).
- En 1767 (ms., t. IX, chap. II, fos 25v-26r ; Casanova y emploie la graphie Geltlude).
- Plus de 13 000 euros.
- Les intendants étaient placés à la tête de l’administration dans les provinces. René-François de Fouquet (1704-1784) fut lieutenant général des armées du roi et des Trois-Évêchés (Metz, Toul et Verdun).
- Il doit s’agir de François de Lastic, que Casanova a connu à Cologne en 1760. Voir ici.
- Plus de 12 000 euros.
- Peut-être une jeune actrice du nom de Baulo, qui joue et danse alors à Metz.
- Schütz : « Un soir, comme je sortais de la loge de Madame Tschudi pour rentrer chez moi ». Les Tschudi – ou Tschoudy – sont une famille d’origine suisse et établie à Metz depuis le XVIe siècle. Théodore-Henry Tschudi (1727-1769) était un franc-maçon important à Metz.
Chapitre XII
- Schütz : « Le comte R*** ». D’après le texte de Laforgue, la tradition casanoviste a suggéré que le comte de N… soit le comte Franz Anton Nostiz-Rieneck (1725-1795), grand amateur de théâtre.
- Par Renée de Savoie, la marquise d’Urfé descend de l’ancienne famille byzantine des Lascaris.
- Frédéric (1711-1763).
- Voir ici.
- Un mot qui trahirait sa condition de danseuse. « Faire une sortie à, ou sur quelqu’un : s’emporter de paroles contre lui, ou lui dire brusquement quelque chose de dur » (Féraud).
- Plus d’un demi-million d’euros.
- Nom fictif. Peut-être Alexandre Théodore Lambertz, officier au service du Piémont, mort à Aix-la-Chapelle en 1762.
- Selon plusieurs rapports de police, le chevalier de Pienne évolue dans le monde des joueurs parisiens. Un rapport de 1760 le décrit même comme un joueur de profession (C. Piton, Paris sous Louis XV, op. cit., t. I, p. 242 ; t. II et III passim).
- Jean-Jacques Rousseau écrit dans son Dictionnaire de musique (art. « Musique ») : « J’ai ajouté dans la même Planche le célèbre Rans-des-Vaches, cet Air si chéri des Suisses qu’il fut défendu sous peine de mort de le jouer dans leurs Troupes, parce qu’il faisait fondre en larmes, déserter ou mourir ceux qui l’entendaient, tant il excitait en eux l’ardent désir de revoir leur pays. On chercherait en vain dans cet Air les accents énergiques capables de produire de si étonnants effets. Ces effets, qui n’ont aucun lieu sur les étrangers, ne viennent que de l’habitude, des souvenirs, de mille circonstances qui, retracées par cet Air à ceux qui l’entendent, et leur rappelant leur pays, leurs anciens plaisirs, leur jeunesse, et toutes leurs façons de vivre, excitent en eux une douleur amère d’avoir perdu tout cela. La Musique alors n’agit point précisément comme Musique, mais comme signe mémoratif. Cet Air, quoique toujours le même, ne produit plus aujourd’hui les mêmes effets qu’il produisait ci-devant sur les Suisses ; parce qu’ayant perdu le goût de leur première simplicité, ils ne la regrettent plus quand on la leur rappelle. Tant il est vrai que ce n’est pas dans leur action physique qu’il faut chercher les plus grands effets des Sons sur le cœur humain » (Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. V, 1995, p. 924).
- Pyramide.
- « On dit aussi, qu’un homme est au bout de son Latin, quand il ne sait plus que dire ni que faire pour achever quelque chose ; qu’il y a perdu son Latin, pour dire, qu’il a perdu tous ses soins et ses frais » (Trévoux).
- Militerni, originaire de Naples, officier au service de la France, puis de l’armée napolitaine. Il meurt en 1776.
- Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé (1736-1818).
- Louis Charles César Le Tellier, duc d’Estrées (1695-1771), maréchal de France, lieutenant général à la bataille de Fontenoy (1748).
- Schütz : « Nommé maréchal de camp en 1768, il retourna à Naples et y épousa une veuve très riche, mais il mourut dès l’année suivante. »
- Schütz : « J’eus alors la certitude qu’elle serait mienne. Je répondis que je me trouverais à une certaine heure dans le jardin de L*** ».
- Environ 3 000 euros.
- Selon F. W. Ilges (Casanova in Köln, op. cit., p. 97), à Burtscheid.
- Alcool issu de la distillation de baies de genièvre.
- « Hypostase : terme de Théologie, qui signifie Suppôt, personne. Il n’y a qu’une nature en Dieu, & trois hypostases » (Acad. 1762).
- Schütz : « Le lecteur bienveillant en apprendra davantage à son sujet lorsque je le revis dix mois plus tard à Londres. »
- Schütz : « Comme je passai le matin sur le Pont de la Victoire ».
- Voir ici.
- Schütz : « Ransonet ». La Stuart s’appelait en réalité Maria Anna Konstanze Louise des Grafs (voir F. L. Mars, « La Belle Stuart identifiée », dans Casanova Gleanings, II, n. 1, 1959, p. 5 sq.).
- Bévue de Laforgue. Il faut ici lire Schütz pour comprendre : « Nous traversâmes les Ardennes en deux jours, une des contrées d’Europe les plus étranges ; – ces forêts qui fournirent à Boiardo et à l’Arioste la matière de tant de belles histoires plaisantes d’enchantements et de chevalerie ». Il n’est pas question de Bayard, mais de Matteo Maria Boiardo, auteur de l’Orlando innamorato (1483) qui inspira l’Arioste.
- En 1762, Charles-Godefroy de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon (1706-1772).
- Ces deux derniers paragraphes ne sont pas dans Schütz. On y lit en revanche, à la suite de la remarque sur Boiardo et l’Arioste, un passage absent chez Laforgue : « Nous ne pûmes nous retenir de rire quand l’hôte d’une auberge misérable nous fit l’éloge d’un café que l’on cultive dans les Ardennes ; nous fûmes contraints d’en goûter et de l’assurer qu’il était délicieux. Ce n’était pourtant pas du café ; mais un mélange d’avoine brûlée, d’orge et de blé. Qui ne connaît pas le vrai café prend tout pour du café ; et pas même celui des Antilles n’est vrai. »
- Schütz : « nous procura un assez bon logement dans la maison d’un prédicateur ».
- Schütz : « Madame S*** ». Au chapitre suivant, Laforgue ne parle plus de Mme Salzmann, mais de Mme Saxe. Dans ces conditions, l’identification n’est guère aisée…
Chapitre XIII
- « Salzmann » au chapitre précédent (texte de Laforgue).
- Peut-être Pierre-Louis d’Entraigues du Pin, né en 1740, cité par des rapports de police parisiens en 1772 (voir C. Piton, Paris sous Louis XV, op. cit., t. I, p. 76).
- Environ 1 200 euros les cent points.
- Schütz : « Celui qui meurt le premier, dis-je à Madame S***, a perdu le pari ; elle me répondit par un regard méprisant et s’éloigna. »
- Schütz : « Après le souper, la compagnie ne revint pas ».
- Depuis « Cette querelle d’Allemand » jusqu’à la fin du paragraphe : passage absent du texte allemand. C’est bien sûr loin d’être le seul exemple, et l’on peut souvent penser que le texte allemand résume ou coupe celui de Casanova. On avancera cependant volontiers ici, à titre d’hypothèse, que le passage a toute l’apparence d’une digression de Laforgue.
- Schütz : « Je lui répondis poliment que j’étais prêt à partager ; mais d’Entragues s’exclama avec colère qu’il ne le voulait pas. »
- Le prince-évêque de Bâle (Georges-Joseph-Guillaume Rink de Baldenstein, de 1744 à 1762) était prince de Porrentruy, où se trouvait sa résidence officielle.
- Schütz : « Une maladie incurable dont les Bâlois ont beaucoup à souffrir est le spleen. Aussi vont-ils régulièrement aux sources de Sulzbach pour y puiser du secours contre ce mal. Mais de retour dans leur ville, ils sont tout aussi fous qu’auparavant. »
- « Sorte de mouchoirs tissus de soie et de coton qui se fabriquent dans l’Inde et dont les couleurs sont vives et de bon teint ; les imitations en France sont en coton. Une robe de madras. Un mouchoir de madras, ou, simplement, un madras. Le madras sert de coiffure aux femmes » (Littré).
- Schütz : « Le comte N. N. ».
- Saint Laurent de Rome, qui, d’après la légende chrétienne, mourut brûlé à petit feu sur un gril.
- Schütz : « Chez le banquier Tronchin ».
- Voir ici.
- M. F. : Muralt-Favre. Voir ici.
- Schütz : « chez les demoiselles F… ».
- Il ne s’agit évidemment pas du prénom de la jeune fille mais d’une antonomase (fondée sur le personnage théâtral : voir L’École des femmes de Molière) ou d’une référence à l’étymologie du prénom Agnès (chaste). On ne trouve pas ce jeu dans Schütz.
- Peut-être François Henri d’Harcourt (1726-1802), duc et pair de France, qui sera gouverneur de Normandie à partir de 1775, gouverneur du Dauphin (1786-1789), élu à l’Académie française en 1788. Gugitz signale qu’un chevalier d’Harcourt est cité parmi les viveurs parisiens en 1763 (C. Piton, Paris sous Louis XV, op. cit., t. I, p. 371).
- Augustin-Louis de Ximénès (1728-1817), ancien aide de camp du maréchal de Saxe, quitte en 1746 la carrière militaire pour les lettres : ami de la Clairon, il essaie de s’illustrer au théâtre, sans succès. Un moment brouillé avec Voltaire, il accepte de servir de prête-nom aux Lettres à M. de Voltaire sur la Nouvelle Héloïse (1761), satire du roman de Rousseau.
- Schütz : « à justifier un mensonge ».
- Schütz : « car pour Dieu qui règne sur tout ce qui est, il n’existe pas de futuréité [en français dans le texte] ».
- Il semble qu’il faille dans ce contexte comprendre ainsi ce qu’il est plus correct de traduire par « je n’ai aucun scrupule ». Horace, Satires, I, 9, v. 70-71, p. 100-101 : Nulla mihi, inquam, religio est (« Je n’ai point, dis-je, de ces craintes superstitieuses »).
- Dans la Grèce ancienne, rite de purification du nouveau-né accompli quelques jours après la naissance du nourrisson.
- Le récit de l’Histoire de ma vie s’interrompt avant cette période.
- Dans Schütz, le paragraphe commence par : « La Lebel me montra la bague que je lui avais donnée en partant, et je lui montrai la sienne. Pour laisser à mon fils un souvenir de moi, je lui donnai une montre contenant mon portrait qu’elle lui remettrait dès qu’elle le jugerait bon », informations données plus haut dans la version Laforgue, avant l’annonce des futures retrouvailles.
- Cette réflexion sur le bonheur est absente dans Schütz. Son attribution est ainsi problématique.
