Histoires incroyables

V

Attendre ? Quoi ? Que la machinemotrice s’arrête d’elle-même… Il y a là des ressorts d’acier querien ne détendra. Le jour peut avoir une influence sur l’étrangetéde la nuit, cela est vrai. Le chant du coq chasse les fantômes.Soit ; mais il n’y a pas ici de fantômes, les spectres n’ontpas de talons, et, comme dit le poète :

Et le souffle muet glissa sur le silence.

Golding et les autres sont des personnalitésmatérielles, des entités de chair et d’os. Pourquoi l’homme doué duplus grand courage se sent-il ému en présence de l’homme sorti desa norme ? Je rencontrerais dix Golding au coin d’un bois, queje les braverais. Un seul – parce qu’il est incompris –parce qu’un des ressorts de son être confine à l’inintelligible –me paraît effrayant. En vérité, j’ai presque peur.

Mais cette hésitation ne dure pas… je meglisse doucement jusqu’à ma porte, je monte deux degrés du perron,je suis derrière mes deux étranges visiteurs. Et, sans qu’ils s’enaperçoivent – car, sur mon âme ils ne s’en aperçoivent pas – jepasse mon bras entre eux deux, j’introduis la clé dans ma serrurequi grince, et d’un élan brusque, j’ouvre la porte…

Dernièrement, sur la ligne ferrée duMassachusetts, deux locomotives, – choses de fer et d’acier, – seprécipitèrent l’une sur l’autre. Eh bien ! par Jupiter, –proportionnellement à la masse projetée, – le choc ne fut pas plusviolent.

Les deux gentlemen heurtèrent Golding, quiheurta les deux gentlemen.

Puis il y eut un cri, – ou plutôt trois crisen un seul…

Puis non pas une course, non pas une fuite,non pas une déroute, – mais un ruement à travers la rue.Les deux gentlemen avaient mis Golding sur leurs épaules, – monDieu, oui ! un sollicitor, – comme une balle de coton. Celuide devant soutenait les deux jambes, dont il s’était fait comme uncollier, l’autre portait la tête et tenait le cou à deux mains…

Et ils s’enfuyaient dans la direction du parc,avec leur fardeau ballotté, cahoté, tressautant.

Qu’auriez-vous fait ? Ce que je fis.

Je courus après eux. Mais, bast ! cesjambes-là étaient de fer ; je les vis, longtemps, bondissant àtravers les rues, les squares, les avenues, l’emportant, lui, – etavec lui mon secret, – et je dus m’arrêter, haletant, épuisé,soufflant et m’appuyant les deux mains au côté… Ils échappèrent àma vue.

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