XV
– Voici, dit Tatari, les personnes dela famille de Taïmaha ; l’enfant que tu cherches doit être là,ainsi que sa vieille grand’mère Hapoto.
Nous apercevions en effet devant nous ungroupe d’indigènes assis à l’ombre ; c’étaient des enfants etdes femmes dont les silhouettes obscures se profilaient sur la merétincelante.
Mon cœur battait fort en approchant d’eux, àla pensée que j’allais voir cet enfant inconnu, déjà aimé,– pauvre petit sauvage, lié à moi-même par les puissantsliens du sang.
– Celui-ci est Loti, le frère deRouéri, – celle-ci est Hapoto, la mère de Taïmaha, ditTatari en me montrant une vieille femme qui me tendit sa maintatouée.
– Et voici Taamari, continua-t-il, endésignant un enfant qui était assis à mes pieds.
J’avais pris dans mes bras avec amour cetenfant de mon frère ; – je le regardais, cherchant àreconnaître en lui les traits déjà lointains de Rouéri. C’était undélicieux enfant, mais je retrouvais dans sa figure ronde lestraits seuls de sa mère, le regard noir et velouté de Taïmaha.
Il me semblait bien jeune aussi : dans cepays, où les hommes et les plantes poussent si vite, j’attendais ungrand garçon de treize ans, au regard profond comme celui deGeorges, et pour la première fois un doute amèrement triste metraversa l’esprit…