- Genèse, II, 15 à 17 (énoncé de la prohibition) ; 21 et 22 (création d’Ève).
- Schütz : « C’était un excellent vieux vin de la Côte ».
- Voir ici.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 106 sqq.
- Voir ici.
- Célèbre sculpture, considérée au XVIIIe siècle comme l’une des plus belles œuvres de l’Antiquité – elle est conservée à la galerie des Offices, à Florence.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1056 (n. 2).
- La version Laforgue omet-elle un mot (« amis ») ?
- Casanova séjourna à Genève au moins de la fin novembre au commencement de décembre 1762, après son deuxième séjour à Turin. Il ne le raconte pas dans l’Histoire de ma vie.
- Il s’agit du village de l’Arbresle, anciennement nommé La Bresle, au nord-ouest de Lyon (F. L. Mars, « Casanova chez les Lyonnais », Casanova Gleanings, VI, p. 13).
- Federci Gualdo, ou Gualdi, personnage mystérieux et alchimiste qui vécut au XVIIe siècle.
- F. L. Mars (« Casanova chez les Lyonnais », art. cit.) a identifié cette famille : Étienne Pernon (1720-1803), fabricant de soie à Lyon ; il épouse en 1750 Jeanne Aubert (1726-1776).
- Les lettres à Casanova des marchands Étienne Pernon et Joseph Bono (?-1780) ont été publiées par F. L. Mars (ibid., p. 10-33). Ces lettres vont du 4 septembre 1762 au 10 janvier 1769. Voir Répertoire des noms.
- Antoine-Marie Sacco, comte d’Aquaria (?-1786), originaire de Bellinzona au Tessin, commerçant et banquier à Lyon (voir F. L. Mars, ibid., p. 18-19).
- Martre de Sibérie.
- D’après des lettres retrouvées à Dux, Casanova fut à Turin à la mi-septembre, ou même plus tôt, jusqu’en novembre 1762 (date de son expulsion) ; il se rendit ensuite à Genève et à Chambéry, passa encore une fois par Turin (janvier 1763) et se rendit de là à Milan (fin janvier ou début février 1763).
- Schütz : « J’entrai dans cette capitale aux premiers jours de décembre 1762 ».
Tome septième
Chapitre I
- Il ne s’agit pas ici du « grand Dupré » que Casanova avait vu à Paris (voir vol. I de la présente édition, p. 750), retiré de la scène en 1751. Voir ici.
- Le carnaval de 1763.
- Lire « de chez lui ».
- L’Académie définit l’ordre des Rose-Croix comme une « secte de charlatans qui prétendaient posséder toutes les sciences, avoir la pierre philosophale, rendre les hommes immortels, etc. » (Acad. 1762).
- Corset.
- En temps et lieu. Italianisme forgé sur l’expression a luogo e tempo, « au moment opportun ».
- Orth. concers. Le sens est probablement « danser hors du groupe ».
- Une trentaine d’euros environ (la livre du Piémont vaut légèrement plus que la livre française).
- Si.
- Ordre fondé en 1321 par Ladislas V, roi de Pologne, restauré en 1713 par Auguste II.
- Le comte Federico Vitaliani e Borromeo (1703-1779), chevalier de l’ordre en 1736, accueillit le fils du roi en 1739.
- Dans tout le chapitre, les initiales « A. B. » (désignant le comte Giuseppe Attendolo-Bolognini) sont écrites au-dessus du nom biffé Bolognini.
- Îles Borromées, dans le lac Majeur, où Charles Borromeo, vice-roi de Naples, avait accueilli le roi de Pologne.
- En 1769, après la publication de la Confutazione à Lugano (ms., t. IX, fo 189r).
- Qui étant.
- Deux sens possibles : soit « elles l’examinaient avec attention et malveillance » (tour elliptique basé sur le français : « on dit figurément Mesurer un homme des yeux, pour dire : le regarder avec attention depuis la tête jusqu’aux pieds, pour l’examiner, pour en juger ; et cela suppose ordinairement une mauvaise intention de la part de celui qui regarde », Acad. 1762), soit « elles faisaient des comparaisons » (influence de l’italien misurare).
- Plus de 4 300 euros. La pistole du Piémont vaut un peu plus que le louis d’or français.
- Sans le montrer.
- À l’improviste.
- Théâtre construit en 1752 par Benedetto Alfieri, oncle du poète tragique.
- Chauvelin était marié à Agnès-Thérèse Mazade. Casanova l’avait vue à Soleure (voir ici).
- Giuseppe Imberti, secrétaire du Sénat de Venise (circospetto), fut résident à Milan (1756-1760), à Turin (1762-1765) puis à Londres (1768-1771).
- De s’abaisser.
- La femme du comte Attendolo-Bolognini, née Teresa Zuazo y Ovalla Zamorra, eut trois enfants dont un seul survécut, prénommé Alexandre (1764-1832). Une lettre d’elle a été retrouvée à Dux, adressée à Casanova à Gênes, datée de fin mars 1763.
- Une quarantaine d’euros.
- Tout ce que.
- La plus recherchée des dentelles à l’aiguille, avec celle de Valenciennes (voir vol. I de la présente édition, p. 1035).
- « Assemblage de diamants ou d’autres pierres précieuses, qui sert à la parure des femmes » (Acad. 1762).
- Voir ici.
- Le jeune Anglais était nommé baron Warkworth jusqu’en 1766, année où il prit le titre de lord Percy.
- Voir Lexique et règles des jeux.
- Seuls les sots se plaignent. Probable influence de l’ordre des mots en italien (i soli stupidi…).
- Voir ici.
- « On dit qu’On est plein d’une chose, pour dire, qu’On en a encore l’imagination toute occupée » (Acad. 1762). Le tour « plein que » n’est pas répertorié.
- Casanova retrouvera Agate à Naples en 1770.
- Arioste, Roland furieux, XXVI, str. 70, v. 5-8, t. III, p. 131. Le texte original porte la leçon : né a ragion s’attrista (v. 7).
- « Ce qu’on ajoute, ce qu’on joint à la chose qu’on troque contre une autre, pour rendre le troc égal » (Acad. 1762).
Chapitre II
- En 1763, il y avait à Alexandrie un seul théâtre, situé au piano nobile du palais du marquis Filippo Guasco Gallarati di Solero.
- L’engager comme.
- Soixante sequins vénitiens font presque 7 000 euros.
- Autour de 50 000 euros.
- Italianisme forgé sur scritturare : « engager ».
- La paix entre la France, l’Espagne et l’Angleterre est conclue à Paris le 10 février 1763.
- Voir ici.
- D’après sa correspondance, le Vénitien séjourne à Milan de la fin janvier au début mars 1763.
- Écrit le : nous corrigeons en de.
- Ignazio, chevalier de Grisella de Rosignano, militaire de carrière, fut en 1763 officier des Gardes royales, puis en 1771 commandant de la forteresse de Casale.
- Proverbe attribué à Bragadin dans la Confutazione (t. II, p. 262-263) et appliqué à Nobili sous les Plombs (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1209).
- Francesco-Maria, comte de Grisella de Rosignano (1722-1805), fut reçu par Frédéric II le 15 mars 1775 et rappelé en janvier 1778.
- Le marquis Cesare Corti (1740-1792), major général, chevalier de l’ordre de Marie-Thérèse en 1790.
- Citation d’après Horace (Odes, I, 4, v. 15, p. 14-15). Le texte exact dit : Vitae summa brevis spem nos vetat inchoare longam.
- Le mot « entreteneur » n’est pas répertorié dans les dictionnaires de l’époque.
- Francesco, comte Borini, écrit le 18 mars 1772 à Casanova : « Il n’y a pas longtemps j’ai rencontré, en me promenant, le général Basili qui m’a fait de vous le plus grand éloge, et j’ai eu le plaisir de voir qu’il connaissait bien vos mérites. Il m’a chargé de vous présenter ses compliments distingués, ajoutant qu’en 1763 il avait dîné avec vous à Pavie, où il était commandant. Il m’a chargé en outre de vous prier d’aller faire un tour à Reggio lors de la plus prochaine foire » (Archives de Prague, 4-104).
- Selon la coutume du pays (italianisme sur costume).
- La Certosa di Pavia construite au XVe siècle, à 35 km au sud de Milan.
- Les compliments d’usage.
- Me faire connaître.
- Le panier est « une espèce de jupon garni de cercles de baleine pour soutenir les jupes et la robe » (Acad. 1762).
- San Giovanni in Conca, église et couvent de pères carmes.
- Environ 3 000 euros.
- Orth. tour. « Étoffe de soie, dont la chaîne et la trame sont plus fortes qu’au taffetas. La différence du gros-de-Tours et du gros-de-Naples consiste en ce que la trame et la chaîne de celui-ci sont encore plus fortes qu’au gros-de-Tours, ce qui lui donne un grain plus saillant. Il y en a d’unis, de rayés, de façonnés, de brochés en soie, et en dorure » (Encyclopédie, art. « Gros-de-Tours, et Gros-de-Naples »). Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 527.
- De martres zibelines. Le masculin est probablement influencé par l’italien zibellino.
- L’imposteur usurpe le nom de Giorgio Teodoro, marquis de Triulzi (1728-1802).
- Qui a les yeux qui louchent. Louche : « Qui a la vue de travers » (Acad. 1762).
- De force. Influence de l’italien a forza.
- Très proprement habillés.
- Il s’agit du Regio Ducal Teatro (Teatro Ducale), construit en 1717 dans le palais ducal.
- « Redoute » traduit l’italien ridotto (maison de jeu). Au XVIIIe siècle, les écrivains français emploient volontiers le mot italien, plus rarement sa « traduction » française, qui n’est cependant pas propre à Casanova. Voir vol. I de la présente édition, p. 516.
- Les noms de Lanti et de Palesi (Palese) sont fictifs.
- Oui Monseigneur. Pour une oreille vénitienne, « Illustrissime » est plus prestigieux que « Signore » et moins fort qu’« Excellence ».
- À neuf.
- L’incontinence est le « vice opposé à la vertu de continence, à la chasteté » (Acad. 1762).
- Greppi, fermier général de la Lombardie de 1751 à 1770, fut fait comte par Marie-Thérèse en 1778. Il acquit à Milan un palais, des fabriques de soie et de cuir, et fut entrepreneur du Regio Ducal Teatro.
- Plus d’un demi-million d’euros. Sur le manuscrit, le m est écrit au-dessus d’un trait horizontal, le chiffre 100 dessous.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 994-995. Cornelia Gritti, née Barbaro, ne semble pas avoir eu de frère.
- François III Marie d’Este, duc de Modène (1698-1780), gouverneur depuis 1753 (voir vol. I de la présente édition, p. 299).
- Il s’agit sans doute de Francisco (Gian-Pietro VIII) Carcano qui tenait la banque à la redoute de l’Opéra.
