XXIX
Jamais à Gadiangué on n’avait une sensation defraîcheur ni de bien-être ; même plus de nuits fraîches, commeau Sénégal les nuits d’hiver.
Dès le matin, sous ces verdures admirables,même température lourde et mortelle ; dès le matin, avant lelever du soleil, dans ces forêts habitées par les singes tapageurs,les perroquets verts, les colibris rares ; dans ces sentierspleins d’ombre, dans ces hautes herbes mouillées où glissaient desserpents, toujours, toujours, à toute heure et partout, mêmechaleur d’étuve, humide, accablante, empoisonnée… Les lourdeurschaudes de l’équateur concentrées toutes les nuits sous lefeuillage des grands arbres, et, partout, la fièvre dans l’air…
Au bout de trois mois, comme on l’avait prévu,le pays était calmé. La guerre, les égorgements noirs étaientfinis. Les caravanes recommençaient à passer, apportant àGadiangué, du fond de l’Afrique, l’or, l’ivoire, les plumes, tousles produits du Soudan et de la Guinée intérieure.
Et, l’ordre ayant été donné de faire rentrerles renforts, un navire vint attendre les spahis à l’entrée dufleuve pour les ramener au Sénégal.
Hélas ! ils n’étaient plus tous là, lespauvres spahis ! Sur douze qui étaient partis, deux manquaientà l’appel du retour ; deux étaient couchés dans la terrechaude de Gadiangué, emportés par la fièvre.
Mais l’heure de Jean n’était pas venue, et, unjour, il refit en sens inverse la route qu’il avait parcourue troismois auparavant dans le canot de Samba-Boubou.
