XII
« Elle est venue, enfin, cette nuitattendue. Je suis aussi calme que possible. Tenez, je tiens laplume, et elle ne tremble pas dans ma main… la volonté a triomphécomplètement, orgueilleusement. Je regarde presque avec pitié cetteâme qui se tord et veut échapper à l’horrible étreinte. Non, non.Viens ici et regarde ! La vois-tu, elle… comme elleest belle ! Reconnais-tu ce regard qui t’a fait comprendre lavie ? Et lui, comme il est beau aussi ! Commeils sont faits l’un pour l’autre ! On vient de les laisserseuls. Elle rougit, lui se tient à l’écart. Il la regarde, et sesyeux semblent deux phares d’amour. Il semble lui demander pardon dela posséder. Et son regard, à elle, répond : Comme je suisheureuse d’être à toi !… Oh ! ne crains pas, mon douxfiancé !… je me suis donnée librement… je t’aime !
« Quelle voix pénétrante ! Écoutebien cela, mon âme ! Jamais tu n’entendras semblablemélodie ! Épelle ces trois mots ! Je… t’… aime ! Ilest venu tomber à ses pieds, et elle, mettant ses deuxbelles mains sur ses cheveux, a doucement relevé son front et l’abaisé… Savoure bien ce baiser, mon âme. As-tu compris ce qu’ilsignifie ?… Mais oui, oui, tu auras beau te débattre… ilfaudra bien que tu voies tout… tout. Prête l’oreille à ces douxmurmures qu’échangent les lèvres qui se joignent, sens la caressede ces deux souffles qui se confondent… aspire cet amour… Sont-ilsassez proches l’un de l’autre ? Hein ?… Il a détaché sonpeigne et ses admirables cheveux blonds sont tombés sur sesépaules… et encore elle a souri…
« Là, mon âme, en face de cet amour,commences-tu à savoir ce que c’est que la HAINE ! !
« Regarde, regarde encore !…
« Le matin est venu !