- La carte biffé. « Filer la carte » signifie « escamoter une carte, et en donner une au lieu d’une autre qu’on retient pour soi » (Acad. 1762).
- Cinq mille cent livres, soit plus de 50 000 euros.
- Voir ici.
- Le prince Auguste-Alexandre Czartoryski (1697-1782). Voir ici.
- Après la mort du roi Auguste III en 1763, Auguste-Alexandre Czartoryski envoya à Pétersbourg le comte Stanislas Poniatowski, fils de sa sœur Constance, pour donner la couronne de Pologne aux Czartoryski. Mais Poniatowski, devenu entre-temps favori de la tsarine Catherine II, se déclara roi et assista au découpage de son « royaume » par les autres puissances (1772, 1793, 1795). Casanova a publié en 1774 une Istoria delle turbolenze della Polonia dalla morte di Elisabetta Petrowna fino alla pace fra la Russia e la Porta ottomana in cui si trovano tutti gli avvenimenti cagioni della rivoluzione di quel regno (Goritz, Valerio de’ Valeri, 3 vol.).
- Le bancorotto (terme employé par Schütz, t. VIII, p. 79) était une forme de loterie.
- Deux mille sequins font environ 230 000 euros.
Chapitre V
- Le manuscrit porte, en haut à droite, l’indication antecedantibus sublatis, littéralement « les précédents [ou les précédentes] ayant été supprimé[e]s ». Il s’agit probablement des versions antérieures des chapitres III et IV, désormais intégrées au chapitre V.
- Remettre l’argent du marquis (tour elliptique). Voir le détail de l’opération, p. 975-976.
- La Cascina dei Pomi, ferme connue à proximité de Milan. Cascina signifie « ferme » en italien. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 559.
- Gros singe. « On dit fig. et fam. d’Un homme fort laid, que c’est un vrai magot » (Acad. 1762).
- En demeure, en retard.
- Jusqu’aux bourses. Possible influence de l’italien (fino alle borse).
- Comprendre : 100 doublons valant 700 sequins milanais (environ 80 000 euros)et dans l’autre bourse 300 sequins vénitiens (presque 35 000 euros). Le quadruple appelé aussi doblon de a ocho, monnaie d’or espagnole valant 4 pistoles, avait cours à Milan (en raison de la domination espagnole) et à Venise (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 97). D’après ces équivalences, le sequin milanais a sensiblement la même valeur que le sequin vénitien.
- Gagner le paroli, c’est remporter trois fois sa mise ; le « 7 et le va » sur une carte gagnante fait remporter sept fois sa mise. Voir Lexique et les règles des jeux.
- Clemens-August était mort en 1761.
- Paix de paroli : le ponte gagnant joue uniquement son gain sur la même carte, et retire sa mise.
- Plus de 300 000 euros.
- Le chef de la police vénitienne aux ordres du Conseil des Dix (voir vol. I, p. 1170). Cette plaisanterie faisant allusion aux circonstances de l’arrestation de Casanova montre le succès mondain du récit oral de son évasion.
- Voir ici.
- Danse vive du Frioul (voir vol. I, p. 383).
- Auberge située dans la rue appelée au XVIIIe siècle Via dei Tre Re, plus tard Via dei Tre Alberghi, près de San Giovanni in Laterano.
- Casanova francise un mot issu du dialecte lombard, pupola (ou popola) : « jeune fille », « poupée ».
- Les toasts.
- L’éteignoir est une « voiture de mode », d’après Casanova (vol. I de la présente édition, p. 831).
- Orth. gridelin. « On appelle gris-de-lin, une nuance violette qui a plusieurs degrés depuis le plus clair jusqu’au plus brun. » Sur « velours ras », voir ici.
- La note.
- Farce « se dit par extension de ce qui est plaisant et bouffon » (Féraud).
- Italianisme sur locanda, « auberge ».
- Voir vol. I de la présente édition, p. 489-490.
- Le pinchbeck ou pinchebek, alliage de zinc et de cuivre jaune, inventé par Christophe Pinchbeck (horloger anglais mort en 1732), fut employé pour la fabrication d’ustensiles de ménage et de bijoux à bon marché.
- Soit respectivement 700 et 230 euros environ.
- Dix sequins milanais feraient plus de 11 000 euros.
- Le duché de Milan, sous la domination des Habsbourg espagnols depuis 1540, passa sous celle de l’Autriche en 1714 puis en 1748. Voir la carte politique de l’Italie.
- Plaisanterie faite lors du séjour à Vicence en 1753. Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 987.
- En 1748. Voir vol. I, p. 558-559.
- Voir vol. I, p. 567-571 (sur O-Neilan) et p. 593.
- Je lui gagnais son argent. Voir ici pour une construction proche.
- Doublets : lorsque la taille comporte deux cartes de même force, le banquier l’emporte.
- Le mot « chimériser » (se repaître de chimères) est rare : il se trouve chez Fontenelle.
- Une matière trop élevée pour son esprit.
- Voir ici.
- Une aune vaut 1,18 m. L’entoilage est la « toile à laquelle on coud une dentelle » (Acad. 1762).
- Environ 22 km.
- Plante ou gomme médicinale. « L’euphorbe est un médicament laxatif qui est fort dangereux, car c’est le plus ardent et le plus violent de tous les remèdes, quand même il serait pris en petite quantité. Il est propre aussi pour faire éternuer » (Fur.).
- En cachette et sans bruit. L’Académie précise que l’expression appartient au style familier.
- « On dit Gagner quelqu’un, pour dire : Lui gagner son argent au jeu. Cet homme-là me gagne toujours. Je n’ai jamais pu le gagner. Il gagne tout le monde » (Acad. 1762).
- Des tricheurs professionnels.
- Italianisme forgé sur filastrocca, « litanie ». Voir ici.
- Intrinsèque à mon caractère. Caractéristique, terme de grammaire à l’origine, prend un sens plus étendu au XVIIIe siècle.
- La Bontemps, devineresse célèbre, n’est pas nommée dans l’Histoire de ma vie. Elle avait pour cliente la duchesse de Ruffec (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 763). Voir Ch. Samaran, Jacques Casanova, Vénitien, p. 68.
- Priape « est un Dieu fabuleux du Paganisme adoré à Lampsaque ville de l’Hellespont lieu de sa naissance, fils de Vénus et de Bacchus. Il était aussi le Dieu des Jardins. Ils ont nommé de son nom la partie honteuse des hommes, parce qu’il l’avait d’une grosseur extraordinaire, et pour cela il était fort révéré des femmes » (Trévoux).
- Par opposition à la confession écrite (qui peut avoir valeur de preuve juridique), la confession auriculaire se dit en secret à l’oreille d’un prêtre.
- Et penser. Calque de sono andate a pensare : l’italien dit andare a + infinitif là où le français dit « aller » + infinitif. Le Vénitien juxtapose ici les deux constructions.
Chapitre VI
- Jupon (italianisme sur sottana). Voir vol. I de la présente édition, p. 1162.
- Environ 19 cm. Les jeunes marquises mesuraient à peu près 1,68 m.
- « Bout de soie » est un terme technique désignant une sorte de velours (voir vol. I, p. 1181).
- « Toile de lin très-fine, et très-blanche, dont on fait des rabats, des manchettes, et des surplus » (Trévoux).
- Plus de 20 000 euros.
- Coûte que coûte.
- Au carnaval de 1753 à Murano (voir vol. I de la présente édition, p. 1065-1069).
- Le « quartier de soulier » désigne « les deux pièces de cuir qui environnent le talon » (Acad. 1762). L’expression « quartier derrière » pour dire « quartier postérieur » n’est pas répertoriée.
- La « noblesse » de l’invention tient à son caractère aristocratique de largesse, dans un contexte carnavalesque. La dépense somptuaire oblige les spectateurs de cette mascarade à reconnaître le haut statut social de celui qui gaspille ainsi de riches habits « pour la montre », uniquement pour paraître « magnifique » (voir plus bas la correction de « mascarade chère » en « mascarade magnifique »).
- Un enchantement.
- Pour émouvoir. Italianisme forgé sur muovere a pietà, « toucher à pitié ». On le retrouve plus bas dans « mû à pitié » (voir ici).
- Digne de compassion.
- Selon ma technique de jeu. Italianisme forgé sur guisa, « façon », « manière ».
- Plus de 50 000 euros.
- Pas plus avant.
- Le gain est considérable : environ 275 000 euros.
- La Piazza Cordusio de Milan, entre le Duomo et Largo Cairoli.
- De nous remettre. « On dit faire tenir des hardes, pour dire : faire que des hardes soient remises » (Acad. 1762).
- Environ 5 700 euros.
- Mise sur deux numéros. Voir ici.
- Comprendre « me sembler ».
- Diplomate génois, expulsé en 1746 de Vienne où il était ambassadeur de la République.
- La chrétienté. Influence de l’italien cristianità.
- Voir ici.
- Les appellations « cousines » et « sœurs » sont flottantes dans ce chapitre.
- Ce qui correspondrait à une taille d’1,90 m. D’après ses indications Casanova mesurait 1,87 m (voir vol. I de la présente édition, p. 734 et 1180).
- Que j’étale. La construction « s’étaler » + complément d’objet direct n’est pas usuelle.
- On me mettait à la question. L’expression est un italianisme. La corda était un supplice employé pour obtenir des aveux : la victime était soulevée par une corde attachée aux mains, liées derrière le dos, puis on la laissait retomber. Dare la corda, c’est infliger ce supplice.
- Le carnaval de 1763 s’est terminé le 15 février.
- Voir, dans la présente édition, vol. I, p. 978.
- Me font traîner.
- On appelle commissionnaire un « correspondant qui s’est chargé de l’achat ou du débit de quelques marchandises » (Acad. 1762).
- Que (confusion de che et chi en italien).
Chapitre VII
- À la fin du chapitre précédent, Casanova a écrit « Saint-Ange » en toutes lettres. Le Castel S. Angelo sul Lambro se situait dans la commune de Sant’Angelo Lodigiano (province de Lodi).
- De marches.
- Sous Carlos III (1759-1788), il y avait en Espagne une quarantaine de régiments d’infanterie. Un quart se composait de troupes étrangères, dont les régiments wallons (le héros du Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki appartient aux gardes wallonnes).
- Le comte Attendolo-Bolognini se prénommait Paolo. Né en 1735, il n’avait que vingt-huit ans en 1763 et non quarante.
- Donna Onorata Gandini, fille de Fabrizio, patricien de Lodi. Épouse du comte Paolo depuis 1757, elle mourut en 1781, et le comte se remaria en 1783.
- Les sœurs de la comtesse sont Fulvia Gandini, qui devint religieuse (appelée Eleonora par Casanova), et Angela, plus tard épouse de don Bassano Nipoti (appelée Clémentine).
- Les deux fils de Paolo et Onorata naquirent en 1769 (Luigi) et 1770 (Matteo) ; ils moururent tous deux après 1840.
- Voir ici.
