XXVIII
Deux nuits ont suffi à ce travail. J’ai dûdéployer toute mon énergie ; à certains moments, le sangjaillissait de mes ongles. Mais cela me préoccupait peu, je vousjure. Cette nuit, je le verrai dormir. Dort-il d’abord ? Jen’en sais rien, et même ce souffle que j’entends à travers lacloison ne me paraît pas celui d’un homme endormi. Cependant, il nequitte pas son lit… une seule remarque : il semble que sonpoids s’alourdisse de plus en plus. Est-ce que l’entassement dessouvenirs et… qui sait ? des remords aurait un poids effectif…plus la nuit avance, plus par conséquent les souvenirs s’amassentdans son cerveau, plus j’entends le lit gémir et craquer, comme sises pensées étaient de plomb.
Que cette journée me paraît longue ! Deséchecs, je ne me préoccupe plus. Je joue machinalement, sans ysonger, et je le regarde.
Mais c’est singulier. J’aurais pensé que cetravail de perforation se serait accompli plus vite… je nepuis encore rien lire dans ce cerveau. Oh ! il y a des momentsje voudrais le déchirer de mes ongles comme j’ai déchiré lamuraille…
Tiens ! un couteau !