- Possible italianisme sur verdura, les « légumes ».
- Casanova francise le mot mascarpone, spécialité lombarde.
- Qui faisait le grand seigneur.
- Juvénal, Satire, X, v. 22, p. 125.
- Depuis la domination espagnole, le duché de Milan était gouverné par des ministro plenipotenziario. Le comte Charles-Joseph de Firmian fut nommé ministre plénipotentiaire en 1759, succédant au comte G. C. Cristiani.
- Le rite ambrosien est « l’Office Ecclésiastique qui est en usage dans l’Église de Milan » (Trévoux).
- Dont elle avait mené la vie, vécu l’existence. Italianisme forgé sur fare la vita. Selon une tradition tardive de l’Église latine, Marie de Magdala (Marie Madeleine) a été associée à la femme pécheresse rédimée par le Christ lors du repas chez Simon (Luc, VII, 36-50). Les casanovistes n’ont pu identifier cette « belle pénitente ».
- Nouveau jeu d’écho, cette fois avec la scène où Casanova évoque le possible portrait de lui qu’il pourrait remettre à la M. M. de Chambéry. Voir ici.
- En raison de son âge. Le tour est inusuel.
- Sans doute le comte Ferrante Attendolo-Bolognini.
- Sur-le-champ. Sonica : « Terme du jeu de la Bassette, qui a passé dans le discours familier. À point nommé » (Féraud).
- Il en appela au jugement de Clémentine.
- Comprendre « aux leurs ».
- Déesse de la jeunesse, Hébé est la fille de Jupiter et de Junon. « Jupiter, charmé de sa beauté, la prit pour verser à boire aux Dieux ; mais Hébé étant tombée d’une manière peu décente en servant les Dieux dans un grand souper qu’ils faisaient en Éthiopie, il lui substitua Ganymède […]. Depuis qu’Hercule eut été mis au nombre des Dieux elle fut sa femme, et à sa prière elle rajeunit Iolays [Jolas], fils d’Iphicle, cocher d’Hercule » (Trévoux).
- Je n’accepterai pas ses mises. « On dit Tenir jeu à quelqu’un pour dire : continuer à jouer contre lui autant qu’il veut » (Acad. 1762).
- Éventé « est aussi adjectif, et se dit d’Un homme qui a l’esprit léger, évaporé. C’est un homme bien éventé. Cette femme est bien éventée. Tête éventée. Il est familier » (Acad. 1798).
- « On appelle Chanoines Réguliers des Chanoines qui font des vœux de Religion, et qui vivent en communauté » (Acad. 1762).
- Voir ici.
- Mes actions mémorables.
- L’ordre de la Toison d’or fut fondé en 1429 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne. C’était le premier des ordres de chevalerie en Autriche et en Espagne.
- « Croix signifie figurément : peine, affliction, douleur » (Trévoux).
- « L’Ordre de Christ est un Ordre militaire fondé l’an 1318 par Denys I. Roi de Portugal, pour animer sa Noblesse contre les Maures » (Trévoux).
- Ordre fondé en 1705 par le prince héritier de Bayreuth comme ordre de Sincérité.
- Voir ici.
- Casanova fit plusieurs voyages à Prague entre octobre 1786 et septembre 1791. Il s’agirait du dernier séjour, d’après une indication ultérieure sur la date de rédaction, ici.
- L’engouement pour les décorations. Crachat, appellatif familier pour désigner les grades et les médailles, est employé dans ce sens à la fin du XVIIIe siècle.
- Les marques de reconnaissance d’une quantité d’ordres obscurs.
- Aigrette se dit « de certains bouquets de pierres précieuses disposées en forme de bouquets de plumes d’aigrettes » (Acad. 1762).
- Marmouset : « Petite figure grotesque » (Acad. 1762).
- « Jean se dit particulièrement de ceux qui ont des femmes infidèles, et qui souffrent leurs désordres. Sa femme l’a fait Jean » (Trévoux).
- Voir ici.
- Les Anabaptistes sont une « secte de Protestants allemands du début du XVIe siècle qui baptisaient une seconde fois » (Trévoux).
- Voir ici.
- Hébé devint l’épouse d’Héraklès élevé, après sa mort, au rang des dieux (Homère, L’Odyssée, XI, 602-604 ; Hésiode, Théognis, 950-955) ; le couple eut deux fils : Alexiarès et Aniketos.
- Iolaüs ou Jolas, fils d’Iphiklès, était le neveu d’Hercule. Celui-ci demanda à Hébé de lui redonner « les traits de ses jeunes années » (Ovide, Les Métamorphoses, IX, v. 399-401, p. 375).
- La rhétorique est « dans les Collèges, la classe où l’on enseigne l’Art Oratoire » (Trévoux).
- Comprendre « cette perte ne diminua en rien sa gaité à table ».
- Confusion entre deux textes très différents : d’une part les Fragments pour un dictionnaire des termes d’usage en botanique, texte inachevé de J.-J. Rousseau publié par Du Peyrou et Moultou (Genève, 1780-1782), et les deux gros volumes in-folio illustrés de N. F. Regnault (1746-1810) intitulés La Botanique mise à la portée de tout le monde (1774). Voir l’article de A. Cook sur « La fabrication posthume des Fragments et son attribution à Rousseau » (Annales JJR, t. 51, 2013, p. 93-116).
- Adaptation d’un adage attribué à Pétrone par Juste Lipse (De constantia, I, 8), que Casanova a pu lire dans Montaigne : « La plupart de nos vacations [occupations] sont farcesques. Mundus universus exercet histrioniam [Le monde entier joue la comédie]. Il faut jouer dûment notre rôle, mais comme rôle d’un personnage emprunté » (Les Essais, op. cit., livre III, chap. X, p. 1572).
- Voir ici.
- Soit en 1760, ce qui situe la révision de ce chapitre en 1796.
- Symmaque attribue cette formule au poète comique Caecilius Statius : « l’homme est un dieu pour l’homme lorsqu’il connaît son devoir » (Epistolae, IX, 114). Elle a été depuis accolée au vers fameux de Plaute « Lupus homo homini » (« L’homme est un loup pour l’homme », Asinaria, II, 4, v. 88) : les deux formules sont citées successivement par Montaigne (« homo homini, ou deus, ou lupus », Les Essais, op. cit., livre III, chap. V) et par Hobbes dans sa dédicace du De cive (Du citoyen, 1646) – par la suite, la seconde sera abusivement attribuée au penseur anglais. Voir également Érasme, Les Adages, I, 69, p. 108.
- C’est grâce à un volume du philosophe allemand Christian Wolff (1679-1754) que Casanova parvint à communiquer sous les Plombs avec son complice le moine Balbi (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1240).
- Le Tasse composa à Ferrare en 1573 sa fable pastorale de l’Aminta qui servit de modèle au Pastor fido.
- Drame pastoral de Jean-Baptiste Guarini (1538-1612), écrit en 1585 à l’occasion du mariage du duc de Savoie, publié en 1590 et créé en 1595.
- Au moment où Hector prend congé de sa femme, Andromaque, leur fils, Astyanax, a subitement « peur à la vue de son père, épouvanté à la fois par le bronze et les crins du panache, qu’il voyait frémir, affreux, à la cime du casque ; et de rire, aux éclats, son père et sa mère vaillante » (Iliade, VI, v. 468-471, trad. Ph. Brunet, Paris, Seuil, 2010, p. 155).
- Caractériser : « Marquer le caractère d’une personne, d’une passion, d’un vice, d’une vertu, etc. Ce Poëte, cet Auteur caractérise bien les personnes dont il parle, ou qu’il fait parler » (Acad. 1762).
- Préconiser : « Louer extraordinairement, donner de grands éloges à quelqu’un. Il ne se dit guère qu’en plaisantant » (Acad. 1762).
- Maffeo Vegio de Lodi (1406-1458), humaniste et pédagogue italien, auteur d’un traité pédagogique, De educatione liberorum (Milan, 1491), et d’un XIIIe livre de L’Énéide, Supplementum Aeneidos (1485).
- La traduction de L’Énéide par Annibal Caro (1507-1566) parut en 1581 : L’Enéide di Virgilio recata in versi italiani (Venise, in-4o). Algarotti l’avait sévèrement critiquée dans ses Lettere di Polianzo ad Ermogene (1745).
- Giovanni Andréa dell’Anguillara (1517-1572) publia son adaptation des Métamorphoses d’Ovide à Venise en 1561.
- La traduction du De rerum natura de Lucrèce par Alessandro Marchetti (1633-1714) parut en 1717.
- Didon et Énée s’abritèrent d’un orage dans une grotte : le temps ne leur dura point, malgré l’inconfort du lieu (Énéide, IV, v. 160-172, t. I, p. 116).
- La citation exacte est : Si quis mihi parvolus aula / Luderet Æneas, qui te tamen ore referret, / Non equidem omnino capta ac deserta viderer (« Si dans ma cour un petit enfant devait jouer devant moi, un petit Énée qui, malgré tout, me rendrait ton visage, je ne me sentirais pas si totalement prise au piège, et laissée seule »), Énéide, IV, v. 328-330, t. I, p. 123.
Chapitre VIII
- Apollodore d’Athènes (v. 180-109 av. J.-C.) ne mentionne pas de sanctuaire d’Hébé à Corinthe dans ses Chroniques ni dans sa Doctrine des dieux. Casanova a pu lire cette information dans la Description de la Grèce du géographe Pausanias (IIe siècle apr. J.-C.).
- Probable mot d’esprit sur le double sens du mot : « Mouvement du corps prompt et impétueux », élancement « se dit aussi figurément en termes de Dévotion, et signifie Transport, mouvement affectueux et subit » (Trévoux).
- Qu’en m’élevant. Possible influence du verbe italien ascendere, « monter ».
- Comprendre sans doute « que n’en suis-je pas plus digne ».
- À l’acte II, scène 1, le pasteur fidèle Mirtillo évoque le baiser qu’il reçut de la nymphe Amaryllis.
- Cybèle est une déesse phrygienne de la fertilité, « On l’appellait encore la Grande Mère, Magna Mater, la Mère des Dieux » (Trévoux).
- Athys fut infidèle à la déesse en aimant une naïade. Pour le punir, Cybèle le rendit fou et il s’émascula (Ovide, Fastes, IV, v. 223-243, éd. R. Schilling, Paris, Les Belles Lettres, 1993, t. II, p. 10).
- « On appelle épisode dans la composition du Poème Épique ou du Poème Dramatique, toute action que le Poète emploie pour étendre l’action principale, et pour l’embellir, mais qu’il doit toujours lier avec son sujet » (Acad. 1762).
- Dans la versification italienne, les terza rima sont organisées en groupes de trois vers : chaque groupe comprend deux vers qui riment ensemble et embrassent un troisième vers appartenant au groupe suivant.
- En n’épargnant pas la dépense.
- Voir ici.
- Les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), mentionnés chez Voltaire (voir ici). Cas de mise en abyme littéraire de la situation : Fontenelle met en scène une belle marquise instruite par un savant galant homme qui lui apprend aimablement à philosopher.
- Arioste, Roland furieux, chant XXV, str. 27-48, t. III, p. 95-100. Fleurdépine croit que Bradamante est un homme. Ricciardetto est le frère de Bradamante.
- Locution inusitée.
- Environ 27 km.
- « Suivant Ménage, on dit de sang froid, et de sens rassis » (Féraud), mais l’usage reste flottant.
- Environ 8 cm.
- Probable tour elliptique. Comprendre « à la même condition que les autres » ou « être traité comme les autres ».
- « Idonéité » est attesté en français depuis le XIVe siècle, mais son emploi, rare aux XVIIe et XVIIIe siècles, n’apparaît pas dans les dictionnaires de l’Académie française. Idoneità est en revanche répertorié par l’Accademia della de la Crusca (4e éd.). Le terme désigne ici la qualité de ce qui est « approprié » (idoneus) et ne semble pas avoir le sens d’aptitude, de capacité que lui donne l’italien, plus proche de son étymologie réelle (idoneitas en bas latin).
- « Sorte de dentelle légère » (Acad. 1762).
- Provenant des parcs ostréicoles au large de l’Arsenal (voir vol. I de la présente édition, p. 1092).
- Horace, Épîtres, I, 16, v. 79, p. 110 (voir vol. I de la présente édition, p. 1123).
- Casanova s’approprie, dans ces lignes, une conception du bonheur qu’il a d’abord confiée à Henriette : voir, dans la présente édition, vol. I, p. 636-637.
- Horace, Odes, I, 11, v. 8, p. 31.
- Horace, Odes, III, 29, v. 29-34, p. 259.
- Conçois-tu.
- Cela me semble la même chose.
- Qui suis indigne.
- Plus de 100 000 euros.
- Cette promesse non tenue nous situerait en 1778, mais l’Histoire de ma vie s’arrête à l’année 1774.
- Dix mille lires (en monnaie locale génoise), soit environ 75 000 euros.
- Plus de 100 000 euros.
- Tortone est situé à mi-distance de Milan et de Gênes. Voir carte de l’Italie.
- Soit 1,92 m environ.
- « Mlle Crosin » fait devant l’évêque un mot d’esprit sur « croix » (croce en italien, nom de son amant) que seul le Vénitien peut saisir.
- L’actuelle Novi en Ligurie, à 50 km au nord de Gênes.
Chapitre IX
- Palefrenier, laquais.
- Cicisbée ou sigisbée : chevalier servant, galant (voir vol. I de la présenté édition, p. 396). Giovanni Agostino Grimaldi, marquis della Pietra (1734-1784), feudataire napolitain, était marié depuis deux ans à Isabella Morelli, de noblesse florentine.
- Engagé.
- Orth. Péquin. Pékin : étoffe de soie. Mantille : « espèce de grand fichu à trois pointes, dont celle de derrière est arrondie » (Trévoux).
- Environ 2 000 euros.
- Même sens qu’en français, bête : « se dit d’une personne sans esprit, qui est stupide, lorsqu’elle ne peut rien comprendre, ni retenir » (Trévoux).
- Alexandre avait tranché le nœud de la ville de Gordion par un coup d’épée : selon la légende locale, celui qui le dénouerait deviendrait roi de l’univers (Plutarque, Vies parallèles, t. II, « Alexandre et César », Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2001, p. 106).
- Le ministre est ici « celui dont on se sert pour l’exécution de quelque chose » (Acad. 1762).
- Jeu de cartes. Voir Lexique et règles des jeux.
- Jeu de hasard (voir la règle dans Lexique et règles des jeux). Le tableau était toujours décoré de figures humaines ou d’animaux, de personnages de la comédie italienne.
- Les joueurs de biribi.
- Des escrocs très habiles.
- Environ 750 euros.
- À sa magistrature.
- Personnes rigoristes (voir vol. I de la présente édition, voir ici).
- Probablement la Bourse de change située Piazza Banchi (voir ici).
- Carat : « poids de quatre grains ; il se dit en parlant des diamants et des perles, etc. » (Acad. 1762).
- En 1625, on institua à Gênes la magistrature des Inquisiteurs d’État, composée de six nobles et présidée par un sénateur (voir ici). Les Inquisiteurs d’État génois n’avaient cependant pas le pouvoir absolu comme à Venise (voir vol. I de la présente édition, p. 31) : leurs sentences devaient être entérinées par les Collèges.
- Lois toutes récentes, promulguées le 13 avril 1763.
- Jeu de hasard joué par deux à six personnes, avec deux jeux de cinquante-deux cartes (voir Lexique et règles des jeux).
- Mise qu’un joueur met devant lui lorsqu’il commence à jouer.
- Annonce du séjour à Barcelone en 1768 (ms., t. IX, fo 153v).
- Traduction littérale de l’infinitif substantivé il far niente. Le mot far-niente est employé en français depuis l’âge classique (on en trouve des exemples chez Mme de Sévigné ou encore dans la cinquième Rêverie de Rousseau), mais il n’est répertorié dans les dictionnaires qu’au XIXe siècle.
Chapitre X
- Le père du prophète Mahomet (en italien Maometto), Abd Allah, serait mort avant sa naissance.
- Le mot « frac » est employé mais n’est pas répertorié dans les dictionnaires du XVIIIe siècle. C’est un « habit d’homme qui se boutonne sur la poitrine et se termine en deux longues basques » (Littré).
- Comme une imbécile (orth. imbecille ; possible influence de l’italien un’ imbecille au féminin).
- Des mieux appliqués.
- Calencar : toile peinte des Indes. Voir ici.
- L’identification de Marcoline reste incertaine.
- Bacchante « se dit figurément d’une femme en fureur, emportée de colère, de rage, ou d’amour » (Trévoux).
- La dignité de l’état ecclésiastique.
- Voir ici.
- Processions ayant lieu le jeudi gras et le vendredi saint.
- Autour. Possible influence de l’italien intorno, qui signifie à la fois « autour » et « alentour ».
- « On dit fig. et fam. d’Une femme fort ajustée, et avec une affectation contrainte, et d’un homme qui affecte trop de propreté, qu’Elle est tirée, qu’il est tiré à quatre épingles » (Acad. 1762). L’emploi inusité de « frisé » dans cette locution témoigne de l’inventivité verbale du Vénitien.
- Zendale, zendalo : fichu en soie noire qui couvrait la tête, se croisait sur la poitrine et se nouait par-derrière, porté par les Vénitiennes (voir vol. I de la présente édition, p. 46).
- Petit navire à rames, utilisé en Méditerranée (voir vol. I, p. 306).
- Casanova est encore à Gênes le 15 avril (d’après un document de mise en gages d’effet personnel). Le 25 avril, il est déjà à Arles.
- « Sorte de petit canon, dont on se sert principalement sur les vaisseaux, galères, et autres bâtiments, et qu’on charge par la culasse avec des cartouches » (Acad. 1762).
- Finale en Ligurie, entre Savone et Albenga (voir la carte).
- Tablette « chez les Apothicaires est une certaine composition de sucre et de drogues purgatives ou confortatives, réduite en forme plate » (Acad. 1762). Le mot s’étend aux tablettes de chocolat, de bouillon, etc.
- San Remo, ancien fief de l’Empire romain germanique, était città convenzionata de la république de Gênes depuis 1361, ce qui lui conférait une certaine autonomie. En 1753, les habitants de San Remo se révoltèrent contre Gênes : la République leur retira alors tous leurs privilèges.
- Environ 12 500 euros.
- En 1750. Voir vol. I de la présente édition, p. 760-763.
- Monaca signifie littéralement « religieuse cloîtrée », de même que monaco, nom commun, signifie « moine ».
- Le port et la ville fortifiée de Monaco étaient alors sous la protection de la France : la garnison surveillait la frontière d’Italie.
- Jusqu’à l’idée.
- « Nom que l’on donnait à Lacédémone aux esclaves » (Trévoux).
- Fantassin armé d’un fusil.
Chapitre XI
- D’après F. L. Mars (Casanova Gleanings, II, 1959, p. 5), il s’agirait du baron Prosper-Marie de Lesrat, lieutenant du roi, qui avait eu le bras coupé par suite d’une blessure reçue en 1744.
- Deux versions de ce chapitre se succèdent dans le manuscrit, toutes deux intitulées « Chapitre XI ». Nous les reproduisons dans l’ordre où ils apparaissent.
- Journée « se prend quelquefois pour le chemin qu’on fait d’un lieu à un autre dans l’espace d’une journée » (Acad. 1762).
- Voir ici.
- Vint au-devant de moi. Possible influence de l’italien mi venne davanti.
- Succession de tableaux vivants, retrouvailles, reconnaissances : tous les procédés esthétiques du drame théorisé à la même époque par Diderot et Beaumarchais sont ici utilisés. Casanova est à la fois acteur, metteur en scène et spectateur de ses propres intrigues, à la manière de Hardouin dans Est-il bon ? Est-il méchant ? de Diderot (voir l’édition par P. Frantz, Paris, Gallimard, coll. « Folio théâtre », 2012).
- Converti.
- C’est l’argument qu’il avance dans la Préface pour justifier ses escroqueries envers ses « amis » (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 15-16).
- Séramis est le nom alchimique de Mme d’Urfé.
- L’alchimie associait aux sept planètes du système de Ptolémée (Soleil, Lune, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne) sept métaux (respectivement l’or, l’argent, le mercure, le cuivre, le fer, l’étain et le plomb) et sept pierres précieuses.
- Soit 1,47 g.
- Le sylphe est le « nom que les Cabalistes donnent aux prétendus génies élémentaires de l’air » (Acad. 1762).
- Le cabaret de la Sainte-Baume se situait dans la rue de l’Arbre, parallèle à la Canebière.
- « Permission, liberté qu’on obtient en Justice, de disposer des choses qui avaient été saisies » (Acad. 1762).
- Soit 180 000 livres (presque 2 millions d’euros).
- Des génies noirs (voir ici).
- Casanova écrit aussi Horosmadis (voir ici). Dans Le Comte de Gabalis, ou Entretiens sur les sciences secrètes de Villars, Nicolas de Montfaucon de Villars, Oromasis, père de Zoroastre, est évoqué comme un Salamandre.
- Reporté. Italianisme sur trasportare, « renvoyer », « déplacer ».
- La femelle d’un gnome, esprit élémentaire (génie de la terre), comme les ondins et les ondines (génies de l’eau) et les salamandres (génies du feu). Voir vol. I de la présente édition, p. 587.
- Nouveau nom rose-croix où l’on retrouve les sonorités de Paralis et (Sein)galt.
- Cette lettre est reproduite dans le Répertoire des noms, avec l’orthographe personnelle de Passano.
- Le mot « ostrogot » désigne « Un homme qui ignore les usages, les coutumes, les bienséances, tel que ferait un barbare venant d’un pays fort éloigné » (Acad. 1762).
- Expédié.
- Quarante postes font environ 80 lieues, ce qui fait une moyenne de 6 km/h.
- Voir ici.
- En jockey (mot anglais venant du français « jaquet » : petit Jacques) : jeune domestique chargé de conduire une voiture en postillon.
- Voir ici.
- Mme d’Urfé n’avait que cinquante-huit ans en 1763.
- Fixé.
- Filet. Réseau : « ouvrage de fil, de soie, de fil d’or ou d’argent, fait par petites mailles en forme de rets » (Acad. 1762).
- Génie de la Lune, nom tiré du mot grec se????, Selene.
- L’alun est un « sel minéral d’un goût acide » (Trévoux). Le mot est orthographié « alum » (du latin alumen) sur le manuscrit.
- La réplique de Mme d’Urfé participe, sur un mode ludique, à la négociation du thème de l’inceste dans l’Histoire de ma vie.
- « Baignoire » est au féminin en français mais l’emploi du masculin « baignoir » est constant chez Casanova.
- Aigue-marine : « Espèce de pierre précieuse tendre, qui est de couleur de vert de mer » (Acad. 1762).
- Consomme. Italianisme récurrent formé sur consumare (consommer).
- « Action d’asperger, de jeter de l’eau bénite avec l’aspersoir, avec le goupillon » (Acad. 1762).
- Le Génie (l’Ondine Marcoline).
- Le stade est la « carrière où les Grecs s’exerçaient à la course » (Acad. 1762).
- L’ange Anaël est associé à Vénus et à la sexualité. Voir ici.
- Le Régent de France avait été autrefois l’amant de la marquise d’Urfé (voir ici).
- Adepte des « amours femelles » . Le mot « lesbienne » (latin : lesbis) n’est pas répertorié dans les dictionnaires de l’époque, mais on le trouve dans La Paysanne pervertie de Restif de la Bretonne (1784).
- Environ 150 000 euros.
- Presque 900 000 euros par an.
- Confabuler signifie « s’entretenir familièrement. Il n’est en usage que dans la conversation familière, et ne se dit qu’en plaisanterie » (Acad. 1762).
- Babette Gonzaga-Solferino, née Rangoni, publia des Lettres de la princesse de Gonzague sur l’Italie, la France, l’Allemagne et les beaux-arts (Hambourg, 1792, 2 vol.). Elle se sépara de son mari et mourut en 1832 à Dresde.
- Orner « se dit aussi des choses morales. Les vertus ornent l’âme. Il a orné son esprit des plus belles connaissances » (Acad. 1762). Le prince Gonzaga-Castiglione (1745-1819) est l’auteur d’un Essai analytique sur les découvertes capitales de l’esprit humain et d’une Dissertation sur la poésie.
- Orth. ôté. Joseph II meurt en 1790. Après la mort de Marie-Thérèse (en 1780), il abolit le Kammerzahlamt (la trésorerie privée) qui accordait quelque mille sept cents pensions aux favoris de l’impératrice.
- D’après le Supplimento all’opera intitolata Confutazione […] (1769, p. 268), Casanova se trouvait à Arles le 25 avril 1763.
- Soit 14 400 livres, plus de 150 000 euros.
- Lire « M. P. P. », père de la promise de N. N.
Chapitre XI [version courte]
- Ce chapitre XI est moins élaboré et moins développé que le précédent. Il a été retenu par Schütz dans sa traduction de 1822.
- Soit plus de 30 000 euros, ce qui fait un peu moins que les 1 000 ducats d’argent (environ 40 000 euros) mentionnés dans l’autre version (voir ici).
- Le roi Tonto (niais, idiot) n’est pas un personnage de Lope de Vega.
- Voir ici.
- Soit 600 000 livres (plus de 6 millions d’euros).
- Laforgue avait transcrit le nom en Brongnole (voir ici).
- La Lune est l’astre associé à Diane : son culte correspond à une période de chasteté.
- Soit autour de 18 heures, d’après l’heure du dîner (vers 15 heures). L’astrologie fondée sur le système de Ptolémée attribuait à chaque heure du jour une planète régente, calculée suivant l’ordre décroissant de leur distance par rapport à la Terre (Soleil, Vénus, Mercure, Lune, Saturne, Jupiter, Mars). Voir les correspondances données par Casanova, voir ici et ici.
- Voir ici.
- Deux cent quarante mille livres, soit 2,5 millions d’euros environ.
- Sur le qui-vive. Possible influence de l’italien alla posta (à l’affût, aux aguets).
- Orth. Pins-beck (du nom de l’inventeur Pinchbeck). Voir ici.
- « Officier de certaine compagnie de Gardes » (Acad. 1762).
- Voir ici.
- Fumigations. Italianisme forgé sur suffumicazione.
- Galtinarde est un autre nom rose-croix que s’est donné Casanova (voir ici).
- La famille des Gonzaga appartenait aussi au patriciat de Venise, et Luigi, prince de Gonzaga, était né à Venise.
- Chaque année étaient publiés des répertoires de l’aristocratie, intitulés Almanach ou Étrennes de la noblesse, portant en sous-titre : État actuel des familles nobles, et des maisons et princes souverains de l’Europe pour l’année à venir.
- Voir ici.
- Quatorze mille quatre cents livres, soit 150 000 euros environ.
Chapitre XII
- Dans ce chapitre comme dans les deux suivants, les biffures sont tellement nombreuses que leur relevé exhaustif entraînerait une inflation de notes variantes qui compromettrait la lisibilité du texte. Nous avons choisi de négliger les retouches mineures qui portent le plus souvent sur des déplacements de mots dans la phrase. Rappelons que le manuscrit est consultable sur le site Gallica de la BNF.
- M’auraient fait mourir.
- Georges Roux de Corse, marquis de Brue, négociant, armateur et banquier marseillais, d’après J. Pollio (Bibliographie anecdotique et critique des œuvres de Jacques Casanova, ici).
- Banque située place des Victoires à Paris (voir ici).
- Quinze mille livres, soit plus de 160 000 euros.
- La Croix d’Or est au croisement de la route d’Aix à Marseille et du chemin de Bouc (aujourd’hui Bouc-Belair). Sur l’itinéraire de Casanova dans ce début de chapitre, voir H. Watzlawick, « Fata viam invenient, or Henriette forever », L’Intermédiaire des casanovistes, VI, p. 1-14.
- Selon H. Watzlawick, il pourrait s’agir de trois sœurs d’une branche cadette de la famille d’Albertas.
- Après. Traduction littérale de l’italien correre dietro a, « poursuivre ».
- Interdite, troublée. « On dit qu’Un homme reste court dans quelques discours, quand il perd ce qu’il voulait dire, et ne sait plus où il en est » (Acad. 1762).
- Les deux frères du marquis d’Albertas étaient chevaliers de Malte.
- C’est le « mot du jupon » entre femmes amoureuses (voir ici).
- Sequins biffé. Deux cents louis font 4 800 livres, soit plus de 50 000 euros ; 200 sequins vaudraient moitié moins.
- « On compte dans Londres cinq mille rues, environ cent mille maisons, et un million d’habitants » (Encyclopédie, art. « Londres », par Jaucourt).
- Georges III avait accédé au trône en 1760 à l’âge de vingt-deux ans. Venise entretenait à Londres un résident de famille citoyenne. De 1761 à 1764, ce fut Giovanni Girolamo Zuccato. Les ambassadeurs Tommaso Querini et Francesco Lorenzo Morosini arrivèrent à Londres en juin 1762.
- Saint-Omer (voir ici).
- Titre de l’évêque de Venise. Voir vol. I de la présente édition, p. 23, n. 5.
- Adaptation d’un vers du Roland furieux : « Che colui morto, et io rimanga vivo », « [de sorte que] lui trouve la mort et que je sois vivant », XV, str. 47, v. 6, t. II, p. 112.
- Comme hébété.
- Wilhelmine Friederika Pompeati était née le 14 février 1753.
- Voir ici.
- Singulier : « Particulier, qui ne ressemble point aux autres » (Acad 1798).
- La même aventure que (italianisme fréquent).
- Vingt-huit louis font 672 livres, soit plus de 7 000 euros.
- Bourg situé à quelques kilomètres d’Avignon, dans la vallée de la Durance, à la hauteur de Cavaillon.
- Casanova retrouvera Irène devenue actrice à Trieste en 1774, dans les dernières pages de l’Histoire de ma vie.
- Soit une trentaine de lieues, environ 130 km.
- Santi Giovanni e Paolo. Voir la carte de Venise, vol. I de la présente édition, p. 1157.
- En me proposant.
- Voir ici.
- D’après la lettre que Bono lui écrivit le 7 juillet 1763, Casanova n’était plus à Lyon à cette date mais à Londres (voir Répertoire des noms).
- Sur cette accusation d’empoisonnement, voir les lettres de Bono à Casanova reproduites dans le Répertoire des noms.
- Faussaire en écriture.
- Cet emploi absolu de « mépriser » n’est pas répertorié.
- Vous livrera au déshonneur.
- Devancer ses manœuvres.
- Cette inquiétude. Voir ici.
- La locution figurée, au XVIIIe siècle comme aujourd’hui, est plutôt « avoir vent de quelque chose », sans article. Mais Casanova se souvient peut-être de la locution non figurée qui en est à l’origine, où l’article s’emploie : vent « se dit aussi de l’odeur et du sentiment qui vient de toutes sortes de choses. Ainsi on dit, que […] Le sanglier a eu le vent du gland ; que Les corbeaux ont eu le vent d’une bête morte, pour dire, que L’odeur en est parvenue jusqu’à eux » (Acad. 1762).
- Le pronom a été omis.
- Même pas.
- Des indications, une piste. Sens non répertorié en français comme en italien.
- Casanova, qui se dit docteur en droit civil et canon, emploie ici une maxime juridique ancienne qu’il semble détourner de son sens premier (privilège juridique du premier possesseur d’un bien), pour lui faire signifier que la meilleure défense est l’attaque, ou qu’il vaut mieux porter plainte avant son adversaire – ce qu’il a énoncé plus haut en français : « en affaire criminelle le premier recourant a toujours la balance en faveur ».
- « Terme de pratique qui signifie : le temps de l’après-dînée » (Acad. 1762).
- Le lieutenant est l’officier de justice qui instruit les procès criminels : il a des attributions de juge d’instruction (voir ici).
- L’ordre des Rose-Croix.
- Formule de pratique signifiant « dans un délai de trois jours ».
- Mot fameux de César au passage du Rubicon (Plutarque, Vie de César, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2001, t. I, p. 171).
- « On dit Modes, au pluriel, pour signifier : Les ajustements, les parures à la mode » (Acad. 1798).
- Voir ici.
- Les fabriques de soie de Lyon.
- Qu’il échappe à la justice.
- « En style de matière criminelle, on dit d’Un homme condamné à être marqué d’un fer chaud, qu’Il est condamné à être flétri » (Acad. 1762).
- De ce que.
- Les démarches judiciaires.
Chapitre XIII
- Très vraisemblablement le patricien Andréa Memmo (1729-1793), ami de longue date (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1118 sq. et Répertoire des noms, p. 1535), qui semble avoir accompagné les ambassadeurs à titre privé.
- Simone Stratico (1733-1824), mathématicien, professeur à l’université de Padoue, faisait officiellement partie de l’ambassade. Il entretint une correspondance avec Casanova. Voir Simone Stratico, Lettere a Casanova (1769-1789), éd. F. Luccichenti, Rome, s. n., « Documenti casanoviani », 1992.
- Casanova a présenté cette accusation comme une simple hypothèse plus tôt dans l’Histoire de ma vie (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 1226 : « d’autres disaient que Madame Memmo avait convaincu le Tribunal que j’enseignais l’athéisme à ses fils »).
- Nouvelle variation sur la scène de reconnaissance. Voir notre introduction.
- Casanova fait ici référence à lady Amalia Stanhope (1749-1780), qu’il rencontrera en Angleterre au tome suivant.
- Ce personnage jouera un rôle déterminant au tome suivant.
- Environ 13 000 euros.
- Somme extravagante : plus d’1,3 million d’euros s’il s’agit bien d’écus français.
- Libre construction (influencée par « prendre l’essor » au sens de « se libérer ») de la locution figurée « Donner l’essor à son esprit, à sa plume, pour dire, Parler ou écrire avec quelque sorte d’élévation ou de liberté » (Acad. 1762).
- L’enthousiasme au sens étymologique : « Mouvement extraordinaire d’esprit, causé par une inspiration qui est ou qui paraît divine » (Acad. 1762). Possible influence de l’italien pour l’absence d’article.
- Tu m’informeras de la conduite à tenir selon ce que tu auras dit. Italianisme fréquent dans l’Histoire de ma vie : a seconda di, « selon ».
- Place Bellecour.
- L’a empêché. Influence de l’italien (gli ha impedito).
- Construction et emploi inhabituels du verbe « endosser » : probable influence de la construction pronominale addossarsi (prendre sur soi, à sa charge) en italien.
- Pour ce qui est de la laisser partir.
- L’emploi de la particule est une imitation de la manière française : elle n’est pas en usage à Venise.
- D’un âge canonique.
- Charles Wyndham, duc d’Egremont (1710-1763), Secretary of State for the Southern Department (poste gouvernemental et diplomatique) depuis 1761.
- Giovanni Girolamo Zuccato, résident de Venise à Londres de 1761 à 1764.
- Voir ici.
- Locution italianisante. Fare le meraviglie : être étonné, stupéfait.
- Les termes « ducats » et « écus » peuvent renvoyer à différents types de monnaie. Mille ducat vénitiens (ou sequins) font plus de 100 000 euros, 1 000 écus d’argent de 6 livres font près de 70 000 euros. On ne saurait donc parler d’une équivalence stricte, sauf à considérer que Casanova mentionne des ducats courants (1 000 ducats = 30 000 euros environ) et les demi-écus d’argent français (1 000 écus de 3 livres feraient 33 000 euros).
- Possible influence de l’italien sur l’ordre des mots dans cette proposition.
- Pont-de-Beauvoisin, petite ville à la frontière entre la France et la Savoie.
- Ces retrouvailles ne sont pas relatées dans l’Histoire de ma vie.
- Presque 80 km.
- Lire « qui ».
- Tour inhabituel formé sur la locution figée : « Pays de cocagne : Pays fertile, abondant en toutes choses, et où l’on fait grande chère. C’est un vrai pays de cocagne. Il est du style familier » (Acad. 1762). Probable influence de l’italien cuccagna pour cet emploi.
- Une livre et demie, soit une quinzaine d’euros.
- « Pièces de cristal qu’on met aux carrosses. Lever la glace d’un carrosse. Baisser la glace » (Acad. 1762).
- Locution ou mécanisme non identifié.
- Dix mille euros.
- Salaire annuel d’un ouvrier à l’époque. Environ 4 500 euros.
- Soit environ 1 500 euros.
- Comprendre probablement « je vous congédierai ».
- Faut-il penser que Casanova fait référence à un impôt ou à des droits de douane anglais ?
- Sans doute une manufacture de drap, activité alors florissante à Louviers.
- Soixante-six euros environ. Le contraste avec le montant de l’amende exigée du lanternier (20 louis : 5 000 euros) est saisissant.
- Possible confusion avec L’Arbresle, poste sur cette route (voir un peu plus loin la construction « jusqu’à Bresse »).
- « On dit familièrement, Mons, par une abréviation méprisante du mot Monsieur » (Acad. 1762).
- Saint-Symphorien-de-Lay, poste près de Roanne.
- Dernière poste avant Nevers.
- On attendrait le pluriel : « Les vapeurs qu’on croit qui s’élèvent des entrailles au cerveau. Les fumées du vin montent au cerveau, offusquent le cerveau » (Acad. 1762).
- Comprendre « si vous m’en aviez averti ».
- Plus de 30 km.
- Cosne, dans la Nièvre, et Briare dans le Loiret : ces deux postes se suivent sur la route principale entre Lyon et Paris.
- Rue située dans le quartier du Marais (voir, dans la présente édition, vol. I, p. 733).
Chapitre XIV dernier
- En 1763, Francesco Casanova vivait probablement déjà faubourg Saint-Antoine.
- Voir ici.
- À l’angle des rues Saint-Denis et Saint-Sauveur. Cette église n’existe plus.
- Cinq autres. Construction italianisante déjà rencontrée.
- Cecco, diminutif italien de Francesco.
- Remettre « signifie aussi, Différer, renvoyer à un autre temps […]. Cet homme me remet sans cesse » (Acad. 1798).
- Herrenschwand, célèbre médecin suisse. Voir ici et ici.
- Mme du Rumain, née en 1725, avait donc trente-huit ans en 1763. Probable coquetterie du personnage.
- On attendrait le singulier.
- Entre 70 et 90 km environ.
- Tour italianisant (rischiare la vita : « risquer sa vie »).
- Un courrier officiel – en tout cas en apparence : « On dit en Chancellerie, que des Lettres sont scellées en placard, lorsque le parchemin est en toute son étendue, comme il est dans les Lettres ordinaires qui sont scellées en queue » (Trévoux).
- Chargé des secrets du gouvernement.
- Sur la banque Tourton et Baur, place des Victoires, voir ici.
- D’après les recherches du casanovisme, probable confusion, pour cette entrevue, avec le séjour à Paris de 1767.
- Cette ancienne rue correspondait au sud de l’actuelle rue Jean-Jacques-Rousseau (Ier arrondissement), au nord du Louvre.
- Probablement le danseur Gasparo Santini.
- Jean Bercher, dit d’Auberval (ou Dauberval) (1742-1806), danseur de l’Opéra de Paris depuis 1761, nommé maître de ballet en 1781.
- Eïmarket biffé et corrigé. Le King’s Theatre in the Hay-Market ou Royal Opera House, aujourd’hui connu sous le nom de Her (His) Majesty’s Theatre.
- Presque 5 000 euros (la guinée vaut environ 1 louis).
- Collalto (selon les Mémoires de Goldoni, de son vrai nom Antoine Mattiuzzi, 1717-1778) succède à Carlo Veronese à la Comédie-Italienne en 1759. Il est spécialisé dans le rôle de Pantalon.
- D’après les recherches casanovistes, la Corticelli dansa à Turin en 1763, à Venise en 1764 et vint à Paris en 1765 avec le violoniste Razzetti. Elle appartient ensuite au corps de ballet de la Comédie-Italienne jusqu’en 1767.
- Prostituées racolant dans la rue. « On dit familièrement, Raccrocher, En parlant Des filles de mauvaise vie, qui pressent les passants d’entrer chez elles » (Acad. 1798). Le substantif « raccrocheuse » est répertorié par le même dictionnaire. Il semble désigner ici plus spécifiquement des rabatteuses qui conduisent des clients chez la Corticelli.
- Une livre et 4 sols, soit 13 euros environ.
- Voir ici.
- Deux rues portent alors ce nom : la rue de Seine-Saint-Germain (qui correspond en partie à l’actuelle rue de Seine) et la rue de Seine-Saint-Victor (actuelle rue Cuvier).
- On trouve un aubergiste de ce nom plus tôt dans l’Histoire de ma vie : voir, dans la présente édition, vol. I, p. 503 et 514.
- Soixante-six euros environ.
- Une auberge.
- Casanova accorde le verbe avec le sujet le plus proche, comme l’y autorise l’usage classique.
- Cinq cents euros environ.
- Au 17, quai Malaquais.
- Au Palais-Royal jusqu’à l’incendie de 1763. De 1764 à 1770, au palais des Tuileries.
- Francesco est marié depuis 1762 : confusion entre le séjour de 1763 et celui de 1767.
- L’Histoire de ma vie s’interrompt avant cette période.
- En 1770 selon le récit de l’Histoire de ma vie (t. X, fo 13r).
- Nom de scène de Thérèse Imer, mère du petit « d’Aranda ».
- Trois mille euros environ.
- Manufacture fondée au siècle précédent par la famille hollandaise des Van Robais, sous le patronage de Colbert.
Variantes de l’Histoire de ma vie
Variante du chapitre III
- Latin : louche.
- Voir ici.
- Voir ici.
- Aus den Memoiren des Venetianers Jacob Casanova de Seingalt, oder sein Leben, wie er es zu Dux in Böhmen niederschrieb. Nach dem Original-Manuskript bearbeitet von Wilhelm von Schütz, Leipzig, F. A. Brockhaus, 1825, t. VII, chap. X à XIII, p. 356-507.
- Mémoires du Vénitien J. Casanova de Seingalt, extraits de ses manuscrits originaux ; publiés en Allemagne, et traduits par M. Aubert de Vitry, traducteur des Mémoires de Goethe etc., Tome dixième, Paris, Tournachon-Molin, 1828.
Chapitre XI
- Dans la version de Schütz, le mot « barré » est en français, en caractères romains et entre guillemets.
Chapitre XIII
- Schütz a visiblement omis de traduire la question posée par Casanova au sujet de l’enfant né de l’union du Christ et de la Samaritaine. Voir la version de Laforgue, p. 913.
- Le texte allemand dit « six heures moins le quart », mais c’est sans doute une erreur puisque Hélène lui a dit de venir à sept heures (dans Laforgue, on lit « six heures trois quarts »).
Facettes de Casanova
Comédie italienne
- Mercure de France, avril 1757, p. 171-175.
- Au singulier dans le texte.
- Le terme « ne se met pas ici comme un terme de Géographie, mais comme le nom d’un fleuve, employé figurément pour caractériser La demeure des Muses. Les bords du Permesse. Les Nymphes du Permesse » (Acad. 1798). Le dieu du Permesse est Apollon.
- Cypris est un nom d’Aphrodite/Vénus. Son fils : Cupidon.
Projets de loterie grammaticale
- Archives d’État de Prague, Fonds Casanova, Marr 20-5. Le premier projet a été publié par G. Lahouati dans la revue Europe (mai 1987, no 697, p. 125-132).
- Voir ci-après.
- Plus grande que (italianisme).
- Kreutzer (monnaie de cuivre valant moins de 50 centimes d’euro). Le florin (environ 25 euros) vaut 60 kreutzer, en Suisse comme dans l’empire d’Autriche. Casanova indique plus bas ce rapport (2 000 florins font 120 000 kreutzer).
- Quel que soit.
- Probabilité approximative : 1/16 = 0,0625, 80/1 300 = 0,0615.
- Arithmétiquement inexact : si on additionne les chiffres donnés, on arrive à un total de 1 666 940 lots. « 82 » est cependant peu lisible sur le manuscrit.
- Calculs exacts, correspondant respectivement à 80 × 79, 80 × 79 × 78 et 80 × 79 × 78 × 77.
- Les loteries sont en effet souvent lucratives : la loterie royale et les « petites loteries » rapportent à la monarchie française 7 millions de livres en 1780 (d’après le budget publié par Necker).
- Un seul craizer.
- Le courrier qui porte les lettres dans les provinces et dans les pays étrangers.
- « Écrit, billet sous seing privé, par lequel on reconnaît devoir quelque somme » (Acad. 1762).
- Primo.
- Syllabes misées. Probable sens élargi du mot « tope » : « Sorte d’interjection. Terme du jeu de Dés, dont se sert celui qui tient le dé, et qui veut bien jouer la poste qui lui est proposée par celui qui dit masse. Ce mot est venu de l’Espagnol toppo y tingo, aussi-bien que plusieurs autres mots du jeu (Ménage) » (Trévoux).
- 1 432 livres (plus de 15 500 euros). Les multiplications de Casanova ne tombent pas toujours juste : 59 × 24 livres (valeur de 1 louis) = 1 416 livres.
Tableau d’une nouvelle méthode à l’avantage de la loterie de Rome
- Manuscrit, Archives d’État de Prague, Marr 31-42. Texte original en italien, nous traduisons. Le texte a été traduit une première fois dans l’édition « Bouquins » de 1993 par Georges Saro. Nous avons bénéficié de ce travail.
- Texte italien : « all’utilita delle quali il popolo porgesse mano […], e cosi contribuisse… ».
- L’objet reste implicite dans le texte italien : « indovinarne uno, o due… ».
- « Il dieciotto per uno ».
- « Corrivo » : crédule, mais aussi prompt à se laisser emporter.
- Ville du Latium (aujourd’hui Palestrina) où se trouvait un temple consacré à la Fortune.
- Nous maintenons le mot italien, que Casanova conserve volontiers dans ses textes français.
- Casanova laisse un blanc.
Calculs des proportions pour régler les paiements des gains des seize résultats possibles du nouveau règlement de la loterie publique de Venise
- Manuscrit, Archives d’État de Prague, Marr 18-32. Texte original en italien, nous traduisons. Roland Stragliati a traduit ce texte pour l’édition « Bouquins » de 1993. Nous avons bénéficié de ce travail.
- « Numero nominato, ed espresso per estratto alto, o per estratto basso. »
- Les chiffres indiqués entre parenthèses figurent, sur le manuscrit, dans l’interligne supérieur, au-dessus de leur désignation en toutes lettres.
- « Ambe », « terne », « quaterne » et « quine » désignent respectivement le pari sur deux, trois, quatre et cinq numéros tirés ensemble.
- « Tre soldi ».
- « Provatissima » est ici placé dans l’interligne au-dessus de la première phrase, comme si Casanova l’avait oublié et ajouté après coup.
- Státni Oblastni Archiv (Prague), Fonds Casanova, Marr 9-25.
- Bernhard Marr s’est fondé sur ce texte pour proposer une explication de la méthode cabalistique de Casanova, sujet ensuite discuté par Grillot de Givry. Celui-ci conclut que « la kabbale de Casanova se réduit […] à fort peu de chose » et que « son grand secret » est plutôt « son habileté de prestidigitateur, son éloquence, le charme de ses manières, le pouvoir séducteur qu’il exerçait sur ceux qu’il approchait ». Voir les deux études dans Mémoires de Jacques Casanova de Seingalt écrits par lui-même, Paris, éditions de La Sirène, t. III, 1926 : B. Marr, « La Kabbale de Jacques Casanova », p. IX-XXI (trad. Grillot de Givry), et Grillot de Givry, « La Kabbale de Jacques Casanova », p. XXIII-XXXI.
- Possible allusion au culte frankiste, selon lequel Eva était à la fois une incarnation du Messie et une réincarnation de la Vierge Marie.
- Archives de Prague, Marr 16 k 26. Le titre n’est pas de Casanova, nous l’ajoutons pour la présente édition.
- Pétrarque, Chansonnier (Canzoniere), XXII, v. 31 et 33, t. I, p. 27. Texte original : Con lei foss’io da che si parte il sole, / et non ci vedess’altri, che le stelle. / Sol una nocte, et mai non fosse l’alba, « Puissé-je être avec elle, du départ du soleil, / Et sans que nul nous voie, excepté, les étoiles, / Une nuit seule et jamais ne vînt l’aube ». Toutes les références et les traductions du Canzoniere sont données dans cette édition.
- Ibid., CCXXXVII, v. 34-35, p. 333 : « […] en cette prée, / Seule s’en vînt pour y rester toute une nuit ».
- Ibid., LXXII, v. 72-75, p. 117-119 : « La fin de mes pleurs certes, / Que de nul autre lieu mon triste cœur n’appelle, / Vient des beaux yeux à la fin doux-tremblants, / Ultime espoir de tout courtois amant. »
- Ibid., LXVIII, v. 12-14, p. 129 : « Pygmalion, combien te dois-je pas louer / De cette tienne image, toi qui mille fois / D’elle reçus ce qu’une seule je voudrais. »
- Ibid., CCLXXXIX, v. 5-6, p. 401 : « Or je commence à m’éveiller, et je vois qu’elle / Pour le meilleur mon désir combattit ».
- Ibid., CCXC, v. 7, p. 403 : « Oh que c’était le pis quand [elle] me rendait content ».
- Adage latin sans attribution précise.
- Triomphe d’amour, III, v. 82-84, p. 98-99. Texte original : El nacque d’ocio et di lascivia humana, / Nutrito di pensier dolci et soavi, / Facto signore et dio da gente vana (« Il naist d’oisiveté et lascivie humaine, / Fait le seigneur et dieu de la folle gent vaine, / Nourry de doulx pensers »).
- Vers que le personnage Sénèque adresse à Néron dans Octavia, tragédie attribuée à Sénèque. Texte original : Vis magna mentis blandus atque animi calor / amor est ; iuventa gignitur luxu, otio / nutritur inter laeta Fortunae bona ; (« L’amour est une grande force de l’âme et une chaleur douce du cœur ; la jeunesse le fait naître, il se nourrit du luxe, de l’oisiveté, parmi les joies venues des biens de la Fortune »), acte II, v. 561-563, p. 124.
- A. Baschet indique « année 1739 », mais il s’agit probablement d’une coquille.
Documents
Lettre I
- M. Clément. Voir ici.
Lettre II
- Il s’agit probablement de la lettre de recommandation du duc de Choiseul au diplomate d’Affri. Voir ici.
Lettre VIII
- Francesco Casanova, à Paris depuis février 1757.
Lettre IX
- Deux gentilshommes de la chambre du roi.
- Document découvert par Ch. Samaran et reproduit par A. Ravà dans Lettres de femmes…, op. cit., p. 101.
Six lettres de Mme du Rumain
- Sur ce personnage, voir ici, et ici.
- Nous ajoutons cette indication, d’après le catalogue des Archives de Prague procuré par Marco Leeflang (Duxionnaire, vol. II, section « a. Correspondance alphabétique et chronologique par auteur », édition de travail, Utrecht, 2005).
Lettre IV
- Affaire non relatée dans l’Histoire de ma vie. Il s’agit sans doute d’une des raisons qui poussèrent Casanova à quitter Paris.
- Dans l’Histoire de ma vie, Casanova embellit ce refus : « J’ai écrit à M. d’Affri le priant de m’envoyer un passeport dont j’avais besoin voulant aller faire un tour dans l’empire, où les Français, et toutes les puissances alors belligérantes étaient en campagne. Il me répondit fort poliment que je n’en avais pas besoin, mais que si je le voulais absolument il me l’enverrait. Sa lettre me suffit. Je l’ai mise dans mon portefeuille, et à Cologne elle me fit plus d’honneur qu’un passeport » voir ici.
- Probable occultation, par prudence, du mot oracle, ou du nom du « génie » que consulte Casanova.
Lettre V
- L’Oracle, selon toute vraisemblance.
Lettre VI
- « Je ne suis point surpris que M. de Chavigny vous plaise : c’est un de ces hommes nés pour se faire aimer partout, pour égayer le sombre Allemand, apaiser l’orgueilleux Anglais, converser avec le Français, négocier avec le subtil Italien. Je sais qu’il était fort aimé du feu roi George et de toute sa cour. Je ne cherche point à deviner si la commission dont il est chargé aujourd’hui lui est aussi favorable que celle qu’il eut autrefois ; mais quel que soit le pied sur lequel il traite maintenant avec les Anglais, je suis certain que sa personne sera très bien reçue, quand bien même sa commission déplairait » (trad. revue par nous d’après l’édition citée, p. 1478).
- Les lettres de Muralt à Haller sont répertoriées dans le catalogue du Fonds Casanova aux cotes suivantes : 40-28 pour la lettre du 16 mars 1761, 40-30 pour la lettre du 19 mars 1761, 40-29 pour la patente de l’Académie.
- De l’italien carteggiare, « correspondre ».
- Rémond de Montmort, Essai d’analyse sur les jeux de hasard, Paris, 1708 et 1713.
Table des cartes
Missions à Dunkerque, août-septembre 1757, et en Hollande, octobre 1758-janvier 1759
Paris : Tuileries et Petite Pologne (détail du Plan de la ville de Paris et de ses faubourgs, entre 1754 et 1760, BNF, département des Estampes et de la Photographie)
Paris : quartier du Temple (détail du Plan de la ville de Paris et de ses faubourgs, entre 1754 et 1760, BNF, département des Estampes et de la Photographie)
Duchés de Wurtemberg et de Furstenberg
Itinéraire de Cologne à Zurich, 1760
Itinéraire de Stuttgart à Gênes, 1760
Carte politique de l’Italie au milieu du XVIIIe siècle
Voyage en Italie, 1760-1761
Voyage en Italie du Nord, 1762-1763
